«Les rois ont le jour, les peuples ont le lendemain»
Victor Hugo – «Journal des idées et des opinions d’un révolutionnaire de 1830».

Mourir pour les beaux yeux de la dynastie wahhabite ?

Sur fond d’une pression subliminale américaine via la réactivation de la «Golden List» des philanthropes saoudiens du djihadisme planétaire, le Roi Salmane projette de se tourner vers Moscou, à la mi mars, en visite officielle, à l’arrière plan d’une conjoncture périlleuse pour le trône wahhabite, sur fond d’une rupture avec l’Iran, d’un enlisement tragique au Yémen, de déconvenues politiques et militaires en Syrie, et, dernier et non le moindre, d’une rivalité interne entre son propre fils Mohammad Ben Salmane et le prince héritier en titre Mohammad Ben Nayef.

Survenant après deux visites infructueuses de son propre fils à Moscou, en 2015, porteur de mirifiques promesses de gigantesques contrats et de coopération dans le domaine énergétique et nucléaire, le Roi Salmane va tenter, sinon d’infléchir la politique russe au Moyen-Orient, à tout le moins de solliciter l’aide du Kremlin pour une «sortie honorable» à sa politique calamiteuse tant au Yémen qu’en Syrie, alors que des informations persistantes dans la presse occidentale et arabe font état d’une possible «révolution de palais» en Arabie saoudite.

Brandissant la menace d’une intervention terrestre en Syrie, avec déploiement de forces aériennes à la base turque d’Incerlick, s’engageant par la voix de son ministre des affaires étrangères Abdel Joubeir, le poulain du prince des ténèbres Bandar Ben Sultan, de mettre en échec la stratégie russe de maintenir à flot le président Bachar Al Assad, le Roi Salmane risque de se heurter à l’intransigeance de Vladimir Poutine, qui parle de plus en plus ouvertement de «crimes de guerre» au Yémen dans une tentative de modérer les ardeurs belliqueuses du dynaste wahhabite.

Un an après le déclenchement de la guerre du Yémen, cinq ans après le déclenchement de la guerre de Syrie, le Royaume est conduit à constater que nul parmi ses alliés ne paraît disposer à s’engager dans une nouvelle aventure aux résultats aléatoires.

En déclinant tour à tour de prendre le commandement d’une coalition islamo-atlantiste en vue d’une offensive terrestre en Syrie, en lui refusant l’autorisation de livrer des missiles sol-air à l’opposition wahhabite, Barack Obama a signifier au gérontocrate atrabilaire, qui tient lieu de Roi d’Arabie, son refus de voir des GI’s mourir pour les beaux yeux de la dynastie wahhabite, ses aigreurs et ses rancœurs.

En vue de prévenir une détérioration plus grave de l’image du Royaume saoudien dans le Monde, particulièrement aux États-Unis, le clan wahhabite a décidé de lancer un lobby pro saoudien sur le modèle de son exemple israélien AIPAC, avec pour nom SAPRAC (comité des relations saoudo-américaines).

Son lancement devrait coïncider avec la visite programmée du Roi Salmane à Moscou. L’Arabie Saoudite avait eu recours à ce procédé, en 2001, sous l’impulsion du Prince Bandar Ben Sultan, l’ancien chef du djihadisme planétaire pro-saoudien, pour amortir le choc de l’implication de quatorze de ses nationaux dans le raid du 11 septembre 2001, contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.

En 2001, les Saoudiens avaient réussi à conjurer le mauvais sort, grâce à l’amitié du clan George Bush jr avec l’industrie pétrolière saoudienne et leur opération de séduction avait détourné le feu américain sur l’Irak et par effet de boule à la création de Daech. Qu’en sera-t-il quinze après ?

Un an accession après son accession au pouvoir, retour sur la face cachée du Roi Salmane à travers les révélations du plus redouté censeur saoudien.

Moujtahed acte III : Salmane entretenait des contacts avec Israël depuis la décennie 1980

Sous la houlette de l’Arabie saoudite, les pays arabes ont pratiqué une normalisation rampante avec Israël concomitante de l’annexion rampante de la Palestine ; une normalisation rampante du côté arabe proportionnelle à la montée en puissance du mouvement du boycottage d’Israël sur le plan mondial.

L’Iran a servi de prétexte à la normalisation de facto entre Israël et les pétro-monarchies du Golfe en ce que la connivence, d’abord souterraine, désormais publique, a préexisté au rapprochement entre les États-Unis et son ancien super-gendarme du Golfe du temps de l’Iran impériale de la dynastie Pahlévi.

Telle est en substance la principale conclusion des nouvelles révélations de Moujtahed, le gazouilleur le plus redouté du royaume saoudien pour la fiabilité et la corrosivité de ses informations.

Le verbatim de Moujtahed (http://www.al-akhbar.com/node/235873)

«Salmane a eu des contacts avec les sionistes dès la décennie 1980. Il a été le précurseur en ce domaine au sein de la famille royale saoudienne. Le gouverneur de Riyad avait des contacts réguliers à l’époque par l’entremise de ses protégés, Ousmane Al Omeir et Abdel Rahmane Ar Rached, les deux premiers rédacteurs en chef de son journal amiral «Al Charq Al Awsat».

Les contacts se déroulaient au Maroc en ce que le royaume chérifien et son pendant au Machreq, le Royaume hachémite de Jordanie sont les traditionnels partenaires historiques de la diplomatie souterraine israélo-monarchique.

