Par Michel Piccand | 23 novembre 2017

La RTS peut désormais être qualifiée de négationniste. Le négationnisme désigne en effet ceux qui recourent à la falsification de l’Histoire. Notre radio-télévision d’Etat a certes la liberté de proposer son interprétation de nos relations avec l’UE mais lorsque cette interprétation est totalement contraire aux faits établis, que ces faits sont passés sous silence, alors nous sommes dans le négationnisme.

La violation de notre Constitution passée sous silence, l’inapplication totale du vote du 9 février désignée sous le terme d’application light avaient atteints des degrés si nauséabonds de maquillage qu’il semblait difficile de croire qu’ils puissent aller plus loin. C’est maintenant chose faite, l’honnêteté intellectuelle et la retenue ne sont plus à l’ordre du jour.

Le téléspectateur qui a assisté au 19h30 de Darius Rochebin le 22 novembre annonçant la venue en Suisse du président de la Commission européenne Juncker aura pu voir une démonstration de propagande outrancière et une réécriture presque totale des faits. On nous a présenté la relation avec l’UE après le vote du 9 février comme tendue et le journaliste annonçant désormais un retour à la « normalisation » de nos relations avec l’UE.

Normalisation ? C’est faux, c’est absolument faux. Pour qu’il y ait eu tension entre notre gouvernement et l’UE il aurait fallu une résistance de la part de nos autorités, or elles ne se sont jamais opposées, elles n’ont strictement rien fait, elles ont au contraire continué les relations avec l’UE comme si le vote du 9 février n’avait jamais existé. Cette manière de continuer à satisfaire l’UE sans broncher a d’ailleurs été présentée à titre de preuve dans la plainte pénale qui a été déposée par le Mouvement du 9 février. Elle montre que notre gouvernement n’a même pas cherché à résister à l’UE. Ce que la plainte présente comme un cas de violation de l’article 267 du Code pénal suisse sous le titre Crimes ou délits contre l’Etat / Trahison diplomatique.

Alors parler de normalisation de nos relations avec l’UE c’est tout simplement réécrire l’Histoire dans le sens que veulent nos autorités, c’est réécrire ce qui s’est passé. Il ne s’est rien passé de non normal après le vote du 9 février, si ce n’est la suspension unilatérale par l’UE de la Suisse aux programmes très secondaires Erasmus+, Horizon 2020 et MEDIA. Le gouvernement suisse a continué ses affaires avec l’UE comme si le vote du 9 février n’avait jamais existé.

Extrait de la plainte déposée pour trahison diplomatique :

– Le 26 mars 2014, soit un mois et demi après la votation du 9 février et trois semaines après la suspension de la Suisse des programmes européens précités, le Conseil fédéral déclarait dans un communiqué qu’il se préoccupait principalement « de déterminer comment éviter une discrimination de la Croatie » nouveau membre et comment satisfaire aux exigences de l’UE.

« … Il s’agira également de réaliser des progrès sur les questions institutionnelles ainsi que sur le mandat correspondant de l’UE et de démarrer des négociations dans ce domaine. » [Communiqué du Conseil fédéral, 26.03.2014].

– Le 28 mai 2014 le Conseil fédéral transmettait au Parlement le message portant sur l’approbation du crédit-cadre de 45 millions de francs en faveur de la Croatie, au titre d’une contribution supplémentaire à l’élargissement de l’UE [Communiqué du Conseil fédéral, 28.05.2014] crédit ensuite approuvé par le parlement.

… »

Le gouvernement suisse n’a opposé aucune résistance pour tenter de défendre le vote du peuple suisse. Il n’a même pas tenté de geler les versements au fond de cohésion européen ou de suspendre la mise en route de la relation envers le nouveau membre UE croate, il a même fait des propositions supplémentaires.

Lorsque dans le même téléjournal l’ambassadeur Nordmann vient donc nous expliquer faussement le déroulement des faits on croit rêver. D’ailleurs depuis quand des hauts fonctionnaires sont habilités dans notre pays à tenir de tels propos en public ? Est-ce que ce sont des ambassadeurs notoirement pro-UE qui décident maintenant de notre politique ? Et il nous explique lui aussi que nous sommes en voie de « normalisation » de nos relations avec l’UE.

On assiste ici en temps réel à un épisode de réécriture des faits de notre Histoire, à moins que la « normalisation » dont nous parle l’ambassadeur s’inspire du concept de « Normalisation en Tchécoslovaquie » qui désigne la reprise en main par le parti communiste de l’appareil politique et économique tchécoslovaque entre 1968 et 1989.

Alors oui, on comprend Mr Nordmann qui ne dit rien de la violation de notre Constitution qui semble le laisser indifférent, on comprend que chez lui la normalisation c’est une «reprise en main», un retour à la normale ou un retour à la « norme de Bruxelles » de laquelle les Suisses avaient dévié lors du vote du 9 février…

Pour ce qui est de la normalisation des relations entre le peuple et les autorités, entre le peuple suisse et Bruxelles, autant dire que contrairement à ce que disent la RTS et Nordmann, la question est très loin d’être réglée, elle ne fait que commencer.

Par Michel Piccand

Michel Piccand, a fait des études de droit à Genève. Auteur de plusieurs essais et articles consacrés à la Suisse, il ne se revendique d’aucune couleur politique. Il se défini comme un essayiste attaché à la démocratie directe de son pays. Sa démarche, dit-il, « est avant tout éthique; il faut commencer par dire la vérité, sans vérité il n’y a pas de démocratie, il n’y a même pas de débat possible. »

P.S. Pour l’anecdote on relèvera le lapsus extraordinaire de la journaliste socialiste qui parle d’application « lâche » de cette votation (min 14.12)). Certains commenceraient-ils à avoir des problèmes avec leur conscience ?  qui parle d’application « lâche » de cette votation (min 14.12)

Source: Page Facebook de l’auteur 

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