Former Russian Oligarch Mikhail Khodorkovsky in 2013


Comment analyser l’évolution des relations russo-américaines ancrées dans l’héritage de la guerre froide ? Entre organisations d’influence et personnages clés, l’écrivain Diana Johnston revient sur le concept d’ingérence : qui influence qui ?

Par Diana Johnstone

Source: RT

La guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union soviétique était apparemment un conflit entre deux idéologies, deux systèmes socio-économiques.

Tout cela semble être terminé. Un nouveau socialisme renaîtra peut-être un jour de façon inattendue, mais aujourd’hui, c’est le capitalisme qui règne sur le monde. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la Russie sont engagés dans une lutte sans merci entre capitalistes. A première vue, cela peut sembler être un affrontement classique entre capitalistes rivaux. Et pourtant, une fois de plus, un conflit idéologique émerge, un conflit qui divise les capitalistes eux-mêmes, en Russie et aux Etats-Unis mêmes. C’est le conflit entre mondialistes et souverainistes, entre un monde unipolaire et un monde multipolaire. Le conflit ne se limitera pas aux deux grandes puissances nucléaires.

La défaite du communisme fut brutalement annoncée dans un certain manifeste capitaliste datant du début des années 1990, qui proclamait : «Notre guide est le profit, acquis d’une manière strictement légale. Notre Seigneur est Sa Majesté, l’argent, car c’est Lui seul qui peut nous conduire à la richesse comme norme dans la vie.»

Les auteurs de ce tract audacieux étaient Mikhail Khodorkovsky, qui est devenu l’homme le plus riche de Russie avant de passer dix ans dans une prison russe, et son partenaire d’affaires de l’époque, Léonide Nevzline, qui a depuis lors pris une confortable retraite en Israël.

Des prêts en échange d’actions

C’était le bon vieux temps, dans les années 1990, lorsque l’administration Clinton faisait réélire Eltsine pendant que celui-ci laissait piller la Russie par ces jeunes loups russes et leurs soutiens occidentaux, utilisant particulièrement le tour des «prêts en échange d’actions».

Dans un article de Vanity Fair de 2012 sur son héros, Khodorkovsky, la journaliste férocement anti-Poutine Macha Guessen, a résumé en toute franchise comment cela fonctionnait : «Les nouveaux oligarques – une douzaine d’hommes qui avaient commencé à exercer le pouvoir que l’argent apportait – concoctèrent un plan. Ils prêteraient de l’argent au gouvernement, qui en avait grandement besoin, et en retour, le gouvernement mettrait en garantie des paquets d’actions équivalant à une participation majoritaire dans les grandes sociétés d’Etat. Lorsque le gouvernement ferait défaut, comme les oligarques et le gouvernement l’avaient prévu, les oligarques en prendraient le contrôle. Par cette manœuvre, l’administration Eltsine a privatisé le pétrole, le gaz, les minéraux et d’autres entreprises sans l’approbation du Parlement».

Cela a si bien fonctionné que depuis son poste au sein de l’organisation de la jeunesse communiste, Khodorkovsky a utilisé ses relations pour prendre le contrôle de l’industrie pétrolière russe Youkos et devenir l’oligarque le plus riche de Russie, avec une fortune de 15 milliards de dollars, dont il contrôle encore une partie malgré ses années de prison (2003-2013). Son arrestation a fait de lui un héros de la démocratie aux Etats-Unis, où il avait de nombreux amis, en particulier ceux qui l’aidaient à vendre des morceaux de Youkos à Chevron et Exxon. Khodorkovsky, un jeune homme charmant et généreux, a facilement convaincu ses partenaires américains qu’il était le champion numéro un de la démocratie et de la primauté de la loi en Russie, en particulier ces lois qui permettent aux capitaux nationaux de fuir vers les banques étrangères et aux capitaux étrangers de prendre le contrôle des ressources russes.

Vladimir Poutine ne voyait pas les choses de cette façon. Sans restaurer le socialisme, il déposséda Khodorkovsky de Youkos et convertit l’industrie pétrolière et gazière du modèle de «société ouverte» toléré par Eltsine, en une industrie capitaliste nationale. Khodorkovsky et son partenaire Platon Lebedev ont été accusés d’avoir volé tout le pétrole que Youkos avait produit dans les années 1998 à 2003, jugés et condamnés à 14 ans de prison chacun. Ce changement a ruiné les plans américains, déjà en cours, de «balkaniser» la Russie entre ses nombreuses provinces, permettant ainsi au capital occidental de poursuivre sa mainmise sur l’économie russe.

