L’Académie de Géopolitique de Paris organisait le 23 juin à l’université de la Sorbonne, un colloque intitulé « La nouvelle diplomatie française au Moyen-Orient ».  Des académiciens, diplomates et des chercheurs se sont exprimés sur cette question.

On peut écouter ici l’intervention d’Adel KHALIFE, Professeur de Droit international public à l’université libanaise, Faculté de droit et sciences politiques, « La politique étrangère de la France à l’égard du Liban ».

Ce que M. Adel Khalife affirme avec sobriété et amertume, est dur à entendre. C’est le reflet de la triste réalité. De la dérive d’une politique étrangère française criminelle, au service des intérêts de l’Etat d’Israël. ASI

La politique étrangère de la France à l’égard du Liban », Adel KHALIFEProfesseur de sciences politiques, Université libanaise

La France qui a offert l’indépendance au Liban en 1943 malgré la lutte de certains libanais contre la présence militaire française, a perdu de son influence dans ce pays considéré jadis la base de la politique française au Proche Orient. La question qui se pose maintenant : y-a-t-il encore une politique étrangère de la France au Liban ?

La réponse est non. La visite du président Hollande au Liban le mois dernier (avril 2016) a montré l’affaiblissement du rôle de la France au Liban et dans la région. Cette visite incolore et inodore fut vouée à l’échec, dans un pays sans chef d’état, meurtri affaibli et affecté par la crise syrienne. Elle n’a pas donné aucun espoir pour les libanais de changer leur situation vers l’élection d’un président de la république et les aider à sortir de la crise. La France perd aussi de sa grandeur en faveur de la politique américaine gestionnaire avec les russes du dossier syro-libanais.

Après le mandat français sur le Liban, la France est devenue la mère tendre (selon l’expression de certains libanais) avec laquelle les libanais ont eu des relations culturelles diplomatiques privilégiées. Avec la conclusion de l’accord nucléaire iranien, la France est reléguée au second plan, également elle a perdu de son influence en Syrie et au Liban, et elle n’a plus aucune influence dans les négociations au proche orient malgré sa position de principe avec deux états palestinien et israélien.

Laurent Fabius est resté jusqu’au dernier moment contre l’accord iranien le 13 juillet 2015, le lendemain, il était à Téhéran pour signer des accords commerciaux, il considérait peut-être que les contrats commerciaux sont plus importants que la devise de la république « liberté égalité fraternité ». François Hollande et Fabius ont signé aussi des contrats commerciaux avec l’Arabie Saoudite et Qatar, deux pays qui financent le terrorisme en Syrie et au Liban.

Le président Chirac sur pression américaine et pour des raisons personnelles (son amitié avec le premier ministre libanais Rafic Hariri) a choisi de se rapprocher de la politique américaine surtout en ce qui concerne la gestion du dossier syro-libanais. Avec le président Sarkozy la politique française au Liban est remise en cause et remplacée par un cadre euro-méditerranéen avec un alignement atlantiste géré par les Etats Unis, dans son discours devant les ambassadeurs arabes à paris Sarkozy a déclaré « je suis un ami à Israël et j’ai une grande admiration pour la politique américaine ».

Le Liban est délaissé alors pour son sort et surtout ses chrétiens, de même les chrétiens d’Orient qui se voient menacés par leur présence en Irak et en Syrie. Et enfin, avec Hollande, la politique française au Liban s’est encore affaiblie au profit de la politique américaine et d’un alignement sur Washington.

La conscience politique des libanais et des peuples arabes exige une présence française, une initiative de la France en faveur du Liban et de la Syrie car la France est solidaire de leurs causes à travers une histoire commune.

Académie de Géopolitique de Paris – 23 juin 2016

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