Le but dissimulé des forces anti-syriennes

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Dans notre article précédent nous nous demandions pourquoi la Russie était concernée par la violence US en Syrie. Lors d’une nouvelle enquête, la BBC, la voix de l’impérialisme britannique, répond à la question par ces mots : «En se plaçant aux côtés de Damas, le Kremlin déclare au monde que ni l’ONU, ni aucun pays ou groupe de pays n’a le droit de décider qui gouverne ou pas un pays souverain.»

Personnellement j’approuve le sentiment exprimé ; cependant la position russe sur le conflit syrien devrait être envisagée selon une perspective différente. Une Russie axée sur les principes semble avoir compris que la violence américaine déployée en Syrie, Irak, Yémen, Ukraine et dans d’autres parties du monde est un moyen pour mettre en œuvre un agenda programmé de longue date : la domination mondiale impérialiste par les USA. De ce fait, nous analysons l’intervention russe en Syrie comme un moyen de stopper les USA dans leur projet de digérer – et diriger – le monde, pays après pays. Si rien ne s’oppose à un pays sans scrupule dans sa tentative de placer les nations du monde sous son contrôle et sa tutelle, alors la Russie et la Chine se trouveront complètement isolées pour défendre leurs propres peuples, territoires, histoires, économies, aspirations et modes de vie face aux prédateurs impérialistes.

Plus clairement, après que les avions de chasse russes ont commencé à cibler les camps terroristes et leurs infrastructures sans tenir compte du fait qu’ils étaient islamiques ou laïques, ni entrer dans des distinctions artificielles entre extrémistes et modérés, de nombreuses voix, surtout américaines, avec celles de leurs vassaux européens et arabes, se sont élevées contre leur engagement en Syrie. Leur argument selon lequel l’engagement de la Russie serait un facteur aggravant la prolongation du conflit est absurde.

Primo, si c’était le cas, pourquoi l’Occident et ses alliés ont-il permis au carnage de continuer avant que la Russie ne dénonce leurs fadaises ? Deuzio, les USA ne sont pas intéressés à l’arrêt de la guerre contre les Arabes même si Assad disparaît. Il n’y a aucune raison de douter qu’après Assad, ISIS et ses clones continueront de tenir leur rôle dans le projet américain pour apporter la preuve de ce que les officiels US répètent en boucle : vaincre ISIS prendra de 10 à 30 ans. Et même 30 ans après, alors qu’ISIS aura disparu depuis longtemps de l’actualité, on peut s’attendre – si on se réfère aux précédents historiques – à ce que les USA continuent à trouver des prétextes à l’extension de leur politique interventionniste.

Catégoriquement, la décision de l’issue du conflit ne doit pas être laissée entre les mains des impérialistes US et des néocons sionistes – et c’est ce que la Russie s’emploie à empêcher. Essentiellement, en commençant par la Syrie, la Russie se dresse puissamment pour contrer l’hégémonie américaine. Ensuite, les récriminations semblent suggérer que seuls les USA – et leurs vassaux européens – devraient jouir unilatéralement du privilège de mener des raids contre les cibles de leur choix, comme bombarder des dunes désertes ou des cibles insignifiantes, plutôt que bombarder les groupes armés, leurs convois et leurs camps de base. Ceci peut expliquer pourquoi, après 14 mois de bombardements américains de la Syrie et de l’Irak, les groupes soutenus par les USA – tels al-Nusra ou ISIS – se portent à merveille et se développent.

Curieusement, les analystes ne se sont jamais rendu compte que les campagnes aériennes occidentales, peu importe qui les effectue, détruisent les infrastructures civiles et économiques syriennes, alors que la Russie se borne à viser les structures militaires et les transports logistiques d’ISIS et de ses organisations annexes. L’Occident poursuit un programme destructeur visant à la disparition de l’État syrien actuel : nommément la destruction systématique de ses biens économiques.

Quand le Pentagone fanfaronne  que «de nombreuses raffineries de l’état islamique en Syrie ont été détruites», quand les bombes de la RAF britannique frappent les champs pétroliers et quand la France les rejoint dans leur modèle de destruction, les faits demeurent : il n’y a pas d’État islamique. Et il n’y a pas de raffineries qui lui appartiennent – les voler est une autre affaire. Mais ce que détruisent les bombardiers US, britanniques, français, et aussi, depuis peu, russes – selon le journal The Independent – ce sont de coûteuses raffineries, unités de stockage et camions citernes appartenant au peuple syrien.