La dépossession de Khodorkovsky fut certainement une étape importante dans le conflit entre le président Poutine et Washington. Le 18 novembre 2005, le Sénat américain a adopté à l’unanimité la résolution 322 présentée par Joe Biden dénonçant le traitement de Khodorkovsky et Lebedev comme étant politiquement motivé. Biden, vice président sous Obama, est devenu une sorte de proconsul d’Ukraine après le putsch de Maidan en 2014.

Qui influence qui ?

Voyons maintenant l’histoire de l’influence russe aux Etats-Unis. Il est évident qu’un Russe qui peut obtenir du Sénat l’adoption d’une résolution en sa faveur a une certaine influence. Mais quand l’«Etat profond» grogne sur l’influence russe, il ne parle pas de Khodorkovsky. Il parle d’une réponse sarcastique à la question d’un journaliste pendant la campagne présidentielle. Dans une variante du classique «quand avez-vous cessé de battre votre femme ?», le journaliste a demandé à Trump s’il demanderait au président russe Vladimir Poutine de «rester en dehors de l’élection».

Puisqu’une question stupide ne mérite pas une réponse sérieuse, Trump a dit qu’il n’avait «rien à voir avec Poutine» avant d’ajouter : «Russie, si vous écoutez, j’espère que vous êtes en mesure de trouver les 30 000 courriels manquants. Je pense que vous serez probablement récompensés par notre presse.» (en référence aux courriels qui ont «disparu» du serveur privé que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton avait utilisé en violation des règles.)

«Aha !» se sont exclamés les anti-Trump. C’est la preuve ! L’ironie est presqu’aussi malvenue dans la politique américaine que l’honnêteté.

Lorsque le président Trump a récemment révoqué son habilitation de sécurité, l’ancien chef de la CIA John Brennan a eu l’occasion de cracher sa haine dans les pages complaisantes du New York Times.

Un personnage supposé assez malin pour diriger une agence de renseignement a pris la boutade de Trump comme une véritable demande. «En publiant une telle déclaration», écrit Brennan, «monsieur Trump n’encourageait pas seulement une nation étrangère à recueillir des renseignements contre un citoyen américain, mais autorisait aussi ouvertement ses partisans à travailler avec notre principal adversaire mondial contre sa rivale politique».

«[Les Russes], a déclaré Brennan, trollent dans les eaux politiques, commerciales et culturelles à la recherche d’individus crédules ou sans scrupules qui deviennent des marionnettes malléables entre les mains de leurs maîtres russes».

Quels Russes font ça ? Et qui sont ces «individus» ?

Le facilitateur en chef

Pour comprendre le fonctionnement de Washington, rien n’est plus instructif que d’examiner la carrière de l’avocat Jonathan M. Winer, qui répète fièrement qu’au début de 2017, Bill Burns, le chef de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, l’a présenté comme «le Facilitateur en chef». Winer est depuis longtemps inconnu du grand public, mais cela pourrait bientôt changer.

Voyons ce que le facilitateur a facilité.

Sous la présidence de Bill Clinton, Winer fut le responsable, au département d’Etat, de l’Application internationale de la loi, de 1994 à 1999. On peut s’interroger sur le caractère sélectif de l’importance qu’accorde Bill Clinton à l’application de la loi internationale, qui ne couvre certainement pas le fait de violer la loi internationale en bombardant des pays sans défense. Quoiqu’il en soit, en 1999, Winer fut récompensé pour des «réalisations pratiquement sans précédent». Nous examinerons plus tard l’une de ces réalisations importantes.

Après la fin de l’administration Clinton, de 2008 à 2013, le Facilitateur en Chef a travaillé comme consultant de haut niveau dans l’une des plus puissantes firmes de relations publiques et de lobbying au monde, APCO Worldwide. C’est ainsi que fonctionnent les portes tournantes à Washington : après quelques années passées au gouvernement à découvrir le rouages du système, on se lance dans une activité de «consultation» très rémunérée pour vendre cette information privilégiée et ces contacts influents à des clients privés.

APCO a pris un grand départ il y a une trentaine d’années en faisant du lobbying pour Philip Morris et l’industrie du tabac en général.

