L’arnaque Navalny n’aurait jamais pu se répandre sans la participation – à cette colossale arnaque – de l’Allemagne et d’Etats membres du Conseil de sécurité (France, Royaume-Uni, Etats-Unis). Et, last but not least, sans la participation de la presse occidentale. J’ai honte pour mon pays, la Suisse, dont les médias privés mais également les médias publics de Radio Télévision Suisse, ont repris sans aucune vérification, ce genre de fausses nouvelles – fabriquées généralement par des services secrets – destinées bien évidemment à discréditer le président Poutine, sa diplomatie, et affaiblir la Russie.

Le 25 janvier, Vladimir Poutine, lors d’une rencontre télévisée avec des étudiants russes a déclaré: « Je n’ai pas vu ce film, faute de temps. Rien de ce qui y est montré comme étant mes biens ne m’appartient à moi ni à mes proches ». Que vaut la parole d’un homme que l’appareil politico-médiatique occidental veut abattre ? [Silvia Cattori, 6.2.2021]

Par Moon of Alabama – Le 30 janvier 2021

En 2010, un petit homme d’affaires russe, Sergei Kolesnikov, qui s’était mis à dos des gens au-dessus de son niveau, avait quitté la Russie pour s’installer en Estonie. Pour se rendre intéressant, et probablement essayer d’obtenir un soutien financier, il a inventé une histoire. David Ignatius, journaliste de la CIA émargeant au Washington Postl’avait reprise :

« Vous pouvez voir ce palais tentaculaire, de style italien, installé au bord la mer Noire, sur les photos satellites. On y trouve un centre de remise en forme, un discret « salon de thé », un amphithéâtre pour les concerts et une aire d’atterrissage pour trois hélicoptères. Il est encore en construction, mais son coût s’élèverait déjà à plus d’un milliard de dollars.

Et le plus étonnant, selon un lanceur d’alerte russe nommé Sergey Kolesnikov, il a été payé principalement avec de l’argent donné par des hommes d’affaires russes, pour l’usage du Premier ministre Vladimir Poutine. Les fonds proviennent « principalement d’une combinaison de corruption, de pots-de-vin et de vols », accuse Kolesnikov, un homme d’affaires qui, jusqu’en novembre 2009, travaillait pour l’une des entreprises qui, selon lui, investissait de l’argent pour Poutine. »

En 2012, BBC Newsnight a repris cette histoire et en a fait un reportage anti-Poutine de neuf minutes intitulé « Le palais de Poutine ? Un mystérieux manoir digne d’un tsar au bord de la mer Noire ».

« Sur un flanc de montagne épais et boisé qui surplombe la côte russe de la mer Noire, un bâtiment extraordinaire a progressivement pris forme. Il s’agirait d’un palais construit pour l’usage personnel de Vladimir Poutine, avec une utilisation massive et illégale des fonds de l’État.

Conçu à l’origine, dit-on, comme une modeste maison de vacances avec piscine, il possède aujourd’hui une magnifique façade à colonnes qui rappelle les palais de campagne des tsars russes construits au XVIIIe siècle.

Les portes massives en fer forgé qui donnent sur la cour sont surmontées d’un aigle impérial en or. A l’extérieur, on trouve des jardins à la française, un théâtre privé, une piste d’atterrissage pour trois hélicoptères et des logements pour les agents de sécurité ».

Fin 2020, l’histoire du « palais de Poutine » a été recyclée pour promouvoir le nationaliste russe de droite et militant anti-corruption Alexey Navalny. Navalny se trouvait alors dans la région de la Forêt-Noire, en Allemagne, où il se remettait d’un empoisonnement présumé. Un studio a été nécessaire pour produire une vidéo sur le « palais ».

Un couple de producteurs allemands qui avait récemment ouvert un studio de télévision a reçu une demande. Comme l’a rapporté le quotidien allemand Badische Zeitung (ma traduction) :

« Début décembre, une demande est arrivée par courriel, d’une société de production américaine de Los Angeles. Il était question d’un documentaire. Elle cherchait des lieux, des personnes et du matériel adéquats dans le sud de l’Allemagne. Les producteurs allemands ne connaissaient pas la société, bien qu’ils aient de bons contacts à Los Angeles, mais la demande a fait une impression très professionnelle. »

Un studio a été loué pour créer le décor du « palais » pour la campagne de Navalny.

