« Hier, sous les nazis, j’avais peur d’être juif. Aujourd’hui, avec les Israéliens, j’en ai honte ».
Israël Shahak

Le Qui ça Errant, déjà ? Une étude de la politique juive identitaire
Gilad Atzmon

Adaptation: Marcel Charbonnier

Zero Books, 2011-11-16
202 pages
ISBN 978-1-84694-875-6

Extraits du livre The Wandering Who?

Avant propos [1]

Mon grand-père était un terroriste sioniste vétéran, charismatique et poète. Ancien commandant éminent de l’organisation terroriste de droite Irgoun, il eut, je dois bien le reconnaître, une redoutable influence sur moi, dans ma prime jeunesse. Il faisait montre d’une haine de tous les instants à l’encontre de tout ce qui n’avait pas l’heur d’être juif. Il haïssait les Allemands : du coup, il s’opposait mordicus à ce que mon père achetât une voiture allemande. Il méprisait aussi les Anglais, au motif qu’ils avaient colonisé la « terre promise ». Toutefois, je présume qu’il détestait moins ces derniers que les Allemands, puisqu’il permettait à mon père de conduire une vieille Vauxhall Viva…

Mon grand-père était aussi très remonté contre les Palestiniens, qui vaquaient sur une terre dont il était absolument persuadé qu’elle lui appartenait, ainsi qu’à son peuple. Souvent, il s’interrogeait à haute voix : « Pourquoi ces fichus Arabes, qui ont déjà de si nombreux pays, vivraient-ils précisément sur cette terre qui nous a été « donnée » par notre Dieu ? » Mais, plus que tout, mon grand-père haïssait les juifs de gauche. Il est important de noter à cet égard qu’étant donné que les juifs de gauche n’ont jamais produit de modèle d’automobile connu, cette détestation spécifique n’a pas engendré de conflit d’intérêt entre lui et mon papa.

Adepte du sioniste révisionniste de droite de Zeev Jabotinsky (2), mon grand-père savait manifestement qu’il y avait une contradiction totale dans les termes entre philosophie de gauche et système des valeurs juives. En tant qu’ancien terroriste de droite et que faucon juif fier de l’être, il savait pertinemment que le tribalisme ne pouvait coexister en aucune manière avec l’humanisme et l’universalisme. A la suite de son mentor Jabotinsky, il adhérait à la philosophie du « Mur de Fer ». A l’instar de celui-ci, mon grand-père respectait les Arabes, dont il tenait la culture et la religion en haute estime ; mais il pensait que les Arabes, de manière générale, et les Palestiniens, en particulier, devaient être combattus de manière impavide et impitoyable.

Souvent, mon grand-père citait l’hymne du mouvement politique de Jabotinsky :

De la fosse de pourriture et de poussière,
A travers le sang et la sueur,
Une race nous naîtra,
Fière, généreuse et féroce.

Mon Papy croyait en la renaissance de la fierté de la « race juive » et, par conséquent, forcément,  j’y croyais moi aussi, dans la petite enfance. Comme les enfants de mon âge, j’étais aveugle aux Palestiniens qui vivaient autour de moi. Ils étaient là, pourtant, indubitablement – ils réparaient la voiture de mon père pour deux fois moins cher qu’ailleurs, ils construisaient nos maisons, ils nettoyaient le bordel que nous laissions derrière nous, ils « schleppaient » les cartons dans l’épicerie du coin, mais ils disparaissaient toujours juste avant le coucher du soleil et ils refaisaient leur apparition un peu avant l’aube. Nous ne faisions jamais connaissance avec eux. Nous ne comprenions pas très bien qui ils étaient, ni ce qu’ils pouvaient bien fabriquer parmi nous. Nos âmes étaient imbues de suprématisme ; nous regardions le monde à travers des lunettes racistes et chauvinistes, ce dont nous n’avions d’ailleurs absolument pas honte.

A dix-sept ans, je m’apprêtais à effectuer mon service militaire obligatoire dans les Forces Israéliennes de Défense. Jeune homme bien charpenté et plein d’un enthousiasme communicatif, je devais intégrer une unité de sauvetage de l’armée de l’air. C’est alors que se produisit quelque chose de totalement inattendu. A la radio, durant une émission de jazz, très tard dans la nuit, ils ont a passé Bird (Charlie Parker), avec les Strings.

J’étais littéralement K-O : cette musique était plus organique, poétique, sentimentale et sauvageque tout ce qu’il m’avait été donné d’entendre jusqu’alors. Mon père écoutait souvent Bennie Goldman et Artie Shaw, et ces deux artistes étaient plaisants à entendre – indubitablement, ils savaient se débrouiller avec une clarinette – mais Bird, c’était tout à fait autre chose. Il y avait là une extravagance intense, libidinale, d’intelligence et d’énergie. Le lendemain matin, je séchai les cours et je me ruai chez Picadilly Records, le principal marchand de musique de Jérusalem. Je finis par trouver la section jazz et j’achetai tous les disques de be-bop qu’ils avaient en rayon, c’est-à-dire probablement deux malheureux albums. De retour à la maison, dans le bus, je pris conscience du fait que Parker était, de fait, un noir. Cela ne me surprit pas totalement, mais c’était tout de même une sorte de révélation : dans mon univers, seuls des juifs pouvaient être associés à quelque chose de bien. Bird représenta pour moi le début d’une aventure.

A l’époque, mes potes et moi étions convaincus que les juifs étaient bel et bien le Peuple Elu. Ma génération avait été élevée au biberon de la victoire miraculeuse de la Guerre des Six Jours. Nous étions totalement sûrs de nous. Comme nous étions laïcs, nous associons chacun de nos innombrables succès à nos qualités irrésistibles. Nous croyions non pas en l’intervention divine, mais en nous-mêmes. Nous étions persuadés que notre puissance provenait de nos âmes et de notre chair hébraïques ressuscitées. Les Palestiniens, quant à eux, nous servaient avec obéissance et il ne semblait pas, à l’époque, que cette situation pourrait changer un jour. Les Palestiniens ne montraient aucun signe de résistance collective. Les attentats sporadiques ainsi dits « terroristes » nous renforçaient dans notre bonne conscience, ils nous remplissaient d’un appétit de revanche. Mais, d’une certaine façon, au milieu de cette orgie d’omnipotence – et ce, à ma grande surprise -, j’en vins à comprendre que les gens qui m’intéressaient plus que tout au monde étaient de fait une bande d’Américains noirs – des gens qui n’avaient rien à voir avec le miracle sioniste ou avec ma tribu chauviniste et exclusiviste.

Deux jours après, j’achetai mon premier saxophone. C’est un instrument très facile à débuter – posez la question à Bill Clinton – mais quant à savoir en jouer comme Bird ou comme Cannonball Adderley, voilà qui me semblait relever de la mission impossible. Je me mis à pratiquer le saxo jour et nuit, et plus je le pratiquais, plus je me sentais écrasé par la perfection redoutable de la grande famille des musiciens américains noirs, que je commençais à bien connaître. En un mois, je savais presque tout au sujet de Sonny Rollins, de Joe Henderson, de Hank Mobley, de Thelonious Monk, d’Oscar Peterson et de Duke Ellington ; plus je les écoutais et plus je prenais conscience du fait que mon éducation judéo-centrique ne pouvait, d’une certaine manière, que m’induire en erreur.

Après avoir passé un mois les lèvres collées à l’embouchure de mon saxo, mon enthousiasme de combattant de l’armée avait totalement disparu. Au lieu de rêver de piloter des  hélicos à l’arrière des lignes ennemies, je me mis à fantasmer que je vivais à New York, à Londres ou à Paris. Tout ce que je demandais, c’était avoir la possibilité d’entendre jouer les grands du jazz enlive (c’était dans les années 1970, et la plupart d’entre eux étaient encore de ce monde).

De nos jours, les jeunes qui veulent jouer du jazz ont tendance à s’inscrire dans une fac de musique. Mais c’était bien différent, de mon temps.