Rappel des précédentes révélations de Moujtahed.

L’identité de ce mystérieux justicier intrigue, mais AL Rai Al Yom, le journal de l’influent éditorialiste arabe, Abdel Bari Atwane, a avancé le nom du Dr Saad Al Faqih, Président du «Mouvement Islamique pour la Réforme». Ancien professeur de chirurgie à la Faculté de médecine de l’Université du Roi Saoud à Ryad et consultant chirurgical à l’hôpital du Roi Khaled, dans la décennie 1990, il vit en exil à Londres et dispose d’un compte twitter crédité de 1,6 millions de followers.

http://www.raialyoum.com/?p=138997

http://www.madaniya.info/2015/06/02/les-gazouillis-de-moujtahed-sous-le-regne-d-abdallah-1-2

http://www.madaniya.info/2015/06/06/les-gazouillis-de-moujtahed-sous-le-regne-de-salmane-2-2/

«Salmane n’agissait pas tant en sa qualité de représentant du clan Saoud, mais agissait pour son propre compte, afin de convaincre les Américains de renforcer sa position au sein de la famille royale, dans le cadre de la lutte d’influence permanente entre le diverses factions wahhabites.

«En contrepartie, Salmane s’était engagé que son groupe de presse s’emploie à favoriser une normalisation culturelle, intellectuelle et pédagogique entre l’Arabie saoudite et Israël.

«Salmane a honoré ses engagements : Al Charq Al Awsat a bien réussi dans sa mission de sionisation de la culture en ce que ce groupe de presse a constitué le vivier le plus dangereux de personnalités les plus menaçantes pour la culture arabe et musulmane.

Moujtahed fait observer que sa garde rapprochée a fait office de task force pour la protection de Salmane et sa promotion médiatique tant sur le plan interne saoudien que pour sa visibilité sur le plan de la diffusion satellitaire. «L’insolite dans cette affaire est que la normalisation ne résulte pas d’une volonté délibérée de Salmane, en ce que son état mental (Alzheimer) ne l’autorise pas de telles audaces, mais résulte de son propre entourage, en la personne des deux Mohammad : son fils, Mohammad Ben Salmane, vice prince héritier et ministre de la Défense et Mohammad Ben Nayef, son neveu, prince héritier et ministre de l’Intérieur.

Moujtahed met l’accent sur la rencontre, début avril 2015, entre Dore Gold, le nouveau directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères et ancien ambassadeur israélien à l’ONU, et le général saoudien Anwar Eshké, à Washington, en compagnie du publiciste saoudien Daham Al Anzi, «lequel a émis le souhait de l’installation d’une ambassade israélienne à Riyad, terme ultime de la normalisation entre les deux pays».

La nomination d’Adel Al Jobeir, ancien ambassadeur saoudien à Washington, au poste de ministre des Affaires étrangères, de même que celle d’Adel Al Tarifi, au poste de ministre de l’information, constituent «une traduction concrète et manifeste du processus de normalisation», conclut Moujtahed.

Ainsi donc, la jonction israélo-pétromonarchique s’est faite dès la décennie 1980, c’est à dire dès l’avènement de la Révolution islamique en Iran, dans une manœuvre à double détente qui a eu pour effet de dégager Israël de toute menace militaire sur son front nord pendant toute une décennie, pendant que l’état Hébreu neutralisait la menace sur son front sud, via un traité de paix avec l’Égypte.

Sur le Front Nord

  • Via l’Irak, d’une part, en commanditant une guerre contre l’Iran par Saddam Hussein interposé en vue de fixer sur le sol, une «révolution chiite», deux facteurs déstabilisateurs pour la survie dynastique de monarchies sunnites, héréditaires et rétrogrades.
  • Via l’Afghanistan, d’autre part, en déportant le principal champ de bataille à 5.000 km de la Palestine, y déroutant du même coup 50.000 arabes afghans dans un djihad contre l’Union soviétique, c’est à dire contre le principal fournisseur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël (Égypte, Syrie, OLP, Irak, Algérie, Libye, Soudan et Somalie).
  • Via la Syrie, dans la décennie 2010, la dynastie wahhabite s’emploie à détourner la jeunesse saoudienne de l’attraction de Daech.

Ce faisant, la stratégie saoudienne a ainsi lâché la bride à Israël pour détruire la centrale nucléaire irakienne de Tammouz (1981), annexer le Golan et Jérusalem (1981), envahir le Liban (1982), faire des raids contre le QG tunisien de Yasser Arafat (1984) et assassiner deux de ses principaux adjoints (Abou Iyad et Abou Djihad).

Les pétromonarchies du Golfe, pour la survie de leur trône, ont ainsi donc fait le choix d’Israël contre l’Iran depuis belle lurette. L’alliance militaire de l’Arabie saoudite et du Qatar avec la Turquie, le meilleur allié d’Israël dans la zone, répond à cette préoccupation en ce qu’il constitue un contrepoids au désenchantement des États-Unis à l’égard de la psychorigidité dogmatique du Grand et du Petit wahhabite (Arabie Saoudite et Qatar), les principaux bailleurs de fonds du salafisme djihadiste.