« Le studio n’était loué que pour un peu moins d’une semaine, mais les cinéastes ont tellement apprécié le lieu, son atmosphère et ses possibilités cinématographiques que le tournage a duré deux semaines au total et qu’une partie de l’équipe internationale de vingt personnes est venue de Berlin, où un dernier tournage était en fait prévu avant l’arrivée du vol pour Moscou. »

Le 17 janvier, Navalny s’est envolé pour la Russie et a été immédiatement arrêté pour avoir enfreint sa probation dans une affaire où il avait été condamné pour avoir mis l’argent d’une société dans ses propres poches. Le 19 janvier, l’organisation anti-corruption de Navalny, FBK, a mise en ligne une polémique de deux heures dans laquelle Navalny répète cette accusation vieille de dix ans selon laquelle il y a un palais au bord de la mer Noire qui appartient en fait à Poutine. Mais aucun des nombreux documents qu’il fournit ne prouve que Poutine est, d’une quelconque manière, impliqué dans le projet.

Il y a bien un palais comme celui-ci au bord de la mer Noire, mais son utilisation n’est pas clairement évidente. Les plans d’étage, que Navalny montre dans la vidéo, laissent supposer qu’il s’agit d’un hôtel de luxe pour des clients très exclusifs. Le plan du deuxième étage montre onze chambres dont quatre sont des suites exclusives.

Source : Katya Kazbeck – Agrandir

Navalny montre également des photos générées par ordinateur de ce qu’il prétend être l’extrêmement luxueux intérieur . Il affirme également que des vignobles exclusifs sont rattachés au « palais ».

Navalny désigne une des pièces du plans en la qualifiant de « pièce où ils mettent leur boue ». Le mot « mudroom » n’existe pas en russe mais est une expression anglaise, rarement utilisée, qui désigne une entrée. Cela suggère que le scénario qu’il lisait était à l’origine écrit en anglais et qu’il a ensuite été mal traduit en russe.

De nombreux médias occidentaux ont repris les descriptions exagérées de Navalny. Le Times écrit :

« En ce qui concerne l’intérieur du palais, FBK a produit des visuels basés sur les descriptions et les photos des travailleurs de la résidence. En utilisant des plans d’architecture qui répertorient les marques de meubles italiens, ils se sont renseignés auprès du fabricant sur l’apparence et le coût des produits. « Chaque canapé coûtait le prix d’un petit appartement dans la banlieue de Moscou, et si vous preniez tous les meubles de la salle de lecture, vous pouviez acheter un appartement décent à Londres », explique Maria Pevchikh, chef du département des enquêtes du FBK.

On ne sait pas très bien avec quelle fréquence Poutine se rend dans cette résidence. Selon FBK, tout le personnel, sauf le personnel essentiel, est écarté lorsqu’il la visite. Plusieurs sources ont dit à FBK que Poutine emmenait des invités « triés sur le volet », dont des dirigeants mondiaux, au palais pour « vraiment s’amuser », après les réunions dans sa résidence officielle à Sotchi, ce que le site d’information indépendant Proekt a confirmé, selon Pevchikh. »

Julie Cassiday, une professeur américaine de langue russe, fait remarquer dans le Moscow Times :

« La reconstruction minutieuse de l’intérieur du palais de Poutine par Navalny montre toute l’étendue de l’amour du président russe pour le kitsch coûteux. En plus d’une curieusement nommée aquadiscothèque, le rez-de-chaussée abrite un salon de cocktail, un cinéma, une zone de spa, quatre bains à remous séparés et une piscine sur deux étages.

Le premier étage nous mène à la salle de gym personnelle de Poutine, à la salle de jeux, au casino, au mini-cinéma et au bar à narguilé (intelligemment équipé pour du pole-dance, si besoin est), et le dernier étage contient une série de chambres à coucher opulentes.