Ceux qui voulaient jouer de la musique classique s’inscrivaient dans un conservatoire. Mais ceux qui voulaient jouer de la musique pour l’amour de la musique en elle-même restaient chez eux, et ils swinguaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il n’y avait pas de cours de jazz, en Israël, à l’époque. Et à Jérusalem, où j’habitais, il y avait un unique minuscule jazz club, qui était installé dans un ancien bain turc pittoresque reconverti à cette fin. Tous les vendredis après-midi, il s’y déroulait une séance de ram et durant mes deux premières années de saxo, ces rams représentaient tout pour moi. J’avais laissé tomber tout le reste. Je pratiquais le saxo jour et nuit, même en dormant, et je ne cessais de me préparer pour le prochain « ram du vendredi ». J’écoutais la musique et je retranscrivais certains solos que j’avais trouvés géniaux. Je pratiquais y compris dans mon sommeil, imaginant les modulations, suspendu dans les airs. Je décidai alors de consacrer ma vie au jazz tout en admettant le fait qu’étant un Israélien blanc, mes chances de parvenir au sommet en la matière était des plus minces.

Je n’avais pas encore pris conscience du fait que ma dévotion naissante pour le jazz avait pris le dessus sur mes tendances juives nationalistes, ni que c’était probablement là, et à ce moment-là, que j’avais laissé tomber l’Election pour devenir un être humain ordinaire. Des années après, j’allais de fait comprendre que c’est le jazz qui m’avait sauvé.

En quelques mois, cependant, je commençai à me sentir de moins en moins connecté à la réalité qui m’entourait. Je me voyais comme faisant partie d’une famille bien plus large et bien plus nombreuse, une famille d’amoureux de la musique, de gens admirables intéressés par la beauté et par la spiritualité beaucoup plus que par les terres, le fric et l’occupation.

Toutefois, j’étais encore en instance d’incorporation dans « Tsahal ». Bien que les dernières générations de jeunes jazzmen israéliens eussent tout simplement déserté l’armée et se fussent enfuis pour rejoindre la Mecque du jazz, New York, cette option ne m’était pas offerte, à moi qui étais un jeune gars aux origines sionistes natif de Jérusalem. Cette possibilité ne me traversa même pas l’esprit.

En juillet 1981, j’entrai, donc, dans l’armée israélienne. Mais dès mon premier jour de service militaire, je fis tout mon possible pour éviter d’être envoyé en mission – non que j’eusse été un pacifiste ni que je me fus préoccupé le moins du monde des Palestiniens : non, tout simplement, je préférais que l’on me fiche la paix, seul avec mon saxophone.

En juin 1982, au moment où éclata la première guerre israélo-libanaise, cela faisait un an que j’étais troufion. Il était inutile d’avoir fait Saint-Cyr pour voir la réalité : je savais bien que nos dirigeants mentaient. De fait, tous les soldats israéliens comprenaient qu’il s’agissait d’une guerre dans laquelle Israël était le pays agresseur. Personnellement, je ne ressentais plus aucun attachement à la cause sioniste, à Israël ou au peuple juif. Mourir sur l’autel juif ne me faisait plus bander. Pourtant, ce n’était toujours pas la politique ou la morale qui me motivaient, mais bien plutôt mon aspiration à ce que l’on me laissât seul avec mon nouveau saxophone Selmer Série IV fabriqué à Paris. Faire des gammes à la vitesse de la lumière me semblait bien plus important que tuer des Arabes au nom de la souffrance juive. Ainsi, au lieu de devenir un tueur diplômé, je consacrais tous mes efforts à essayer d’intégrer un des orchestres militaires d’Israël. Cela demanda plusieurs mois, mais je finis par réussir mon atterrissage dans l’Orchestre de l’Armée de l’Air israélienne (le IAFO – Israeli Air Force Orchestra).

Le recrutement de cet orchestre était unique en son genre : vous pouviez y être accepté soit parce que vous étiez un excellent musicien et que vous aviez un talent prometteur, soit parce que vous étiez le fils d’un pilote mort en mission. Le fait que j’y ai été intégré tout en sachant que mon père était encore de ce monde me rassurait : pour la première fois de ma vie, j’envisageai la possibilité de n’être pas totalement dénué de tout talent musical, en fin de compte.

A ma grande surprise, aucun des membres de cet orchestre ne prenait l’armée au sérieux. Tous autant que nous étions, nous ne nous intéressions qu’à une seule et même chose : notre formation musicale personnelle. Nous détestions l’armée et, personnellement, il ne me fallut pas longtemps pour haïr jusqu’à cet Etat qui avait besoin d’une Armée de l’Air qui avait elle-même besoin d’un orchestre et qui m’empêchait de pratiquer la musique vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Quand nous étions invités à jouer pour une cérémonie militaire, nous nous efforçons de jouer le plus mal que nous le pouvions afin de nous assurer que nous ne serions plus jamais invités. Parfois, nous nous sommes mêmes ménagé un moment pour nous rencontrer et répéter durant l’après-midi, à la seule fin de nous entraîner à jouer comme des pieds. Nous savions que plus nous jouerions pitoyablement en tant que collectif, plus nous acquerrions de liberté personnelle. C’est dans cet orchestre militaire que j’ai appris, pour la première fois, à devenir subversif et à saboter le système afin de me battre pour un idéal personnel.

Durant l’été 1984, trois semaines, tout juste, avant que je n’eus remisé au clou mon uniforme militaire, nous avons été envoyés au Liban pour une tournée de concerts. A l’époque, c’était un endroit très dangereux. L’armée israélienne était profondément enterrée dans des bunkers et des tranchées, et elle évitait toute confrontation avec la population locale. Le deuxième jour, nous sommes partis pour Ansar, un camp d’internement tristement célèbre, au Sud Liban. Cette expérience allait totalement changer ma vie.

Au bout d’une piste de terre, poussiéreuse, par une journée torride de début juillet, nous arrivâmes dans l’enfer sur Terre. L’énorme camp de détention était enclos de fil de fer barbelé. Tandis que nous  roulions en direction des bureaux de la direction du camp, nous vîmes des milliers de détenus, dehors, brûlés par le soleil.

Aussi difficile à croire que cela puisse être, les orchestres militaires sont toujours traités comme des VIPs, et dès que nous pénétrâmes dans le baraquement des officiers, ceux-ci nous invitèrent à suivre une visite guidée du camp. Nous marchâmes le long des fils de fer barbelés, interminables, parsemés de miradors. Je n’en croyais pas mes yeux.

Je demandai à l’officier : « Qui sont ces gens ? »

« Des Palestiniens », me répondit-il. « Sur la Gauche, il y a ceux de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) et, sur la droite, c’est les types à Ahmad Jibril (du Front Populaire de Libération de la Palestine – Commandement général) ; ces derniers sont bien plus dangereux, c’est pourquoi nous les maintenons à l’isolement ».

J’examinai les détenus. Ils semblaient bien différents des Palestiniens de Jérusalem. Ceux qui je voyais dans le camp d’Ansar étaient en colère. Ils n’étaient pas abattus, c’était des combattants de la liberté, et ils étaient nombreux. Tandis que nous poursuivions notre chemin au long des fils de fer barbelé, je continuais à observer les prisonniers et je pris alors conscience d’une vérité insoutenable : j’étais en train de marcher de l’autre côté, par rapport à eux, moi qui étais revêtu d’un uniforme de l’armée israélienne. Cet endroit, c’était un camp de concentration. Les prisonniers, c’était les « juifs ». Quant à moi, je n’étais rien d’autre qu’un « nazi ». Il me faudra bien des années pour comprendre, d’ailleurs, que cette opposition binaire juif/nazi était en elle-même un produit de mon propre endoctrinement judéo-centrique.

