Réduire la techno-sphère – Partie 1

Le 28 Septembre, en s’adressant à l’Assemblée générale de l’ONU, M. Poutine a proposé «la mise en œuvre des technologies proches de la nature, qui permettront de rétablir l’équilibre entre la biosphère et la techno-sphère». C’est nécessaire pour lutter contre la catastrophe du changement climatique mondial, parce que, selon Poutine, les réductions d’émissions de CO2, même si elles sont appliquées avec succès, ne seraient qu’un simple report plutôt qu’une solution.

Je n’avais jamais entendu l’expression «mise en œuvre de technologies proches de la nature» avant, donc j’ai Googlé et Yandexé [Yandex est le moteur de recherche russe, NdT], mais rien d’autre n’est sorti que ce discours de Poutine à l’ONU. Il a inventé l’expression. Comme pour les autres expressions qu’il a inventées, telles que «démocratie souveraine» et «dictature de la loi», en voici encore une pour changer la donne. Avec lui, ce ne sont pas des mots jetés dans le vent. Dans chacun des cas, l’expression a jeté les bases d’une nouvelle philosophie de la gouvernance, avec un nouvel ensemble de politiques.Dans le cas de démocratie souveraine, cela signifiait l’exclusion méthodique de toutes les influences étrangères sur le système politique de la Russie, un processus qui a abouti récemment, lorsque la Russie, en tandem avec la Chine, a interdit les ONG occidentales, qui étaient auparavant des tentatives futiles de déstabiliser ces pays sur le plan politique. Les autres nations qui ont eu des démêlés avec le syndicat des Révolutions oranges peuvent désormais suivre ce nouvel ensemble de politiques.Dans le cas de la dictature de la loi, cela signifiait soit légaliser explicitement et absorber dans le Système chaque type de formation sociale illégale ou semi-légale soit les interdire et les détruire explicitement; d’abord en se concentrant sur les gangs criminels et les rackets de protection qui ont proliféré en Russie dans les années sauvages autour de 1990. Cette expression a  été étendue à la sphère internationale, où la Russie travaille actuellement à détruire les créations des activités occidentales illégales, telles qu’ISIS et d’autres groupes formés et armés par les USA, ainsi que des groupes terroristes financés par les Saoudiens. La dictature de la loi signifie que personne n’est au-dessus de la loi, pas même la CIA ou le Pentagone.

Ceci étant dit, il est logique d’analyser attentivement l’expression, dans l’espoir d’acquérir une meilleure compréhension de ce qu’on y entend, cette expression particulière étant plus difficile à analyser que les deux précédentes. En effet,  l’original russe, внедрение природоподобных технологий, est chargé de significations que l’anglais ne permet pas de transmettre directement.
Внедрéние (vnedrénie) peut être traduit de différentes manières: mise en œuvre; introduction; implantation; inoculation, implantation (des points de vue, idées); enchâssement (cas de la culture.); avènement; lancement; constitution; adoption; inculcation, instillation; endoctrinement. Traduire par «mise en œuvre» ne lui rend pas justice. Le terme est dérivé du mot нéдра (nédra) qui signifie «les enfers» et est étymologiquement relié au vieux mot anglais neðera à travers une racine indo-européenne commune. En Russie, il peut se référer à toutes sortes de profondeurs insondables, des régions basses de la Terre (où le pétrole et le gaz sont trouvés) aux régions profondes de la psyché humaine, comme dans l’expression недра подсознательного (les régions profonde du subconscient). Le traduire par le terme à consonance technique «mise en œuvre» ne lui rend pas justice. Il peut très bien signifier «implantation» ou «endoctrinement».

Le mot природоподóбный (priródo-podóbnyi) se traduit directement par «proche de la nature» bien qu’en russe, il ait moins à voir avec un sous-entendu de ressemblance accidentelle et davantage avec celui de conformité active ou d’assimilation. C’est un néologisme récent, et on peut le retrouver dans des articles d’universitaires russes faisant la promotion de la technologie, dans lesquels ils favorisent les initiatives vaporeuses pour entraîner le développement des nanotechnologies ou de la microélectronique quantique en simulant les processus évolutifs, en quelque sorte. Le fond de cette pensée semble être qu’une fois que ces jouets deviennent trop complexes pour être conçus par les humains, nous pourrions tout aussi bien les laisser évoluer seuls comme les bactéries dans une boîte de Petri.

En nous basant sur ce que M. Poutine a déclaré ensuite, nous pouvons être sûrs que ce n’est pas ce qu’il avait en tête: «Nous avons besoin d’approches qualitativement différentes. La discussion doit concerner principalement les nouvelles technologies proches de la nature, qui ne blessent pas l’environnement, mais qui existent en harmonie avec elle et nous permettront de rétablir l’équilibre entre la biosphère et la techno-sphère que l’humanité a perturbé.» Il semble qu’il voulait dire que les gens devraient se conformer à la nature dans leur vie quotidienne plutôt que d’essayer de la simuler dans des conditions de laboratoire.