La normalisation de facto entre les pétromonarchies du Golfe et Israël : une opération de blanchiment des turpitudes wahhabites

La visite spectaculaire de l’Émir du Qatar à Gaza, avec le consentement israélien, de même que le débauchage du chef politique du Hamas à Khaled Mechta de son alliance avec la Syrie et son installation à Doha, à 30 km de la base américaine d’Aydid, la plus importante base américaine du tiers-monde, en superposition avec les rencontres saoudo israéliens de Turki Ben Faysal, -le parrain originel d’Oussama Ben Laden durant la guerre d’Afghanistan, dans la décennie 1980-, tant à Monaco, le 10 décembre 2013, avec son ancienne collègue du Mossad Tzipi Livni, qu’à Davos, en février 2014 avec Shimon Pérès, confirment une tendance lourde de la nouvelle orientation de la diplomatie pétro-monarchique : Le jeu à découvert sans faux fuyant, qui était auparavant la marque de fabrique traditionnelle de leur diplomatie.

L’Arabie saoudite a noué une coopération technologique avec la société Daront, une société High Tech installée dans la vile de Ramat-Gan, près de Tel Aviv, dont le centre de révision technique est basé dans la colonie de Ilaad. L’accord porte sur un programme informatique et la formation aux États-Unis du personnel saoudien à sa mise en œuvre.

Par ailleurs, le royaume a attribué à une société israélienne la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Dubaï, le lieu même du meurtre du dirigeant militaire du Hamas Al Madbouh répondent à cette logique et en constitue la traduction la plus concrète de cette tendance. La maison-mère G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons dans les territoires occupés palestiniens, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes. Dans le monde arabe, elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de Dubaï.

Outre l’intérêt financier de ces contrats, la filiale saoudienne de la société israélienne Al Majal G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.

Pour ne pas être en reste, Abou Dhabi a confié la protection de ses champs pétrolifères à une firme israélienne dirigée par l’ancien député de gauche Yossi Sarid, alors que le site d’investigations Middle East Eye révélait l’existence de vols secrets réguliers entre Abu Dhabi et Tel Aviv en dépit de la prétendue interdiction faite aux citoyens israéliens d’entrer aux Émirats Arabes Unis.

La firme israélienne AGT a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre les Émirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman afin de prévenir les infiltrations hostiles.

Le barrage est en en fait un «mur intelligent» qui recèle des caméras pouvant enregistrer les traits de visage de ceux qui touchent le mur. Des données immédiatement transférées dans les fichiers des services de renseignements et de la police capables de déclencher une intervention des forces de sécurité».

«Le maître d’œuvre du projet est la firme AGT, dirigée par Mati Kochavi, un israélien installé aux États-Unis». Cf. Le business secret d’Israël dans le golfe Persique, Georges Malbrunot Le Figaro 26 juin 2010.

Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie saoudite a par ailleurs opéré un rapprochement tangible avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères Musulmans, renouant avec Mahmoud Abbas et Khaled Mecha’al, chef politique du Hamas, dans une tentative de renflouement de la question palestinienne, la grande oubliée du «printemps arabe», en vue d’accompagner le règlement du conflit israélo-arabe selon un schéma américain conférant un statut minoré au futur état palestinien.

Au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance, la diabolisation des Frères Musulmans, la matrice originelle d’Al Qaida et de ses organisations dérivées, apparaît ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980 lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan. Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes, en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.

Le Gardien des Lieux Saints de l’Islam a certes financé la promotion de l’Islam à travers le monde, mais son prosélytisme religieux tous azimut s’est souvent confondu avec une instrumentalisation politique de la religion comme arme de combat contre les ennemis de l’Amérique, notamment l’athéisme communiste, au détriment des intérêts stratégiques du Monde arabe.

Le chef de file de l’Islam sunnite a porté le fer aux quatre coins de la planète pour le compte de son protecteur américain, mais le bailleur de fonds des équipées militaires américaines dans le tiers monde -de l’Afghanistan au Nicaragua, à l’Irak et à la Syrie- n’est jamais parvenu à libérer l’unique Haut Lieu Saint de l’islam sous occupation étrangère, la Mosquée d’Al Aqsa de Jérusalem. Au point que son leadership est désormais concurrencé par le nouveau venu sur la scène diplomatique régionale la Turquie et sa posture néo ottomane, de même que par Daech, l’État Islamique autoproclamé par le calife Ibrahim.

Le protégé de l’Amérique, auteur de deux plans de paix pour le proche orient, n’a jamais réussi à faire entériner par son protecteur américain et son partenaire israélien les propositions visant à régler le conflit israélo palestinien, ni à prévenir l’annexion rampante de Jérusalem, ni la judaïsation de la 3e ville sainte de l’Islam, pas plus qu’il n’a pu éviter le basculement des grandes capitales arabes hors de la sphère sunnite, dans le giron adverse : Jérusalem sous occupation israélienne, Damas sous contrôle alaouite et Bagdad enfin sous partage kurdo Chiite.

Le plus riche pays arabe, membre de plein droit du G20, le directoire financier de la planète, a dilapidé une part de sa fortune à d’extravagantes réalisations de prestige et à la satisfaction d’invraisemblables caprices de prince, sans jamais songé à affecter sa puissance financière au redressement économique arabe ou au renforcement de son potentiel militaire, bridant au passage toute contestation, entraînant dans son sillage le monde arabe vers sa vassalisation à l’ordre américain.

