Ce n’est pas la première fois qu’Eric Zemmour s’oppose aux quatre « lois dites mémorielles » qu’il veut abolir, citant notamment la loi Gayssot votée en 1990. Une loi, faut-il le préciser qui, sous couvert d’interdire le « négationnisme », a permis de diffamer, en clair museler, les voix qui osaient, osent dire toute la vérité sur l’épuration ethnique et l’occupation militaire imposées aux natifs palestiniens par les gouvernements israéliens successifs, depuis 1948. [Silvia Cattori]


Eric Zemmour, salon du livre, 2011. Crédit photo: Wikimedia


Par Micnet
Publié de 29 septembre 2021 sur Agoravox


Eric Zemmour n’est toujours pas déclaré candidat à l’élection présidentielle et n’a, pour le moment en tout cas, absolument aucun programme. Mais il a tout de même une proposition très concrète qui fait déjà grincer pas mal de dents : il souhaite abroger l’ensemble des lois mémorielles, à commencer par la première d’entre elles à savoir la loi Gayssot.

Interrogé à ce sujet, Zemmour rappelle que Simone Veil elle-même, dont il paraît évident qu’elle n’a jamais fait montre d’aucune espèce de « judéophobie » (et pour cause…), y était opposée. C’est en 1996, interrogée alors par Alain Duhamel à propos des déclarations de l’abbé Pierre concernant « l’affaire Garaudy » qui a fait grand bruit à l’époque, que Simone Veil en a profité pour déclarer qu’elle était opposée à la loi Gayssot en prononçant également cette phrase assez audacieuse qui ne lui aurait certainement pas valu la panthéonisation si cette même phrase avait été tenue aujourd’hui, à savoir : « le débat sur les chambres à gaz est idiot ». Certes cette phrase est à recontextualiser dans le cadre de cette interview mais tout de même… Enfin elle conclut en rappelant ce qui devrait être une évidence pour tout esprit un tant soit peu rationnel : « il ne faut pas empêcher les historiens de travailler ! »

Qu’on aime ou qu’on déteste Simone Veil, quoiqu’il en soit on doit reconnaître que cette femme avait une forte personnalité et un courage indéniable.

 

 

Anne-Marie Le Pourhiet : « lois mémorielles, lois scélérates »

Ecoutons également à ce sujet le discours absolument limpide, que j’avais déjà publié il y a quelques temps de cela et que je republie ici pour l’occasion, de la juriste et spécialiste de droit constitutionnel Anne-Marie Le Pourhiet qui, lors d’une réunion sur la mission d’information des lois mémorielles en 2008 à l’Assemblée Nationale, dénonçait leur caractère intrinsèquement nuisible.

 

 

Extraits :

« Le moins que l’on puisse dire est que le législateur français et contemporain ne se conduit plus tout à fait selon ces grands principes qu’il renie quotidiennement. Beaucoup de parlementaires sont moins des représentants de la nation que ceux de lobbies en tout genre, tirant la couverture publique vers leurs intérêts catégoriels. La lecture des débats et des documents parlementaires fait souvent frémir, tant la « novlangue » et le totalitarisme orwellien s’y répandent. En particulier la lecture des débats sur la loi de 2004 créant la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) et réprimant les propos prétendument sexistes, homophobes ou handiphobes est de ce point de vue assez terrifiante.

C’est un lavage de cerveau, une obsession purgative et répressive, comme d’ailleurs la décision-cadre européenne de 2007 dont il a été question. Alors bien sûr comme dans tous les bons systèmes totalitaires, on ne se contente pas de réprimer, on essaye de n’avoir à l’avenir plus besoin de réprimer par l’éducation adéquate des enfants : les cerveaux des écoliers deviennent ainsi le lieu privilégié d’intervention de lobbies de toutes sortes….Le plus grave, c’est la question de violation de la liberté par les lois à caractère pénal qui sont ainsi votées : c’est bien sûr l’atteinte à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, et bien sûr l’atteinte aux libertés scientifiques et universitaires en particulier. Jusqu’à présent, le Conseil constitutionnel n’a été saisi au fond que de la loi réprimant les outrages publics au drapeau et à l’hymne nationaux, pour laquelle malheureusement il n’a pas eu la même éthique voltairienne que la Cour suprême américaine : il a laissé passer…

Alors on m’a été interrogé aussi sur les conséquences pénales des lois qui utilisent les notions de génocide ou de crime contre l’humanité. Leurs conséquences pénales me semblent évidentes il s’agit de la poursuite et de la condamnation des auteurs de ces crimes et de ces génocides. En revanche, pour moi les délits de négation ou de minimisation de ces actes sont des délits d’opinion, inacceptables en démocratie libérale ; de ce point de vue je reste comme beaucoup de juristes et d’historiens absolument hostile à ce type de délits.

Alors il n’y a évidemment pas de bonnes lois mémorielles pour moi : elles sont toutes mauvaises. Le Parlement doit rester à sa place, s’abstenir de gouverner nos mémoires et nos cerveaux. Cela éviterait de temps en temps des textes un peu ridicules« 

En relançant ce débat sur la place publique, Eric Zemmour, quelques soient les reproches qu’on peut lui adresser par ailleurs, fait lui-même oeuvre d’utilité publique.


Source : https://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/simone-veil-la-loi-gayssot-est-une-91135

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