Mais que voulait-il dire par technologies? Voulait-il dire que nous avons besoin d’une nouvelle génération de colifichets et de gadgets éco-compatibles qui seraient légèrement plus économes en énergie que les productions actuelles? Encore une fois, nous allons voir ce qui s’est perdu dans la traduction. En russe, le mot tekhnologii ne signifie pas directement la technologie industrielle, il peut concerner tout art ou artisanat. Comme il est évident que la technologie industrielle n’est pas particulièrement proche de la nature, il va de soi qu’il voulait parler d’un autre type de technologie, et ce qui saute immédiatement à l’esprit, ce sont les technologies politiques. En Russie, cela s’écrit en un seul mot, polittekhnologii, et c’est une notion assez commune. À son apogée, c’est l’art du déplacement de la mentalité politique et culturelle commune dans une direction favorable ou productive.

Poutine est un technologue politique consommé. Sa cote actuelle de popularité nationale se situe à 89%; les 11% restants le désapprouvent parce qu’ils souhaitent le voir prendre une position encore plus dure contre l’Occident. Il est logique, par conséquent, d’examiner sa proposition du point de vue de la technologie politique, abandonnant l’idée que ce qu’il voulait dire par technologie serait une sorte de nouvelle industrie réellement plus éco-compatible. Si son initiative réussissait à rassembler 89% de la population mondiale, qui se prononceraient en faveur de l’adoption rapide de modes de vie proches de la nature et autour d’écosystèmes compatibles, tandis que les 11% restants resteraient dans l’opposition parce qu’ils croient que le taux d’adoption de cette politique n’est pas assez élevé, alors peut-être que la catastrophe climatique serait-elle évitée ou au moins son scénario le pire, l’extinction humaine.

Dans la prochaine partie de cette série, nous apprendrons ce qu’est la technologie politique, quelles sortes de technologies politiques nous pouvons déceler tout autour de nous. Ensuite, nous aborderons les principales questions: que signifie pour nous devenir proches de la nature et, enfin, comment pouvons-nous inventer ou faire évoluer les technologies politiques pour réaliser cette transformation pendant qu’il en est encore temps (si nous sommes chanceux).

Dmitry Orlov | 13 Octobre 2015


Réduire la techno-sphère – Partie 2

Les technologies politiques ont trois objectifs principaux:

1. Changer les règles du jeu entre les participants dans le processus politique.
2. Introduire dans la conscience de masse de nouveaux concepts, des valeurs, des opinions et des convictions.
3. Manipuler directement le comportement humain à travers les médias de masse et les méthodes administratives.Les technologies politiques poursuivent ces objectifs tactiques en conformité avec des impératifs stratégiques, plus élevés, et c’est seulement la nature noble de ces impératifs élevés qui peuvent justifier l’utilisation de ces moyens non démocratiques, tenus d’une main ferme. Oui, la fin justifie les moyens, de temps en temps. Il vaut mieux, pour sauver l’humanité et le monde naturel, utiliser des moyens non démocratiques que de les laisser s’éteindre en adhérant à ceux qui sont strictement démocratiques.
Mais souvent, les impératifs sont beaucoup moins nobles. Ils peuvent être séparés en deux catégories:1. Améliorer le bien-être de tout le monde par la poursuite du bien commun de toute la société, tel qu’il est compris par ses membres les plus instruits, les plus dignes et responsables, les plus intelligents. Les technologies politiques de ce genre résultent d’un cercle vertueux, se fondant sur les succès précédents pour renforcer la cohésion sociale, la solidarité et la mise en scène pour de grandes réalisations. (Ce sont les bons côtés.)2. Enrichir, donner du pouvoir et protéger les intérêts particuliers au détriment du reste de la société. Ces types de technologies politiques ne réussissent pas à surmonter leurs contradictions internes ou sont entraînées dans un cercle vicieux, dans lequel ceux qui en bénéficient s’acharnent à obtenir des niveaux toujours plus élevés de comportements égoïstes au détriment des autres, préparant le terrain pour des résultats sociaux désastreux, une stagnation économique, une violence de masse et une guerre civile éventuelle avec une désintégration politique. (Ce sont les mauvais côtés.)Prenons les États-Unis à titre d’exemple. Les États-Unis prennent actuellement plus que leur juste part de cette seconde description. Passons brièvement en revue une douzaine de références à ces comportements, parmi les plus importantes.1. Le lobby des combustibles fossiles.

Objectif : Convaincre la population américaine qu’un changement catastrophique climatique anthropique ne se produit pas.

Moyens : Mener des campagnes de diffamation contre les scientifiques du climat, publication de faux articles scientifiques, dénigrement de la science dans son ensemble, présentation du mouvement pour arrêter le changement climatique catastrophique comme une conspiration, etc.

Ce lobby montre quelques signes de défaillances avec une contradiction interne, comme quoi certaines parties de Caroline du Sud, un État soi-disant conservateur, finiraient sous l’eau dans un prétendu «déluge de mille ans» (qui sera bientôt rebaptisé «crue centennale», puis  «crue décennale» et, enfin, en inondation blub-blub-blub). Contrairement à la Caroline du Nord, la Floride (un autre État blub-blub-blub) et le Wisconsin, la Caroline du Sud n’a pas interdit l’utilisation du terme «changement climatique» aux employés de l’État; non pas que quiconque l’ayant entendu puisse les utiliser comme il veut. Lorsque les technologues politiques commencent à interdire l’utilisation de mots, vous savez qu’ils sont de plus en plus désespérés. Au niveau de la technologie méta-politique, quand un technologue politique montre des signes de défaillance par une contradiction interne, il est souvent préférable de laisser les choses suivre leur cours. Après tout, qu’importe si les responsables en Caroline ou en Floride utilisent le terme changement climatique ou le terme blub-blub-blub?

