Silvia Cattori, le 21 sept. 2017. Mis à jour le 12.12.2017

En février 2016, Arrêt sur Info – premier média en Europe à parler des liens d’affaires troublants entre Lafarge et l’Etat islamique – soulevait cette grave question: « Le géant du ciment Lafarge a-t-il acheté du pétrole à Daech ? ».

Il a fallu attendre quatre mois avant que le journal de « référence » Le Monde, suivi par l’ensemble des médias, finisse par en parler.

Nous tous qui nous sommes battus sans relâche pour dénoncer les complicités politiques et médiatiques et contrer les mensonges destinés à légitimer les groupes terroristes en Syrie, nous en sommes de plus en plus écœurés.

Quand Hollande et Valls affirmaient qu’ils luttaient contre l’Etat islamique – et qu’Assad ne combattait pas l’EI – ils racontaient des bobards. En voici une nouvelle preuve.

Aujourd’hui un ancien dirigeant de Lafarge reconnaît avoir financé l’Etat islamique avec l’aval de la France. Entre 2011 et 2015 la filiale locale du cimentier a payé 13 millions de dollars aux groupes terroristes pour rester en Syrie. Voir ci-dessous.

Lire aussi: https://arretsurinfo.ch/syrie-le-geant-du-ciment-lafarge-a-t-il-achete-du-petrole-a-daech/


Une actionnaire de la filiale syrienne de Lafarge assure que le cimentier a financé Daesh

Dans un entretien accordé au JDD publié le 22 octobre, Nahed Ojjeh, richissime femme d’affaires syrienne, exprime sa colère et annonce vouloir porter plainte contre le cimentier Lafarge qu’elle accable dans le dossier du financement de Daesh.

«Mon frère Firas a toutes les preuves que Lafarge a financé Daesh, et contrairement à ce qu’ils prétendent, ce n’est pas du tout passé par ma famille», a confié Nahed Ojjeh au Journal du dimanche(JDD) publié le 22 octobre. Furieuse, la richissime femme d’affaires syrienne annonce qu’elle va porter plainte contre le groupe cimentier franco-suisse Lafarge-Holcim.

Le 19 octobre, son frère Firas Tlass a été arrêté à Dubaï, à sa descente d’avion, en possession d’un faux passeport et placé en centre de rétention. Outre le faux passeport, la justice des Emirats Arabes Unis lui reprocherait un emprunt de cinq millions de dollars, contracté auprès d’une banque locale, et qu’il ne pourrait honorer.

Tlass et Assad, deux familles aux liens bien ancrés

Nahed, Firas et Manaf sont les enfants de Moustapha Tlass, l’ancien ministre de la Défense de Hafez el-Assad (le père de Bachar el-Assad). Manaf, le fils aîné, ami d’enfance de Bachar el-Assad, a quitté la Syrie en mars 2011, déguisé en femme, officiellement exfiltré par la France mais avec la bénédiction discrète du dirigeant syrien lui-même selon les sources du JDD. «Paris a voulu en faire un successeur potentiel, mais la réalité syrienne a toujours été beaucoup plus complexe», confie une source bien informée des milieux de renseignement.

Mais cette fois, c’est un autre frère dont il est question : Firas. Il a notamment été cité dans l’enquête judiciaire ouverte à Paris à l’encontre du cimentier Lafarge pour son éventuel financement de Daesh, plusieurs dirigeants du groupe l’ayant mis en cause.

100 000 dollars par mois pour livrer les bakchichs

Firas Tlass aurait servi d’intermédiaire pour soudoyer les factions contrôlant les routes autour de la cimenterie Lafarge en Syrie avec des bakchichs en espèces. Pour cette mission, il aurait lui-même touché 80 000 à 100 000 dollars (soit 68 000 à 85 000 euros) par mois à partir de fin 2012, selon les informations du JDD.

Pour sortir les espèces en comptabilité, étaient utilisées «des notes de frais signées comme « frais de représentation »», a reconnu Christian Herrault, un des responsables de l’usine Lafarge, dans un procès-verbal cité par Le Monde.

La sœur, Nahed, confirme pour sa part qu’elle est proche du pouvoir à Damas et affirme que c’est grâce à son influence personnelle que Lafarge a obtenu sa concession en Syrie en 2007 en échange d’une entrée au capital de la filiale syrienne du groupe, Lafarge Cement Syria (LCS). Avec son frère, ils en détiendraient toujours 1,33% chacun, selon les informations du JDD.

La version de Nahed Ojjeh diffère légèrement de celle des enquêteurs : selon elle, son frère lui a expliqué qu’il avait cessé sa mission pour Lafarge auprès des factions locales dès 2013 et qu’il ne s’agissait que de versement à des groupes kurdes, en échange de la protection de l’usine. Selon l’hebdomadaire, la sœur de Firas Tlass serait persuadée d’être au centre d’une série de règlements de comptes dépassant l’affaire Lafarge.