Tandis que je contemplais l’effet produit par mon uniforme tout en tentant de lutter contre un sentiment écrasant de honte qui m’envahissait, nous parvînmes à un terrain plat, très vaste, au centre du camp. L’officier qui nous guidait nous gratifia de nouvelles platitudes au sujet de la guerre en cours, qui visait, selon ses dires, à « défendre notre havre juif ». Tandis qu’il nous abreuvait de ces bobards éhontés de la hasbara (propagande), qui nous ennuyaient à en mourir, je remarquai que nous étions entourés par deux douzaines de blocs de bétons d’environ un mètre carré de superficie et d’un mètre trente de hauteur, qui présentaient de petites portes d’entrée en fer. J’étais horrifié à l’idée que mon armée tenait des chiens de garde enfermés dans ces cages durant la nuit. Mettant en action ma chutzpah juive, je demandais des comptes à l’officier au sujet de ces horribles niches cubiques. Il me répondit très vite : « Ce sont nos blocs de confinement individuel ; après deux jours là-dedans, croyez-moi, vous devenez un sioniste zélé ! »

J’en savais assez. Je compris que c’en était fini de ma romance avec l’Etat israélien et avec le sionisme. Pourtant, je ne savais presque rien au sujet de la Palestine, de la Nakba, ou même, d’ailleurs, au sujet du judaïsme et de la judaïté. Tout ce que je voyais, c’était qu’en ce qui me concernait, Israël était une très mauvaise nouvelle et que je ne voulais désormais plus rien avoir à faire avec lui. Quinze jours après, je rendais mon uniforme, j’empoignais mon saxo, je prenais le bus conduisant à l’aéroport Ben Gourion et je m’envolais pour l’Europe pour quelques mois, pour aller y vivre dans les rues. A l’âge de vingt-et-un ans, j’étais libre, pour la première fois de ma vie. Toutefois, le mois de décembre s’avéra trop froid pour moi, et je revins au pays – mais je rentrai avec la ferme intention de revenir en Europe. D’une certaine façon, j’aspirais déjà à devenir un goy ou, à tout le moins, j’aspirais à vivre entouré de goyim.

***

Il m’a fallu dix années supplémentaires avant d’être en mesure de quitter Israël pour de bon. Durant cette décennie, toutefois, je commençais à apprendre des choses sur le conflit israélo-arabe et je prenais conscience que je vivais sur un territoire appartenant à quelqu’un d’autre. J’intégrai cette réalité dévastatrice qu’en 1948 les Palestiniens n’avaient pas abandonné leurs maisons de leur plein gré – comme cela nous avait été inculqué à l’école -, mais qu’ils avaient été les victimes d’une épuration ethnique brutale perpétrée par mon grand-père et ceux de sa bande. Je commençais à comprendre que cette épuration ethnique qui n’avait jamais cessé depuis lors avait simplement pris différentes formes, et à prendre conscience du fait que le système juridique israélien loin d’être impartial, était racialement connoté (ainsi, par exemple, la « loi du retour » accueille des juifs supposés rentrer « chez eux » de quelque pays que ce soit, après deux millénaires, mais elle empêche des Palestiniens de retourner dans leurs villages après avoir séjourné seulement deux années à l’étranger). Durant toute cette période, j’étais aussi devenu un musicien professionnel, et même un soliste reconnu et un producteur musical. Je n’étais pas réellement impliqué dans quelconque activité politique et, bien que j’eusse passé au peigne fin le discours juif de gauche, je ne tardai pas à prendre conscience que celui-ci s’apparentait davantage à un club sélect qu’à une force idéologique mue par une quelconque conscience éthique.

A l’époque des accords d’Oslo (signés en 1993), je n’en pouvais plus : je voyais bien que les « initiatives de paix » israéliennes n’étaient que tromperie. Elles ne visaient nullement à se réconcilier avec les Palestiniens ou à regarder en face le péché originel sioniste, mais bien à bétonner encore un peu plus l’existence de l’Etat juif sur le dos des Palestiniens. Pour la plupart des Israéliens, le mot hébreu shalom ne signifie pas « paix » ; il signifie sécurité, et sécurité pour les juifs, et pour les juifs exclusivement. Pour les Palestiniens, la possibilité de célébrer leur « Droit au retour » n’était même pas une option. Je décidai de partir, abandonnant ma maison et ma carrière. Je laissai tout et tout le monde derrière moi, y compris mon épouse Tali, qui vint me rejoindre plus tard. La seule chose que j’emportais, c’était mon saxophone ténor – mon véritable ami, mon ami pour toujours.

J’allai m’installer à Londres et j’entamai des études post-licence en philosophie, à l’Université d’Essex. En une semaine, je réussis à obtenir des vacations au Lion Noir, un pub irlandais légendaire, sur la Grand Rue Kilburn. A l’époque, je n’avais pas la moindre idée de la difficulté de trouver du boulot dans le spectacle à Londres. De fait, cela fut le début de ma carrière internationale de jazzman. Au bout d’un an, j’étais très connu au Royaume-Uni, je jouais du be-bop et du post-bop. Et trois ans après, je jouais avec mon propre orchestre, dans toute l’Europe.

Mais je n’allais pas tarder à avoir le mal du pays. A ma grande surprise, ce n’était pas Israël qui me manquait. Ça n’était ni Tel-Aviv, ni Haïfa, ni Jérusalem. Non. C’était la Palestine. Ça n’était pas les chauffeurs de taxis israéliens rudes et mal embouchés attendant le client à l’Aéroport Ben Gourion, mais cette minuscule gargote, à Jaffa, rue Yefet, qui servait le meilleur hommous que l’on pût acheter, c’était les villages palestiniens s’étendant au milieu des collines, parmi les oliviers et les cactus en raquettes. Quand j’avais envie de retourner voir le pays, à Londres, je finissais par me retrouver dans Edgware Road, à passer la soirée dans un restau libanais. Une fois, je me mis même à exprimer sans ambages ce que je pensais d’Israël, publiquement. Très vite, il devint clair pour moi qu’Edgware Road était probablement l’endroit le plus proche de mon pays natal où je pourrais jamais mettre les pieds.

***

Quand je vivais en Israël, je le reconnais, je n’avais pas du tout été enthousiasmé par la musique arabe. J’imagine que des colons sont rarement intéressés par la culture indigène. J’aimais la musique folklorique et je m’étais déjà fait un nom en Europe et aux Etats-Unis en tant qu’interprète de musique klezmer et, au fil des années, je m’étais mis à jouer également de la musique turque et de la musique grecque. Mais j’avais totalement shunté la musique arabe de manière générale, et la musique palestinienne, en particulier. A Londres, en traînant dans ces restaurants libanais, je pris conscience que je n’avais jamais réellement exploré la musique de mes voisins. De manière plus inquiétante, je l’avais ignorée ; je l’avais même méprisée. Bien qu’elle eût toujours été tout autour de moi, je n’avais jamais écouté attentivement cette musique. Or, elle avait été là, présente, à chaque tournant de ma vie : l’appel à la prière venant des mosquées, les voix d’Um Kalthoum, de Farid El-Atrash et d’Abel Halim Hafez. On pouvait les entendre dans les rues, à la télé, dans les petits cafés de la Vieille Ville de Jérusalem, dans les restaurants… Elle avait été présente, tout autour de moi, mais (faisant preuve envers elle d’un manque total de respect) je n’y avais jamais apporté la moindre attention.

A la trentaine, loin du Moyen-Orient, je fus attiré par la musique indigène de mon pays natal. Ce n’était pas facile ; c’était même, en réalité, bien près d’être totalement infaisable. Autant le jazz avait été facile à absorber, pour moi, autant assimiler la musique arabe me semblait quasi impossible. Je mettais un disque, j’attrapais mon saxo ou ma clarinette, j’essayais d’intégrer mon jeu à cette musique, et mon jeu s’avérait outrageusement étranger. Très vite, je pris conscience du fait que la musique arabe était un langage totalement différent. Je ne savais pas par où commencer, ni de quelle manière l’approcher.

Jusqu’à un certain point, le jazz est une musique occidentale avec une influence, grosso modo, afro-cubaine. Il s’est développé au début du vingtième siècle, en marge de la culture américaine. Le Be-bop, la musique avec laquelle j’ai grandi, consiste en des fragments musicaux relativement courts. Si les airs du Be-bop sont courts, c’est parce qu’ils devaient tenir dans les formats des enregistrements des années 1940, dont la durée n’outrepassait pas trois minutes. La musique occidentale peut aisément être transcrite sous une forme visuelle au moyen de la notation musicale standard et des symboles que sont les clés et les chiffrages d’accords. Le jazz, à l’instar de la plupart des formes musicales occidentales, est, de ce fait, pour partie digitalisé. La musique arabe, en revanche, est analogique – elle ne peut être notée. Son authenticité s’évapore à la moindre tentative de la transcrire. Alors même que j’avais atteint la maturité humaine nécessaire pour, littéralement, ‘faire face’ à la musique de mon pays natal, ma culture musicale y faisait obstacle.