2. Les fabricants d’armes.

Objectif : Convaincre la population américaine que la propriété privée des armes à feu met les gens à l’abri, qu’elle est efficace pour prévenir la tyrannie du gouvernement, et qu’elle est un droit devant être défendu à tout prix.

Mais là aussi, on voit apparaître quelques signes de défaillance avec une contradiction interne, comme l’augmentation du nombre de fusillades de masse aux États-Unis. Le niveau de lavage de cerveau ici est assez élevé, et les autorités américaines pourraient se trouver contraintes de recourir à la manipulation directe pour ramener la situation sous contrôle (enfin c’est ce qu’ils espèrent). Cela peut impliquer une sorte de bras de fer féroce entre le gouvernement et les fous des armes à feu, dans lequel ces derniers sont décrits comme des terroristes, des hors-la-loi qui, dans un exercice de démonstration, seraient instantanément anéantis par l’armée, la marine et l’armée de l’air. Mais cela ne ferait que mettre en évidence la prochaine couche de contradictions internes: en démontrant de façon décisive que la possession d’une arme à feu ne vous met pas à l’abri, et que les armes sont inutiles dans la prévention de la tyrannie, le gouvernement serait forcé d’admettre tacitement qu’il est, de fait, une tyrannie en guerre avec son propre peuple. Et cela nuirait à un certain nombre d’autres technologies politiques dont le gouvernement dépend pour sa survie politique.

3. Le système politique à deux partis, avec les lobbyistes et ses sponsors parmi les corporations, le big money et des étrangers.

Objectif : Garder les gens dans la croyance que les États-Unis sont une démocratie et que les gens ont le choix. D’une part, cette technologie semble fonctionner. Beaucoup de gens ont voté pour Obama (certains d’entre eux deux fois!), puis ont eu un grand moment de solitude face au fait qu’il n’était qu’un imposteur, à peine différent de son prédécesseur, et que tout ce qu’il avait dit pour obtenir leur vote était seulement une musique de l’espoir. Et maintenant, beaucoup de ces mêmes personnes sont prêtes à voter de nouveau, pour un quelconque autre politicien de carrière, démocratique, jouant le même genre de musique de l’espoir. Mais malgré tout, cet aspect de la technologie politique semble être   plutôt en déclin. L’appareil des partis paraît incapable de produire des candidats viables. Les républicains sont dans le désarroi interne et semblent particulièrement vulnérables, risquant d’être relégués au second plan par des étrangers comme Trump. En outre, la plupart des électeurs ne s’identifient plus avec l’un ou l’autre des partis, un développement troublant pour les technologues politiques chargées de les faire paître d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique.

4. Les entreprises de défense et les élites autour de la défense nationale.

Objectif : Justifier les budgets de défense exorbitants au prétexte qu’ils gardent la nation en sécurité en déjouant les malfaiteurs et autres absurdités. Les États-Unis ont un système de défense très coûteux, mais très inefficace.

Affaire en cours : Les hostilités en Syrie menacent de dégénérer. Les États-Unis ont ordonné au porte-avion USS Theodore Roosevelt de quitter le golfe Persique, laissant ce golfe sans un seul porte-avions américain pour la première fois en 6 ans.

La raison est simple : Bien qu’issus d’une recherche de pointe très coûteuse, les porte-avions américains ne sont efficaces que contre des adversaires très faibles et désorganisés. Quand on en vient à affronter de grandes puissances comme la Russie, la Chine et l’Iran, ils ne sont pas plus que des canards d’eau douce, sans défense contre les attaques de missiles de croisière supersoniques et de torpilles à super cavitation [1] – qu’en outre les Américains ne possèdent tout simplement pas. Ces signes évidents de faiblesse (et il y en a beaucoup d’autres) sapent les fondements de ces demandes en dollars pour la défense, selon lesquelles c’est de l’argent bien dépensé. Avec le temps, ce message est amené à sombrer comme la mise en place de la défense des États-Unis produit des cafouillages militaires inutiles, des rapports sans fondement, ceux des services de renseignement prenant leurs désirs pour la réalité, ce qui entraîne une contradiction interne grave.

Si on couple cette relative impuissance des armes de haute technologie américaines contre des adversaires équipés de façon similaire avec l’incapacité ou le refus de déployer des troupes au sol (après les grandes réussites dans les hachoirs à viande de l’Irak et de l’Afghanistan), on a une superpuissance d’antan dont la capacité à projeter sa force est plutôt circonscrite. Pourquoi, alors, est-ce que ça coûte autant? Une défaite aurait pu être obtenue pour beaucoup moins cher. Un signe de désespoir vient de cette dernière initiative américaine de déposer des palettes de munitions d’armes légères et de grenades à main dans les déserts du nord de la Syrie, dans l’espoir que certains terroristes modérés (mort de rire) seraient les premiers à les trouver pour les utiliser contre le gouvernement syrien.

