Sergueï Lavrov : en Mer Noire, la Russie est chez elle, contrairement à l’OTAN

Déclaration du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et réponses aux questions des médias lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre des Affaires étrangères de la République arabe d’Égypte, Sameh Shoukry

Le Caire, 12 avril 2021.

Source : Ministère deshttps://youtu.be/gABnNjaylYw Affaires étrangères de la Fédération de Russie

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Transcription :

Journaliste : Est-il juste de dire que les plans de Washington pour le passage de navires de guerre dans la mer Noire jettent de l’huile sur le feu, et que les actions américaines dans ces circonstances créent des tensions supplémentaires dans l’est de l’Ukraine ? La Russie était-elle en contact avec les États-Unis ? Si oui, à quel niveau ? Avons-nous appelé les Américains à agir de manière plus transparente dans ce domaine ?

Sergueï Lavrov : En ce qui concerne les activités militaires américaines, y compris l’envoi de navires en mer Noire, cela se produit régulièrement. Cela se fait de façon particulièrement précise maintenant et s’accompagne d’une rhétorique agressive.

Des questions sont posées sur ce que fait la Russie à la frontière avec l’Ukraine. La réponse est très simple : nous vivons ici, c’est notre pays. Mais la question de savoir ce que les États-Unis y font avec leurs navires et leurs troupes, ne cessant d’organiser toutes sortes d’activités de l’OTAN en Ukraine, à des milliers de kilomètres de leur propre territoire, reste sans réponse.

Je pense que les leçons de 2014 auraient dû être claires maintenant. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Nous ne voyons aucune confirmation de cette vérité, qui, nous l’espérions, avait été intériorisée par ceux qui ont encouragé le sentiment anti-russe et russophobe des dirigeants ukrainiens, et l’absence de volonté de la part du gouvernement précédent et actuel de Kiev de se conformer aux accords juridiques internationaux inscrits dans la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a approuvé les accords de Minsk.

Cela peut mal finir, car dans la poursuite de la reconquête de sa côte de popularité politique, le régime de Kiev peut perdre contrôle et prendre des mesures imprudentes.

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Par Andrei Martyanov

Paru le 11 avril 2021 sur The Saker

Pour les navires de la marine américaine, entrer dans la mer Noire et espérer survivre en cas de, Dieu nous en préserve, n’importe quel type de conflit avec la Russie –oui, vous avez bien lu– relève du fantasme ou, pour être encore plus précis, de la fiction non scientifique. Ce groupe, sans parler d’un seul destroyer américain de la classe Arleigh Burke (ce sont les types de navires les plus actifs de la marine américaine), qui pénètre périodiquement dans la mer Noire pour « montrer le drapeau » et la présence des États-Unis et de l’OTAN dans ce plan d’eau crucial, est conscient du fait que la mer Noire est, à toutes fins utiles, un lac Russe. Tout le monde se souvient d’une rumeur largement répandue (probablement par des « patriotes » russes trop zélés, mais pas très instruits) selon laquelle le DDG-75 USS Donald Cook aurait vu son électronique « brûlée » par deux intrépides Su-24 russes en avril 2014, qui auraient forcé ce navire américain à retourner rapidement à Constanța, où certains membres de son équipage auraient exprimé le désir d’abandonner le navire. Le NYT et d’autres médias américains, non sans raison, ont qualifié ces rumeurs de « propagande » russe. Ils n’ont pas tort.

La réalité des événements survenus avec l’USS Donald Cook n’a pas grand-chose à voir avec les Su-24 ou un système magique de gestion de l’environnement. La raison pour laquelle le voyage du navire américain a été écourté est le fait, comme le Président russe Vladimir Poutine l’a lui-même souligné plusieurs fois, que le Donald Cook a été détecté, suivi et, lorsque la nécessité s’en est fait sentir, a été verrouillé par les radars des deux complexes de missiles de croisière anti-navires côtiers K-300P Bastion et Bal situés sur les côtes de Crimée, ce qui, sans aucun doute, a fait beaucoup de bruit, littéralement, lorsque les détecteurs de rayonnement passifs de Donald Cook ont commencé à signaler que le navire était verrouillé par l’une des armes les plus redoutables de l’inventaire russe –un lanceur de missiles P-800 Oniks (Onyx). Ce missile à longue portée M=2,5 est ce qui rend la première ligne de défense de la flotte russe de la mer Noire si meurtrière, car il s’agit précisément d’un type d’armement conçu pour saturer la défense aérienne des navires américains équipés du système de contrôle de combat Aegis et du radar Spy-1. Les officiers de marine américains connaissent bien les salves de missiles et les capacités, y compris les seuils de saturation, de leurs systèmes de défense antiaérienne embarqués et savent qu’il est impossible de se défendre contre une salve de plus de 4 P-800 Oniks ou de plus de 8 missiles subsoniques X-35, dans l’environnement CME* actif de la mer Noire. La Russie peut répéter ces salves et même des salves beaucoup plus importantes de nombreuses fois, avec une fréquence et une densité souhaitables.