D’amples preuves suggèrent que ISIS a été créée par l’Occident pour attaquer la Syrie – et partitionner l’Irak – sans déclaration de guerre. Au sujet de l’appellation État islamique nous devrions mentionner que, hormis cette organisation qui aime à se nommer ainsi, seul l’Occident insiste sur le mot État et écrit en lettres capitales à la fois le substantif et l’adjectif. Par ailleurs, l’essentiel des médias arabes, la nomment correctement l’ «organisation de l’état islamique».
[Notez que : 1. Il n’y a pas de lettres capitales en langue arabe. 2. Les auteurs de cet article écrivent état islamique sans lettres capitales parce que cette création de l’Occident n’a rien à voir avec l’islam, et ainsi cet adjectif ne peut lui être appliqué ; et de surcroît ce n’est pas un État].

Nous référant à nos observations sur les développements militaires immédiatement après l’intervention de la Russie, nous pouvons déclarer que les USA sont engagés dans une course contre la montre afin de détruire la Syrie avant que la Russie n’ait détruit leurs groupes islamistes soutenus par l’étranger. Le Secrétaire d’État John Kerry explique cela par des arguments controuvés. Il a récemment déclaré : «Les USA veulent éviter l’entière destruction de la Syrie.» Ce qui veut dire : «Les USA désirent détruire la Syrie mais pas entièrement.» Pourquoi dit-il ceci justement aujourd’hui et pas immédiatement après avoir été nommé Secrétaire d’État ?

Récemment, 55 prêcheurs wahhabites et Frères musulmans en Arabie saoudite ont lancé une fatwa pour un djihad contre les Croisés russes orthodoxes 1

Pourquoi pas, mais pendant les 14 mois de bombardements américains illégaux en Syrie, avec maintenant les troupes au sol en guise de conseillers des groupes terroristes, nous n’avons jamais entendu ces accusations féroces contre les Croisés multiconfessionnels américains. Cet épisode en dit long sur les commanditaires des wahhabites saoudiens et leurs associés.

Écrire sur la violence en Syrie sans enquêter d’abord sur les forces qui l’ont déclenchée et aiguisée, c’est comme enquêter sur les marées océaniques sans mentionner le rôle de la lune. De même devons-nous tenter de décoder les résultats de la violence en Syrie en termes corrects : qui a transformé la Syrie en friche et en théâtre mortel comme celui que les USA et la Grande Bretagne ont créé en Irak, avec une extension un peu moindre en Libye, et maintenant au Yémen via l’État wahhabite fasciste d’Arabie saoudite ?

Commençons par évoquer la réponse féroce du régime syrien – entraînant des morts – lors des protestations anti-régime à Daraa. Tout d’abord, le fait que Daraa ait été le point de départ des protestations est en lui-même suspect pour une simple raison : Daraa est une ville frontalière avec la Jordanie. Ceci signifie que de nombreux services de renseignements étrangers, en coopération avec le régime jordanien vendu à l’impérialisme, avaient aisément accès à l’organisation de manifestations en Turquie et en Jordanie sous le prétexte du prétendu Printemps arabe.

Question : qui, exactement trois semaines après cette réponse violente [du gouvernement syrien], jetait de l’huile sur le feu et commençait à installer des cités de tentes en Turquie et en Jordanie, anticipant un exode de réfugiés ? Ceci suggère qu’une violence de masse était prévue et que les réfugiés commenceraient à fuir vers les pays voisins. Qui a envoyé des Saoudiens, Européens, Tchétchènes, et autres islamistes en Syrie, avec des armes lourdes, des missiles antichars, les a payés, vêtus avec leurs burnous afghans, a fabriqué leurs bannières noires avec leurs slogans religieux, et les a dotés de convois de SUV Toyota dernier cri? 2

Que devrions-nous faire si le front anti-guerre ne possède pas les moyens matériels pour arrêter le bain de sang ? Comment stopper les dizaines de milliers de groupes étrangers payés et armés pour la plupart par les Saoudiens et les Qataris, entraînés par les USA et leurs valets régionaux que sont la Turquie et la Jordanie ?

N’est-il pas pas ridicule de voir des tueurs arriver en Syrie de tous les coins du monde pour renverser le gouvernement sous la bannière d’un islam sectaire, réinterprété et soutenu par les wahhabites du Golfe, par les USA, par l’Occident, et bien sûr par Israël ?

