Viktor Orban. Crédit: Wikimedia


L’objectif de la Hongrie est que l’idéologie du genre ne devienne pas une doctrine d’Etat en Europe

Un débat international accompagne la loi anti-délinquants pédophilies votée par le Parlement hongrois, débat qui en réalité détériore sérieusement notre image non seulement en ce qui concerne les minorités sexuelles et de genre, mais aussi les droits de l’homme et la liberté.


Par Soma Hegedős*

Publié le 25 juin 2021 sur Schweizer-standpunkt.ch


Ladite loi hongroise anti-pédophilie pour la protection des enfants a fait grand bruit dans les médias ainsi que dans le monde politique. L’approche hongroise a été vivement critiquée par certains membres de la Commission européenne, dont Ursula von der Leyen, qui a déclaré que la législation hongroise en matière de protection de l’enfance devait être examinée. La commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, a qualifié la décision hongroise d’attaque contre les personnes LGBTQI, qui, selon elle, viole les normes internationales et européennes en matière de droits de l’homme.

Cette affaire illustre, indépendamment de l’évaluation juridique et morale spécifique de la législation hongroise, le fait que l’interprétation et le cadre des droits de l’homme constituent les domaines de conflit les plus importants dans le débat politique actuel. Et que la question même de savoir si, par exemple, l’éducation des enfants appartient aux parents ou plutôt à l’Etat fait elle-même l’objet d’un présupposé moral et donc idéologique. Non seulement cela peut donc être discuté, mais cela doit l’être.

L’éducation des enfants sans idéologie existe-t-elle?

Il y a quelques jours [en juin 2021], le Parlement hongrois a adopté sur proposition du gouvernement un ensemble d’amendements législatifs à diverses lois liées à la protection des enfants. Parmi les amendements, la partie la plus critiquée est celle qui interdit, auprès d’enfants de moins de 18 ans, la représentation de contenus pornographiques et de contenus qui présentent la sexualité comme «auto-satisfaisante», qui montrent le changement de sexe ou encouragent celui-ci ou l’homosexualité (!).

Il est donc important de souligner que ce n’est pas l’éducation sur l’homosexualité en général, ni la représentation de celle-ci, mais bien la promotion propagandiste qui est restreinte par la loi [cf. encadré p. 2]. Néanmoins, certains constitutionnalistes considèrent que l’accent particulier mis sur l’homosexualité est anticonstitutionnel, car, selon certains arguments constitutionnels, aucune distinction ne peut être faite entre l’hétérosexualité et l’homosexualité.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a répondu aux critiques internationales et a publié une déclaration: l’objectif de cette réglementation, a-t-il dit, est que l’Etat hongrois reconnaisse le droit des parents à élever leurs enfants. Cela veut dire que sur certaines questions morales, comme la sexualité, les parents ont le droit de décider comment élever leurs enfants.

Malgré de sérieuses critiques, certains experts estiment que la législation hongroise, dans sa forme actuelle, laisse une grande marge de manœuvre et que la pratique réelle sera le facteur décisif. Toutefois, le fait que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán ait rappelé que les parents avaient leur mot à dire dans l’éducation et la formation de leurs enfants a également mis en évidence les différences croissantes dans la théorie et la pratique.

Alors que la loi fondamentale hongroise dispose que la famille est fondée sur la relation parent-enfant et que les parents ont le droit de choisir librement l’éducation de leur enfant, la tendance étatique à la «défamiliarisation» gagne du terrain dans de nombreux pays occidentaux. Le concept de la défamiliarisation est apparu au début des années 1990, principalement dans un contexte féministe.

L’essence de la défamiliarisation est de renforcer le rôle de l’Etat par rapport à celui de la mère et du père dans l’éducation des enfants et les soins apportés à ceux-ci. Nous voyons comment ce modèle fonctionne dans les Etats-providence scandinaves, notamment: l’Etat assume un rôle de soutien dans l’éducation, notamment concernant les charges financières, et fait en même temps valoir les droits des enfants par l’intermédiaire de mesures étatiques, en allant parfois à l’encontre de la perception morale et du droit éducatif des parents. Il s’agit d’un renforcement du rôle de l’Etat par rapport à la liberté parentale: c’est exactement le contraire de ce que le libéralisme proclamait autrefois.