Je ne parvenais pas à comprendre ce qui m’empêchait de maîtriser la musique arabe ou pour quelle raison celle-ci ne semblait pas résonner juste quand j’essayais d’en jouer. J’avais déjà passé pas mal de temps à en écouter et à la pratiquer, mais, tout simplement, ça ne marchait pas. Le temps passant, des critiques musicaux européens commençaient à apprécier mon nouveau son et à voir en moi une sorte de nouveau « héros » du jazz qui avait franchi la ligne en devenant un expert de la musique arabe. Mais, moi, je savais bien qu’ils se trompaient – autant j’avais effectivement tenté de franchir cette soi-disant « ligne de démarcation », autant je pouvais reconnaître aisément que mes sonorités et mon interprétation étaient étrangères à la musique authentiquement arabe.

C’est alors que je découvris un truc super, très facile. Au cours de mes concerts, lorsque je tentais d’imiter ce son oriental si élusif, je commençais par chanter un refrain qui me rappelait ces sons que j’avais ignorés, dans mon enfance. Je m’efforçais de me rappeler les appels à la prière, tout en échos, du muezzin, ces appels qui se frayaient un chemin dans nos rues depuis les vallées avoisinantes et les sons étonnants et obsédants de mes amis Dhafer Youssef et Nizar Al-Issa, ainsi que la voix grave et envoûtante de Abdel Halim Hafez. Au début, je me contentais de fermer les yeux et d’écouter cela avec mon oreille interne. Mais, imperceptiblement, je me mis à ouvrir la bouche, peu à peu, et à chanter à haute voix. Puis je me rendis compte du fait que si je me mettais à chanter avec l’embouchure de mon saxo dans la bouche, je parvenais à produire un son qui se rapprochait beaucoup de celui des haut-parleurs métalliques des mosquées. Cela faisait si longtemps que j’essayais d’approcher la sonorité arabe, mais voilà que j’oubliais désormais tout simplement ce que je m’efforçais d’obtenir et que je commençais vraiment à y prendre beaucoup de plaisir.

Après quelque temps, je remarquai que les échos de Jénine, de Jérusalem et de Ramallah commençaient à émerger naturellement des entrailles de mon biniou. Je me demandai bien ce qu’il s’était passé – pour quelle raison, soudainement, cela sonnait authentique, et j’en conclus que j’avais fini par renoncer à la primauté de l’œil et que j’avais voué mon attention, en lieu et place, à celle de l’oreille. Je ne recherchais plus l’inspiration dans ma partition, ni le visuel et le numérique  dans la notation musicale ou dans les chiffrages d’accords. En lieu et place, j’écoutais ma voix intérieure. Le fait de me colleter ainsi avec la musique arabe me rappelait la raison pour laquelle j’avais décidé de devenir musicien, en réalité. Après tout, Bird, je l’avais entendu à la radio ; je ne l’avais pas vu sur MTV…

A travers la musique, et en particulier à travers mon corps-à-corps personnel avec la musique arabe, j’ai appris à écouter. Plutôt que d’examiner l’histoire ou que de l’analyser dans son évolution en des termes purement matériels, c’est le fait de l’écouter qui est au cœur de sa compréhension en profondeur. Le comportement moral entre en jeu, quand les yeux sont fermés et quand les échos de la conscience sont en mesure d’entrer en harmonie avec notre âme.

Entrer en empathie, c’est admettre la primauté de l’ouïe (3).

IDENTITE  vs IDENTIFICATION

Chapitre 1 – Le droit à la disputation

A Londres, dans ce que j’appelle souvent « mon exil auto-imposé », je compris qu’Israël et le sionisme ne sont que des sous-parties constituantes d’un problème beaucoup plus vaste, à savoir le problème juif.

Israël, c’est l’Etat juif (c’est tout du moins ce qu’Israël revendique être). Israël est largement soutenu institutionnellement, financièrement et spirituellement par la juiverie mondiale. Le sionisme et Israël sont désormais les identifiants symboliques du juif contemporain. Et pourtant, bien qu’Israël soit l’Etat juif et bien qu’il soit très largement soutenu par les lobbies juifs du monde entier, il n’y a pratiquement aucun commentateur qui soit assez courageux pour se demander ce que signifie le mot ‘juif’. Cette question, semble-t-il, reste taboue, en Occident.

Dans ce livre, je m’efforcerai de détricoter cet embrouillamini. Je présenterai une critique impitoyable de la politique et de l’identité juive. Néanmoins, il est crucial de mentionner, avant d’aller plus avant, qu’il ne s’y trouvera nulle référence aux juifs en tant qu’ethnie ou en tant que race. Dans mes écrits, je fais la différence entre les juifs (les gens), le judaïsme (la religion) et la judaïté (l’idéologie). Ce livre ne traite pas des juifs en tant que peuple ou en tant qu’ethnie. S’il y a une chose que mes études sur ce sujet tendent à démontrer, c’est bien que les juifs ne forment aucune espèce de continuum racial. En résumé, ceux qui sont en quête d’une interprétation du sionisme fondée sur le sang ou sur la race devront aller la chercher dans les livres d’un autre auteur que moi.

Dans mon travail, je m’interdis, par ailleurs, de critiquer le judaïsme, la religion juive. Je me contente de confronter entre elles différentes interprétations du code judaïque. Je m’occupe de l’idéologie juive, de la politique identitaire juive et du discours politique juif. Je pose la question de savoir ce que cela implique que le fait d’être juif. J’en recherche les connotations métaphysiques, spirituelles et sociopolitiques.

J’entreprendrai cette exploration en posant une question relativement simple : qui sont les juifs ? Autrement dit : que veulent dire les gens qui se définissent eux-mêmes en tant que juifs ?

En ce qui concerne cette auto-perception, ceux qui s’appellent eux-mêmes juifs peuvent être répartis entre trois catégories principales :

1 – ceux qui suivent les préceptes du judaïsme ;

2 – ceux qui se considèrent comme des êtres humains dont il se trouve qu’ils sont d’origine juive ;

3 – ceux qui placent leur judaïté au-dessus de tous les autres traits de leur personnalité.

Les deux premières catégories correspondent à un groupe de personnes inoffensives et innocentes.

Nous avons tendance à penser que les personnes religieuses sont généralement inspirées par leurs croyances et que l’on peut s’attendre à les voir obéir à une forme ou à une autre de système de valeurs spirituelles ou éthiques particulièrement élevées. En conséquence, le judaïsme peut être vu comme un système éthique de croyances. Le judaïsme a été l’identifiant symbolique des juifs depuis au moins deux millénaires, il est donc particulièrement lucide et cohérent. En dépit du fait que de nos jours, de plus en plus de crimes sont commis au nom de la Torah, le judaïsme, en tant que religion universelle, peut être défendu en suggérant l’idée que le messianisme nationaliste juif n’en est qu’une des interprétations possibles.

La deuxième catégorie est constituée de personnes parfaitement innocentes : en effet, personne n’est en mesure de choisir son origine. Des esprits portés à l’éthique admettront que les gens doivent être traités et respectés avec égalité, quelle que soit leur origine ou leur appartenance raciale et ethnique.

La troisième catégorie, en revanche, est problématique. Sa définition pourra sembler polémique à certains. Et pourtant, très bizarrement, c’est la formulation donnée, à la veille du vingtième siècle, par Chaim Weizmann, une personnalité éminente du sionisme commençant, qui devint par la suite le premier Président d’Israël : « Il n’existe pas des juifs anglais, français, allemands ou américains ; il n’existe que des juifs vivant en Angleterre, en France, en Allemagne ou en Amérique ». En ces quelques mots, Weizmann a réussi à définir de manière catégorique l’essence de la judéité. C’est fondamentalement une  « qualité première ». Vous pouvez être un juif résidant en Angleterre, un juif qui joue du violon, voire un juif antisioniste, mais, avant toute chose, vous êtes un juif. Et c’est exactement cette idée que véhicule la troisième de nos catégories.