Pour insister sur ce point : la démolition indescriptible de la Syrie n’est pas un événement interne. Ceux qui détruisent la Syrie et tuent son peuple exécutent un plan impérialiste précis et pensé, en utilisant une violence précise et testée ailleurs auparavant dans de nombreuses autres parties du monde. La souffrance du peuple syrien est sans aucun doute réelle. Alors que les auteurs de cet article expriment leur profonde tristesse pour tous ceux qui sont morts et leur empathie à tous ceux qui sont encore en vie mais qui peuvent mourir dans l’attente insensée d’une solution, nous devons dévoiler encore de nouveaux faits.

Par exemple, nous avons noté que ceux qui ont armé les opposants locaux au régime syrien – ceux qu’on nomme Armée syrienne libre (composée de déserteurs et d’autres éléments inconnus) – aussi bien que les islamistes étrangers et les mercenaires non musulmans, n’ont cessé de répéter qu’ils combattent en réponse aux atrocités du régime syrien. Alors qu’ils sont eux-même la cause directe des atrocités et du terrorisme.

Nous avons aussi noté que les USA et leurs instruments arabes et turcs sont de pauvres camouflages quand ils parlent de soutenir la liberté en Syrie. On s’étonne : depuis quand les dirigeants américains, turcs, saoudiens, qataris et émiratis se sont-ils souciés de la liberté, de la démocratie, des droits de l’homme ou de la prospérité des nations ? Où existe-t-il une pareille évidence ? Quel est le véritable but des forces qui organisent des légions internationales de la mort et leur ordonnent de détruire la Syrie sous prétexte de combattre un mauvais régime ?

Puisque nous somme dans le sujet, depuis que l’objectif hégémonique mondial de l’impérialisme s’est avéré sans scrupules, pourquoi est-ce la Syrie qui est dans le viseur de pays comme l’Arabie saoudite, la Turquie, et le Qatar ? Ces pays, connus pour leur terrible répression des libertés et des droits politiques, seraient-ils devenus, du jour au lendemain, des modèles standards des valeurs humanistes et de l’émancipation politique ?

De la droite, de la gauche, et de partout, des larmes sincères et des larmes de crocodiles ont été versées sur les victimes de la violence en Syrie ; des raisons sincères mais aussi de fausses raisons ont été collées au sort des réfugiés. Cependant, à part quelques exceptions, la destruction presque totale de la Syrie et de son héritage historique humain est à peine mentionnée.

Et nous voyons des images de villes détruites, de gens décapités, d’autres jetés des toits, de prisonniers brûlés vifs, de femmes violées – accusées de rapports sexuels illicites – ou lapidées ; le blâme dans les médias occidentaux et arabes, souvent achetés par les Saoudiens ou le Qatar, est invariablement rejeté sur le régime syrien, mais jamais sur les groupes terroristes et leurs soutiens.

Le soutien de la famille régnante qatari aux Frères Musulmans en Syrie par tous les moyens possibles, n’est-il pas étrange, alors que son gouvernement, non seulement héberge des bases américaines, mais ne montre aucun signe d’adhésion aux valeurs des Frères musulmans ? L’Arabie saoudite a aussi un comportent ridicule. Elle diffuse le wahhabisme, lui fournit des armes, l’entraîne, met ses endoctrinés au service des USA pour diriger le terrorisme, spécialement vers les pays arabes qui s’opposent à l’hégémonie US, et se vantent ensuite de combattre en Syrie un régime qui tue son peuple !

De notre côté, nous ne nous lasserons jamais de poser la même question : «Qui désire détruire la Syrie, et pourquoi ?» À part imaginer une intolérance et une haine pathologique envers le gouvernement syrien, il est difficile de prendre en compte rationnellement l’animosité violente de l’Arabie saoudite. Cela amène à considérer un agent extérieur. Qu’est-ce qui pousse les dirigeants saoudiens à jouer le premier rôle dans la destruction de l’Irak, de la Libye, et maintenant du Yémen ? Qui désire détruire les pays arabes avec leur merveilleuse culture, leur société, et leur mosaïque de religions ?

Comment le premier venu pourrait-il comprendre quelque chose à la violence en Syrie si la tendance générale consiste à analyser les nouvelles d’actualité et les récits inventés pour les médias de masse ?

