La situation en Syrie est relativement calme. Le gouvernement (en rouge) a consolidé les zones qu’il a reprises au cours de l’année. L’armée syrienne a reçu un nouveau système de défense aérienne (voir ci-dessous) et d’autres nouveaux équipements qu’il s’emploie à intégrer. Certaines unités de l’armée syrienne avancent actuellement vers l’est en direction d’Al Bukamal, à la frontière avec l’Irak. D’autres ont été envoyés à leur base d’attache.

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Le seul endroit où l’armée syrienne se bat encore activement est le désert du sud, près d’As-Suwayda, où quelque 1 000 à 2 000 combattants de l’EI (en gris) tiennent une petite enclave au milieu d’une vaste zone de roches volcaniques. Le terrain est difficile à traverser en chars et le combat au sol est sanglant.

L’accord turco-russe sur une zone démilitarisée dans la partie du gouvernorat d’Idleb contrôlée par les « rebelles » semble tenir.

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Les  » rebelles  » contrôlés par la Turquie ont déplacé leurs équipements lourds (chars et artillerie) hors de la zone démilitarisée (en ocre). Les factions djihadistes, Tahrir al Sham, et les Turkmènes autour de Jisr al Shugur, ne respectent pas l’accord. Selon l’Observatoire syrien, ils auraient creusé des tranchées pour cacher leurs armes sur place. Il est de la responsabilité de la Turquie de les éliminer. La campagne d’assassinat dans le gouvernorat d’Idleb se poursuit avec plus de 380 victimes. Un commandant de niveau intermédiaire de tel ou tel groupe se fait tuer chaque jour. On ne sait pas qui – des cellules dormantes d’EI, du MIT turc ou du spetsnaz russe – pilote cette campagne.

Le canton kurde d’Afrin, dans le nord-ouest du pays, occupé par les troupes turques et les bandes « rebelles » qui les aident, connaît des troubles similaires. Il y a énormément de pillages et les différents groupes se battent entre eux.

Dans le gouvernorat oriental de Deir Ezzor, l’armée américaine et sa force par procuration kurde (en jaune) se battent toujours contre les forces retranchées de l’EI (en gris).

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Ces forces n’ont pas été inquiétées depuis près d’un an et elles en ont profité pour creuser. Les attaquants sont tués ou blessés par des bombes artisanales ou par les cellules dormantes de l’EI. Les forces américaines et britanniques bombardent la région plusieurs fois par jour et l’artillerie française et américaine ajoute au carnage. Pourtant, les progrès semblent extrêmement lents. Selon des informations non confirmées, des marines américains seraient venus renforcer leurs forces kurdes par procuration qui manquent d’enthousiasme. Des combattants de l’EI ont traversé l’Euphrate pour attaquer des zones contrôlées par le gouvernement (en rouge) mais ont été vaincus.

Bien que la carte d’ensemble indique que le triangle au sud de la ville de Deir Ezzor est sous le contrôle de l’EI (en gris), aucune activité récente n’a été signalée dans cette zone désertique.

La zone d’al-Tanf contrôlée par les États-Unis dans le sud-est (en vert) est relativement calme. Les soldats américains y entraînent encore des hommes de main locaux, mais cette position n’a pas d’avenir. Les dizaines de milliers de proches des « rebelles » et des combattants de l’EI réfugiés dans le camp voisin de Rukban, à la frontière avec la Jordanie, sont au désespoir. La Jordanie empêche leur approvisionnement. Il y a un peu de nourriture qui arrive clandestinement des zones contrôlées par le gouvernement, mais les réfugiés n’ont plus d’argent :

Lorsque les États-Unis ont réduit le financement des factions affiliées à l’Armée syrienne libre opérant dans l’est du désert de Badia l’année dernière, des centaines de combattants ont perdu leur principale source de revenus pour entretenir leurs familles à Rukban, explique le porte-parole de la Brigade Ahmad al-Abdo Seif.

Il y a eu des négociations avec le gouvernement syrien pour emmener les « rebelles » et leurs familles de Rukban au nord, dans la zone contrôlée par la Turquie, mais les annonces d’un tel transfert se succèdent sans que rien ne se passe.