En 2002, l’APCO a lancé un truc qui s’appelait les «Amis de la science» pour promouvoir le scepticisme à l’égard des effets nocifs du tabagisme. En 1993, la campagne décrivait ses buts et objectifs : «Encourager le public à remettre en question – de la base au sommet – la validité des études scientifiques.»

A l’époque où Winer travaillait pour APCO, l’une de ses principales activités fut de faire les louanges de la Clinton Global Initiative (CGI), une plateforme de réseautage international qui fait la promotion de la Fondation Clinton. Margery Kraus, présidente et chef de la direction d’APCO, a expliqué que le cabinet-conseil était là pour «aider les autres membres de CGI à susciter l’intérêt pour les causes qu’ils défendent, à démontrer leur succès et à mettre en lumière les nombreuses réalisations de CGI dans son ensemble». Considérant que seulement 3% des centaines de milliers de dollars de revenus de la Fondation Clinton sont consacrés aux donations charitables, elle avait très grand besoin de relations publiques agressives.

Fait significatif, les dons à la Clinton Global Initiative se sont taris depuis qu’Hillary a perdu l’élection présidentielle. Selon The Observer : «Les gouvernements étrangers ont commencé à se retirer des dons annuels, signalant que l’influence de l’organisation était basée sur l’accès des donateurs aux Clinton, plutôt que sur son travail philanthropique.»

Cela explique en partie la panique d’Hillary Clinton lorsqu’elle a perdu en 2016. Comment peut-elle récompenser ses donateurs de plusieurs millions de dollars avec les faveurs qu’ils attendaient ?

En plus de l’industrie du tabac et de la Fondation Clinton, APCO travaille également pour Khodorkovsky. Pour être précis, selon les listes publiques, le quatrième plus gros client d’APCO est le Corbiere Trust, propriété de Khodorkovsky et enregistré à Guernesey. Ce trust gère et distribue une partie des milliards que l’oligarque a obtenu de la Russie avant d’être emprisonné. L’argent de Corbiere a été dépensé pour faire pression à la fois pour la Résolution 322 (soutenir Khodorkovsky après son arrestation en Russie) et pour la loi Magnitsky (voir plus loin). Margery Kraus, présidente et directrice générale de l’APCO, est membre de l’Institut de la Russie moderne, dirigé par le fils de Mikhaïl Khodorkovsky, Pavel, qui se consacre à la «promotion des valeurs démocratiques» – en d’autres termes, à la construction d’une opposition politique à Vladimir Poutine.

En 2009, Jonathan Winer est retourné au département d’Etat où il a reçu un prix pour services distingués pour avoir sauvé des milliers de membres de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien de leurs bases en Irak, depuis lesquelles ils essayaient de renverser le gouvernement iranien. L’OMPI, autrefois officiellement reconnue comme une organisation terroriste par le département d’Etat, est devenue un instrument de prédilection dans les opérations américaines et israéliennes de changement de régime, dirigées contre l’Iran.

Cependant, ce sont les activités parallèles de Winer au département d’Etat qui l’ont finalement mis sous les feux de la rampe au début de cette année 2018 – ou plutôt sous les projecteurs du House Intelligence Committee, dont le président Devin Nunes (Républicain) l’a placé dans un réseau faisant la promotion du fameux «Dossier Steele», qui accusait Trump de trafic financier illicite et surtout d’activités sexuelles spectaculairement compromettantes en Russie.

De son propre aveu, Winer était ami avec l’ancien agent du renseignement britannique Christopher Steele depuis l’époque où il travaillait à l’APCO. De retour au Département d’Etat, il transmettait régulièrement des rapports de Steele, soi-disant tirés de contacts avec des agents de renseignement russes amis, parmi ses collègues et surtout à Victoria Nuland, responsable des affaires européenne et de l’Eurasie (celle qui distribuait des casse-croute aux manifestants de Maidan, après une longue distribution de milliards de dollars à l’opposition). Ceux-ci incluaient le tristement célèbre «dossier Steele». En septembre 2016, le vieil ami de Winer, Sidney Blumenthal – un conseiller particulièrement proche de Hillary Clinton – lui a donné des notes écrites par un mystérieux initié de Clinton nommé Cody Shearer, répétant les attaques salaces.

Toute cette saleté fut diffusée aux agences gouvernementales et aux médias grand public avant d’être révélée au public juste avant l’inauguration de Trump, afin d’encourager l’enquête du Russiagate de Robert Mueller, qui cherche à prouver une collusion entre Trump et Poutine. Le dossier fut discrédité, mais l’enquête se poursuit encore et encore.