La liste est longue, mais, pour des raisons de concision, et comme exercice pour le lecteur, je vais laisser celui-ci remplir en détail les exemples restants de mauvaises technologies politiques que l’on trouve aux États-Unis. Les informations ne sont pas difficiles à trouver. Demandez-vous si ces technologies vont échouer grâce à une contradiction interne, par le déclenchement d’un conflit plus large ou en provoquant une dégénérescence généralisée dans la population qu’elles oppriment.

5. L’industrie médicale.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’une assurance maladie privée est nécessaire, que les frais médicaux exorbitants sont justifiés, que la médecine socialisée est en quelque sorte le mal incarné, et qu’ils reçoivent des soins médicaux de bonne qualité, en dépit de toutes les preuves du contraire.

6. L’industrie de l’enseignement supérieur.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que l’enseignement supérieur aux États-Unis est une valeur sûre en dépit de ses coûts exorbitants, de la crise de la dette étudiante et du fait que plus de la moitié des diplômés universitaires et du collège ont été incapables de trouver un emploi professionnel.

7. Le complexe industriel des prisons.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’emprisonner un pourcentage plus élevé de la population que ne l’a fait Staline, surtout pour des actes non violents, des crimes sans victimes, permet d’assurer en quelque sorte la sécurité de la population en dépit de l’inexistence de preuves.

8. L’industrie automobile.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’une automobile à soi est la marque d’une liberté personnelle tout en dénigrant les transports en commun, en dépit du fait que si vous prenez en compte tous les coûts et les externalités des voitures particulières en les traduisant en heures de travail nécessaires pour payer pour cela, conduire une voiture se révèle moins rentable que la marche.

9. L’industrie agro-alimentaire.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction qu’un régime alimentaire constitué de nourriture pas chère, chargée de produits chimiques, produite industriellement est en quelque sorte acceptable en dépit du niveau élevé d’obésité, de maladies cardiaques, du diabète et d’autres affections qui en sont les conséquences.

10. L’industrie financière.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que leur argent est en sécurité même s’il disparaît dans le trou noir sans cesse croissant d’une dette impossible à rembourser.

11. La religion organisée.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que se prosterner devant un grand homme blanc dans le ciel, qui pourrait vous envoyer en enfer en dépit du fait qu’il vous aime, et qui, bien que tout-puissant, a toujours besoin de votre argent, l’emporte sur l’utilisation de votre propre raison se fondant sur des faits pour trouver votre propre chemin dans le monde. Cela amène les gens simples d’esprit à affirmer avec insistance que l’histoire fabriquée du dieu égyptien Horus, à laquelle on ajoute des morceaux de l’épopée de Gilgamesh et d’autres mythes anciens, est la parole de Dieu et la vérité littérale absolue. Il faut garder vivante la fiction que les personnes religieuses sont en quelque sorte plus morales ou plus éthiques que les personnes non religieuses.

12. Le système juridique.

Objectif : Maintenir les gens dans la conviction que le système juridique produit en quelque sorte la justice au lieu de se vendre au plus offrant, seulement pour nourrir une énorme armée d’avocats bien payés qui mériteraient leur argent, et que l’obéissance à un codex de lois si volumineux et si compliqué qu’il en est complètement incompréhensible pour une personne moyenne et même pour la plupart des avocats, signifie être un bon citoyen.

Comme vous le voyez, les États-Unis supportent un certain poids de parasitisme dû aux mauvaises technologies politiques. Chaque groupe d’intérêt particulier peut faire appel à des technologues politiques pour mettre en place un système qui lui assurera un morceau disproportionné du gâteau, au détriment de tout le monde.

Tout ceci est déjà assez mauvais, mais les mauvaises technologies politiques provoquent un problème supplémentaire: elles affaiblissent l’esprit de ceux qu’elles oppriment. Leur principal objectif est de maintenir les gens dans la conviction de choses qui sont fausses. Une fois qu’elles réussissent, ces gens deviennent personnellement investis dans ces mensonges, viennent à s’y identifier et prennent toute information qui les contredit soit comme un affront personnel ou, à tout le moins, comme une source de dissonance cognitive inopportune. Cela les rend imperméables à de bonnes technologies politiques, celles qui cherchent à les convaincre de choses qui sont vraies et d’approches qui travaillent sur les faits pour les orienter dans le sens de faire ce qui est nécessaire. Ils sont ce que Andy Borowitz a appelé l’«homme résistant aux faits».

En raison de la forte charge parasitaire des mauvaises technologies politiques, la population des États-Unis ne peut pas comprendre l’importance d’en mettre de bonnes sur pied, comme celle visant à prévenir un changement climatique catastrophique. Un grand nombre de ces mauvaises technologies politiques sont sur le point d’échouer, soit par le biais de contradictions internes, soit en raison de leurs effets néfastes sur les personnes prises dans leurs sortilèges. Il est donc logique d’attendre.

En outre, le problème des États-Unis comme pollueur et perturbateur majeur du climat peut se résoudre de lui même : les États-Unis sont un pays qui souffre énormément du changement climatique, avec la côte Ouest et le Sud-Ouest courant vers des pénuries l’eau, le Sud décimé par des vagues de chaleur et la côte Est en passe de disparaître sous les vagues. Gardez à l’esprit que cela concerne moins de 5% de la population mondiale, un nombre important, mais pas assez important pour tenir en otage le reste de la planète.

