Par Patrick J. Buchanan | 23 novembre 2017 | Buchanan.org

Notre but est « d’affamer la population – hommes femmes et enfants, vieux et jeunes, blessés et bien portants – jusqu’à sa complète soumission. » Ces mots ont été prononcés par Winston Churchill, Premier Lord de l’Amirauté.

Il parlait de l’Allemagne au début de la Grande Guerre de 1914 – 1918. Les Américains avaient dénoncé ce blocus alimentaire qui allait coûter la vie à des millions de civils allemands.

Pourtant, lorsque nous sommes entrés en guerre en 1917, un amiral américain prédisait au Premier Ministre britannique Lloyd George : « Vous verrez qu’il ne nous faudra que deux mois pour devenir d’aussi grands criminels que vous. »

Mais après l’Armistice du 11 novembre 1918, il a fallu attendre la capitulation de l’Allemagne pour que le blocus soit levé, à la demande des Alliés, dans le cadre du Traité de Versailles.

En mars 1919 encore, soit quatre mois après que les Allemands eurent déposé les armes, Churchill se levait en plein Parlement pour déclarer d’un air réjoui :  » Nous appliquons le blocus à la lettre et l’Allemagne est au bord de la famine. »

Les conditions de ce blocus étaient si sévères pour l’Allemagne que le Général britannique Sir Herbert Plumer vint protester auprès de Lloyd George à Paris en invoquant la démoralisation qui s’emparait de ses troupes sur le Rhin à la vue de ces « hordes d’enfants squelettiques au ventre ballonné essayant de chaparder quelques restes près des cantonnements britanniques. »

Le blocus alimentaire était un crime de guerre et un crime contre l’humanité. Mais les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale ont fait oublier cette étape significative dans la marche de l’Occident vers la barbarie.

Un crime comparable est commis aujourd’hui contre les peuples les plus pauvres du monde arabe – et ce, avec la complicité des Etats-Unis [et de l’UE, ndlr].

En 2015, après le renversement à Sanaa du régime pro-saoudien par les Houthis et leur prise de contrôle d’une grande partie du pays, l’Arabie Saoudite a attaqué et envahi le Yémen. Elle inflige à présent à ce pays un blocus aérien, terrestre et maritime, en réaction au missile houthi tiré ce mois sur Ryad – qui a été intercepté et détruit.

Les Saoudiens disent qu’il s’agit d’un missile iranien, tiré avec le soutien du Hezbollah, et dénoncent un « acte de guerre » contre le royaume. Les Houthis admettent être à l’origine du tir de missile, mais l’implication de l’Iran et du Hezbollah est récusée les trois.

Quelles que soient les circonstances de l’attaque, ce que les Saoudiens, soutenus par les Etats-Unis, sont en train de commettre en infligeant ce blocus à une population démunie, est inhumain et indéfendable.

Les importations sont interrompues au Yémen [après trois semaines le blocus vient d’être levé, ndlr], alors que ce pays importe presque 90 pour cent de sa nourriture, de son pétrole et de ses médicaments. Du fait d’une pénurie de fuel, indispensable pour purifier l’eau, Sanaa et le port de Hodaida, qui sont les villes les plus importantes sous contrôle Houthi, n’ont plus eu accès à l’eau potable.

Des milliers de personnes sont mortes du choléra. Des centaines de milliers d’autres courent le même risque. Les enfants sont menacés d’une épidémie de diphtérie. Le pays étant à court de médicaments et de traitements, les personnes diabétiques et cancéreuses risquent de mourir.

Si les aéroports et les ports contrôlés par les Houthis ne reçoivent pas l’autorisation de ré-ouvrir, et que les produits humanitaires et de première nécessité ne peuvent être acheminés, la population yéménite devra faire face  à de graves pénuries et à la famine.

Qu’ont fait ces gens pour mériter un tel traitement ? Et que nous ont-ils fait pour que nous laissions les Saoudiens leur infliger ce traitement ?

Les Houthis ne sont, ni Al-Qaïda, ni Daesh. Ces groupes terroristes sunnites sont d’ailleurs détestés par les Houthis.

Est-ce la nouvelle manière de faire la guerre que l’Amérique a trouvée ? A l’approche de Noël et du Nouvel An, sommes-nous prêts, nous, peuple américain, à laisser se produire sans réagir cette catastrophe humanitaire ? Et à laisser se dresser un mur de haine entre nous et des générations de Yéménites meurtris, aux yeux desquels le nom de notre pays restera terni à jamais ?

L’argument des Saoudiens est que le spectre de la famine va convaincre le peuple yéménite de se retourner contre les rebelles et contraindre les Houthis à se soumettre. Mais si cette stratégie échoue ? Si les Houthis, qui tiennent le nord du pays depuis plus de deux ans, ne se rendent pas ? Que se produira-t-il alors ?

Nous contenterons-nous de rester de passifs observateurs, alors que des milliers et des dizaines de milliers de civils – vieux, malades, faibles, enfants et nouveaux-nés – meurent à cause d’un blocus imposé avec le soutien des puissants Etats-Unis d’Amérique ?

Sans le ciblage et le ravitaillement américain, les avions saoudiens ne seraient pas en mesure d’attaquer efficacement les Houthis et Riyad ne gagnerait pas cette guerre. Mais à quel moment le Congrès a-t-il autorisé cette guerre contre une nation qui ne nous a jamais attaqués ?

C’est le Président Obama qui, le premier, a donné son accord au soutien de l’effort de guerre saoudien. Le Président Trump a poursuivi sur cette lancée ; la guerre au Yémen est devenue sa guerre et… sa catastrophe humanitaire.

Le Yémen vit sans conteste la crise humanitaire la plus sévère de la planète, et la responsabilité de l’Amérique dans cette crise est essentielle et indéniable.

Si les Etats-Unis annonçaient au prince héritier Mohammed bin Salman que nous cessons de soutenir sa guerre, les Saoudiens devraient se rendre à l’évidence qu’ils ont perdu cette guerre.

En fait, compte tenu de l’échec de Riyad dans la guerre civile en Syrie, de son échec à mettre fin à la rébellion du Qatar, de l’impasse de sa guerre au Yémen doublée des désastres en matières des droits humains infligés à ce pays, il se pourrait que Trump voie sous un autre jour cette monarchie sunnite qui constitue la colonne vertébrale de la politique des Etats-Unis dans le Golfe persique. 

Par Patrick J. Buchman | COPYRIGHT 2017 CREATORS.COM

Patrick J. Buchman est l’auteur de  Churchill, Hitler, and “The Unnecessary War”: How Britain Lost Its Empire and the West Lost the World. Pour plus d’informations sur ses travaux voir sa page web: www.creators.com.

Publié le 23 Novembres sous le titre : The US-Saudi Starvation Blockade

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Source : https://arretsurinfo.ch/yemen-blocus-americano-saoudien-pour-affamer-la-population/

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