Au sujet de la votation du 4 mars prochain sur l’initiative « No Billag » visant la suppression du financement de l’audiovisuel par l’Etat, Arrêt sur info verse une nouvelle pièce au débat en publiant, ci-dessous, le texte proposé par M. Fréderic Liechti, un fidèle lecteur. [ASI]

Les personnes et les milieux initiants de « No Billag » sont-ils défavorisés ou prétérités dans la diffusion médiatique de leurs positions ? Peut-être. Par défaut, je dirais que je ne sais pas.

En même temps, je dirais que ce n’est pas aux médias de faire un battage médiatique pour les initiants qui n’en auraient pas les moyens. Mais ça, ce n’est pas ici le propos à développer.

La question que je tenterais d’aborder, est plus proche du questionnement du choix de philosophie politique à laquelle nous ramène « No Billag ».

Jusqu’où l’Etat, que j’appellerai encore démocratique, doit-il céder et livrer ses médias publics aux marchands de toutes sortes, de bretelles et de lacets ? Les décennies de privatisations des médias publics dans nos pays avoisinants devraient suffire à nous préserver de sombrer dans la « berlusconisation » de notre environnement audio-visuel public.

Les sociétés commerciales et les propriétaires privés de médias, n’ont pas vocation naturelle à promouvoir des valeurs et des informations qui se trouvent être contraires à leurs intérêts.

A contrario, bon an mal an, le média public, même s’il transgresse (trop souvent à mon goût) à sa vocation, est encore sensé transmettre une neutralité dans ses contenus sous contrôle politique.

Après, il y a ceux qui prétendent que les journalistes sont tous des gauchistes (ce qui peut en cacher beaucoup d’une autre obédience) et ceux qui prétendent qu’ils sont les chiens de garde du système. Entre les deux, il y a encore un petit peu de marge.

La deuxième vocation d’un média public réside ou devrait résider, envers et contre tout, dans un apport pédagogique culturel, intellectuel, civilisationnel, transcendantal, à valeurs ajoutées.

Au contraire des contenus distractifs, intellectuellement dégradants que nous offrent les médias commerciaux privés.

Il y a beaucoup à dire sur nos Radios-Télévisions Suisses, mais tout dépend de l’horizon philosophique vers lequel on tend et les opinions entre les deux horizons resteront à jamais contraires.

Autant rester dans une contradiction philosophique que de sombrer dans l’unanimité de la pensée unique du marché financier comme horizon insurpassable du destin de l’humanité.

D’autre part, il n’est pas anodin de parler de l’escarcelle de la redevance.

A l’évidence, il y a là un pactole, propre à susciter les convoitises. Hors de cela, l’initiative elle-même n’y trouverait pas son sens.

Dès lors, cette initiative ferait d’une pierre deux coups. Transférer vers les bénéfices privés, l’encaissement des taxes et l’organisation des programmes conformes à leurs aspirations. La belle affaire.

Le privé, comme vous et moi et d’autres, ou la société civile comme on l’appelle, peut porter de véritables élans d’émancipation intellectuelle et de moyens d’évolutions vers un monde plus équilibré.

Mais l’initiative privée à but commercial, qui plus est dans cette occurrence de l’accaparement des médias publics, ne saurait être autre chose qu’une tentative de hold-up financier et culturel au détriment du peuple et de son contrôle démocratique. De plus, il faut bien se rendre à l’évidence d’un risque d’enfoncement encore plus profond dans l’aliénation et la dépendance des consommateurs au marché financier et à cet horizon philosophique qui ne sait pas dépasser le but commercial. Ceci avec toutes les conséquences morbides qu’on lui connaît actuellement.

Fréderic Liechti, le 7 février 2018

Membre fondateur du parti des Verts jurassiens, membre du Conseil communal de Courfaivre (1993-2000)

Source: L’auteur

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