Essayer de négocier avec les États-Unis pour prévenir un changement climatique catastrophique commence à ressembler à une perte de temps. Pourquoi les 95% devraient attendre de voir les 5% se creuser un trou assez profond pour eux-mêmes? Mais qu’est-ce qui ne serait pas une perte de temps? Telle est la question que nous allons traiter bientôt.

Dmitry Orlov | 14 Octobre 2015

[1] Précisions de l’Auteur

  • Les États-Unis disposent d’un missile de croisière supersonique air-sol lancé mais de  courte portée. Idem pour la France. Ils n’ont rien qui se compare avec le Kalibr russe, qui dispose d’un rayon d’action de plus de 1500 km et a été récemment testé en Syrie en conditions réelles avec 100% de réussite.
  • Les États-Unis n’ont pas de torpilles fonctionnant sur le principe de la super-cavitation.
  • La vitesse Mach 1 commence à 1,470km/h, et la vitesse de propulsion de la torpille US à hélice la plus rapide est de 500 km/h, moins de la moitié.
  • La Russie et l’Irak ont la torpille Shkval, qui nage à plus de 500 km/h.
  • Les porte-avions peuvent abattre des cibles subsoniques, mais ils ont pas de défense antimissile contre les supersoniques.
  • Contrairement aux Tomahawk subsoniques des Américains, le Kalibr peut être lancé depuis des petits navires.

Article original de Dmitry orlov, publié le 14 Octobre 2015 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Source: http://versouvaton.blogspot.fr/2015/10/reduire-la-techno-sphere-partie-ii.html


Réduire la techno-sphère, Partie 3

Avant cette série d’articles, j’ai expliqué comment, aux États-Unis, des intérêts particuliers utilisent des technologies politiques pour maintenir la population dans l’ignorance. Nous avons également montré comment ces efforts finiront par échouer, soit par le biais de contradictions internes ou parce que les parasites finiront par tuer l’hôte. Nous allons maintenant tourner notre attention vers les technologies politiques utilisées par les États-Unis contre le reste du monde. Cela peut sembler une digression à la tâche de répondre à la question brûlante, à savoir comment apporter des changements sociaux afin d’éviter la catastrophe climatique, mais c’est nécessaire.
*
La longue liste des technologies politiques utilisées aux USA (Partie II) pour garder les Américains sous contrôle, nous a aidé à montrer à quel point ces technologies sont envahissantes et destructrices. Nous en sommes maintenant à trouver des moyens pour neutraliser ces technologies parce que les Américains ont échoué à le faire. Pour trouver des exemples de moyens efficaces afin de les neutraliser, nous devons regarder ce que les États-Unis ont tenté d’appliquer au reste du monde, et qui a échoué.Peu importe la chance de l’Amérique d’être isolée géographiquement, d’avoir des ressources naturelles abondantes, d’avoir reçu cette manne gigantesque due à sa victoire [usurpée, NdT] dans la Seconde Guerre mondiale, plus la manne supplémentaire suite à l’effondrement soviétique, la chance devait fatalement tourner. En fait, dans une large mesure, c’est déjà le cas : de manière purement pratique, il est tout simplement impossible de continuer à fonctionner ainsi en faisant peu de cas de l’ensemble de la planète si vous continuez à piétiner aussi votre propre population. Les États-Unis ont moins de 5% de la population du monde, dont la moitié sont obèses, un tiers sous médicaments et un quart malades mentaux. Ils sont champions du monde des meurtres par armes à feu, pour les meurtres dus à des policiers et pour l’emprisonnement de la population. La moitié des enfants sont nés dans la pauvreté et un tiers dans des familles brisées et inexistantes. Plus d’un quart de la population en âge de travailler est au chômage définitif. Sans de gros efforts d’imagination, est-ce la description d’un groupe qui peut gouverner le monde?

En vérité, au-delà de la simple question de la fin de ces bonnes (ou, si vous préférez, diaboliques) choses, le reste du monde a développé certains anticorps efficaces contre les technologies politiques américaines, et certains d’entre eux peuvent être utiles dans la réalisation des rapides changements sociaux qui sont nécessaires afin d’éviter une catastrophe climatique. Avant que l’Empire américain ne soit balayé par une vague de confusion et d’embarras, nous devrions être en mesure d’en extraire quelques leçons utiles.

Nous pouvons diviser les technologies politiques que les États-Unis utilisent contre le reste du monde en trois grandes catégories. Bien que les deux premières peuvent ne pas impliquer la violence physique de manière manifeste, du moins pas à chaque fois qu’elles sont appliquées, les trois catégories sont en fait des formes de la guerre hybride.

