Source: Le Gaullisme

Charles de Gaulle est un homme qui fait rêver les Français à l’heure où la classe politique est discréditée et où élection après élection, les présidents de la république se révèlent décevants au regard du présent comme de l’histoire. Ils apparaissent tellement médiocres que l’on peut même douter que l’histoire se fatigue à les juger, elle devrait simplement les oublier.

Voilà pourquoi la figure du général de Gaulle inspire un tel regret. Elle parle d’un caractère, d’un style et surtout d’une certaine vision de la France. Elle parle du courage face à l’adversité, de la lucidité face au danger et du levier que peut être l’alliance des deux pour relever un pays à terre. Elle parle d’un mythe, celui du grand homme. Et d’un homme dont la part de grandeur a su donner une représentation de l’idéal politique.

L’homme réel n’était pas parfait. Il a eu sa part d’erreur et ses parts d’ombre. La guerre d’Algérie reste un épisode douloureux pour certains, comme les rigidités sociales qui expliqueront aussi l’explosion de mai 1968, mais la mémoire collective a retenu surtout le courage de l’homme fut-ce au prix de la solitude, le choix de l’honneur contre la collaboration, fut-ce au prix de l’exil. Elle porte aussi à son crédit le fait qu’à l’époque gaullienne, l’ascension sociale était une véritable promesse et pas le leurre qu’il est devenu.

Le pouvoir impose ses compromis et compromissions, il n’en reste pas moins que l’homme dont les Français se souviennent est celui qui savait être au rendez-vous de l’histoire et savait faire partager ces récits qui nouent les individus en peuple conscient de lui-même et de ses valeurs. Il incarnait son pays et épousait son destin. Il est celui qui y croit quand tout est perdu et qui finit par relever ce qui semblait détruit. Il était le président et non le premier des ministres.

Or aujourd’hui ce sont les techniciens qui sont à la manoeuvre. Ceux-ci sont plus ou moins compétents mais ils peinent à incarner quoi que ce soit et paraissent interchangeables. Les candidats à la présidence ont bien du mal à apparaître comme autre chose que des directeurs généraux d’administration centrale. Ce n’est pas déshonorant mais pour diriger un pays, réparer une société fracturée et affronter un monde en crise, c’est insuffisant et dérisoire. Le lien avec la population d’ailleurs se défait: la méfiance des Français envers leur représentants est très forte et l’abstention est tellement massive qu’elle sape la légitimité des élus. Le fait que même la crise démocratique ne semble pas les interroger et qu’ils paraissent enchaîner les menuets alors qu’ils dansent sur un volcan et que la piste de danse ne cesse de rétrécir, à de quoi inquiéter les peuples.

A courir ventre à terre à Colombey-les-deux-Eglises, on se demande ce qu’espèrent candidats et autres politiques : que rendre un hommage à un géant leur conférera la grandeur dont ils n’ont su faire preuve ? C’est touchant de naïveté ou agaçant d’immaturité, tant on voit bien qu’il s’agit ici de faire semblant et non de s’inspirer de l’exemple de l’homme d’état d’hier pour faire aux dangers d’aujourd’hui.

Bien sûr l’homme n’était pas un saint. Mais le mythe dévore le réel même s’il se nourrit aussi de lui. Et ce mythe là redonne espoir. Il dit qu’aussi bas qu’un pays puisse tomber, aussi sombre que paraît être l’avenir, on peut se relever. Quand tout paraissait perdu, il a continué de croire qu’il était possible d’agir et il a inversé la donne. C’est à l’homme qui croyait en la France et qui a tourné le dos à l’avilissement de Vichy que les Français rêvent mais aussi à celui du Conseil National de la Résistance qui croyait en cette sécurité sociale qui a traduit en solidarités concrètes nos liens humains.

Face aux questions qui nous agitent, cet homme-là est encore d’actualité. Souveraineté, rapport de force avec une Europe non démocratique dans son fonctionnement, lucidité face à l’immigration, capacité à faire face au réel, expérience de la guerre, connaissance des hommes, volonté d’agir pour la justice sociale, foi en l’éducation et l’exigence pour élever les hommes, attachement à la culture, amour de la France et clairvoyance dans le regard porté sur son histoire, que de qualités qui manquent alors que nos hommes politiques peinent à s’élever au dessus de la figure du gestionnaire plus ou moins compétent.

Il est normal que nous rendions tous à notre niveau hommage à l’homme qui a repris le flambeau d’une France libre quand la collaboration l’avait éteint dans le caniveau, mais je crains qu’au lieu de couvrir du manteau de sa grandeur les discours fades de trop de Rastignac de sous-prefecture, la comparaison ne tourne à l’humiliation pour ceux qui espèrent en sortir grandis. A ce titre le président de la République a raison de ne pas s’y rendre d’autant que sa énième prise de parole qui devrait être comme d’habitude trop longue et inhabitée souffrirait encore plus du souvenir d’un homme dont la parole n’était pas vaine et dont le lien avec la France et les Français était aussi vrai que fort.

A l’heure du souvenir, c’est le manque qui revient. Alors que l’horizon se couvre et que l’avenir paraît gros de menace, il y aura beaucoup de politiques, à Colombey et dans le pays, pour s’incliner devant la stature de de Gaulle, mais en trouvera-t’on un seul capable de forger un destin pour notre pays ?

Note

(Ce texte semble avoir été rédigé par Céline Pina, mais nous n’avons trouvé aucun lien pouvant le confirmer. Arrêt sur info)

URL : Arretsurinfo.ch

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