Tout ce que vous auriez préféré ne pas savoir

L’affaire des selfies à poil du conseiller national Vert Geri Müller fait les gorges chaudes de l’été médiatique en Suisse. Les partis politiques de Baden, dont il est maire, réclament sa démission. Se photographier nu, d’accord. Le faire dans son bureau? Sacrilège!

Ce ne serait pas, de loin, le premier élu helvétique à tremper dans une affaire de moeurs. On en connaît de bien plus salaces. Mais dans ce pays feutré, les bizarreries érotiques des élus ne se commentent pas.
Sauf… Sauf si le notable est un mouton noir.

Cette affaire aurait-elle éclaté si l’égrillard Geri Müller ne s’était pas signalé par ses positions pro-palestiennes? Probablement pas, à en croire le tages anzeiger du 20 août, dont l’enquête (intitulée: “Qui a tiré les ficelles dans l’affaire Geri Müller?”) est résumée en français dans Le Temps:

…une tierce personne, un «spin doctor», serait derrière le scandale qui éclabousse le maire de Baden et conseiller national écologiste, accusé d’avoir envoyé des selfies dénudés à une enseignante.

Toujours selon le Tagi:

«des gens d’une organisation» auraient fait pression sur la jeune femme pour obtenir les photos et les échanges avec l’homme politique. «J’ai eu bien plus peur de ces gens que de Geri Müller. Ils m’ont mis fortement sous pression», avoue-t-elle.

Enfin Le Temps précise:

Selon les recherches du Tages-Anzeiger, le conseiller en relations publiques sacha wigdorovits serait impliqué. Il aurait établi le contact avec les médias et offert le protocole de publication. Ancien journaliste – il a travaillé au Tages-Anzeiger et a dirigé la rédaction du Blick –, Sacha Wigdorovits a refusé de répondre aux accusations du quotidien zurichois.

Le Wigdorowits en question est un “représentant d’Israël” (Israel-Vertreter) qui a déjà eu maille à partir avec Mûller par le passé sur la question palestienne

La Suisse est un pays connu pour sa discrétion sur la vie privée des personnalités publiques. On y a même vu un coureur notoire accéder aux plus hautes fonctions malgré des débauches aux conséquences tragiques. Mais ce brave homme, comme tous les autres, savait où il pouvait mal se conduire et où il ne le devait absolument pas. Sa ligne politique était exemplaire de conformisme.

Geri Müller, lui, c’est tout le contraire. Quelques jours avant l’éclatement du scandale, il livrait à Zeit-Fragen/Horizons et Débats un entretien lucide sur le conflit ukrainien, les manipulations autour du crash du vol MH17 et le rôle historique de la Suisse. Il y soulignait notamment que:

La Suisse est neutre et ne doit pas intervenir dans ce conflit…

Concernant la commémoration du bicentenaire des relations diplomatiques avec la Russie, Müller rappelait la qualité des relations helvéto-russes et s’inquiétait d’un alignement sur les positions de l’OTAN:

Veut-on vraiment détruire la commémoration de cette longue histoire de comportement pacifique par un boycott? Nous avons appris en 1914 qu’il ne faut pas verser de l’huile sur le feu.

A peine quelques jours plus tard, le président du parlement suisse annulait la visite protocolaire de son homologue russe, cette voix de la raison et de la neutralité — l’une des très rares à oser s’élever dans une Suisse alignée-couverte — était bâillonnée par le scandale des photos.

Etranges coïncidences…Laissons Le Temps conclure:

Plusieurs éléments restent obscurs dans la révélation de cette affaire. La jeune femme n’explique pas comment et quand elle serait entrée en contact avec le conseiller en relations publiques. Ni pourquoi les médias, notamment le Blick, qui ont été approchés au mois de juillet, n’ont pas publié l’affaire, selon les affirmations du Tages-Anzeiger.

CQFD? Quand on veut exhiber ses idées, on cache ses parties.

Shalabazam – 21 Août 2014

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