Mais il ne s’agit là que des capacités d’une seule 15e brigade indépendante d’artillerie et de missiles de défense côtière à Sébastopol, qui peut déployer ses lanceurs n’importe où en Crimée, y compris dans des endroits hautement défendus, par l’aviation de la flotte de la mer Noire et les forces de défense aérienne de Crimée, qui dissimulent le lancement. Les systèmes ISR de la Russie fournissent des mises à jour de la situation opérationnelle et distribuent des cibles pour tout récepteur du côté russe en temps réel. Bien entendu, il faut toujours garder à l’esprit que deux escadrons (plus de 24 avions de combat) de SU-27SM/SU-30SM se trouvent également en Crimée et que chacun de ces avions peut transporter diverses armes de frappe, notamment des missiles anti-navires X-31A M=3.5 et des missiles anti-radiation X-31P. De plus, le régiment d’aviation de Simferopol, qui déploie 22 Su-24M, est en train d’être rééquipé de SU-30SM. Soit dit en passant, ces vénérables guerriers (Su-24M) transportent également des X-31A, qui, lorsqu’on les compte de manière réaliste, fournissent une première salve (multipliée par 0,5) composée de 30 à 40 missiles par la seule force de aviation, ajoutez-y les missiles des complexes côtiers et nous nous retrouvons avec 60 à 70 missiles dans la première salve, au moins. C’est suffisant pour couler plusieurs groupes de combat de porte-avions, même si leurs composantes aériennes sont en vol et que tous les systèmes Aegis-Spy-1 fonctionnent correctement.

Bien sûr, il ne faut pas oublier que la flotte de la mer Noire possédait également des navires et que ceux-ci, même en tenant compte d’un croiseur, de quelques frégates et de sous-marins à propulsion électrique attachés à l’escadron méditerranéen autour de la Syrie, ont toujours une puissance anti-navires massive grâce aux missiles 3M54 de la famille Kalibr qui accélèrent à M=2.9 en phase terminale et ne sont effectivement pas interceptables dans une salve de 2+. Tous ces missiles sont pilotés par l’IA en salve et possèdent une très grande résistance au brouillage (certains d’entre eux peuvent même brouiller les capteurs de l’ennemi). Et ce n’est pas tout, bien sûr. La flotte de la mer Noire est soutenue par les forces du district militaire sud, dont elle fait partie, et si les nouvelles ci-dessus étaient mauvaises pour toute combinaison de forces navales US/OTAN entrant dans la mer Noire, c’est ici que ces nouvelles deviennent encore plus déprimantes pour le Pentagone. La 4e force aérienne et l’armée de défense aérienne qui fait partie de ce district déploie ces fichus MiG-31K (ils étaient initialement basés dans le district et continuent à effectuer des missions à partir de là depuis 2017) armés de missiles hypersoniques Kinzhal Kh-47M2, dont le M=10+ et la manœuvre violente et la portée incroyable de 2000 kilomètres les rendent imperméables à toute technologie de défense aérienne dont les États-Unis disposent aujourd’hui et dans un avenir proche (7-10 ans au moins). Il est même douteux que ces missiles soient réellement détectables. Ces avions de combat sont capables de couler non seulement n’importe quoi en mer Noire mais aussi en Méditerranée orientale, sans même franchir la ligne de rivage de la région russe de Krasnodar ou de Crimes, évidemment la Russie ne dit pas où chaque instant ces avions sont basés. Qui sait où ? Eh bien, les services secrets américains le savent peut-être, mais c’est un cas classique de bonne dissuasion. Dans ce cas, la probabilité de toucher une cible en mer Noire pour le Kinzhal ne dépend pas de la capacité de la cible à réagir, mais de la probabilité que le missile lui-même soit en ordre de combat.

Ainsi, comme vous pouvez le constater, la flotte russe de la mer Noire ne manque pas d’atouts subsoniques, supersoniques et hypersoniques à distribuer, et les personnes compétentes du Pentagone le savent. C’est pourquoi l’apparition de ces deux destroyers américains dans la mer Noire est, littéralement, avant tout pour l’apparence et pour essayer de collecter quelques informations pour ce qui semble aujourd’hui une probabilité décroissante de confrontation dans le Donbass. J’écris souvent que de nombreuses personnes aux États-Unis, et je parle des décideurs politiques, ne peuvent pas saisir l’ampleur du retard de l’Amérique sur la Russie en matière de puissance de feu dans tous les domaines. Ce n’est pas seulement quantitatif, c’est aussi qualitatif et l’écart ne cesse de se creuser. Mais j’ai mis en garde contre ce problème pendant des années, n’est-ce pas ?

Andrei Martyanov

Traduction : Le Saker Francophone

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