Celle-ci consiste à voir dans la judéité l’élément clé et la caractéristique fondamentale d’un juif. Toute autre catégorie ne peut être que secondaire. C’est exactement là le message que les premiers sionistes voulaient faire passer. Pour Weizmann, la judéité était une qualité unique en son genre qui empêchait les juifs de s’assimiler ou de se fondre dans la masse. Un juif serait à jamais resté un aliène.

Cette ligne de pensée apparaissait dans la plupart des textes sionistes. Jabotinsky alla même plus loin. Il était catégorique : l’assimilation était impossible en raison d’un conditionnement biologique. Voici ce qu’il disait, au sujet des juifs allemands : « Un juif élevé au milieu d’Allemands peut certes adopter les coutumes allemandes et le parler l’allemand. Il peut devenir totalement imbu de ce fluide germanique, mais il restera toujours un juif, parce que son sang, son organisme et son type racial, sur le plan corporel, sont juifs ». (Vladimir Jabotinsky, « Lettre sur l’autonomie », 1904).

Ces idées racistes sont antérieures au nazisme. Jabotinsky n’était pas seul à penser cela : même le juif marxiste Ber Borochov, qui attribue la condition juive aux circonstances historiques et matérielles, suggérait un remède particulier à l’usage du peuple juif : le nationalisme juif. Il s’agissait d’une idéologie dans laquelle les juifs pratiqueraient certes une activité prolétarienne, à savoir la production, mais tout en conservant leurs symptomatologie nationale et culturelle.

Borochov met les juifs à part de la révolution prolétarienne internationale. Pourquoi fait-il cela ? Parce que les juifs sont des gens à part, ou, tout au moins, c’est ce que les sionistes ont tendance à penser.

Le sioniste est avant tout et principalement un juif. Il ne peut être simplement un citoyen britannique ordinaire, par exemple, qui se trouve être d’origine juive : il est nécessairement un juif vivant en Grande-Bretagne. Il est un juif parlant l’anglais, il est un juif qui bénéficie des services médicaux du NHS [National Health Service], il est un juif qui conduit du côté gauche de la route. Mais bien que britannique de par sa naissance, il est aussi « intrinsèquement autre », de par l’Election.

Agent sioniste

Cette troisième catégorie de juifs n’a nul besoin d’aller s’installer en Palestine. Vivre à Sion n’est rien de plus qu’une possibilité qui lui est offerte par la philosophie sioniste. Pour devenir un bon sioniste, vous n’avez nul besoin d’errer. Il vaut même mieux, parfois, pour vous, de rester là où vous vous trouvez.

Lisons ce que Victor Ostrovsky, un ancien agent déserteur du Mossad, nous dit au sujet de la fraternité juive. « Le lendemain, Ran S. fit une conférence devant les sanayim, ces éléments uniques en leur genre, très importants pour les opérations du Mossad. Les sanayim (les assistants)  doivent être juifs à cent-pourcent. Ils vivent à l’étranger et bien qu’ils ne soient pas citoyens israéliens, beaucoup sont contactés via certains de leurs parents vivant en Israël. Ainsi, par exemple, un Israélien ayant un parent en Angleterre peut se voir demander d’écrire une lettre expliquant que la personne qui la détient représente une organisation ayant pour principal objectif de sauver les juifs de la diaspora. Ce parent britannique pourrait-il apporter son concours de quelque façon que ce soit ?… Il y a des milliers de sanayim de par le monde. Rien qu’à Londres, il y en a deux mille qui sont actifs, auxquels s’ajoutent les noms de cinq milles sanayim potentiels. Ils jouent des rôles très variés. Ainsi, un sayan de l’automobile, par exemple, qui dirige une agence de location de véhicules, peut aider le Mossad à louer une voiture sans avoir à remplir les fiches de renseignement habituelles. Un sayan de l’immobilier trouvera une résidence sans soulever le moindre soupçon, un sayan ‘banquier’ pourra vous obtenir de l’argent, si vous en avez besoin au beau milieu de la nuit, et un sayan médecin soignera une blessure par balle sans en informer la police, et ainsi de suite. L’idée, c’est que le Mossad dispose d’un pool de personnes disponibles lorsque cela s’avère nécessaire, des personnes susceptibles de produire des services, mais qui resteront discrets à ce sujet, par loyauté à la Cause (ceux-ci ne sont pas rémunérés ; ils sont uniquement dédommagés de leurs frais »

Les sanayim appartiennent à la troisième de nos catégories. Ce sont des gens qui se considèrent juifs par essence. Un sayan est quelqu’un qui est prêt à trahir la nation dont il est un citoyen par dévotion à une notion de fraternité clanique.

Alors qu’en ses prémisses le sionisme se présentait comme une tentative d’amener la juiverie mondiale à Sion, dans les trois dernières décennies, il est devenu de plus en plus clair pour la direction sioniste qu’Israël tirerait profit de la juiverie mondiale, et en particulier de l’élite juive, pour peu que les juifs restent exactement là où ils se trouvent. Paul Wolfowitz, Rahm Emmanuel, Lord Levy et David Aaronovitch ont démontré qu’ils sont beaucoup plus efficaces, dans leur promotion de la cause sioniste, en restant là où ils vivent.

Le sionisme, un réseau mondial

Le sionisme, ça n’est pas un mouvement colonialiste ayant des intérêts en Palestine, contrairement à ce que suggèrent certains spécialistes. Le sionisme, en réalité, c’est un mouvement mondial qui est alimenté par une solidarité tribale sans équivalent entre membres de notre troisième catégorie de juifs. Etre sioniste, cela signifie admettre que plus que tout, vous êtes avant tout un juif. Ostrovsky poursuit : « Vous avez à votre disposition un système de recrutement absolument dénué de risque qui vous fournit ni plus ni moins un pool comportant des millions de juifs prêts à espionner pour vous au-delà de vos propres frontières nationales. Il est beaucoup plus facile d’opérer avec les agents qui sont déjà disponibles sur place, et les sanayim offrent un soutien pratique incroyable absolument partout dans le monde.

Que voyons-nous, ici ? Nous voyons un degré de solidarité incroyable. Mais les juifs sont loin de constituer une seule race, il ne s’agit donc pas de solidarité raciale en tant que telle. Qu’est-ce donc qui incite des sanayim à risquer plusieurs années de prison ? Qu’avait à l’esprit l’espion israélien Jonathan Pollard quand il a trahi son pays ? Qu’ont à l’esprit ces sanayim, à Londres, dont on estime qu’ils sont au nombre de deux milliers, lorsqu’ils trahissent leur Souveraine et leurs voisins ? Qu’avait en tête Paul Wolfowitz lorsqu’il a convaincu son pays d’adopter une stratégie consistant à démolir les dernières poches de la résistance arabe à Israël ?

Je considère que le témoignage d’Ostrovsky est crédible. Comme nous le savons, le gouvernement israélien a recouru à tous les moyens imaginables pour empêcher la publication de ses livres.

Lors d’une interview à la radio, Joseph Lapid, qui était alors un éditorialiste israélien de grand renom, avait dit ce qu’il avait sur le cœur ; il avait révélé au monde entier ce qu’il pensait d’Ostrovsky : « Ostrovsky est le juif le plus félon de toute l’histoire juive moderne. Il n’a pas le droit à la vie, sauf s’il est prêt à rentrer en Israël et à y affronter la justice ».

Valérie Pringle, la journaliste qui l’interviewait au téléphone, demanda alors à Lapid : « Pensez-vous que vos propos constituent une déclaration raisonnable ? »

Lapid : « Certainement, je dis les choses exactement comme je les pense. Malheureusement, le Mossad ne peut pas s’en charger, parce que nous ne pouvons pas mettre nos relations avec le Canada en danger. Mais j’espère qu’il y aura un juif honnête, au Canada, qui le fera pour nous ».

Pringle : « Vous espérez cela ? Vous pourriez vivre sans problème avec le sang d’Ostrovsky sur vos mains ? »

Lapid : « Oh non. C’est-à-dire… Non, simplement, je n’aurai pas son sang sur les mains. Cela ne serait que justice pour un homme qui fait la chose la plus horrible à laquelle un juif puisse penser, à savoir vendre l’Etat juif et le peuple juif à nos ennemis, pour de l’argent. Il n’y a absolument rien de pire qu’un être humain puisse faire, si tant est qu’Ostrovsky puisse encore être qualifié de la sorte ».