  1. L’escroquerie aux prêts internationaux
  2. Le Syndicat des Révolutions oranges
  3. Le terrorisme par procuration

John Perkins décrit l’escroquerie aux prêts internationaux dans son livre Les Confessions d’un assassin financier:

Les tueurs à gages économiques (assassins financiers) sont des professionnels très bien payés qui escroquent les pays à travers le monde pour des milliards de dollars. Ils dirigent l’argent de la Banque mondiale, de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), et d’autres organisations étrangères d’aide vers les coffres des multinationales et les poches de quelques riches familles qui contrôlent les ressources naturelles de la planète. Leurs outils incluent des rapports financiers frauduleux, des élections truquées, des pot de vin, l’extorsion, le sexe et l’assassinat. Ils jouent un jeu vieux comme l’Empire, mais qui a pris des dimensions nouvelles et terrifiantes en ces temps de mondialisation.

Ces efforts aboutissent à un pays en faillite qui est incapable de payer le service de sa dette extérieure. Alors que dans les époques antérieures, les États-Unis utilisaient la diplomatie de la canonnière pour extorquer de l’argent en provenance de pays mauvais payeurs, dans un environnement économique mondialisé, c’est devenu en grande partie inutile. Au lieu de cela, la simple menace de refuser de fournir des liquidités aux banques du pays suffit pour le faire capituler. À son tour, la capitulation conduit à l’imposition de l’austérité : la santé, l’éducation, l’électricité, l’eau et les autres services publics sont soit coupés soit privatisés et achetés à bas prix par des intérêts étrangers ; l’épargne privée est confisquée pour effectuer des paiements symboliques payant une dette extérieure stratosphérique ; les subventions et les tarifs sont modifiés au profit des pays du G8 au détriment du pays lui-même, et ainsi de suite. La société s’effrite ; les jeunes et toutes les personnes de talent ou instruites tentent d’émigrer, laissant derrière eux les vieux démunis, les sans-espoir et les prédateurs sociaux.

Cette technologie politique a été un grand succès très récemment, avec la Grèce, le Portugal et l’Irlande. Mais il y a encore des pays qui, bien intégrés dans l’économie mondiale, sont politiquement en mesure de résister à ce mastodonte et insistent sur le maintien de leur souveraineté et la poursuite d’un ensemble de politiques indépendantes du diktat de Washington. Dans ces cas, les États-Unis déploient une technologie politique différente, qui porte le nom de Révolution orange (bien que les couleurs réelles varient). Cette technologie utilise des groupes de manifestants non violents pour créer un tumulte social, une désorganisation et une désintégration, pour rendre les élites politiques de ces pays impuissantes, et pour exploiter ce moment de chaos et de confusion dans le but d’installer un régime fantoche qui peut être contrôlé à partir de Washington.

Les méthodes de la Révolution orange sont souvent considérées comme un moyen non violent pour provoquer un changement de régime. Gene Sharp, le grand théoricien de la révolution non violente, insiste pour que toute protestation soit non violente. Mais le concept de non-violence, s’il est réconfortant pour les esprits délicats, doit être mis de côté parce qu’il n’existe tout simplement pas : si une foule ne jette pas de cocktails Molotov sur la police tout en bloquant illégalement les accès à un bâtiment public, cela ne la rend pas non violente. Tout d’abord, l’utilisation d’une foule dans un but précis est déjà une forme d’usage de la force. Deuxièmement, si la manifestation est illégale, et si rétablir l’ordre public exige la violence, alors la foule retourne la menace de la violence contre elle-même vers l’État de droit. L’appel à une telle non-violence de la foule équivaut à déclarer qu’un homme présentant ses exigences en pointant une arme sur sa propre tête n’est pas violent simplement parce qu’il n’a pas encore fait feu.

Les architectes du changement de régime insistent sur l’utilisation de tactiques non violentes spécifiquement parce qu’elles posent un problème beaucoup plus épineux pour les autorités que la révolte pure et simple. Si le gouvernement est confronté à un soulèvement armé, il sait exactement ce qu’il faut faire : le mettre par terre. Mais lorsque la jeunesse de la nation défile avec des T-shirts assortis (qui ont été mystérieusement expédiés de l’étranger) en criant des slogans délibérément anodins, ambitieux, et que l’ensemble du happening prend l’air d’un festival, alors la capacité du gouvernement à maintenir l’ordre public fond peu à peu.

Lorsque les conditions sont réunies, les changeurs de régime utilisent des mercenaires snipers, pour provoquer un massacre indifférencié et en jeter le blâme sur le gouvernement. Ces tireurs d’élite sont apparus en Égypte en 2011 pendant l’effort pour renverser Hosni Moubarak. Ils sont également apparus à Vilnius en 1991 puis à Moscou en 1993 [et à Kiev en 2014, NdT]. Ceux de Tunis, en 2011, sont actuellement détenus. Ils avaient des passeports suédois et des visages d’Europe du Nord. Ils ont dit qu’ils étaient là pour chasser le sanglier sauvage, avec des fusils de sniper, à Tunis.

Ne nous laissons pas induire en erreur : les trois types de technologies politiques que les États-Unis ont utilisées contre le reste du monde sont des formes de guerre hybride, et la guerre non violente est un oxymore. Le terme non-violence est impropre ; si on se réfère aux Révolutions orange, le terme correct est utilisation différée de la violence.