Tout ce beau monde trouve donc tout à fait normal de prendre au sérieux les informations prétendument obtenues auprès d’«agents russes» et de les diffuser, tant qu’elles peuvent porter atteinte à Trump. Comme pour tant d’autres choses à Washington, le deux poids, deux mesures constitue la règle.

Jonathan Winer et la loi Magnitsky

Jonathan Winer a joué un rôle majeur dans l’adoption par le Congrès de la loi Magnitski, une mesure qui est parvenue à mettre fin aux espoirs post-Guerre froide de relations normales entre Washington et Moscou. Cette loi est fondée sur une version très controversée de la mort en prison du comptable Sergueï Leonidovich Magnitsky le 16 novembre 2009, telle que racontée au Congrès par Bill Browder (petit-fils de Earl Browder, chef du Parti communiste des Etats-Unis de 1934 à 1945). Selon Browder, Magnitsky était un avocat qui fut battu à mort en prison à la suite de sa croisade pour les droits de l’homme.

Cependant, comme l’a établi de manière convaincante le documentaire d’investigation (interdit aux Etats-Unis) du dissident russe Andreï Nekrasov, le malheureux Magnitsky n’était ni un défenseur des droits de l’homme, ni un avocat, ni battu à mort. Il était un comptable emprisonné pour son rôle dans les affaires commerciales de Browder, qui est mort de cause naturelle en raison d’un traitement médical inadéquat. L’affaire fut montée en drame majeur en matière de droits de l’homme par Browder afin de discréditer les accusations russes contre lui-même.

En tout état de cause, en adoptant une loi punissant les persécuteurs présumés de Magnitsky, le Congrès américain a agi comme une cour suprême jugeant les questions juridiques internes de la Russie.

Comme Mikhaïl Khodorkovsky, mais à une échelle beaucoup plus petite, Browder a aussi fait fortune en arnaquant des Russes pendant les années Eltsine, et plus tard, il a eu des problèmes avec les percepteurs d’impôts russes. Comme Browder avait renoncé à sa citoyenneté américaine afin d’éviter de payer des impôts américains, il avait des raisons de redouter les efforts russes visant à l’extrader pour évasion fiscale et autres délits financiers.

C’est Jonathan Winer qui a trouvé une solution à la situation difficile de Browder.

Comme le raconte Winer : «Quand Browder m’a consulté […] j’ai suggéré de créer une nouvelle loi pour imposer des sanctions économiques et de voyage aux contrevenants aux droits de l’homme impliqués dans la corruption à grande échelle. Browder a décidé que cela pourrait rétablir la justice pour Magnitsky. Il a lancé une campagne qui a abouti à l’adoption de la loi Magnitsky. Peu après, d’autres pays ont adopté leurs propres lois Magnitsky, notamment le Canada, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et, plus récemment, le Royaume-Uni».

Les autorités russes tentent toujours de poursuivre leur procès contre Browder. Dans sa conférence de presse qui a suivi la réunion d’Helsinki avec Trump, Vladimir Poutine a suggéré de permettre aux autorités américaines d’interroger les Russes nommés dans l’acte d’accusation Mueller en échange de la possibilité pour les responsables russes d’interroger les personnes impliquées dans l’affaire Browder, y compris Winer et l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, Michael McFaul. Poutine a fait remarquer qu’un tel échange était possible en vertu du Traité d’entraide juridique signé entre les deux pays en 1999, dans les années Eltsine, à l’époque où l’Amérique se présentait comme la meilleur amie de la Russie.

Mais les Russes naïfs n’avaient pas pris toute la mesure de l’habileté des avocats américains.

Comme l’a écrit Winer, «en vertu de ce traité, le procureur général de Russie peut demander au procureur général des États-Unis [….] de faire en sorte que les Américains reçoivent l’ordre de témoigner pour aider dans une affaire criminelle. Mais il y a une exception fondamentale : le procureur général ne peut fournir une telle assistance dans une affaire politiquement motivée».

«Je le sais», écrit-il, «parce que j’étais parmi ceux qui ont aidé à placer [cette exception] là. En 1999, lorsque nous étions en train de négocier l’accord avec la Russie, j’étais le plus haut fonctionnaire du département d’Etat chargé de gérer les relations entre les forces de l’ordre des Etats-Unis et de la Russie».

Ainsi, le Facilitateur en chef aurait pu dire à un Browder inquiet : «Pas de problème. Tout ce que nous avons à faire, c’est de faire de votre cas un cas politiquement motivé. Alors ils ne peuvent pas te toucher.»