Lapid, qui allait faire partie du gouvernement de Sharon, met les points sur les « i » : être juif, c’est avoir un engagement qui outrepasse de très loin tout ordre légal ou moral. Manifestement, pour Lapid, la judéité n’est pas une position spirituelle ou religieuse : c’est un engagement politique, c’est une vision du monde qui s’applique jusqu’au dernier des juifs vivant sur notre planète. Comme il le dit lui-même : le Mossad ne peut pas aller jusqu’à liquider Ostrovsky ; il incombera donc à un « juif honnête vivant au Canada » de faire le boulot.

Un journaliste israélien, futur ministre de la Justice israélien, exprime ici les opinions les plus scandaleuses. Il encourage un coreligionnaire juif à perpétrer un assassinat au nom de la fraternité juive. Bref : non seulement Lapid confirme les révélations d’Ostrovsky sur le monde invisible des sanayim, mais il confirme également l’opinion de Weizman selon qui, d’un point de vue sioniste, il n’existe pas de Canadiens juifs, mais uniquement des juifs résidant au Canada. Toutefois, Lapid affirme aussi qu’un juif vivant au Canada devrait se comporter en assassin, au service de ce qu’il considère être la cause juive. Aux yeux des sionistes, la judéité est une opération spéciale menée par un réseau international

Dans son bouquin, Ostrovsky qualifie cela de solidarité raciale. Personnellement, j’appelle cela la fraternité de la troisième catégorie et Weizmann appelle ça sionisme. Mais tout cela signifie la même chose. Il ne s’agit de rien d’autre que d’un engagement, un engagement qui pousse des juifs de plus en plus nombreux à entrer dans une confraternité obscure, dangereuse et anti-éthique. Apparemment, le sionisme n’a rien à voir avec Israël. Israël n’est rien d’autre qu’un atout territorial volatile, protégé au moyen de la violence par une force composée de juifs hébraïsants de la troisième catégorie. De fait, l’entreprise juive n’a pas de centre géographique. Il est quasi impossible de déterminer où les décisions sionistes sont prises. Est-ce à Jérusalem ? Est-ce à la Knesset, dans le bureau du Premier ministre israélien, au Mossad, ou bien peut-être est-ce dans les bureaux de l’Anti-Defamation League, en Amérique ? Cela pourrait tout aussi bien être dans le bureau de Benie Madoff ou n’importe où ailleurs, à Wall Street.

L’Organisation

Bien entendu, il est possible qu’il n’y ait pas de centre de décision du tout. Il est plus que vraisemblable que « les juifs » n’ont aucun centre mondial ni aucun quartier général. Il est plus que probable qu’ils n’ont pas conscience du rôle particulier qui est le leur à l’intérieur de l’ensemble du système, de la même manière qu’un organe n’est pas conscient du rôle qu’il joue dans la complexité d’un organisme. Nul opérateur particulier (nulle opératrice particulière), à l’intérieur du collectif, n’est totalement familiarisé avec le mode opératoire collectif ; il (ou elle) n’a conscience que de son rôle personnel, limité, de sa fonction ou de ses devoirs à l’intérieur dudit collectif. C’est probablement en cela que réside la plus grande force du mouvement sioniste : il a transformé le mode de fonctionnement tribal juif en un système collectif redoutablement efficace.

Le fait de voir dans le sionisme un organisme doit nous conduire à un changement majeur dans la perspective que nous nous faisons des problèmes auxquels le monde est confronté aujourd’hui. Ainsi, par exemple, les Palestiniens ne sont pas simplement les victimes de l’occupation israélienne ;  ils sont, de fait, les victimes d’une identité politique mondiale unique en son genre, à savoir celle de notre troisième catégorie, celle de gens qui ont transformé la Terre Sainte en un bunker juif. Les Irakiens doivent plutôt être vus comme des victimes d’infiltrés de cette troisième catégorie au sein des administrations britannique et américaine, des infiltrés qui ont réussi à transformer les armées britannique et américaine en une taskforce sioniste. Le monde musulman doit être vu comme la victime de la tentative de notre troisième catégorie pour faire de l’idéologie de l’« interventionnisme humanitaire » [ndt : ang. : moral interventionism] la nouvelle Bible expansionniste de l’Occident. Les Américains et les Britanniques, ainsi que, de manière générale, l’ensemble de l’Occident, sont tous en butte, aujourd’hui, à des turbulences économiques connues sous le nom de « credit crunch ». On pourrait tout aussi bien y voir un « Zio-punch ».

Chapitre 2 – Krach financier ou attaque sioniste ?

Revenons en 1992 : le Secrétaire d’Etat américain à la Défense Dick Cheney vient de charger Paul Wolfowitz (sous-secrétaire pour la politique de la défense, à l’époque) et son adjoint Lewis « Scooter » Libby de préparer le Plan pour la Défense américaine (Defense planning Guidance – DFG) pour les années fiscales allant de 1994 à 1999. Ce document, qui reçut par la suite le nom de « doctrine Wolfowitz » fit rapidement l’objet de fuites par le quotidien New York Times, et il souleva de très vives critiques.

Ce document étonnant exposait une stratégie consistant à fusionner les intérêts américains et les intérêts mondiaux sionistes dans une même praxis. Tout cela se passait à la veille de l’effondrement de l’Union soviétique, l’Amérique commençant à devenir la superpuissance unique.

« Notre objectif premier », écrivait Wolfowitz, « est d’empêcher que n’émerge un nouveau rival soit sur le territoire de l’ex-URSS, soit ailleurs, qui soit susceptible de représenter une menace du même ordre que constituait jadis l’Union soviétique « .

Wolfowitz, dont on sait à quel point il clamait croire en la « liberté » et à liberté des marchés affirme que l’Amérique ne doit laisser personne remettre en question sa primauté sur les marchés et dans le nouvel ordre mondial.

« Les Etats-Unis doivent faire montre du leadership indispensable pour établir et pérenniser un nouvel ordre mondial qui soit à même de convaincre des compétiteurs potentiels qu’ils n’ont pas besoin d’aspirer à jouer un rôle plus important ni à rechercher une posture plus agressive afin de protéger leurs intérêts légitimes »

En 1992, Wolfowitz savait déjà que le monde risquait de se montrer rétif à soutenir sa philosophie visionnaire de l’expansionnisme américain. A ses yeux, l’Amérique devait par conséquent adopter une pratique unilatérale et volontariste. Au lieu de s’en remettre à des coalitions internationales et à des initiatives onusiennes, l’Amérique devait s’habituer à l’idée selon laquelle elle devrait agir seule. Apparemment, déjà en 1992, Wolfowitz avait fait de l’Amérique le nouveau gendarme du monde.

« A l’instar de la coalition qui s’est opposée à l’agression irakienne, nous devons attendre de futures coalitions qu’elles soient des assemblages ad hoc ne durant, la plupart du temps, pas plus longtemps que la crise à laquelle ils s’opposent et munies, dans bien des cas, d’un accord général sur les objectifs à atteindre. Néanmoins, le sentiment que l’ordre mondial est en dernière analyse maintenu par les Etats-Unis représentera un important facteur de stabilisation ».

Partant, Wolfowitz insiste sur le fait que l’Amérique devait intervenir là et au moment où cela serait jugé nécessaire. Mais c’est alors que le sioniste global ressurgit en lui. Wolfowitz et Libby réaffirmèrent les engagements des Etats-Unis envers l’Etatjuif.

« Au Moyen-Orient et dans le Golfe persique, nous entendons renforcer la stabilité régionale, dissuader toute agression contre nos amis et contre nos intérêts dans ces régions, protéger les ressortissants et les biens américains et sauvegarder notre accès aux routes aériennes et maritimes, ainsi qu’au pétrole de ces régions. Les Etats-Unis sont engagés vis-à-vis de la sécurité d’Israël et vis-à-vis du maintien de la supériorité qualitative indispensable à la sécurité de ce pays.