Négliger les faits, par dessein, conformisme, manque de connaissances spécifiques ou seulement méconnaissance totale est aussi devenu une habitude. Non seulement cela a permis de simplifier à l’extrême les racines du conflit, mais cela a aussi dilué la longue histoire documentée qui se cache derrière l’expansion de la guerre et sa radicalisation. En bref, qui veut que la Syrie soit détruite et pourquoi ? Laissez nous enquêter.

En 2007 dans une interview télévisée le général Wesley Clark faisait cette déclaration :

Environ dix jours après le 9/11 je vins au Pentagone et je rencontrai le Secrétaire Rumsfeld et le Secrétaire adjoint Wolfovitz. Je descendis à l’étage juste en-dessous pour saluer quelques amis du groupe de commandement qui avaient l’habitude de travailler pour moi, et un des généraux m’interpella. Il me dit : «Monsieur, entrez donc et parlons un peu». Je répondis : «Vous êtes trop occupé.» Il répondit : «Non. Nous venons de décider de partir en guerre contre l’Irak.» Je lui demande : «Nous partons en guerre contre l’Irak ? Pourquoi ?» Il répond : « Je ne sais pas pourquoi, je suppose qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre.». Alors je demandai :  «Ont-ils trouvé quelques informations qui lient Saddam Hussein à Al Qaïda ?» Il me dit : «Non, il n’y a rien de neuf dans ce sens, ils ont seulement pris la décision de partir en guerre contre l’Irak.»

Je retournai voir le même gars quelques semaines après, à ce moment là nous bombardions l’Afghanistan. Je lui demandai : «Partons-nous toujours en guerre contre l’Irak ?» Et il répondit : « Oh, c’est pire que ça.» Il se dirigea vers son bureau, prit un morceau de papier et dit : «Je viens à l’instant de recevoir ceci de l’étage au-dessus» (le bureau du secrétaire de la Défense), et il ajouta : «C’est une note qui décrit comment nous allons attaquer sept pays en cinq ans, en commençant par l’Irak, la Syrie, le Liban, la Somalie, le Soudan, et l’Iran.» Je demandai : «C’est secret défense ?» Il répondit : «Oui, Monsieur» et je dis alors : « Bien. Ne me le montrez pas.»

Je le rencontrai un an plus tard et lui demandai : «Vous vous rappelez de ça… ? » Il me répondit : «Monsieur, je ne vous ai jamais montré cette note. Je ne vous l’ai JAMAIS montrée.» 3

Dans une interview télévisée diffusée deux ans avant la violence à large échelle qui a explosé en Syrie, Roland Dumas, l’ancien ministre des Affaires étrangères français faisait cette déclaration :

«Je vais vous dire quelque chose. J’étais en Angleterre, deux ans avant la violence en Syrie, pour un autre travail. Je rencontrai des officiels de haut niveau qui m’avouèrent qu’ils préparaient quelque chose en Syrie.

C’était en Angleterre, pas aux USA. La Grande-Bretagne organisait une invasion rebelle en Syrie. Ils me demandèrent si, malgré que je ne sois plus ministre des Affaires étrangères, je désirais participer. Répondant à ma question sur le motif qui les poussait à initier la violence en Syrie, Dumas expliqua : «C’est très simple, il y avait un seul but, renverser le gouvernement syrien parce que dans cette région il est important que le régime syrien ne tienne pas un langage anti-israélien.» Ensuite, l’ancien ministre ajouta «qu’il lui avait été dit par un Premier ministre israélien longtemps auparavant que Tel Aviv visait à détruire chaque pays de la région qui ne s’alignait pas avec lui. Il ne s’agissait pas simplement d’Israël, c’était au sujet d’une intervention pays après pays à travers le Moyen et le Proche-Orient, l’Afrique du Nord, pour aller toujours plus loin et plus profondément vers le Sud en Afrique.»

C’était planifié depuis des dizaines d’années. 4

Par Kim Petersen et B. J. Sabri – Le 9 janvier 2016 – ICH

Kim Petersen est un ancien éditeur de la newsletter de Dissident Voice. Il peut être joint à [email protected]

J. Sabri  est un observateur des politiques modernes colonialistes, impérialistes, sionistes et de leurs avatars arabes. Il peut être joint à [email protected]

Traduit par Gabriel pour le Saker Francophone

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