Le traité astucieux de Winer est un cas parfait de voie sans issue. Le traité ne s’applique pas si un cas est politiquement motivé, et s’il est russe, il est forcément politiquement motivé.

Dans une plainte déposée le 15 juillet 2016 auprès du ministère de la Justice, la société de Browder, Heritage Capital Management, a accusé les opposants, américains comme russes, à la loi Magnitsky de violer la «loi d’enregistrement des agents étrangers» (FARA ; adoptée en 1938 avec les nazis à l’esprit). Parmi les «lobbyistes» cités figurait feu Ron Dellums (le plus distingué parmi les premier représentants noirs au Congrès, un démocrate faussement identifié dans la plainte comme étant un «ancien député républicain»).

La plainte de Heritage Capital Management déclarait : «Bien que les avocats représentant des commettants étrangers soient exemptés de l’obligation de déposer une requête en vertu du FARA, cela n’est vrai que si l’avocat n’essaie pas d’influencer la politique à la demande de son client.» Pourtant, en diffusant du matériel anti-Magnitsky au Congrès, tout avocat russe «essayait clairement d’influencer la politique» et était donc en train de violer la loi FARA.

Encore une voie sans issue.

Inutile de dire que le Corbiere Trust de Khodorkovsky a lourdement fait pression pour que le Congrès adopte la loi Magnitsky, qui a également réitéré sa défense de Khodorkovsky lui-même. Ce type d’«ingérence russe destinée à influencer la politique» n’est même pas remarqué, tandis que les autorités américaines parcourent le cyberespace à la recherche de trolls.

Conclusion

Le conflit idéologique de base ici se trouve entre l’Amérique unipolaire et la Russie multipolaire. La position de la Russie, comme Vladimir Poutine l’a clairement indiqué dans son discours historique à la conférence sur la sécurité de Munich en 2007, est de permettre aux pays de jouir de leur souveraineté nationale et de se développer à leur manière. Le gouvernement russe actuel s’oppose par principe à toute ingérence dans la politique d’autres pays. Il préférerait naturellement un gouvernement américain prêt à accepter cela.

Les Etats-Unis, en revanche, sont par principe en faveur de l’ingérence dans d’autres pays : parce qu’ils veulent un monde unipolaire, avec un système unique, et se considèrent comme l’autorité finale quant au régime qu’un pays doit avoir et comment il doit gérer ses affaires.

Donc, si les Russes essayaient de s’ingérer dans la politique intérieure des Etats-Unis, ce ne serait pas pour changer le système américain, mais pour essayer d’empêcher ce dernier de changer le leur. Les dirigeants russes sont clairement suffisamment cultivés pour comprendre que les processus historiques ne dépendent pas d’enfantillages lancés à partir d’un ordinateur.

Les décideurs politiques américains pratiquent l’ingérence tous les jours. Et ils sont parfaitement disposés à permettre aux Russes d’interférer dans la politique américaine – pourvu que ces Russes soient unipolaires comme eux, comme Khodorkovsky, qui aspirent précisément au même monde unipolaire que recherchent le département d’Etat et George Soros. En fait, l’empire américain compte sur de telles ingérences de la part des Irakiens, des Libyens, des Iraniens, des Russes, des Cubains – de tous ceux qui vont à Washington pour demander au pouvoir des Etats-Unis de régler de vieux comptes ou de renverser le gouvernement de leur pays d’origine. Tous ceux-là sont parfaitement les bienvenus pour faire pression en faveur d’un monde gouverné par l’Amérique.

L’ingérence russe dans la politique américaine est tout à fait bienvenue tant qu’elle contribue à retourner l’opinion publique contre le «multipolaire» Poutine, à glorifier la démocratie américaine, à servir les intérêts américains, y compris le complexe militaro-industriel, à aider à faire tomber les frontières nationales (sauf celles des Etats-Unis et d’Israël) et à remplir les poches appropriées dans les couloirs du Congrès.

Diana Johnstone 

Diana Johnstone est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la politique américaine dont notamment Hillary Clinton : La reine du chaos et La Croisade des fous : Yougoslavie, première guerre de la mondialisation. From MAD To Madness : Inside Pentagon War Planning (Clarity Press, Atlanta, USA), son livre le plus récent est basé sur les mémoires de son père, Dr. Paul H. Johnstone.

Source: RT

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