Et c’est précisément cet aspect – le rôle de l’Etat – qui revêt une importance particulière pour les mouvements modernes d’«égalisation» tels que le mouvement pour l’égalité des sexes ou le mouvement LGBTQI: étant donné que les inégalités entre les sexes sont perçues comme découlant uniquement de la socialisation, l’éducation et l’instruction sexuelles des enfants contrôlées par l’Etat, ainsi que la «prévention» du développement de divers instincts socio-moraux négatifs, jouent un rôle clé dans l’égalité des minorités.

Le problème, cependant, est que la relation entre la sexualité et le principe femme-homme (et surtout le principe parent-enfant) façonnée par nos croyances morales et nos sensibilités culturelles sont complètement différentes de celle portée par l’idéologie du genre. En Europe, par exemple, le point de vue moral influencé par le christianisme est que les enfants et les adolescents ne doivent pas être «habitués» aux relations sexuelles à un âge précoce ou poussés vers des dépendances sexuelles, mais doivent être tenus à l’écart des incitations sexuelles propagandistes.

Les deux points de vue ne peuvent être entièrement réconciliés et sont tous deux fondés sur des hypothèses différentes: alors que l’idéologie des mouvements politiques égalitaires modernes affirment, en ce qui concerne l’égalité des «minorités sexuelles», que les enfants ont le droit humain de faire l’expérience de la sexualité à un jeune âge, par l’intermédiaire d’une éducation appropriée, et de former et d’accepter leur propre identité sexuelle, l’opinion basée sur les connaissances de la psychologie du développement est fondamentalement différente: c’est précisément parce que le développement de la personnalité des enfants peut être gravement endommagé par une sexualisation prématurée et qu’un enfant n’est pas encore capable de prendre une décision consciente et factuelle sur ces questions que l’orientation morale soigneuse, notamment de la part des parents ou d’autres adultes, est extrêmement importante.

réd. Les amendements législatifs mentionnés par Soma Hegedös dans son article visent à protéger les mineurs. Beaucoup de parents, d’éducateurs, d’enfants et de jeunes en Europe seraient heureux de bénéficier de telles protections. Nous documentons ici le libellé des principaux amendements:

1) Modification de la loi XXXI de 1997 sur la pro-tection des enfants et l’administration de la tutelle

Article 1
(1) A la partie intitulée «Les objectifs et les principes de la loi» […], l’article 3/A suivant est ajouté:
Dans le cadre du système de protection de l’enfance, l’Etat protège le droit des enfants à une identité correspondant à leur sexe de naissance.
(2) […] l’article 6/A suivant est ajouté:
En vue de garantir la réalisation des objectifs énoncés dans la présente loi et la mise en œuvre des droits de l’enfant, il est interdit de rendre accessibles aux personnes n’ayant pas atteint l’âge de dix-huit ans des contenus à caractère pornographique, représentant la sexualité de manière gratuite, propageant les concepts de la divergence de l’identité par rapport au sexe de naissance, du changement de sexe ou de l’homosexualité ou les représentant. […]

3) Modification de la loi XLVIII de 2008 relative aux conditions de base des activités économiques de publicité et à certaines restrictions les concernant

Article 3
Au § 8 […], l’alinéa (1a) suivant est ajouté:
Il est interdit de rendre accessible aux personnes n’ayant pas atteint l’âge de dix-huit ans une publicité qui représente la sexualité de manière gratuite, qui propage les concepts de la divergence de l’identité par rapport au sexe de naissance, du changement de sexe ou de l’homosexualité ou les représente. […]

5) Modification de la loi CLXXXV de 2010 sur les services de médias et la communication de masse

Section 9 […]
(2) L’article 9 (6) […] est remplacé par la disposition suivante:
Les programmes sont classés dans la catégorie V s’ils sont susceptibles d’exercer une influence négative sur l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs, notamment parce qu’ils ont pour élément central la violence, la propagation des concepts de la divergence de l’identité par rapport au sexe de naissance, du changement de sexe ou de l’homosexualité ou leur représentation, ou la représentation directe, naturaliste ou gratuite de la sexualité. Ces programmes doivent être classés comme «non appropriés pour un public âgé de moins de dix-huit ans». (https://www.tichyseinblick.de/daili-es-sentials/das-steht-im-gesetz-der-regierung-orban/ Traduction «Point de vue Suisse»)

Le genre: une doctrine d’Etat occidentale?