La Russie a fait don à la Syrie de trois unités du système de défense aérienne S-300PM. Le quartier général de chacune des trois dispose d’un radar pour repérer les cibles et d’un poste de commandement. Il y a deux batteries de lancement dans chaque unité. Et elles ont aussi radar un radar pour diriger le tir et un camion à incendie. Dans une unité, il y a quatre lanceurs de missiles qui ont chacun leur propre conteneur. Deux véhicules supplémentaires transportent des munitions et sont équipés de grues pour recharger les lanceurs. Chaque unité disposera de 100 missiles, assez pour repousser plusieurs vagues d’attaques. Les  pièces de rechange sont acheminées dans les remorques de camions ordinaires. Le système est très flexible. Des lanceurs supplémentaires peuvent être ajoutés à une unité, et les informations radar peuvent être partagées.

Les systèmes sont relativement modernes et toujours largement utilisés dans la défense aérienne de la Russie. Les systèmes reçus par la Syrie sont des systèmes d’occasion provenant des bataillons de l’armée russe récemment équipés de nouveaux systèmes S-400. Ils ont été remis à neuf avant d’être livrés à la Syrie. Les systèmes S-300PM sont montés sur des véhicules à roues. Ils sont arrivés de Russie par avion (vidéo). Pour protéger le système de défense aérienne à longue portée du S-300, chaque unité sera probablement accompagnée d’un système de défense aérienne à courte portée Pantsyr-S1. En plus des systèmes de défense aérienne, la Syrie a également reçu des systèmes de guerre électronique Karsukha-4 qui permettent de détecter et de brouiller les radios et radars ennemis.

Une des unités restera probablement dans le gouvernorat de Lattaquié pour renforcer la défense aérienne russe qui y est déjà stationnée. Une autre protégera Damas. La troisième est en quelque sorte un joker. Elle pourrait soit rester dans l’ouest de la Syrie près de Homs pour renforcer les autres unités, soit aller à l’est, à Palmyre, ou même à Deir Ezzor, pour faire réfléchir le contingent américain.

Les 96 missiles S-300 nouvellement positionnés et prêts au lancement rendront difficile à Israël la poursuite de ses attaques contre la Syrie. Israël adorerait pouvoir continuer ses attaques, mais le seul moyen serait de faire voler ses avions à réaction assez bas au-dessus du Liban pour que  la chaîne de montagnes vers la Syrie les couvre. Il leur faudrait alors prendre brusquement de l’altitude pour tirer leurs missiles sur la Syrie, mais il n’y a aucune garantie que les avions y survivraient. Voler à basse altitude au-dessus du Liban comporte également le risque d’une rencontre surprise avec l’un des missiles de défense aérienne à courte portée du Hezbollah.

Le président syrien Bachar al Assad vient de publier un décret offrant l’amnistie à ceux qui ont déserté l’armée ou refusé de faire leur service militaire. S’ils se rendent dans les six prochains mois et viennent faire leur service, ils échapperont à toute punition.

Les pays du Golfe, à l’exception du Qatar qui est allié à la Turquie, ont renoncé à destituer le président Assad et font ami-ami avec lui:

Au cœur d’une vague de réunions diplomatiques à l’Assemblée générale de l’ONU, on a vu, avec surprise, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Khalid bin Ahmad al-Khalifa,  étreindre et embrasser le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Muallem à une réunion pan-arabe la semaine dernière. Le Bahreïn, un grand allié de l’Arabie saoudite, a toujours vivement critiqué Assad, entre autres alliés régionaux de l’Iran, mais le diplomate de haut rang a affirmé ce jour-là : « Le gouvernement syrien dirige la Syrie et nous travaillons avec tous les pays même si nous sommes en désaccord avec eux. »

Quelques jours plus tard, Assad a été interviewé par un journal de la péninsule arabique pour la première fois depuis 2011 ; il a déclaré au média Koweïtien Al-Shahed qu’il était parvenu à un « accord majeur » avec plusieurs États arabes et il a ajouté : « Des délégations occidentales et arabes ont déjà commencé à venir en Syrie pour organiser leur retour, diplomatique, économique et industriel ».

Ce changement d’attitude des dirigeants arabes envers Assad pourrait bien influencer la position américaine en Syrie.

Moon of Alabama

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