Selon « Un palais pour Poutine », le président russe a abusé de son pouvoir non seulement en volant les richesses de son pays, mais aussi en les dilapidant dans des meubles et des objets si voyants et si hors de prix qu’ils font passer Liberace pour le roi du bon goût. »

Comme c’est embarrassant. Pour ces auteurs.

L’entreprenant journaliste russe Maksim Iksanov s’est rendu au « palais » et a parlé avec les personnes qui y travaillent. Sa vidéo montre que le « palais » est toujours une coquille de béton vide, avec des dizaines d’ouvriers occupés à percer des murs en béton et à mettre en place les installations de base.

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« On ne sait pas très bien avec quelle fréquence Poutine se rend » sur le chantier. Ou quelle source « a dit à FBK que Poutine emmène des invités « triés sur le volet », dont des dirigeants mondiaux », pour en admirer les murs en béton. Ou pourquoi un non-fumeur comme Poutine insisterait pour avoir un bar à narguilé.

Outre cette absurdité évidente, il faut se demander pourquoi Poutine mettrait autant de temps à construire un « palais ». M. Kolesnikov a déclaré que le projet avait débuté en 2005. Sotchi a été préparé pour les Jeux olympiques en six ans seulement. Les ponts vers la Crimée ont été construits dans les cinq ans suivant sa libération et le palais Constantin de Saint-Pétersbourg, que Poutine avait ordonné de reconstruire en 2001, a été rouvert en 2003. Il s’agit de la résidence d’été officielle du président russe, mais elle est également ouverte au public. Lorsque Poutine dit qu’une chose doit être construite, elle le sera dans les délais prévus et ne prendra pas seize ans pour rester une coquille de béton vide.

Quant au « palais » décrit par Navalny. Il semble avoir toujours été un projet d’hôtel. Qui a connu des difficultés financières. Il a changé plusieurs fois de propriétaire et sa construction a parfois été interrompue pendant des années. Le magnat russe de la construction Arkady Rotenberg prétend être l’actuel propriétaire du « palais » :

« [Rotenberg] a ajouté qu’il a l’intention d’utiliser l’endroit comme un appart-hôtel, une fois qu’il sera terminé.

« J’aime l’hôtellerie… et j’y suis impliqué depuis plusieurs années maintenant », a déclaré M. Rotenberg, ajoutant qu’il possède plusieurs « propriétés » dans toute la Russie. Il a expliqué que le site en question a une histoire financière troublée, mais qu’il l’a néanmoins acquis il y a quelques années, en misant sur sa « magnifique » situation côtière, près de la ville de villégiature de Gelendzhik ».

Comme Rotenberg est un bon ami de Poutine – ils se connaissent depuis leur jeunesse -, Navalny prétendra bien sûr que Rotenberg n’est que l’homme de paille alors que Poutine est le véritable propriétaire des lieux.

Je doute que beaucoup de Russes croient à de telles absurdités. Poutine est connu pour passer ses vacances en pratiquant des activités de plein air. Il ne semble pas s’adonner au luxe. Il n’y a pas non plus de preuve qu’il soit prêt à accepter des pots-de-vin. Les États-Unis ont certainement essayé et ont échoué.

La CIA, ou tout autre service ayant aidé Navalny à produire ces absurdités, devrait faire plus attention aux détails. L’aigle impérial doré qui était censé être en haut de la grille dans le reportage de la BBC de 2012 n’existe toujours pas, mais il a été photoshopé dans les images de la BBC et de Navalny.

Malheureusement, ce n’était pas le bon :

« Ruslana Boshirova Альянс пианистов @ValLisitsa – 19:26 UTC – 29 Janvier 2021

Au cas où l’on aurait besoin de preuves supplémentaires que toute cette « enquête » était une imposture. La porte couronnée de l’aigle bicéphale, manifestement absent dans la réalité, mais montré comme une réalité par l’équipe sans scrupules de Navalny, est l’aigle des armoiries du Monténégro et non de la Russie. »


 

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