Le débat montre clairement que les luttes politiques actuelles se concentrent sur l’interprétation des droits de l’homme: certains mouvements idéologiques cherchent à utiliser les droits de l’homme comme un moyen de faire avancer leurs propres objectifs idéologiques et leurs intérêts politiques.

Ce n’est pas un hasard si, dans certains pays, des groupes sociaux conservateurs s’opposent à l’utilisation de moyens politiques pour imposer l’idéologie du genre comme une sorte de doctrine d’Etat. Alors qu’en Hongrie, on critique le fait que l’Etat joue un rôle relativement neutre en matière de protection et d’éducation des enfants, en tenant compte de certains aspects conservateurs, la situation est inverse dans de nombreux «Etats-providence» occidentaux: l’étendard de la «diversité sexuelle» devient de plus en plus une idéologie étatique générale. Dans ce contexte, un financement public est accordé aux organisations promouvant la diversité sexuelle. Des documents promouvant la diversité sexuelle sont inclus dans les programmes scolaires, et les médias publics accordent de plus en plus de place aux notions idéologiques de genre.

La réalité est que, par exemple, les drapeaux arc-en-ciel hissés en Allemagne – de manière plutôt provocante – à cause de la visite de l’équipe de football hongroise, indiquent de plus en plus une réelle différence idéologique globale et une sorte de doctrine spécifique de politique gouvernementale.

Cette doctrine se reflète également de plus en plus dans la politique de l’Union européenne: il y a un an à peine, par exemple, a été adopté le projet de programme quinquennal pour l’égalité des sexes, qui va au-delà de l’idée d’égalité entre les femmes et les hommes. Le programme vise à atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes et entre «les garçons et les filles» «dans toute leur diversité».

Pour illustrer et mieux comprendre la raison d’être et la pertinence de la législation hongroise, il faut noter que le projet du programme de l’UE cite comme modèle des plans d’action tels que la mise à disposition d’une «littérature pour enfants sans stéréotype de genre, ouverte, pluraliste et encourageante» lors des lectures pour enfants et dans les bibliothèques pour enfants.

Conflit sur les valeurs démocratiques possibles entre les Etats membres

La grande question est de savoir si, dans cette situation, la Hongrie ou tout autre Etat membre de l’Union européenne a encore le droit de défendre un point de vue politique particulier sur ces questions.

Il est important de prendre en compte que même avec le Traité de Lisbonne, l’Union européenne a été créée sur la base de traités internationaux, selon lesquels les Etats membres – dans le cadre d’une confédération d’Etats – acceptent certaines valeurs comme communes, tout en préservant leur propre identité constitutionnelle.

Les Etats membres ont signé les traités fondateurs de l’Union européenne en tant que parties contractantes sur un pied d’égalité; il faut donc respecter et garantir la possibilité d’un débat démocratique sur les valeurs entre les Etats membres. Toutefois, ce ne sont pas seulement les Etats membres, mais aussi l’Union elle-même qui doit prendre en compte sa propre diversité culturelle – ce qui est d’ailleurs déclaré sans équivoque à l’article 3 du Traité sur l’Union européenne. L’UE a donc un devoir explicite. Et où la «diversité culturelle» est-elle la plus évidente, si ce n’est dans le domaine des valeurs de la famille et de l’éducation des enfants?

On peut certainement débattre de certains points de la législation hongroise. Cependant, l’imposition radicale de l’idéologie du genre et de la «diversité sexuelle» comme une sorte d’idéologie d’Etat – incompatible avec le caractère fédéral de l’UE et rejetant catégoriquement les valeurs et la morale européennes traditionnelles – est contraire aux droits de l’homme et aux objectifs initiaux du Traité de l’Union européenne.

Soma Hegedős

* Soma Hegedős est juriste et journaliste, et est actuellement chercheur principal (Head Research) auprès du think tank hongrois Danube Institute. Il a fait ses études de droit à la prestigieuse Université Eötvös Lorand de Budapest. En Allemagne, il a étudié à l’Université de Cologne. A ses débuts, ses articles ont paru dans des journaux en ligne et des hebdomadaires hongrois tels que HVG (www.hvg.hu) et Hetek (www.hetek.hu).

Source:https://www.epochtimes.de/meinung/gastkommentar/ungarns-ziel-gender-ideologie-darf-in-europa-nicht-zur-staatsdoktrin-werden-a3543114.html

Traduction: Point de vue suisse

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