Ce qui transparaît pendant une révolution orange est typiquement organisé comme suit :

Phase 1 : fondements. L’action est initiée par un petit groupe d’individus de l’élite, idéologiquement et politiquement unifié en réseau et sponsorisé par des ONG de Washington, des think tanks et le Département d’État des États-Unis. Leur objectif est de figurer face au gouvernement comme la voix du peuple et face à la population comme les autorités légitimes. Ils utilisent des méthodes de guerre de l’information : grèves de la faim, petites manifestations, discours de dissidents et affrontements symboliques avec la police face à laquelle les manifestants jouent à la victime [Triangle de Karpman, Ndt]. Pour masquer le fait qu’ils ne sont qu’une petite clique impénétrable d’agents de l’extérieur et d’étrangers à la solde de Washington qui conspirent pour renverser le gouvernement, ils se fondent dans de grands groupes populaires de citoyens, infiltrent des mouvements de protestation légitimes, et injectent leurs slogans spécifiques aux côtés des demandes publiques populaires. Une fois qu’ils atteignent une majorité virtuelle et accumulent suffisamment de partisans pour les faire marcher pour une séance photo qui servira aux médias occidentaux pour en faire les champions d’un mouvement de protestation populaire, alors ils passent à l’action…

Phase 2 : destruction de l’ordre public. Durant cette phase, l’objectif est de parvenir à des perturbations sociales maximales grâce à des moyens non violents. Des rues et des places publiques sont occupées par des foules presque parfaitement pacifiques de jeunes scandant des slogans modérés, populaires. Ils commencent par l’organisation de manifestations sanctionnées officiellement, puis commencent à sonder les limites du gouvernement en changeant le parcours des manifestations ou par la tenue de réunions plus longues que prévues. Ils commencent à utiliser des stratagèmes tels que des sit-in accompagnés par l’annonce d’une grève de la faim illimitée. Tout en faisant cela, ils font de la propagande activement autour des policiers anti-émeutes, exigeant qu’ils ne fassent qu’un avec les gens en essayant de les forcer à devenir complices dans les premières transgressions mineures contre l’ordre public. Quand ce processus suit son cours, l’ordre public se désintègre progressivement.

Pendant cette phase, il est important que les manifestants ne se livrent à aucune sorte de dialogue politique significatif, parce que ce dialogue pourrait aboutir à un consensus national sur les questions importantes, et le gouvernement pourrait alors redevenir le champion, restaurer sa légitimité aux yeux du peuple tout en sapant la puissance des mouvements de protestation. Les changeurs de régime poursuivent la stratégie inverse : délégitimer le gouvernement par la prolifération de toutes sortes de conseils et de comités qui sont ensuite présentés comme démocratiques, et donc légitimes, des solutions de rechange au gouvernement.

Le temps des élections est un moment particulièrement opportun à exploiter pour les changeurs de régime en prétendant qu’il y a eu fraude dans les urnes et en utilisant les organisations sociales qu’ils ont infiltrées pour faire front commun afin de prétendre parler au nom de la véritable majorité. La Révolution du ruban blanc de la place Bolotnaya (marais) à Moscou le 6 mai 2012, juste avant que Poutine ne soit ré-élu en tant que président, n’a rien donné. Dans ce cas, les changeurs de régime se sont cassé les dents, et leurs agents locaux des mouvements d’opposition sont maintenant parmi les personnes les plus largement méprisées en Russie. (De façon amusante, les petits rubans blancs qui avaient été expédiés en Russie juste à temps pour cette action ont également été portés par les collaborateurs des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, quelque chose que de nombreux Russes savaient alors que les marionnettistes étrangers derrière ces fausses manifestations ne le savaient pas.) C’est presque la même technologie qui a fait le travail plus tard au cours de la Révolution de l’Euro-Maïdan à Kiev en février 2014.

Lorsque les personnes chargées de la protection de ce qui reste de l’ordre public sont trop usées pour pouvoir réagir avec force au moment où la situation l’exige, le décor est planté pour…

Phase 3 : occupation. Au cours de cette phase, qui, si elle est efficace, est assez courte, les manifestants prennent d’assaut et occupent un bâtiment public symboliquement important. C’est une tactique révolutionnaire très traditionnelle, remontant à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, ou à la prise du Palais d’Hiver, le 7 novembre 1917. Si les préparatifs ont réussi, à ce moment, le gouvernement est dans un conflit interne trop important pour agir ou les défenseurs de l’ordre public sont trop démoralisés pour suivre les ordres du premier ou alors les deux, de concert. Dans certains cas, comme en Serbie, en Géorgie et au Kirghizstan, tout cela permet de passer directement à la phase 5. Les personnes très organisées derrière le blitz [coup de main, NdT] prétendument spontané peuvent maintenant se déclarer comme gouvernement légitime, et peuvent exiger que le véritable gouvernement leur obéisse et démissionne. Cependant, parfois, ça ne marche pas, dans ce cas, il est toujours possible…

Phase 4 : le massacre. Des snipers sont pilotés et introduits dans les étages supérieurs des bâtiments publics donnant sur les places des villes où les rassemblements et les manifestations se tiennent. A ce moment là, les défenseurs de l’ordre public sont suffisamment démoralisés par leur inaction face à des défis de plus en plus élevés de la part des manifestants que quelques-uns d’entre eux peuvent être facilement corrompus par de gros pots de vin des sponsors étrangers de cette opération de changement de régime. Ils acceptent de l’argent et quittent la scène, laissant les portes déverrouillées ou même en ayant remis les clés. Les mercenaires vont passer à l’action et tuer une centaine de personnes. Les médias occidentaux vont exprimer immédiatement une forte indignation, attribuant la responsabilité du massacre au gouvernement, et exigeant qu’il démissionne. Les manifestants sont incités à faire écho immédiatement à ces slogans et une vague d’indignation balaie le gouvernement hors du pouvoir, ouvrant la voie au…

Phase 5 : changement de régime. Le nouveau gouvernement, téléguidé par l’ambassade des États-Unis et le Département d’État américain, prend le pouvoir, et est immédiatement reconnu par Washington qui lui apporte son soutien.

