Par Slobodan Despot

Article paru dans la rubrique «La poire d’angoisse» de l’Antipresse n° 142 du 19/08/2018

Les trois languides non-affaires de la mi-été, ou comment les médias de grand chemin de Suisse romande font une fois de plus la preuve de leur inutilité.

Comment happer l’attention du chaland en tongs qui lèche sa glace au creux de l’été? En inventant des scandales, bien entendu. Trois «affaires» politico-médiatiques ont tenté de raviver l’encéphalogramme du Suisse romand absorbé par ses grillades et ses festivals. Mais leur traitement nous en apprend davantage sur le fonctionnement des médias et de l’officialité que sur les enjeux soulevés.

Flip

Twitter est une drôle de bac à sable où les apparatchiks les plus coincés se déboutonnent volontiers la chemise, parfois jusqu’en-dessous de la ceinture. M. Gerhard Pfister devait avoir attrapé une insolation lorsqu’il s’est pris au conseiller national socialiste Carlo Sommaruga en le traitant d’admirateur des dictateurs de gauche, de macho hypocrite et d’antisémite. On ne nous soupçonnera pas d’indulgence pour M. Sommaruga et ses certitudes d’idéologue. On ne nous soupçonnera pas non plus de pudibonderie en matière d’expression publique. Mais l’accusation d’antisémitisme peut être lourde de conséquences, surtout lorsqu’elle est réitérée de tête froide. Or M. Pfister a réitéré son attaque à la radio nationale, en soutenant que l’appel au boycott d’Israël était une preuve suffisante d’antisémitisme.

Qu’on puisse combattre (comme un Roger Waters, par exemple) la politique de cet Etat proche-oriental à cause des droits de l’homme et du sort des Palestiniens n’est évidemment qu’une hypocrisie, un alibi du racisme antijuif. M. Pfister est donc capable de lire et de juger les pensées intimes de son collègue socialiste: sans doute un effet collatéral de son insolation.

Errare humanum est, perseverare diabolicum! Les médias se sont emparés avec délectation de la dispute, jetant de l’huile sur le feu. Et flip… et c’est tout! Aucune réflexion de fond sur cette dérive, aucune condamnation politique. Car M. Pfister n’est pas qu’un troll survolté: c’est aussi le président suisse du PDC, le parti ultrapolitiquementcorrect des «valeurs de la famille». Qu’il ait fini par s’excuser n’atténue en rien le crétinisme dont il a fait preuve.

Il a au moins le mérite de nous rappeler que son parti uniquement désigné par son sigle PDC, mais qui s’appela jadis «démocrate chrétien», traverse un long désert de convictions et d’idées depuis que le Vatican ne lui dit plus ce qu’il faut penser et que cet aboiement inopiné de son chef ressemble fort au couinement d’un chien de compagnie en quête d’un nouveau maître.

Flap

Autre vedette du PDC, le conseiller national Yannick Buttet a défrayé la chronique voici quelques mois avec la révélation surmédiatisée de ses harcèlements à l’encontre du sexe protégé. Son incapacité à juguler Popaul lui a coûté très cher. Lynchage médiatique, mea culpa larmoyant, démission… Sa carrière publique semblait enterrée.

Mais c’était sans compter avec le summertime blues médiatique. Voici donc que le Matin Dimanche lui tresse à la mi-août sa couronne de martyr. Avec une sidérante complaisance, il laisse le harceleur infidèle et obsédé nous dérouler le récit de son «chemin de croix»! Après avoir pleuré sur ses victimes, les familles sont invitées à s’apitoyer sur le queutard. Qui est victime de quoi en fin de compte? Même un jésuite y perdrait son latin!

Le trafic d’indulgences du Matin Dimanche vaut celui des papes de la Renaissance. Il révèle même une semblable stratégie commerciale: on commence par flanquer la tête des pécheurs sous l’eau — jusqu’au bord de la noyade — pour ensuite mettre en scène leur rédemption!

Et flap! Les procureurs se transforment en avocats. Buzz à l’aller, rebuzz au retour. Quant aux principes d’éthique, de morale et de bon goût, on s’en tamponne dans les grandes largeurs!

Flop

A la mi-été, les parlements votent les lois impopulaires et les institutions évacuent leurs flops les plus compromettants. Le 10 août était la date idéale pour publier le résultat tant attendu de la première année de formation des imams à l’université de Genève: 2 diplômes seulement! Le Courrier nous rapporte avec une réserve toute british la langue de bois désarmante du responsable du projet, l’éminent professeur François Dermange:

«les participants ont énormément travaillé, mais une majorité n’a pas réussi à atteindre le niveau de français B2 exigé par l’université pour les formations continues.»

En clair: une majorité de candidats pour cette formation motivée par la volonté d’intégration des responsables religieux islamiques et payée par le contribuablene satisfont même pas le critère d’intégration le plus élémentaire, celui de la langue. On n’ose imaginer le reste…

Ce n’est évidemment pas un échec, nous assure l’inénarrable Dermange, mais au contraire une incitation à continuer.

Errare humanum est, disions-nous…

La canicule et la «molle du Lac» font des miracles: personne ne relève, personne ne questionne le gouvernement genevois sur ses choix de principe et de personnel. Personne ne se demande comment on a pu confier un projet politiquement aussi délicat à une médiocrité morale et intellectuelle compromise dans le milieu académique en tant que plagiaire.

Pour notre part, nous avons dénoncé ce projet comme illusoire et condamné d’avance, tant à la radio que dans l’Antipresse (n° 92 du 3.9.2017). Nous étions bien les seuls!

Flip, flap, flop… Les «affaires» vont et viennent, accompagnées par le ronron paresseux et complaisant des médias de grand chemin. Eux qui aiment à se présenter (lorsqu’on les conteste par voie de référendum) comme la «conscience critique» de la société suisse n’émettent plus que des bruits de léchage et de succion.

Au lendemain de la disparition traumatisante du quotidien Le Matin, le moins qu’on puisse dire est que les survivants ne se démènent pas pour justifier leur existence. Ils ne devront bientôt plus leur survie qu’au besoin de l’État d’anesthésier sa population. Et aux subsides y relatifs.

 Slobodan Despot

  • Article paru dans la rubrique «La poire d’angoisse» de l’Antipresse n° 142 du 19/08/2018.

Source: https://medium.com/antipresse/summertime-blues-suisse-619f8e2ea2c5

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