Plus grave, allié inconditionnel et résolu des États-Unis, le bailleur de fonds de toutes ses équipées dans la zone, même au delà en Amérique latine et en Afrique, hors de la sphère de la sécurité nationale arabe, l’Arabie Saoudite aura été de surcroît la caution morale et politique du principal partenaire stratégique du principal ennemi des Arabes, Israël, le propagateur zélé d’une politique qui a abouti, paradoxalement, à la judaïsation rampante de la quasi totalité de l’ancien territoire de la Palestine du mandat britannique en contradiction avec les vœux d’un des plus éminents monarques saoudiens, le Roi Fayçal, assassiné en 1975, avant de réaliser son souhait de prier à la Mosquée libérée d’Al-Aqsa de Jérusalem.

Plus que tout autre, l’Arabie Saoudite aura illustré jusqu’à la caricature la réalité paralytique arabe dont elle assume une lourde part de responsabilité. Pays rigoriste, l’Arabie a fait du Coran, son arme absolue et du prosélytisme religieux son vecteur d’influence diplomatique, véritable rente de situation stérilisant tout débat interne, au point que le pays aura sombré pendant un demi-siècle dans le «degré zéro de la culture».

Dans une opération d’enfumage médiatique, sans doute l’une des plus vastes de l’histoire, le plus riche pays arabe, membre de plein droit du G20, le directoire financier de la planète, a ainsi donc dilapidé une part de sa fortune à d’extravagantes réalisations de prestige et à la satisfaction d’invraisemblables caprices de prince, sans jamais songé à affecter sa puissance financière au redressement économique arabe ou au renforcement de son potentiel militaire, bridant au passage toute contestation, entraînant dans son sillage le monde arabe vers sa vassalisation à l’ordre israélo-américain.

La dynastie wahhabite, détournant les Arabes et les Musulmans de leur principal champ de bataille, la Palestine, dans de furieux combats en Afghanistan, n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël, au point que le meilleur allié arabe des États Unis apparaît, rétrospectivement, comme le principal bénéficiaire des coups de butoir israélien contre le noyau dur du monde arabe, et Israël, comme le meilleur allié objectif de la monarchie saoudienne.

Au vu de ce brouillage, pathétique paraît la destinée des «Arabes Afghans», paumés de l’Islam, et paumés du djihad, détournés de Palestine, qui se devait être le principal champ de bataille du Monde arabe, déroutés vers l’Afghanistan, soldats perdus d’une cause perdue.

Voilà qui pourrait expliquer l’absence de toute action hostile d’Al Qaida contre Israël, pas plus que de Da’ech d’ailleurs, l’autre excroissance monstrueuse de la pathologie wahhabite.http://www.renenaba.com/lettre-ouverte-aux-djihadistes-de-tous-les-pays

[notification type= »information » title= »Verbatim de Wikileaks »]Le verbatim de Wikileaks sur le rapprochement entre les pétromonarchies du Golfe et Israël. Sur les 500.000 câbles qu’il détient en réserve, Wikileaks a diffusé 61.291 câbles concernant aussi bien l’espionnage des présidents français que les câbles du ministère saoudien des Affaires étrangères. «Saudicables» confirme en termes explicites la connivence israélo-pétro-monarchique, dont voici le verbatim: «En 2009, un câble diplomatique du Département d’état américain donne un aperçu d’une alliance montante entre Israël et les pays arabes du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

Le câble cite Yacov Hadas, un officiel du Ministère des Affaires étrangères israélien affirmant que «les Arabes du Golfe croient dans le rôle d’Israël à cause de la perception qu’ils ont des relations étroites entre Israël et les États-Unis», ajoutant que les pays du CCG «pensaient qu’Israël pouvait faire des miracles.» «Israël et les pétromonarchies avaient aussi un intérêt commun: Contrer l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient», pouvait-on lire aussi. Dans la duplicité: «Ainsi, alors que les deux parties croisaient le fer en public, notamment lors de l’opération militaire israélienne «Plomb Durci» contre Gaza, qui avait fait 1.400 victimes dans l’enclave palestinienne, que l’Arabie saoudite avait condamné comme étant une «violente agression», les deux pays entretenaient en sourdine «d’excellentes relations» derrière des portes closes. Hadas aurait ajouté que les Arabes du Golfe n’étaient pas encore «prêts à faire en public ce qu’ils disaient en privé.»

«Six ans plus tard, les pétromonarchies paraissaient prêts à rendre public leur rapprochement avec Israël. Lors d’une réunion à Washington, au Conseil des Relations étrangères, commentée sur Bloomberg TV par Eli Lake, d’anciens officiels de haut rang saoudiens et israéliens ont non seulement partagé la scène mais ont révélé que les deux pays avaient eu toute une série de rencontres de haut niveau pour discuter de stratégies communes, concernant surtout la prédominance de l’Iran sur la région.

L’ancien général saoudien Anwar Eshké a ouvertement appelé à un changement de régime en Iran. De son côté, Dore Gold, ancien ambassadeur israélien à l’ONU, qui fut en son temps un farouche opposant à l’Arabie saoudite, a parlé de sa sensibilisation à ce pays au cours des dernières années et des possibilités d’aplanir les divergences résiduelles entre les deux pays.

Il a déclaré: «Le fait que nous soyons ensemble ici sur cette scène aujourd’hui ne signifie pas que nous avons résolu tout ce qui nous sépare depuis tant d’années mais nous espérons fermement y parvenir tout à fait dans les années à venir.»

