L’Occident se tourne vers la Méditerranée orientale pour remplacer les approvisionnements en provenance de Moscou.

RT: 16 Juin 2022

L’Union européenne a signé mercredi un accord avec l’Égypte et Israël pour des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) à ses États membres. Bruxelles espère que l’accord aidera le continent à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de son principal fournisseur, la Russie. RT se demande si ces attentes sont réalistes.

1- Que signifie l’accord trilatéral ?

Il devrait permettre à Israël d’accroître ses exportations de gaz naturel par des gazoducs préexistants vers des ports égyptiens, où il pourra être pressurisé et liquéfié, avant d’être transporté vers l’Europe par voie maritime. Une partie du gaz israélien est déjà envoyée par gazoduc vers des usines de liquéfaction sur la côte méditerranéenne de l’Égypte, d’où il est réexporté sous forme de GNL.

2- Quelle quantité de gaz Israël pourrait-il exporter ?

Israël envoie actuellement environ cinq milliards de mètres cubes de gaz par an à l’Égypte. Le Caire avait auparavant signé des contrats avec le pays pour l’achat de 64 milliards de mètres cubes (bcm) de gaz sur une décennie. Les deux parties ont ensuite étendu l’accord à 15 ans, avec une augmentation du volume des fournitures jusqu’à 6,9 milliards de m3 par an.

3- Quelle quantité de combustible pourrait être réacheminée vers l’Europe ?

La ministre israélienne de l’énergie, Karine Elharrar, a déclaré précédemment qu’il était peu probable que le pays soit en mesure d’envoyer « d’énormes quantités », étant donné que la plupart de ses capacités actuelles sont destinées à l’Égypte, à la Jordanie et au marché intérieur. Les responsables ont déclaré qu’il faudrait probablement attendre quelques années avant de pouvoir augmenter les exportations de manière significative.

4- L’infrastructure est-elle adéquate ?

Selon les estimations, une augmentation significative des exportations de gaz par Israël nécessiterait un investissement majeur à long terme dans les infrastructures. En outre, les vastes installations de gaz naturel de l’Égypte sur la Méditerranée sont restées largement inactives depuis le soulèvement du pays en 2011.

5- Existe-t-il une autre route pour le gaz israélien vers l’UE ?

Le projet EastMed, un gazoduc sous-marin reliant Israël à la Grèce et à l’Italie via Chypre, pourrait être une autre option pour l’approvisionnement en gaz des pays européens. Le projet, qui est fortement soutenu par les États-Unis, devrait permettre de livrer environ 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel à l’Union européenne via la Grèce et l’Italie. Toutefois, le projet EastMed ne devrait couvrir que 10 à 15 % des besoins prévus de l’UE en gaz naturel.

6- Ces volumes pourraient-ils être suffisants pour l’Europe ?

Non. La demande totale de gaz de l’Europe s’élève à 512 milliards de m3 par an. Selon les estimations, l’approvisionnement d’Israël, extrait de trois champs gaziers offshore en Méditerranée, sera loin d’atteindre la capacité russe. Israël produit environ 12 milliards de m3 de gaz naturel par an, mais les analystes du secteur estiment que les réserves inexploitées représentent au moins le double de cette quantité.
Parallèlement, les usines égyptiennes de GNL d’Idku et de Damiette ont une capacité totale de 12,2 millions de tonnes par an, ce qui pourrait fournir environ 17 milliards de m3 de gaz naturel. Une augmentation significative de l’approvisionnement nécessiterait l’exploitation de nouveaux grands gisements de gaz dans la région de la Méditerranée orientale.

7- Quelle quantité de gaz la Russie a-t-elle fournie à l’UE ?

En 2021, l’Union européenne a importé 155 milliards de m3 de gaz naturel de Russie, ce qui représente environ 45 % de ses importations de gaz et près de 40 % de sa consommation totale de gaz. Le bloc commercial est confronté à des difficultés énergétiques depuis qu’il a imposé des sanctions radicales à son principal fournisseur de gaz.

8- L’Europe peut-elle remplacer son gaz russe ?

Ce ne sera pas facile et ce ne sera pas bon marché. L’Union européenne devra concurrencer l’Asie et d’autres acheteurs pour des approvisionnements mondiaux limités, et paiera des prix plus élevés – beaucoup plus élevés. L’Europe dépend du gaz naturel russe pour chauffer les maisons, préparer les repas et produire de l’électricité dans la plupart des 27 États membres de l’Union. Sevrer le continent du gaz russe bon marché et abondant serait une perspective bien plus perturbante pour l’économie de la région.
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