Le Projet pour un Nouveau Siècle Américain

Le « plan » de Wolfowitz a rapidement conduit à la fondation de la plus puissante boîte à idées (think tank) de Washington : le Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC – Project for The New American Century), qui fut actif du début de 1997 jusqu’en 2006 et qui eut une énorme influence sur l’administration du président George W. Bush. Il serait impossible d’analyser la politique américaine et les guerres expansionnistes néoconservatrices durant cette période sans prendre en compte l’influence du PNAC. Il serait également impossible de comprendre l’effondrement de l’hégémonie américaine, de manière générale, et au Moyen-Orient, en particulier, sans avoir à l’esprit la philosophie interventionniste prônée par le PNAC et le soutien que celui-ci apportait aux intérêts mondiaux et régionaux d’Israël.

D’après la page d’accueil du site ouèbe du PNAC, l’objectif de ce cénacle de réflexion était de « promouvoir le leadership mondial américain. Selon le précepte interventionniste de Wolfowitz et de Libby, le PNAC pensait que « le leadership américain était bon à la fois pour l’Amérique et pour le monde ». Il suggérait ouvertement l’idée que tout ce qui était bon pour les Américains l’était aussi pour le reste de l’humanité.

Les penseurs du PNAC avaient manifestement les yeux fixés sur le pétrole de l’Irak. Toutefois, ce pays représentait aussi  un risque constant pour l’allié chouchou des Américains dans la région, à savoir l’Etat juif, pour lequel l’Irak représentait un de ses derniers ennemis irréductibles. Le changement de régime politique en Irak resta la position constante du PNAC tout au long de la période 1997-2000. Wolfowitz, qui avait émergé tout naturellement comme un des personnages dirigeants au sein du PNAC, exerça une pression constante sur l’administration Clinton, prônant la destitution immédiate de Saddam Hussein et de son régime.

En 2002-2003, tandis que l’Amérique et la Grande-Bretagne se préparaient à faire la guerre à l’Irak, il devint évident que l’administration Bush se pliait à la philosophie politique du PNAC.

Comme nous le savons, cette guerre s’avéra un désastre total. Pour nombre d’analystes politiques, elle symbolise le début de la fin de l’Empire américain. A la fin 2006, il ne restait plus grand-chose du think-tank notoirement néoconservateur. Le PNAC était réduit à une messagerie vocale et à un site ouèbe fantôme, avec un seul employé pour expédier les affaires courantes. Les membres du célèbre think-tank s’étaient tranquillement évanouis dans la nature ; certains se replièrent sur des postes universitaires et administratifs bien moins glorieux, d’autres prirent tout simplement leur retraite ou se firent oublier. Pourtant, leur philosophie avait laissé plus d’un million et demi de morts en Irak. Elle avait lassé un milliards de musulmans ulcérés et hostiles à l’expansionnisme incorrigible de l’Amérique. Peu après, c’est l’ensemble de la philosophie géopolitique américaine qui s’effondrait, tandis que les masses arabes comprenaient que l’Amérique était leur ennemie jurée, et que certains des tyrans arabes n’étaient que de simples collaborateurs des Américains.

Manifestement, sachant ce que nous savons, aujourd’hui, au sujet des inclinations interventionnistes « morales » des néoconservateurs et de la défense et illustration de l’expansionnisme américain par le PNAC, ces conséquences dévastatrices ne devraient absolument pas nous surprendre. Pourtant, certaines questions se posent : comment se fait-il que l’Amérique n’ait pas trouvé, parmi ses « médias libres » et son establishment politique, les moyens de résister à Wolfowitz et à Libby ? Après l’élection de George Walker Bush, en 2000, un certain nombre de membres ou d’associés du PNAC avaient été nommés à des postes clés au sein de l’administration présidentielle. Les médias et le système politique américains ont été particulièrement lents à réagir. A lui seul, ce fait soulève une question cruciale.

Comment l’Amérique a-t-elle pu devenir l’esclave d’idéologies associées de manière intrinsèque à des intérêts étrangers ?

Le pétrole joue un grand rôle

Les Etats-Unis d’Amérique sont un immense pays, avec de larges autoroutes et des milliers d’automobiles assoiffées de supercarburant. Par conséquent, le pétrole à bon marché est la clé de leur stabilité économique et sociale. Wolfowitz, Libby et le PNAC, semblait-il, à l’époque, avaient trouvé leur chemin pour le paradis. Ils étaient sur le point de faire d’une pierre deux coups, ou plutôt d’une pierre deux guerres. Ils avaient mis au point un plan permettant de voler le pétrole arabe, tout en garantissant la « sécurité » de leur Etat juif adoré.

Comme nous le savons tous, ce plan n’a pas marché. En dépit de l’invasion de 2003, l’Amérique n’a pas réussi à mettre sa lourde main sur le pétrole irakien. La reconstruction de l’Irak, autre tentative pour se faire du pognon, n’est toujours pas au rendez-vous.

Toutefois, Wolfowitz n’a pas échoué sur toute la ligne. Il a réussi à détruire un ennemi juré d’Israël. Il a renversé Saddam Hussein. Mais tout semble indiqué qu’en chutant, Saddam a réussi à entraîner dans sa chute l’ensemble de l’Empire américain et ce qu’il restait de l’Empire britannique. De plus, le jour où le dernier soldat américain aura été évacué ou extrait par la voie des airs de la Zone verte (au centre de Bagdad), il sera évident que c’est en réalité l’échec de la doctrine Wolfowitz qui aura fait de l’Iran la première superpuissance régionale.

La doctrine Greenspane  – C’est le fric qui fait tourner le monde

Comment se fait-il que l’Amérique n’ait pas réussi à maîtriser ses Wolfowitz ? Comment est-il possible qu’elle ait laissé modeler sa politique étrangère par des boîtes à idées grossièrement dirigées par des sionistes ? Comment ces médias américains soi-disant « libres » ont-ils pu être incapables de mettre en garde le peuple américain contre ces ennemis de l’intérieur ?

L’argent est sans doute une des réponses, car il est effectif que le fric mène le monde, ou tout au moins le « marché intérieur américain » ;

Tout au long des siècles, des banquiers juifs ont acquis la réputation de partisans et de financeurs de guerres, et même d’une révolution communiste. Bien que certains juifs richissimes aient eu la satisfaction de financer des guerres avec leurs propres avoirs, Alan Greenspan, Directeur de la Réserve fédérale des Etats-Unis, a trouvé une manière autrement sophistiquée de faciliter les guerres (ou tout au moins de détourner l’attention de l’opinion publique des guerres) perpétrées par Libby, Wolfowitz et leur PNAC.

Contrairement à la Grande-Bretagne vieillotte, où Tony Blair avait recruté Lord Levy pour encourager ses « Amis d’Israël » à verser leur obole à un parti qui s’apprêtait à lancer une guerre criminelle, en Amérique, Alan Greenspan offrit à son président un étonnant boom économique. Il semble que les conditions prospères, à l’intérieur, ont eu pour effet de détourner l’attention des citoyens américains de la guerre américaine désastreuse en Irak.

Greenspan n’est pas un économiste amateur, il savait parfaitement ce qu’il faisait. Il savait parfaitement que tant que les Américains connaîtraient la prospérité, achetant et vendant des logements, son Président pourrait continuer à mettre en œuvre la « doctrine Wolfowitz » et la philosophie du PNAC, détruisant les « mauvais Arabes » au nom de la « démocratie », de l’« éthique »,  et même des « droits des femmes ».

Greenspan exhortait les Américains à acheter – il ne cessait de répéter le vieux mantra : « Dépenser son argent est patriotique ». Il réussit, par ailleurs, à les convaincre que s’ils ne possédaient pas ce fameux argent, cela ne devait en rien les arrêter ; ils paieraient « plus tard ». Dans une certaine mesure, il avait raison, puisque nous avons tous à « payer plus tard »… nous risquons même fort de ne jamais arrêter de payer.

Sans trop nous engager dans les développements économiques, disons que ce fut Greenspan qui, à travers une dérégulation excessive, prépara le terrain monétaire à l’ascension des compagnies de crédit immobilier, un marché financier spécialisé dans les prêts et les emprunts à haut-risque.