Sous le double phénomène des printemps arabes et de l’influence montante de l’Iran, le rapprochement saoudo-israélien s’est accéléré. En 2014, le prince saoudien Turki Ben Faysal s’offrait le luxe, fait sans précédent, d’écrire un éditorial dans un grand journal israélien, appelant à la paix entre Israël et les monarchies du golfe, ainsi qu’au règlement du conflit israélo-palestinien. Le site d’investigations Middle East Eye a révélé l’existence de vols secrets réguliers entre Abu Dhabi et Tel Aviv en dépit de la prétendue interdiction faite aux citoyens israéliens d’entrer aux Émirats Arabes Unis.

Dans son livre publié en 2012, « Acter thé Cheikhs: Thea Coing Collapse off thé Golf Monarchies », Chris Davidson, professeur à l’université de Durham, écrit que les pays du Golfe continueront à rechercher le soutien d’Israël à cause des pessions extérieures grandissantes qui se font sentir suite aux soulèvements régionaux. Même s’il dit que les pays du CCG sont constitués de «populations nationales pour la plupart anti-israéliennes et pro-palestiniennes hyper sensibles sur les sujets du Sionisme et d’Israël», le livre montre une coordination clandestine croissante sur les plans économique et politique entre les dirigeants des pays du CCG et leurs homologues israéliens au cours de ces dernières années.[/notification]

René Naba | 7 mars 2016

Source: Salmane-Israël 1/3 : Des relations saoudo-israéliennes depuis la décennie 1980

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Salmane-Israël 3/3 : Walid Ben Talal, nouveau poisson pilote de la normalisation saoudo israélienne

La sublimation par la philanthropie d’un destin politique contrarié

L’accord sur le nucléaire iranien a conduit l’Arabie saoudite à se lester de ses menus fretins, les journalistes Osmane Al Omeir et Abdel Rahman ArRached, pour tenter de propulser un «grand dans la cour des grands» en assignant à un membre de la famille royale, en la personne de Walid Ben Talal, le plus médiatique des princes saoudiens, la mission de poisson pilote de la normalisation saoudo-israélienne.

Poids lourd de la finance internationale, mais poids plume de la galaxie wahhabite, l’homme a déjà donné des gages, et, à défaut d’un grand destin national, s’est déjà drapé de philanthropie en compensation d’une carrière politique contrariée.
«Les Arabes doivent renoncer à leur acrimonie à l’égard de la nation juive et à œuvrer en vue d’un Moyen orient prospère», a-il-déclaré annonçant au quotidien saoudien Oukaze son intention d’effectuer un pèlerinage à la Mosquée Al Aqsa, 3e Haut Lieu Saint de l’Islam, sous occupation israélienne, pour une visite de 7 jours. «Tous mes frères et sœurs musulmans doivent comprendre qu’il est un impératif moral que pour les Arabes de renoncer à leur hostilité envers le peuple juif».
«Mon souverain, le Roi Salmane, m’a donné instruction d’établir un dialogue direct avec les intellectuels israéliens en vue d’établir des relations amicales avec nos voisins israéliens». (1)
Cette déclaration, intervenue le 2 juillet 2015, soit douze jours avant la finalisation de l’accord sur le nucléaire iranien, est survenue au lendemain d’une surprenante décision du Prince d »affecter sa fortune à un fonds philanthropique.

Le classement «Forbes» estime sa fortune à 28 milliards de dollars et le situe à la 21e place des milliardaires.

Propriétaire de Kingdom Holding Company, le milliardaire saoudien et à la tête d’un holding englobant dans son portefeuille 5% de News Corporation qui regroupe les studios de cinéma 20th Century Fox, les chaînes de télévision Fox News, Sky Deutschland, Sky Italia, les magazines et journaux The Wall Street Journal, The Times, The Sun et New York Post, ainsi que de participations dans de nombreuses sociétés (Twitter, le palace Four Seasons George V à Paris, en passant par Citigroup ou Euro Disney.
Al-Walid a indiqué à cette occasion qu’il allait se consacrer «à jeter des ponts entre les cultures, promouvoir les droits de femmes, aider les jeunes, apporter des secours en cas de catastrophe naturelle».
Tant dans sa déclaration à l’intention de l’opinion israélienne ou les expressions «nation juive», et «peuple juif» abondent, comme en résonance aux doléances israéliennes, que dans son annonce de la création d’un fonds philanthropique, Al Walid a complètement passé sous silence le fait palestinien, pas plus dans son aspect politique, notamment la judaïsation rampante d’Al Qods, -la ville sainte dont son roi en est théoriquement le gardien-, que dans son aspect humain, les dures conditions de vie de la population palestinienne soumise à l’occupation et contrôlée par 700 barrages militaires. En se plaçant hors politique, le prince a présenté sa démarche comme un geste œcuménique envers une religion abrahamique.

Une ambition politique contrariée : Al Walid versus Rafic Hariri

Poids lourd de la finance internationale, le Prince Walid Ben Talal Ben Abdel Aziz Al Saoud, est, de par sa naissance et ses liens de consanguinité, un trait d’Union entre le Machreq et le Maghreb, les deux versants du Monde arabe, un atout de taille à l’heure de la diffusion pan arabe et de la mondialisation des flux économiques.
Binational libano saoudien, de naissance et de droit, contrairement à Rafic Hariri, dont la nationalité saoudienne, lui a été octroyée par décrétée, le prince Walid a vu ses ambitions politiques au Liban bridées par les dirigeants saoudiens de crainte de faire ombrage à leur homme lige, dont la docilité est directement proportionnelle à son état de subordination à l’égard de ses bienfaiteurs saoudiens. Un être infiniment plus malléable que ce prince de sang royal, issu de surcroît d’une dynastie politique authentiquement libanaise, dont la fortune excède par ailleurs largement celle du milliardaire libano saoudien. À son corps défendant, il a ainsi décliné la charge de premier ministre du Liban que se proposait de lui offrir le président libanais de l‘époque, le général Émile Lahoud, en pleine tourmente arabe consécutive à l’invasion américaine de l’Irak.

