Un garçon tient un tract largué par l’armée israélienne ordonnant aux habitants d’évacuer les zones de Bani Suhaila et d’Abasan dans l’est de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 mai 2025 (Abed Rahim Khatib).


Jours de terreur à Gaza

Prenez en considération les avertissements et les actes.

Réfléchissez au génocide.

Début mai, le cabinet de sécurité du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est réuni et a convenu qu’Israël « s’emparerait » de Gaza et expulserait la population palestinienne « pour la protéger ».

Pour mener à bien cette politique d’annexion de Gaza, l’armée israélienne a renforcé le siège en empêchant l’entrée de nourriture, d’eau, d’électricité et d’autres aides humanitaires (elle avait déjà mis en place le blocus de l’aide depuis le 2 mars).

Ensuite, l’armée a commencé à bombarder Gaza avec une férocité accrue, tandis que ses forces terrestres se regroupaient à la périphérie de Gaza et y pénétraient par vagues successives. Le 18 mai, les soldats ont commencé à entrer dans Gaza. Après d’intenses pressions, le cabinet Netanyahou a accepté d’autoriser l’entrée de “quantités minimales” de nourriture à Gaza. Pendant ce temps, l’armée israélienne a publié un « ordre de déplacement forcé » pour les habitants de Khan Younis.

On peut relever plusieurs crimes de guerre dans le paragraphe ci-dessus : 1. Le transfert de population dans un territoire occupé est illégal. 2. Priver des civils de nourriture, d’eau et d’électricité est illégal. 3. L’annexion d’un territoire occupé est illégale. 4. Tuer délibérément des civils dans une zone de guerre est illégal.

Il serait vain de citer des chapitres et des versets pour le prouver, puisqu’il est désormais bien connu que les Israéliens ont violé toutes les lois de la guerre et que leurs violations ont été méticuleusement documentées par le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Francesca Albanese dans son rapport annuel (et dans ses récentes déclarations), a parlé d’une « tragédie annoncée » et d’une « tache sur notre humanité collective« ) ; et Amnesty International a rapporté  « Vous vous sentez comme des sous-hommes : le génocide d’Israël contre les Palestiniens de Gaza« .

“Éradiquer”

Les bombardements destinés à préparer l’annexion ont été féroces. Les bombes israéliennes ont éradiqué des familles entières de Palestiniens. Le mot « éradiquer » est généralement utilisé pour désigner des parasites ou des maladies. C’est un mot horrible. Je l’utilise ici à dessein. Il vient du mot latin eradicare, qui signifie « arracher les racines », un sens botanique qui a maintenant des significations bien plus sinistres lorsqu’il est utilisé en référence aux humains.

Eradicare a une consonance clinique lorsqu’il se réfère aux mauvaises herbes, mais horrible lorsqu’il s’applique à l’humanité, tout aussi clinique et bureaucratique que le terme « The Final Solution » (lorsqu’il est utilisé pour se référer à l’horrible génocide des juifs en Europe).

Parmi les attaques perpétrées en une journée à Gaza

Adolf Hitler a utilisé les termes “extermination” (Vernichtung) et “éradiquer” ou “exterminer” (ausrotten) lorsqu’il a parlé des Juifs dans les années 1930, puis lorsqu’il a évoqué la solution finale (Endlösung) dans les années 1940. Le langage est cruel, il porte déjà en lui les implications de l’acte.

Des Palestiniens fuient les zones de combat à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 mai 2025. (Abed Rahim Khatib)


Réfléchissez à la nature de cet acte.

19 mai 2025

À 6 heures du matin, un groupe de forces spéciales israéliennes (mista’arvim) est entré à Khan Younis déguisé en femmes palestiniennes. Ils sont arrivés, couverts par des frappes aériennes de F-16 et des frappes de drones quadricoptères. Les soldats des forces spéciales ont exécuté Ahmad Kamel Sarhan devant sa famille. Ils ont ensuite kidnappé sa femme, son fils Mohammed (âgé de 12 ans) et d’autres enfants plus âgés. Personne ne sait où ils ont été emmenés. Au moins 16 civils ont trouvé la mort lors de cette opération.


Un char israélien a tiré un obus sur une maison dans le quartier d’Al-Amour à al-Fakhari, à l’est de Khan Younis, tuant Safa Alyan Saleem al-Amour et ses six filles, Sama Rashad Omar al-Amour, Lama Rashad Omar al-Amour, Saja Rashad Omar al-Amour, Leen Rashad Omar al-Amour, Nada Rashad Omar al-Amour et Layan Rashad Omar al-Amour.

Des tirs d’artillerie israéliens ont frappé une maison à al-Fakhari, tuant cinq membres d’une même famille : Jumana Kamal Muhammad Abu Daqqa, Wassim Muhammad Ali Abu Daqqa, Siraj Muhammed Ali Abu Daqqa, Jolan Muhammad Ali Abu Daqqa et Jilan Muhamed Ali Abu Daqqa.

Ce ne sont là que quelques-unes des attaques perpétrées en une seule journée dans une partie de Gaza, dont je n’ai pu obtenir que des informations provenant de personnes sur le terrain et d’articles de presse. Les attaques ont également eu lieu dans la ville de Gaza, près de l’Hôpital Indonésien, déjà pris pour cible la veille. Tant d’autres noms pourraient être ajoutés à cette liste, ceux des victimes d’autres actes de violence délibérés.

Ces attaques surviennent alors qu’une grave crise alimentaire frappe la population de Gaza, les enfants étant les plus durement touchés. Au moins 57 enfants sont déjà morts de malnutrition à Gaza, tandis que 71 000 enfants palestiniens luttent pour survive. L’Organisation mondiale de la santé met en garde contre des retards de croissance, des troubles cognitifs et des problèmes de santé à long terme pour les enfants qui ne mourront pas.

La Food and Agriculture Organisation met en garde contre une “famine imminente” à Gaza. Tout le monde met en garde contre ceci ou cela. Mais ces avertissements sont vains. Le coordinateur des secours d’urgence de l’ONU, Thomas Fletcher, condamne le “châtiment collectif impitoyable” infligé par Israël aux Palestiniens. Il sait que le “châtiment collectif” est un crime de guerre.

Prenez en considération les avertissements et les actes.

Pensez conscience du génocide.

Vijay Prashad

Vijay Prashad est un historien, éditeur et journaliste indien. Il est rédacteur en chef et correspondant en chef chez Globetrotter. Il est rédacteur en chef de LeftWord Books et directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il est chercheur senior non résident au Chongyang Institute for Financial Studies, Renmin University of China. Il a écrit plus de 20 livres, dont The Darker Nations et The Poorer Nations. Ses derniers ouvrages sont Struggle Makes Us Human: Learning From Movements for Socialism et, avec Noam Chomsky, The Withdrawal: Iraq, Libya, Afghanistan and the Fragility of U.S. Power.

Source: Consortiumnews.com, 22 mai 2025