« L’innovation », avait dit Greenspan en avril 2005, « a amené une multitude de nouveaux produits financiers, tels que les prêts subprime et les programmes de crédits aidés pour les immigrés ».

Il est presque touchant de voir que Greenspan avait un tel souci des immigrés…

« De tels développements », avait-il poursuivi, « représentent les réponses du marché qui ont guidé les services de l’industrie financière tout au long de l’histoire de notre pays… Avec de telles avancées technologiques, les prêteurs ont tiré profit de modèles d’évaluation du crédit et d’autres techniques afin d’étendre le crédit à un éventail plus large de consommateurs ».

Greenspan reconnaît qu’il entraîne le système bancaire américain dans une expérimentation « innovatrice » : « Alors que jadis l’on aurait tout simplement refusé un crédit à des impétrants insolvables, les prêteurs sont aujourd’hui en mesure d’évaluer d’une manière très fiable le risque représenté par les emprunteurs individuels et d’assurer la garantie de ce risque de manière appropriée ».

Il semble que l’ensemble de l’économie occidentale est en train de payer le prix de cette notion non-scientifique qu’a Greenspan de ce qui est (ou non) « approprié ».

« Ces progrès ont conduit à une croissance rapide des prêts immobiliers subprimes ; de fait, aujourd’hui, ces prêts représente en gros dix pourcents de tous les prêts immobiliers en cours, alors qu’ils n’en représentaient qu’un ou deux pourcents au début des années 1990.

Comme Wolfowitz, Greenspan avait un plan. Comme la guerre de Wolfowitz, ce plan a fonctionné durant un certain temps, mais, d’une manière ou d’une autre, il n’a pas fonctionné jusqu’au bout. Comme nous nous souvenons tous de cette déclaration embarrassante du Président Bush au sujet de la « victoire » américaine en Irak, nous savons qu’il n’a pas fallu longtemps au peuple américain pour savoir que l’Amérique ne gagnerait jamais cette guerre. De la même manière, Greenspan a eu quelques chiffres dont il pouvait être fier, au début. Les prêts subprimes dont il faisait la publicité ont apporté une contribution majeure à la croissance de la propriété immobilière et de la demande de logements. Le taux global de propriété aux Etats-Unis s’éleva, du niveau de 64 % en 1994, jusqu’au records de tous les temps de 69,2 %. L’immobilier était devenu le business principal en Amérique, des spéculateurs de plus en plus nombreux investissaient dans ce secteur. Durant l’année 2006, 22 % des appartements achetés (soit 1,65 millions d’unités) l’ont été à des fins d’investissement, 14 % ayant été achetés en tant que résidences secondaires (soit 1, 07 million d’unités).

Ces résultats avaient amené les Américains à penser que leur économie était effectivement en plein boom. Et quand une économie est prospère, personne ne s’intéresse réellement à la politique étrangère, et certainement pas à un million de victimes irakiennes. Mais c’est alors que la grave réalité se révéla aux nombreux Américains de la classe laborieuse, ainsi qu’aux immigrants, qui n’arrivaient pas à rembourser des sommes d’argent dont ils ne possédaient pas le premier dollar, pour commencer.

En raison de l’augmentation du prix du pétrole et de celle des taux d’intérêt, des millions d’Américains défavorisés ont été laissés sur le bord de la route. Tandis qu’ils rentraient de vacance et rejoignaient en voiture leurs maisons de rêve dans les grandes banlieues des villes, il ne restait plus assez d’argent, dans leur cochon rose, pour payer les primes de leur prêt immobilier ou leurs besoins vitaux. En conséquence de quoi, en très peu de temps, des millions de maisons furent expropriées. Manifestement, il n’y avait personne, dans les parages, qui fût en mesure d’acheter ces maisons saisies. Résultat : les pauvres d’Amérique devinrent encore plus pauvres qu’ils ne l’avaient jamais été.

De même que Wolfowitz avait renversé Saddam, qui avait entraîné l’Empire américain dans la tombe avec lui, les Américains pauvres, dont on avait obtenu qu’ils facilitent la guerre de Wolfowitz, entraînèrent dans leur chute le capitalisme américain, ainsi que le système monétaire et bancaire de l’Amérique. La politique de Greenspan entraîna la ruine de toute une classe de la société, laissant dans le système financier américain un trou qui est aujourd’hui évalué à trois trillions de dollars.

Greenspan et Wolfowitz me font penser à cette blague au sujet d’un chirurgien insensible sortant de la salle d’opération après une intervention cardiaque de douze heures e disant à la famille du patient, morte d’inquiétude : « L’opération a très bien réussi, mais malheureusement, votre être cher n’a pas réussi à la suivre jusqu’à la fin ».

Agenda moral

Les doctrines Greenspan et Wolfowitz semblaient prometteuses, sur le papier. L’opération a en effet réussi, mais l’Empire américain ne l’a pas supportée jusqu’à son terme. Il est aujourd’hui condamné à perdre sa primauté. Greenspan, à ses dires, a fait tout cela « pour les « immigrés » et « pour les Américains pauvres ». Wolfowitz, quant à lui, a proposé que la Grande Amériquedevienne la gendarmerie du monde entier. Il l’a fait pour les Irakiens, pour la « morale » et pour la démocratie. Tout du moins, c’est ce qu’il voudrait nous faire croire. Le modèle est familier, c’est celui d’une poignée de personnes « touchées par la grâce », qui s’efforcent, à chaque fois, de sauver le monde au nom de tel ou tel idéal. Ils « apportent » la démocratie aux « sauvages », ils « apportent » l’égalité aux nécessiteux. Ils emploient des concepts éthiques abstraits. Mais quoi qu’il en soit, l’Etat juif doit en profiter d’une manière ou d’une autre. Il suffit de lire le premier et éminent prophète sioniste Théodore Herzl pour savoir que le sionisme politique se résume à faire en sorte que les superpuissances servent la cause sioniste.

Certains Américains ont été induits à suivre aveuglément Wolfowitz et Greenspan, et de très nombreux autres, en particulier aux échelons supérieurs de l’économie, de la politique et des médias, ont eu la stupidité de ne pas les arrêter tant qu’il en était encore temps. Greenspan et Wolfowitz auraient, à tout le moins, dû être réfrénés. Dès 1992, les Américains auraient dû être mis en garde contre les dangers possibles représentés par des intérêts étrangers infiltré au sein même de leurs centres de décision stratégiques.

A ce stade, vous vous demandez peut-être si je considère que le krach du crédit n’est pas par hasard un complot sioniste, voire une conspiration juive. De fait, c’est le contraire. Ce n’est pas un complot et ce n’est certainement pas une conspiration, car tout cela a été fait au vu et au su de tous. En réalité, c’est un accident : le patient a claqué avant la fin.

Extraits du livre de Gilad Atzmon The Wandering Who?

[1]  Le livre The Wandering Who? de Gilad Atzmon a été traduit en français: Le Qui ça Errant, déjà ? Une étude de la politique juive identitaire, Zero Books, 2011-11-16, 202 pages – ISBN 978-1-84694-875-6

[2] Vladimir Ze’ev Jabotinsky est un écrivain, orateur et militaire fondateur du sionisme révisionniste. Le legs de Ze’ev Jabotinsky est porté aujourd’hui par le parti israélien Herut (qui a fusionné avec d’autres partis de droite pour former le Likoud en 1973), ainsi que par le mouvement de la jeunesse sioniste, le Betar.

[3] La « primauté de l’ouïe » peut évoquer (pour certains d’entre vous) la prière juive Sh’ma Yisrael « Ecoute, Israël : le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est un » (Deutéronome 6:4). Bien que le judaïsme apporte une grande importance au fait d’« écouter », il est crucial d’opérer un distinguo très clair entre mon appel à  un jugement personnel et critique et l’appel judaïque, qui est un appel à une obéissance absolue.

* Les goyim (terme hébreu) sont, pour les juifs, les membres des Nations, c’est-à-dire les personnes non juives (parfois considérées comme n’appartenant pas au genre humain par le judaïsme) (note du traducteur).

Le livre The Wandering Who? de M. Gilad Atzmon est publié en français par les Éditions Demi-Lune

Source: https://arretsurinfo.ch/le-qui-ca-errant-deja/

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