En guise de compensation, il obtiendra pour sa tante Leila El Solh Hamadé, qui préside au Liban une très importante association caritative très active dans le domaine œcuménique, un poste ministériel dans une opération destinée à maintenir la permanence de la validité de la revendication de son clan sur des responsabilités gouvernementales libanaises.

Un parcours identiquement contrarié pour le père

Fils du prince Talal Ben Abdel Aziz, un des princes progressistes de l’épopée nassérienne, le Prince Walid, est, par son père, le propre fils du Roi Abdel Aziz Al Saoud, fondateur de la dynastie wahhabite et du royaume saoudien (2).

Intrépide, son activisme s’apparente parfois à une boulimie qui cache peut être une blessure secrète dont certains trouvent son origine dans l’éviction de son père, le Prince Talal, des responsabilités politiques saoudiennes. Pour avoir préconisé la réforme des institutions monarchiques saoudiennes, en 1960, et rallié à la tête du groupe des «Princes Libres», la cause du président égyptien Gamal Abdel Nasser, le chef charismatique des Arabes à l’apogée du nationalisme arabe, Talal, le père de Walid, a été déchargé de ses fonctions ministérielles et diplomatiques. Après une décennie d’exil et d’errance dans les pays arabes, au Caire d’abord, à Beyrouth, ensuite, Talal se réconciliera avec ses frères royaux dans les années 1980, devenant représentant de l’UNICEF pour la région du Golfe.

En novembre 2011 sur fond d’une vive compétition pour l’attribution du poste de prince héritier à la suite du décès de son titulaire, Sultan, une campagne de presse était déclenchée au niveau arabe et international faisant état d’abus sexuels de Walid à Ibiza et en Autriche, perturbant les démarches de son père en vue de sa confirmation comme prince héritier. Talal, le père de Walid, sera ainsi une nouvelle fois écarté de la succession au mépris de la loi de la primogéniture, entraînant sa démission et de celle de douze autres princes du Conseil d’allégeance en charge des transitions dynastiques.
Optant pour un saut de génération afin d’épargner au Trône une gangrène gérontocratique, le Roi Salmane s’est en effet choisi comme successeur, le prince Mohammad Ben Nayef, ministre de l’Intérieur, dont son père, l’ancien prince héritier, avait été malencontreusement qualifié de «boucher» par l’ancien premier ministre libanais Saad Hariri dans une impertinence coûteuse pour sa crédibilité auprès de la famille régnante saoudienne.

Les camouflets de Walid Ben Talal

Désertant la zone de turbulence libanaise, Walid a opté pour Manama pour y fixer le siège de son nouvel empire. Un choix paradoxal en ce que le Bahreïn passe pour être l’un des dix pays les plus restrictifs à la liberté de la Presse.

Mais, au-delà des facilités financières et matérielles dont il a bénéficie, -15 millions de dollars pour l’aménagement de sa nouvelle cité médiatique-, le choix de Manana est un choix éminemment politique en faveur d‘une dynastie contestée par la majorité chiite de la population, dont il entend assumer la défense médiatique du fait de sa proximité géographique avec l’Iran.

Pour la première fois de son histoire, l’Arabie saoudite, avait, à cette occasion, dépêché des troupes dans l’archipel voisin pour faire office de bouclier à la contestation anti monarchique et fait taire les critiques y compris celles d’Al Jazira, que la sévère répression de la contestation locale a suscitée dans de larges couches populaires du Monde arabe.

Face au Qatar, sa chaîne «Al Jazira» et son commandement central américain (Centcom), face à Abou Dhabi, sa base aéronavale française et sa future chaîne «Sky Arabia» lancée avec la collaboration de la chaîne britannique Sky GB du magnat australien Ruppert Murdoch, face enfin à Doubaï et sa chaîne saoudienne «Al Arabiya», propriété du clan rival d’Al Sudeiry, Al Waleed attendait son heure.

Face à l’Iran, chiite et révolutionnaire, l’objectif d’Al Arab se proposait de clamer le credo d’Al Walid, musulman pratiquant soucieux de promouvoir un islam teinté de modernité et son inclusion dans le circuit d’une économie mondialisée dans la pure tradition de l’ultra capitalisme. Mais c’était sans compter sur les vapeurs du minuscule Roi du minuscule archipel qui fera cesser sa lévitation hertzienne, dans un acte d’audace frisant l’inconscient.

Les déconvenues d’«Al Arab»

Contre attente, «Al Arab», la chaîne privée du prince, lancée à grand frais depuis Manama, siège de la 5e flotte américaine pour le Golfe et l’Océan Indien, pour contrer sa rivale du Qatar Al Jazira, proche de la confrérie des Frères musulmans, a été pourtant contrainte à la fermeture de ses antennes 24 heures après son lancement, victime des rigueurs de la censure de Bahreïn, un pays pourtant allié de l’Arabie saoudite. «Al Arab» avait eu la témérité de donner la parole à un opposant chiite de Bahreïn, un sacrilège absolu dans les pétromonarchies quand bien même le Coran prescrit de «ne faire aucune différence entre un arabe ou un perse que par la piété». Une décision de fermeture qui a retenti comme un retentissant camouflet au libérateur des ondes arabes.

