Hier Chomsky a eu 94 ans.

Par Jean Bricmont – 08 Décembre 2022

Pour moi Noam Chomsky est, avec Bertrand Russell, le penseur le plus important du 20è siècle (non, ce n’est ni Heidegger ni Foucault) et celui qui m’a le plus influencé.

Il faut lui reconnaître sur le plan théorique:

-une critique systématique de l’impérialisme américain et de la propagande de guerre.

-dans son livre « le triangle fatidique » il démonte les mythes sionistes et il a critiqué très tôt le « processus de paix » dit d’Oslo (un enfumage de goyim qui remonte à 1993).

-une critique du néo-libéralisme qui remonte au début des années 1990, bien avant les mouvements altermondialistes ou de style ATTAC.

-une critique radicale du postmodernisme (voir son débat avec Foucault) et une défense de la science et de la rationalité scientifique.

-une défense de la liberté d’expression, particulièrement dans l’affaire Faurisson, qui lui a valu l’hostilité de toute l’intelligentsia française y compris de « juifs progressistes » comme Vidal-Naquet, qui a été parfaitement odieux avec lui. Son livre « réponses inédites à mes détracteurs parisiens » (recueil de lettres non publiées envoyée à des journaux français) montre l’extraordinaire malhonnêteté de cette intelligentsia.

-une réhabilitation d’une approche biologique de l’esprit humain (l’ancêtre des sciences cognitives et de la psycho évolutionniste) qui l’a mis en opposition avec l’ensemble des sciences humaines (dont Bourdieu est un des pires exemples) telles qu’elles sont encore pratiquées en France.

-il est en un sens l’héritier du matérialisme des Lumières et est pour cela d’autant plus mal vu dans le pays desdites Lumières qui les ont bien abandonnées sous l’impact de l’idéalisme, du sociologisme, de la psychanalyse et du relativisme.
Mais si on parle de politique pratique, il y a beaucoup de reproches à lui faire:

-en Palestine, il maintient d’illusion de la solution à 2 états dont les sionistes ne veulent pas, ce qui est chaque jour de plus en plus évident.

-il sous-estime le rôle du lobby aux EU (*), ce qui l’empêche de voir la lutte contre ce lobby non pas comme étant pro-palestinienne (ce dont tout le monde se fiche) mais comme étant dans l’intérêt des EU.

-il surestime les différences entre démocrates et républicains, appelant, à chaque élection à voter pour le moindre mal, càd les démocrates. Il existe peut-être des différences sur le plan intérieur mais, en politique étrangère, ils sont aussi impérialistes les uns que les autres (et, comparé à Trump, les démocrates sont peut-être pires).

-en Europe il soutient les pires politiques antinationales: alter-européiste (une illusion comparable à la solution à deux états) avec Diem25, pro-migration et même avec de la sympathie pour le régionalisme (catalan par ex).

-en général il surestime grandement l’action populaire de masse non violente. Si on prend son exemple préféré, l’opposition à la guerre du Vietnam, celle-ci n’a réussi qu’à cause de la lutte armée du peuple vietnamien dirigée par un Parti communiste parfaitement stalinien. De même ce ne sont pas les antifascistes français, italiens, allemands ou espagnols qui ont vaincu le fascisme mais l’armée rouge dirigée par le maréchal Staline. Et si les peuples du Donbass doivent être libérés du joug de Kiev, ce sera grâce à l’armée russe et pas aux accords de Minsk.

Bref, il est remarquable sur le plan théorique mais souvent aveugle sur le plan pratique; cependant, ce n’est pas une raison pour ignorer son apport théorique parce que les conséquences qu’on en tire peuvent être très différentes des siennes.

(*) Au sujet de la position de Noam sur Israël lire la critique de notre cher ami et confrère, Jeff Blankfort
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