Kaja Kallas, EU foreign policy chief. (European Union)

« L’Europe est le plus grand défenseur du peuple palestinien », a-t-elle déclaré lundi.

Le lendemain, les gouvernements de l’UE ont démontré l’ampleur de leur soutien en refusant une nouvelle fois de demander des comptes à Israël pour ses actes de violence génocidaires à l’encontre du peuple palestinien.

Un million de citoyens de l’UE ont signé un appel demandant le retrait des privilèges commerciaux accordés à Israël. Plutôt que de prendre cette mesure élémentaire, les gouvernements de l’UE ont imposé davantage de sanctions à l’Iran, cible de l’agression d’Israël et des États-Unis.

Les diplomates travaillant sous les ordres de Kallas ne peuvent certainement pas être considérés comme les plus grands défenseurs du peuple palestinien.

Un document que j’ai obtenu grâce à une demande d’accès à l’information montre que, plus de deux ans après le début du génocide à Gaza, le lobby israélien continue d’écrire le scénario que suivent les principaux responsables bruxellois.

Hélène Le Gal, chef de la division Moyen-Orient au sein du service diplomatique de l’UE, semble particulièrement disposée à se faire écrire ce scénario.

Le document montre que Mme Le Gal a accepté d’animer un « dialogue stratégique » organisé conjointement par le service diplomatique et le groupe pro-israélien appelé European Leadership Network (Elnet). Prévu les 12 et 13 mai, l’événement réunira « 30 décideurs politiques et leaders d’opinion de haut niveau – 15 de l’UE et 15 d’Israël », indique l’invitation.

Le Gal a accepté que l’invitation soit émise en son nom, ne demandant que de « minuscules ajustements », selon un e-mail qu’elle m’a envoyé.

Il est révélateur que Le Gal et ses collaborateurs n’aient sollicité que de “petits ajustements” à l’invitation.

Le projet initial stipule que la diplomatie européenne “représente les opinions et les intérêts de l’UE auprès du gouvernement israélien, dans le but principal de promouvoir les relations entre l’UE et Israël”.

Non seulement cette formulation ne semble pas avoir suscité d’objections fondamentales, mais au moins un des collègues de Mme Le Gal l’a jugée trop réductrice.

Une modification a été proposée afin de préciser que l’administration y travaille “à l’échelle mondiale”, y compris sur les relations UE-Israël.

Personne n’a semblé gêné par l’objectif déclaré de “faire progresser les relations” avec un État commettant un génocide.

Ligne rouge ?

Les discussions prévues en mai seront “entièrement” confidentielles, précise l’invitation. Car, comme d’habitude, le public doit être tenu dans l’ignorance sur des questions d’intérêt public manifeste.

Selon l’ordre du jour, ces questions porteront notamment sur le “Conseil de la paix” mis en place par le président américain Donald Trump, les élections israéliennes de 2026, et “l’influence croissante” de la Turquie et du Qatar. L’Iran et “l’avenir de la normalisation arabo-israélienne” seront aussi évoqués.

Un autre sujet abordé sera le financement des “technologies à double usage” dans le cadre d’Horizon Europe, un programme majeur de recherche scientifique.

Comme le terme “double usage” désigne des applications à la fois civiles et militaires, on peut facilement deviner la teneur probable de ces discussions. Il sera presque certainement question de faire financer par l’UE le développement des futures armes d’Israël.

Selon toute vraisemblance, les participants en costume-cravate ne seront pas assez grossiers pour souligner qu’Israël convoite davantage d’armes pour pouvoir exterminer des familles palestiniennes et détruire leurs maisons.

Mais l’absence de grossièreté ne saurait être interprétée comme un signe de délicatesse de la part des champions d’Israël.

Le European Leadership Network n’a aucun scrupule à s’associer à des personnalités que l’on peut qualifier de “controversées” – faute d’un meilleur euphémisme.

Plus tôt cette année, il a organisé la visite d’Eyal Hulata au siège de l’OTAN à Bruxelles, comme le montre le document obtenu en vertu des règles sur la liberté d’information.

Hulata n’est peut-être pas très connu en Europe. Mais il est bien connu dans certains cercles : pendant 23 ans, il a fait partie du Mossad, l’agence israélienne chargée de l’espionnage et des assassinats.

En raison d’autres engagements, Hélène Le Gal “ne pourra malheureusement pas recevoir” M. Hulata, indiquait un courriel de son bureau. Rien ne laisse croire qu’elle ait exprimé le moindre mécontentement à l’égard des activités du Mossad lorsque ses amis d’Elnet lui ont demandé si elle pouvait rencontrer M. Hulata.

La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort a été présentée comme une sorte de ligne rouge pour l’UE.

Pourtant, le projet de loi sur la peine de mort était déjà en cours d’examen par la Knesset – le parlement israélien – depuis quelques mois avant d’être finalement adopté officiellement fin mars. Le “dialogue stratégique” UE-Israël prévu en mai a été préparé alors que la loi était sur le point d’être approuvée.

L’inévitable conclusion s’impose : certains des plus hautes pantins de la bureaucratie bruxelloise ignorent les lignes rouges. Ils n’ont de rouge que les tapis qu’ils déroulent chaque fois que le lobby israélien leur demande de le faire.

Mise à jour

Suite à la publication de cet article, j’ai enfin reçu une réponse à une demande de commentaire de la part des services diplomatiques de l’UE.

Un porte-parole de l’UE a déclaré

qu’“Elnet a initialement prévu la tenue du dialogue stratégique le 13 mai 2026, mais a [par la suite] a proposé de reporter l’événement”.

J’avais demandé si la loi israélienne sur la peine de mort avait incité les diplomates de l’UE à reconsidérer leur coopération avec Elnet et d’autres groupes de soutien à l’État d’Israël. En guise de réponse, le porte-parole a déclaré :

“Les événements organisés par Elnet offrant à l’UE l’occasion d’exprimer publiquement sa position sur le Moyen-Orient, et cette rencontre aurait été propice pour faire part de vos préoccupations, notamment concernant la loi sur la peine de mort”.

Par David Cronin

Première publication: The Electronic Intifada, 23 April 2026.