Illustration : un pogrom tsariste.


Par Bruno Guigue  – 9  novembre 2022

Voici un point d’histoire intéressant au moment où la France, à l’ONU, vient de voter contre la résolution condamnant la glorification du nazisme et du racisme. Comme je le rappelle dans mon dernier livre, la propagande antisémite des généraux tsaristes, de 1918 à 1921, a été sciemment orchestrée par les gouvernements français et britannique.
« La présence de nombreux juifs parmi les dirigeants communistes fournit le prétexte d’un déchaînement de violence raciste qui fera 300 000 victimes. Dans les régions reconquises par les armées blanches, massacres et pogroms se succèdent, frappant des populations civiles juives assimilées aux bolcheviks. Durant l’été 1918, les forces britanniques qui ont débarqué dans le Nord de la Russie pour appuyer l’offensive du général Denikine larguent par avions des milliers de tracts antisémites.
Du côté des bolcheviks, à l’inverse, le pouvoir fait tout son possible pour faire cesser ces horreurs. On vote des lois extrêmement sévères et les coupables appréhendés sont punis. Dans un discours gravé sur disque et diffusé par haut-parleurs pour atteindre les masses analphabètes, Lénine lui-même appelle à liquider « la haine contre les juifs et contre les autres nations ».
Ce n’est pas tout. Le gouvernement de la République française finance la reproduction à grande échelle du plus célèbre des pamphlets antisémites, « Les Protocoles des sages de Sion ». Ce faux grossier qui décrit un complot juif pour la domination du monde est une invention de la police tsariste destinée à discréditer le mouvement révolutionnaire. Les Alliés vont en faire le bréviaire de la réaction monarchiste et de la croisade anti-bolchevique.
En Angleterre, les typographes de sa Majesté s’emploient à imprimer l’édition anglaise des « Protocoles » rapidement cités à grand bruit comme preuve ou indice de la menaçante trame secrète qui allait emporter l’Occident. Ainsi se développe une campagne, à laquelle participe Winston Churchill, qui va s’employer à dénoncer le rôle du judaïsme non seulement en Russie mais dans tout le cycle de la subversion qui sévit en Occident à partir du XVIIIe siècle, rappelle Domenico Losurdo.
En 1937, tandis qu’il exprime un jugement positif sur Hitler, Churchill souligne avec insistance les origines juives d’un dirigeant de premier plan de la Révolution bolchevique, à savoir Lev Trotski, alias Bronstein. Au-delà de l’Atlantique, aux États-Unis, c’est Henry Ford qui va assurer la diffusion des Protocoles en déclarant : « la Révolution russe est d’origine raciale, non politique ». A ses yeux, elle se sert de mots d’ordre humanitaires, mais elle exprime en réalité une aspiration raciale à la domination mondiale ».
Bruno GUIGUE, « Communisme », Editions Delga, 2022, p. 220.
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