Photo : La Russie a clairement indiqué dès le départ que le différend opposait essentiellement la Russie et les États-Unis


A la question de savoir si les Etats-Unis devraient envoyer des troupes pour combattre aux côtés des Ukrainiens, le sénateur Chris Coons, D-Del, a déclaré dimanche que le moment était peut-être venu.


Par Patrick J. Buchanan – 22 avril 2022 – Antiwar.com

Le président russe Vladimir Poutine “ne s’arrêtera que lorsque nous l’arrêterons”, a déclaré M. Coons.

Nous sommes dans un moment très dangereux où il est important que (…) le Congrès et l’administration adoptent une position commune sur le moment où nous sommes prêts à passer à l’étape suivante et à envoyer non seulement des armes, mais aussi des troupes pour défendre l’Ukraine”.

“Si la réponse est jamais, alors nous invitons un autre niveau d’escalade dans la brutalité de Poutine.”

En réponse, la Maison Blanche a affirmé la déclaration du président Joe Biden selon laquelle les troupes américaines ne seront pas envoyées pour combattre les Russes en Ukraine, car cela ouvrirait la porte à une troisième guerre mondiale. Biden avait déclaré le mois dernier :

“L’idée que nous allons envoyer des équipements offensifs, des avions, des chars et des trains avec des pilotes et des équipages américains, comprenez bien… cela s’appelle la Troisième Guerre mondiale, d’accord ? Mettons les choses au clair, les gars.”

Nous ne combattrons pas la troisième guerre mondiale en Ukraine.”

Depuis que Biden a fait ces remarques, cependant, la ligne rouge contre l’aide directe des États-Unis à l’armée ukrainienne s’est déplacée, bien que l’interdiction d’introduire des troupes et une puissance aérienne américaines soit restée.

La position actuelle des Etats-Unis pourrait être résumée ainsi :
Étant donné que des forces américaines combattant et tuant des Russes en Ukraine déclencheraient une guerre entre les États-Unis et la Russie, qui pourrait dégénérer en guerre nucléaire, nous n’allons pas faire ce premier pas et risquer la sécurité et la survie de notre pays, même si le fait de rester en dehors de cette guerre qui dure depuis deux mois signifie la défaite de l’Ukraine.

C’est ce qu’on appelle la position Eisenhower.

En 1956, le président Dwight Eisenhower a refusé d’utiliser les forces américaines pour intervenir afin d’empêcher les chars russes d’écraser la révolution hongroise qui s’était soulevée contre l’occupation et la domination soviétiques. Ike n’était pas disposé à franchir la ligne de Yalta divisant l’Europe et a choisi de laisser la révolution hongroise échouer plutôt que de déclencher une guerre dans laquelle nos propres soldats et notre nation seraient en danger. Ike a littéralement fait passer l’Amérique en premier, avant les Hongrois.

Où le refus de Biden de suivre les conseils de Coon laisse-t-il les belligérants rivaux dans cette guerre Ukraine-Russie ?

Poutine a subi une série de revers depuis le début de son invasion.

Il n’a réussi à prendre aucune des trois plus grandes villes d’Ukraine : Kiev, la capitale, ou Kharkiv, la deuxième plus grande ville, ou Odessa, la troisième plus grande ville et principal port sur la mer Noire.

Poutine a subi une défaite et une retraite humiliantes lors de la bataille de Kiev et a perdu un quart des forces avec lesquelles il avait commencé la guerre.
Le navire amiral de la flotte russe de la mer Noire, le croiseur Moskva, a été coulé, semble-t-il par des missiles antinavires ukrainiens.

Pourtant, Poutine a également connu des succès.

Si Marioupol, le principal port ukrainien sur la mer d’Azov, tombe, comme prévu, Poutine aura son “pont terrestre” de la Russie vers la Crimée. Au nord de la Crimée et à l’ouest de Louhansk et Donetsk, Poutine a également ajouté aux terres qu’il détient depuis 2014.

La capture et l’annexion du Donbas par la Russie pourraient être qualifiées de victoire par Poutine. La capture de Kharkiv ou d’Odessa, cette dernière donnant à Poutine le contrôle de toute la côte de la mer Noire de l’Ukraine, faisant de Kiev la capitale d’un pays enclavé, constituerait un triomphe.

Ce qui nous amène au débat qui se dessine actuellement aux États-Unis.

Les néoconservateurs et les faucons de guerre sont d’avis que la défaite visible de l’armée russe et son expulsion de l’Ukraine, ainsi que l’humiliation et l’éviction de Poutine, doivent être les objectifs de l’Amérique. Et ces objectifs ne doivent pas être négociables. L’incapacité à atteindre ces objectifs, dit-on, équivaudrait à une défaite de l’OTAN et des États-Unis.

Le problème avec ce scénario de victoire ?

Poutine a envoyé de nombreux signaux indiquant qu’avant d’accepter la défaite de son armée et de son pays, ainsi que sa propre destitution et son procès en tant que “criminel de guerre” ayant commis un “génocide”, il utilisera les armes nucléaires du champ de bataille de son arsenal de 6 000 armes de ce type pour gagner la guerre.
Mercredi, Poutine a annoncé le test par la Russie d’un nouveau missile balistique intercontinental géant.

Les opposants (à une intervention, NdT)  pensent que Poutine ne bluffe peut-être pas, qu’une fin rapide et négociée de cette guerre est peut-être nécessaire pour éviter un conflit plus large qui pourrait dégénérer en troisième guerre mondiale.

Mais, comme toujours, ils sont accusés de timidité et de lâcheté et de laisser passer une occasion historique d’administrer à la Russie autoritaire la défaite qu’elle a provoquée avec cette invasion et qu’elle le mérite amplement.

Pourtant, rappelez-vous : Pour éviter la guerre avec la Russie, le président Harry Truman a refusé de briser le blocus de Berlin imposé par Joseph Staline. Eisenhower a laissé la révolution hongroise être noyée dans le sang et a dit aux Britanniques, aux Français et aux Israéliens de quitter l’Égypte. Le président John F. Kennedy a laissé le mur de Berlin s’élever. Le président Lyndon B. Johnson a laissé le Printemps de Prague être écrasé par le Pacte de Varsovie.

Plus vite cette guerre prendra fin, mieux ce sera pour tous.

Patrick J. Buchanan

Patrick J. Buchanan is the author of Churchill, Hitler, and “The Unnecessary War”: How Britain Lost Its Empire and the West Lost the World. To find out more about Patrick Buchanan and read features by other Creators writers and cartoonists, visit the Creators Web page at www.creators.com.

(Traduction Arrêt sur info)