Un an d’enquête, des diplomates mis en cause… et Laurent Fabius

Un an après l’ouverture d’une enquête préliminaire en octobre 2016 par le parquet de Paris, puis d’une information confiée depuis à trois juges d’instruction en juin 2017, le dossier contre le cimentier Lafarge devient accablant. La direction, basée en France, est suspectée d’avoir eu connaissance et d’avoir validé des paiements effectués par sa filiale syrienne à des groupes armés terroristes afin de pouvoir continuer à exploiter un site en Syrie. Les enquêteurs soupçonnent en outre le géant franco-suisse du ciment d’avoir produit de fausses pièces comptables.

«Soit on acceptait le racket, soit on partait», a fait valoir en guise de défense un responsable de Lafarge, anonymement cité par l’AFP.

Nouveau rebondissement dans l’affaire le 13 octobre : représentés par l’ONG Sherpa, qui a mis en lumière le scandale de la collaboration du cimentier franco-suisse Lafarge avec l’Etat islamique en Syrie, des anciens employés de l’entreprise ont demandé que Laurent Fabius, alors en responsabilité, soit entendu par la justice afin de déterminer son éventuelle implication dans ce dossier. D’après France info, qui a révélé cette information, Sherpa souhaite aussi faire entendre deux anciens ambassadeurs de France en Syrie.

Plusieurs responsables ont pointé la responsabilité de la diplomatie française dans le maintien du cimentier en Syrie après la prise de contrôle du territoire où se trouvait l’usine par l’Etat islamique. Lafarge aurait versé à l’organisation terroriste 20 000 euros par mois contre un laisser-passer pour ses camions.

Source: https://francais.rt.com/international/44871-actionnaire-lafarge-syrie-confirme-que-cimentier-a-finance-daesh


Lafarge en Syrie : deux responsables du groupe, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, mis en examen

Deux responsables de Lafarge, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen dans l’enquête sur le financement par le cimentier du groupe Etat islamique en Syrie.

Bruno Lafont, PDG de Lafarge de 2007 à 2015, et Christian Herrault, ex-directeur général adjoint, ont été mis en examen pour «financement d’une entreprise terroriste» et «mise en danger de la vie d’autrui» et placés sous contrôle judiciaire, le soir du 8 décembre.

La veille, le 7 décembre, Eric Olsen, directeur général après la fusion du groupe français avec le Suisse Holcim en 2015, avait été mis en examen pour les même chefs. Ce dernier était DRH puis directeur général adjoint du groupe français à l’époque des faits, avant de devenir directeur général après la fusion avec le Suisse Holcim en 2015. Il devra s’acquitter d’une caution de 200 000 euros.

L’ancien dirigeant du cimentier mis en cause pour avoir pour avoir acheté du pétrole au groupe terroriste Etat islamique, a été mis en examen pour «financement d’une entreprise terroriste» et «mise…

L’affaire est hors norme : la filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS) du cimentier est mise en cause pour avoir pactisé avec l’Etat islamique entre novembre 2013 et septembre 2014 afin de maintenir l’activité de son usine de Jalabiya (nord du pays) dans une zone de conflit tenue notamment par l’organisation djihadiste.

Elle lui a fait remettre, via un intermédiaire, plus de 500 000 dollars et lui a acheté des matières premières, dont du pétrole, en violation d’un embargo de l’Union européenne, selon un rapport rédigé à la demande de LafargeHolcim par le cabinet américain Baker McKenzie.

Bruno Lafont régulièrement informé ?

Les enquêteurs tentent de déterminer si la direction à Paris était au courant de tels agissements.

Les contradictions entre les trois responsables sont nombreuses. Christian Herrault, qui a reconnu début 2017 que le groupe avait été victime d’une «économie de racket», a assuré «avoir régulièrement informé Bruno Lafont» et que ce dernier «n’avait émis aucune objection à l’époque», d’après le rapport Baker McKenzie.

Selon ce document, l’ex-directeur adjoint opérationnel a aussi affirmé avoir adressé un courriel à Bruno Lafont en juillet 2014 pour l’informer que l’usine était à l’arrêt, le temps de trouver un accord «clair» avec Daesh.

Mais l’ex-PDG, entendu en janvier en audition libre par le Service national de douane judiciaire, a démenti avoir eu connaissance de tels faits. «Pour moi, les choses étaient sous contrôle», avait-il affirmé.

Il est aussi reproché à Lafarge de ne pas avoir assuré la sécurité de ses employés syriens, restés seuls sur place alors que la direction de l’usine avait quitté la Syrie et que les expatriés avaient été évacués.