Le tweet de la fête nationale saoudienne

Outrecuidant ou maladroit, le prince milliardaire avait suscité l’hilarité des réseaux sociaux pour le tweet qu’il avait diffusé à l’occasion de la fête nationale saoudienne, le 24 septembre 2013. Dans son message de vœux, le petit-fils du fondateur du royaume presse ses pairs de «prendre en compte les aspirations et les besoins du peuple saoudien».

La réponse d’un activiste, Majed Al Moukhallafi, fusa, implacable : «Commence par toi-même». Un autre gazouilleur répondant au nom de Victor a énuméré à l’intention du prince les règles de bonne gouvernance saoudienne : «Songe aux sacrifices consentis par tes aïeux. Tu commences par voler les richesses du pays, tu continues par dilapider l’argent public, tu termines par faire des dons et des cadeaux uniquement pour te faire de la publicité et devenir célèbre».

La fuite de la Princesse Barbie

Autre tâche, familiale celle là, l’asile politique accordée à sa propre sœur Sarah Bint Talal par le Royaume Uni. «Princesse Barbie», -son surnom du fait qu’elle se déplace constamment en Rolls Royce y compris pour faire ses emplettes au supermarché-, a réussi à s’enfuir et à préserver son pactole que sa famille convoitait. La fuite de Sarah, petite fille du fondateur du Royaume est une première depuis la fondation de la monarchie et un point noir dans le palmarès familial au point que ses détracteurs lui ont conseillé plutôt que de brasser l’air à bord de jet privé de mettre de l’ordre dans sa propre famille et de promouvoir les droits de la femme, dans son pays, le plus obscurantiste du Monde. Qu’une princesse de sang royal saoudien quête l’asile politique auprès de son ancien colonisateur donne la mesure de l’étouffoir saoudien et de l’intolérance de ses dirigeants.

Du bellicisme sous couvert d’œcuménisme

Bentley voulant sans doute s’attirer les bonnes grâces du nouveau roi dont il a salué la «sage direction», Walid Ben Talal a fait preuve d’un enthousiasme rare à l’égard de l’expédition punitive saoudienne contre le Yémen, au point d’offrir une luxueuse voiture britannique Bentley à chacun des 100 pilotes saoudiens qui ont participé au châtiment du Yémen, le plus pauvre des pays arabes avec la Somalie ! Une façon très personnelle de développer le patriotisme, le sens du devoir et le goût du sacrifice au sein des forces armées saoudiennes.
http://fr.sputniknews.com/international/20150422/1015784458.html#ixzz3Y4d5

Le précédent du Qatar

L’Émir du Qatar, au plus fort de la Guerre contre la Syrie, avait effectué une visite «historique» à Gaza, le 23 octobre 2012, sanctionnant symboliquement la division de la Palestine en deux blocs distincts -Cisjordanie et Gaza-, sans pour autant apporter paix et prospérité à l’enclave en ruines, mais deux grandes offensives israéliennes, l’une, juste deux semaines après la visite du qatari, «opération Pilier de défense», le 14 novembre 2012, et la seconde «Bordure protectrice», deux ans plus tard, le 6 juillet 2014. Le «Field and Air Marshall du printemps arabe», le Rommel et Von Paulus combiné des batailles de Stalingrad et d’El Alamein, a été dégommé par un remote américain à distance, moins d’un an après son auguste voyage historique à Gaza.

Banni de la sphère politique saoudienne monopolisée pendant près de quarante ans par le clan Sideiry, constitué notamment par l’ancien Roi Fahd, et ses six frères, Walid a conquis de haute main le pouvoir économique. Un pouvoir qu’il lui importe de consolider loin des aléas et les fortes turbulences au sein de la maille Royaume saoudienne. Par le biais de la philanthropie et le philo sionisme ?

Voulant sans doute conjurer le sort funeste du petit wahhabite du Qatar, Hamad Ben Khalifa Al Thani, Walid a ainsi donné des gages au chauvinisme débridé des Saoudiens et au grand capital transnational.
En association avec la famille Reichmann et pour une valeur de 100 millions de dollars de l’époque, le prince a acquis une participation dans le projet «Canary Wharf», le complexe de bureaux londoniens qui représente la plus vaste opération immobilière d’Europe. À ses détracteurs qui jugeaient son association avec la famille Reichmann comme une «contre nature» l’alliance entre un prince wahhabite avec une famille judéo canadienne, le prince avait rétorqué, usant de la dérision, qu’il s’agissait d’une alliance en fait entre deux orthodoxes : «Les Reichmann sont des juifs orthodoxes et moi, je suis un musulman orthodoxe. Notre point commun est l‘orthodoxie», a-t-il répondu.
La réponse, plus complète, aurait dû être : «Avec le business comme point commun supplémentaire». L’argent, il est vrai, n’a pas d’odeur. Ni foi ni loi, non plus.
Le prince Walid Ben Talal s’était déjà distingué en décembre 2013 en privilégiant une alliance avec Israël contre l’Iran Chiite, précisément sur la chaîne Bloomberg TV, son partenaire dans le projet «Al Arab».

