Science en mode pandémique: l’étrange cas de la Swiss National COVID-19 Science Task Force

 


La Swiss National COVID-19 Science Task Force, groupe d’experts censé éclairer les décideurs sur l’évidence scientifique dans la crise du coronavirus, continue de jouir d’une visibilité extraordinaire et d’influencer le quotidien des Suisses de manière inédite. Un débat sur sa légitimité et son rôle apparaît plus nécessaire que jamais. Et surtout, il est grand temps d’examiner de manière critique la qualité de son travail scientifique.

Analyse et commentaire
par Catherine Riva, Serena Tinari – Re-Check.ch
19 février 2021

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En moins d’un an, les médias helvétiques ont hissé certains chercheurs au rang de VIP. Alors qu’en janvier 2020, les noms de Marcel Salathé, Jacques Fellay, Christian Althaus, Didier Trono, Samia Hurst-Majno, Richard Neher, Nicola Low, Martin Ackermann ou encore Matthias Egger étaient pratiquement inconnus du grand public, aujourd’hui tout le monde en Suisse, ou presque, sait qui sont ces experts membres de la Task Force.

Leur notoriété actuelle n’est guère surprenante: selon le magazine Horizons du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), pour la seule période allant de janvier à juin 2020, la base de données des médias suisses SMD compte par exemple plus de 1400 entrées pour Marcel Salathé et quelque 700 entrées pour Christian Althaus (qui a quitté la Task Force en janvier 2021). Ces valeurs records illustrent bien le constat du rapport «Qualität der Medien, Jahrbuch 2020», publié par le Centre de recherche Domaine public et société fög de l’Université de Zurich: depuis février 2020, les médias ont développé une grande dépendance aux experts et lorsqu’il est question de la crise COVID-19, les premiers à être sollicités en Suisse sont membres de la Task Force.

La mission officielle de ces chercheurs est de conseiller le Conseil fédéral, les cantons et l’administration fédérale dans la crise COVID-19 par le biais de recommandations censées reposer sur l’évidence scientifique. Mais force est de constater que la Task Force se borne rarement à conseiller. Depuis février 2020, il ne se passe pas un mois sans que l’un de ses membres, voire le collectif entier ne donne activement de la voix dans les médias (comme par exemple ici en juin, ici en juillet, ici en août, ici en septembre, ici en octobre, ici en novembre et ici en décembre 2020).

Le plus souvent, c’est pour brosser un tableau menaçant de la situation, critiquer les mesures décrétées par les autorités et en réclamer de plus strictes. Et même quand le Conseil fédéral décide dans un premier temps de ne pas suivre ses recommandations, la Task Force finit presque toujours par obtenir ce qu’elle préconise: par exemple le port du masque obligatoire dans les transports publics, ou encore la fermeture des restaurants, des bars et des boîtes de nuit.

La Task Force est donc aujourd’hui l’un des organismes les plus influents du pays et à ce titre, sa légitimité et la qualité de son travail méritent un examen.

Quel statut? Quelle légitimité?

Commençons par rappeler que la Task Force est un organisme non élu et non représentatif, qui ne rend de comptes ni au peuple, ni au Parlement. Elle s’est auto-constituée, entre autres à l’initiative de certains de ses membres. Les documents que nous avons obtenus au terme d’une demande LTrans, indiquent que Martin Ackermann, actuel président de la Task Force, a adressé le 24 mars 2020 avec Yves Flückiger (swissuniversities), Michael Hengartner (président du Conseil des EPF) et Matthias Egger (président du Fonds national suisse) un fichier Word en trois langues à Lukas Bruhin, responsable de l’Etat-major du Conseil fédéral chargé de gérer la crise du coronavirus. Ce document présentait un concept «clé en main» pour une task force scientifique ad hoc. La comparaison de ce fichier et du document, par le biais duquel l’OFSP et le SEFRI ont confié le mandat de mettre sur pied une «Swiss National COVID-19 Task Force» au Fonds national Suisse (FNS), au Conseil des EPF (Ecoles polytechniques fédérales), à Swissuniversities et aux Académies suisses des sciences, montre que les responsables de l’Etat-Major de crise, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) ont avalisé ce concept pratiquement sans le modifier. L’entrée en fonction de la Task Force a alors été réglée en quelques e-mails, quelques coups de fil et une présentation Power Point. La question de la durée de son mandat n’a pas été abordée.

 

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