Trois autres cadres de Lafarge, dont deux ex-directeurs de l’usine, ont été mis en examen dans cette enquête menée au pas de charge par trois juges d’instruction. Placés sous contrôle judiciaire, «ils rejettent la responsabilité de la poursuite de l’activité de la cimenterie sur la maison-mère», d’après une source proche de l’enquête.

Des organisations non gouvernementales, dont Sherpa, partie civile dans ce dossier, souhaitent aussi que les investigations fassent la lumière sur ce que savaient les autorités françaises de l’époque sur les activités de Lafarge en Syrie.

Source: https://francais.rt.com/france/46364-lafarge-syrie-deux-responsables-ex-pdg-mis-en-examen


Lafarge a dépensé 13 millions d’euros pour rester en Syrie

PARIS (Reuters) – Les sommes versées par Lafarge en Syrie pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya en zone de conflit s’élèvent à près de 13 millions d‘euros, selon l‘organisation humanitaire Sherpa, qui cite les juges d‘instruction chargés du dossier.

Les sommes versées par Lafarge en Syrie pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya en zone de conflit s’élèvent à près de 13 millions d’euros, selon l’organisation humanitaire Sherpa, qui cite les juges d’instruction chargés du dossier. /Photo d’archives/REUTERS/Gonzalo Fuentes

Il ressort des investigations en cours qu‘une grande partie de cet argent est allé, indirectement ou directement, dans les poches des djihadistes de l‘Etat islamique (Daech), ont déclaré mardi à la presse les avocats de Sherpa.

Six anciens dirigeants du cimentier français, dont son ancien PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen pour financement d‘une entreprise terroriste, mise en danger de la vie d‘autrui et, pour certains, infraction douanière.

Sherpa et deux autres organisations non gouvernementales se sont constituées parties civiles dans ce dossier dans lequel le ministère français des Finances a aussi porté plainte.

L‘enquête porte sur les conditions dans lesquelles Lafarge, absorbé par le Suisse Holcim pour former le géant LafargeHolcim en 2015, a fait fonctionner entre 2011 et septembre 2014 son usine de Syrie en secteur contrôlé, notamment, par Daech.

Une enquête interne a confirmé le versement d‘argent à des groupes armés, dont Daech. Mais les sommes évoquées jusqu‘ici dans la presse ou par des avocats des ex-dirigeants allaient de quelques centaines de milliers à plusieurs millions d‘euros.

Le montant retenu par les trois juges d‘instructions chargés du dossier et tiré de ce rapport interne commandé par Lafarge au cabinet américain Baker et McKenzie est bien plus important. Les paiements ont en outre duré après la fermeture de l‘usine en septembre 2014 à la suite d‘une attaque de Daech, jusqu‘en 2015.

MATIÈRES PREMIÈRES ET SÉCURITÉ

“Dans le cadre de l‘instruction, il est retenu exactement ce chiffre : 12.946.000 euros versés par Lafarge entre 2011 et 2015 au profit d‘organisations terroristes parmi lesquelles le groupe Etat islamique”, a déclaré Me Marie Dosé, avocate de Sherpa.

Ces sommes ont été versées par la filiale syrienne de Lafarge, LSC, “au titre de rachat de matières premières et au titre de paiements des intermédiaires chargés de rémunérer ces groupes pour que se poursuive l‘exploitation de l‘usine”, a-t-elle ajouté, citant les conclusions des juges d‘instruction.

Soit au total une quinzaine de millions de dollars : plus de cinq millions de dollars de paiements des fournisseurs de LSC, dont sept situés à Rakka, jusqu’à récemment capitale de Daech en Syrie, et 10 millions au titre des “paiements de sécurité”.

L‘un des intermédiaires pour ces derniers n’était autre que l‘actionnaire syrien de LSC, l‘homme d‘affaires Firas Tlas, fils d‘un ancien ministre de la Défense de Syrie.

“Les éléments documentés par les magistrats instructeurs établissent que la majorité de ces sommes a été versée par différents truchements, les check points ou les matières premières, à Daech”, a souligné Me William Bourdon, fondateur de Sherpa, créé en 2001 pour lutter contre les crimes économiques.

Sherpa demande la mise en examen de la personne morale Lafarge SA et dénonce un manque de coopération du groupe, que l‘ONG accuse de dissimuler des éléments clefs pour l‘enquête.

Selon Me Dosé, Lafarge refuse jusqu‘ici de communiquer 9.000 des 15.000 documents qui ont servi de base à Baker et McKenzie.

“En dépit de la coopération alléguée et annoncée (…) des éléments essentiels ne se trouvaient plus au sein du siège lorsque la perquisition a été effectuée”, déplorent les juges d‘instruction cités par l‘avocate de Sherpa.

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