Dans un monde arabe en état de désorientation, acter publiquement la connivence de fait entre l’Arabie saoudite et Israël, qui engloberait en outre «les Arabes et les sunnites», dans leur combat contre la branche rivale de l’Islam, l’Iran chiite et ses alliés régionaux, la Syrie et le Hezbollah libanais; Établir de surcroît un partenariat avec Israël, qui s’est délibérément placé en dehors de la légalité internationale par son refus obstiné de tout règlement de paix, Israël le partenaire absolu de l’apartheid sud africain mis à l’index lors de l’hommage planétaire en faveur de Nelson Mandela, Israël, dirigé par Benyamin Netanyahu, la branche la plus xénophobe du sionisme, le terme ultime du processus de glaciation idéologique du sionisme fondateur d’Israël, relève non de la pertinence, ni de l’audace, mais d’un dévoiement moral et d’un dérèglement mental en ce que le déplacement princier prendrait l’allure d’une capitulation sans condition, d’une reddition en rase campagne, en l’absence de toute garantie d’un règlement équitable de la question nationale palestinienne.
Que pense de tout cela Leïla El Solh-Hamadé, sa tante maternelle chiite par alliance, de la phobie chiite de son neveu Walid, petit fils d’un fondateur de l’Indépendance libanaise, un pays deux fois occupé par Israël, qui ne doit sa survie qu’au Hezbollah libanais, la milice chiite dissuasive de toute nouvelle équipée israélienne, garante de l’Indépendance du Liban et de la dignité des Libanais, l’ultime digue de retenue à une reddition généralisée arabe face au diktat israélien.
La philanthropie œcuménique de Walid Ben Talal masque-t-elle un tropisme exacerbé pour le grand capital juif, du Clan Reichman à Michael Bloomberg, ancien maire de New York et patron de «Bloomberg TV», le fournisseur de sa chaîne «Al Arab» en information économique. Une manière d’être de «l’entre soi du monde interlope du capitalisme cosmopolite» ?
Son engagement en faveur d’un dialogue avec les Israéliens masque-t-il son dépit de la montée en puissance de l’Iran, rival historique de l’Arabie saoudite, en sa double qualité de chef de file de l’Islam Chiite et fer de lance de la révolution islamique ? Son pèlerinage à Al Qods constitue t-il une forme déguisée d’un voyage à Canossa. Une fuite en avant sous couvert de sortie par le haut ?
Ballon d’essai ou rétropédalage contraint ? Vingt jours près l’annonce de sa visite à Jérusalem, Walid a rectifié le tir, pour se draper dans un patriotisme qui a lui a fait défaut à ce jour : «Je ne me rendrai à Jérusalem pour y prier que le jour où la ville sainte sera libérée. Je suis porteur d’un passeport d’honneur palestinien», lâchera-t-il sur son compte twitter, sans doute impressionné par l’importance de l’adhésion de la population saoudienne aux thèses de Da’ech, de l’ordre de 66 % et la colère arabe devant l’entrée des soldats israéliens dans l’enceinte de la Mosquée Al Asqa pour protéger la prière de juifs orthodoxes.

Une conjonction cauchemardesque : 60 % de la jeunesse saoudienne sympathisante de Daech

Embourbé depuis dix mois au Yémen, en butte aux coups de butoir de son rival califal ‘Da’ech, en phase d’austérité économique, le Royaume saoudien vit une conjonction d’autant plus cauchemardesque que 60 % des jeunes saoudiens sont des sympathisants de Da’ech. Un notable saoudien a tiré la sonnette d’alarme, faisant cette révélation sur la chaîne de télévision saoudienne «Al Arabiya» sans faire l’objet de la moindre mesure disciplinaire.
L’homme, Khalil Al Khalil, ancien membre du Conseil consultatif, est, il est vrai, un expert dans le domaine du terrorisme. La mansuétude dont il a fait l’objet ne doit rien au hasard dans un pays hermétique à l’extrême. Sans doute en raison du fait que Khalil Al Khalil a avancé des chiffres au dessous de la réalité en ce que le nombre de sympathisants pro Da’ech au sein de la jeunesse saoudienne se situerait autour de 92 %, selon un sondage réalisé sur les réseaux sociaux. Une véritable bombe à retardement pour l’Arabie saoudite.

Dans un acte d’autorité destinée sans doute à manifester son autorité en vue d’ occulter ses bévues domestiques, -la chute de la grue géante et l’enfumage du tunnel de La Mecque en octobre 2015 (4 000 pélerins tués, dont cinq cents iraniens)-, et ses désastres militaires sur le théâtre externe, le Roi Salmane a ordonné, aux premières lueurs de 2016, la mise à mort de 46 saoudiens dont le chef spirituel de la communauté chiite, Cheikh Nimr Al Nimr. Première décapitation collective de cette importance depuis l’exécution collective de 63 insurgés en 1980 après l’assaut contre le sanctuaire de La Mecque mené par le prédicateur salafiste Jouhaymane Al Oteibi.

Au moment où le Calife Ibrahim profère, directement, pour la première fois, des menaces contre Israël, le déplacement d’un membre éminent de la dynastie wahhabite pourrait paraître malvenu. Dans un tel contexte chaotique, les pérégrinations médiatiques du prince Walid Ben Talal paraissent relever d’une flamboyance d’un autre temps et mortifère pour la survie de la dynastie honnie par les partisans du Califat, en même temps que de larges fractions de l’opinion internationale.

René Naba | 18 mars 2016

Source: http://www.renenaba.com/salmane-israel-33-walid-ben-talal-nouveau-poisson-pilote-de-normalisation-saoudo-israelienne/

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