Cette stratégie peut avoir déjà réussi à ce moment-là. Comme nous le verrons, la société peut parfois développer des anticorps efficaces contre elle. Il est à noter que presque tout gouvernement, du plus démocratique au plus autocratique, est susceptible d’y être sensible, les seules exceptions étant les monarques absolus qui peuvent faire rouler des têtes dès que quelqu’un commence à parler sans y être invité, ou les dirigeants qui tirent leur légitimité d’un droit divin qui ne peut pas être remis en cause sans commettre un sacrilège.

Le gouvernement n’a pas de bonnes options tactiques. Il ne peut pas déclarer la masse des manifestants hors la loi, car ils sont, après tout, ses citoyens, et la plupart d’entre eux ne sont même pas directement coupables de toutes les transgressions administratives. Mais s’il veut rétablir l’ordre public, il doit sévir contre les manifestants. S’il réprime très tôt, alors cela semblera trop ferme et autoritaire, donnant des munitions au mouvement de protestation. S’il réprime à la hauteur des protestations, alors cela provoquera beaucoup de pertes inutiles, tournant une grande partie de la population contre lui. Et s’il tente de sévir quand il est trop tard, il finira par être vu comme encore plus faible, accélérant sa propre disparition.

Mais le gouvernement dispose d’une excellente option stratégique, à condition qu’il en jette les bases à l’avance. Le problème pour s’opposer à ce genre d’opération de changement de régime soi-disant non violente, téléguidée de l’extérieur, est qu’elle ne peut être efficacement combattue par un gouvernement. Mais elle peut être très efficacement combattue et perturbée par un groupe relativement restreint de personnes habilitées agissant directement et de manière autonome au nom du peuple. Tel est le thème que nous allons aborder.

Nous ne discuterons pas de la troisième méthode de changement de régime, le terrorisme par proxy parce que, franchement, ça ne fonctionne pas. On en est encore à essayer d’installer un régime fantoche stable dans tous les pays où cette méthode a été essayée. Elle a échoué en Afghanistan : après que les Soviétiques se sont enfin retirés, le pays est devenu un État défaillant. Le terroriste des marionnettes de l’Amérique, appelé al-Qaïda, a ensuite été utilisé comme leurre pour justifier l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, mais les leurres sont revenus à la vie et menacent de déstabiliser la région.
Le dernier groupe des terroristes, jouets de l’Amérique, ISIS – qui, en ce moment, sont tellement impressionnés par la campagne de bombardements russes qu’ils se rasent la barbe et fuient – sont devenus un énorme embarras pour les États-Unis. Le terrorisme par procuration ne produit, à coup sûr, que des États défaillants, et bien que certains puissent prétendre que c’est un objectif raisonnable comme finalité d’une politique étrangère, il est très difficile d’argumenter que c’est optimal, même à minima.

Dans un sens, ceci est un requiem pour ces trois technologies politiques.

La première, les prêts usuraires internationaux, ne semble plus fonctionner aussi bien que par le passé. Les pays en développement peuvent désormais emprunter à l’infrastructure asiatique de la banque d’investissement chinoise, dans laquelle ils peuvent devenir actionnaires. Des pays à travers le monde se débarrassent de leurs réserves en dollars et concluent des accords commerciaux bilatéraux qui contournent le système du dollar. En grand désarroi avec leurs propres finances, les États-Unis ne sont plus en mesure de fonctionner en tant que pourvoyeur de stabilité financière.

Les Révolutions orange ont aussi largement usé leur dynamique, parce que la technologie politique pour les neutraliser est maintenant assez bien maitrisée. Le dernier effort à grande échelle, en Ukraine en 2014, a abouti à un État défaillant. Les efforts ultérieurs à Hong Kong et en Arménie ont fait long feu.
Enfin, le terrorisme par procuration non seulement n’a jamais fonctionné correctement, mais est maintenant un poison extrêmement embarrassant pour les politiciens de Washington. Les Russes, avec l’aide syrienne, iranienne et irakienne, sont rapidement en train de liquider les animaux de compagnie terroristes de l’Amérique avec équité et équilibre, tandis que leurs anciens marionnettistes à Washington sont visiblement démoralisés et débitent des non-sens grotesques. Mais il y a encore quelques leçons importantes à tirer de tout cela, et nous devons les tirer avant que tout ne se recouvre d’une épaisse couche de poussière.

Dmitry Orlov

Article original de Dmitry Orlov, publié le 20 Octobre 2015 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr
Source: versouvaton.blogspot.ch
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