Foofwa d’Imombilité – Histoires condensées
Foofwa d’Immobilité, homme kaléidoscope, nous réfléchit dans ses „Histoires condensées“ les facettes de la danse par son prisme facétieux, documenté, poétique.
Le conférencier commence en complet veston, perché dans les cintres du théâtre, avec une digression sur le smartphone qui finit sur le Copyright : « We are against the copyright, we believe that sharing is the more important », le ton est donné. De fait ce spectacle n’est pas un pur condensé de l’histoire de la danse, il est riche aussi de l’expérience du danseur et rappelle qu’en danse, peut-être encore plus que dans une autre discipline, la transmission se fait par partage, imprégnation, reproduction, imitation, pour transmettre les influences, terreau des créations à venir.
Accueilli au théâtre de l’Ecole internationale de Genève, le spectacle est joué en anglais, face à un public largement international, si l’on en croit l’un des petit jeux interactifs avec le public que Foofwa affectionne. Cette reprise en anglais demande une concentration particulière au chorégraphe, certes, comme il nous l’avoue en sortant de scène ; d’un autre côté l’anglais devient un point d’appui supplémentaire pour digresser en humour, que ce soit sur des jeux de mots et calembours ou même sur les accents toniques. Foofwa fait feu de tout bois, aucune occasion n’est laissée de côté…
Comme ce moment où Foofwa, alors qu‘il parle de la danse moderne, intègre dans la dramaturgie les techniciens qui tiennent les feux de la rampe, en leur accordant une pause. Ceux-là vont ouvrir la porte de fond de scène qui donne sur un parc, libérant l‘horizon. Et, cadeau du présent, se détachent, alors sur carré de ciel, des passants qui marchent dans le champ, tandis que Foofwa danse en les commentant des extraits du répertoire. Puis apparaît un garde de l’école, en uniforme, qui s‘esquivera en se confondant en excuses quand le danseur bondit avec légèreté dans sa direction alors qu’il illustre une icône de la danse. La « magie » de la danse ne se prive pas de souligner une fois de plus notre enthousiaste conférencier.
Effectivement la fascination de la danse, du corps dansant opère, tout au long de ce Show multiforme, lie tous les ingrédients. L’homme, cabotin n’a pas qu’un tour dans son sac : facétie, auto dérision, réflexion sur les conditions de production dans le métier, démystification de la danse à travers des anecdotes personnelles, pratique du « méta » humour, « méta » commentaire, comme un processus d’emboîtement. Le danger pourrait exister, parfois, de saturer le Show ou de briser sa puissance par excès d’inflation, ou simplement par un tempo qui ne prend pas le temps de valoriser ses perles.
Ce n’est là qu’un petit revers de ce spectacle généreux, engagé, personnel, qui restitue pour le plus grand plaisir du spectateur, qu’il soit néophyte ou connaisseur, 125 ans de l’histoire de la danse. On aime le côté irrévérencieux du Performer quand il plagie Noureev avec un brin de malice (qu’il appelle Nounou pour des raisons que le spectacle vous fera découvrir), ou quand il ironise sur l’impératif de la danse académique à tout faire briller, cacher l’effort, sourire sur scène alors que le corps est blessé, Foofwa se fait un plaisir de partager quelques anecdotes issues de l’expérience.
Moments rares quand il fait revivre des répertoires : par exemple Nijinski dans son interprétation du Sacre du printemps, sous les quolibets de la foule hurlant quand elle découvre la chorégraphie. Dans la veine du Stand Up, Foofwa à ce moment met à contribution les spectateurs présents dans la salle pour reproduire le chaos qu‘avaient suscité la partition de Stravinsky et le danseur virtuose en 1913, tout en nous restituant un extrait dansé de ce répertoire.
Moments poétiques de l’évocation dansée des icônes de la danse – qu’on aurait bien voulu voir se prolonger ou sertis d’un temps de pause – basés sur la magie de la réincarnation, un peu à la façon dont Kazuo Ohno s’appropriait la danseuse La Argentina dans ses solos. Émouvant, quand Foofwa devient Isadora Duncan, Mary Wigman ou, dans une pénombre presque totale, Ruth St Denis ondulant sous un voile, image fragile et vacillante, mise en abîme de l’évanescence de la danse, qui pour être transmise a de tout temps passé par les corps indépendamment des avancées technologiques (cinéma, vidéo, notations).
Face au foisonnement de ce spectacle qui fait la part belle à l’improvisation, le choix dramaturgique d’épurer les moyens pour les ramener exclusivement à ce que peuvent faire et suggérer la danse et le théâtre est sans doute judicieux. Ainsi, alors que dans la version initiale (2011) le spectacle incluait des images vidéo et de la musique, ici tout est produit par Foofwa.
Quand il danse et qu’il ne commente pas ce qu’il fait, il chantonne la musique, siffle la mélodie ou l’éructe bruyamment et sans complexes. Il se change sur scène pour passer d’une icône à l’autre. L’éclairage est simplifié et incarné par les 2 éclairagistes sur scène qui sont intégrés à la dramaturgie.
En somme un processus d’emboîtement sans limite est à l’oeuvre, les registres de jeu sont tressés et entrelacés, entre conférencier, narrateur, agitateur de politique culturelle, danseur, bruiteur, performer, imitateur d’accents – puisque tous les grands maîtres de danse académique qu’il soient russes, anglophones ou autres, sont voués à citer les pas de danse académique en français…On retrouve cette accumulation des registres et des rôles dans la scène de clôture, un extrait du Café Müller de Pina Bausch où Foofwa rejoue la scène en occupant tous les postes, que ce soit en les résumant, les esquissant ou les dansant. La chance pour nous de revivre, ou découvrir, incarné par Foofwa, la gestuelle unique de Pina, somnambule lunaire magnifique. Merci la danse-condensée…
Cecilia Hamel | 03.02.201
Source: Swissdancedays.ch






































































































































































































































