Le scandale ne cesse de s’amplifier autour de l’enquête frauduleuse du New York Times sur les supposés viols massifs commis par les combattants du Hamas le 7 octobre – des allégations émanant du même journal et que The Electronic Intifada a complètement démystifiées au début janvier.

Lors de l’émission en direct de The Electronic Intifada, cette semaine, nous nous sommes penchés sur certains des derniers développements – en particulier, la révélation selon laquelle Anat Schwartz, l’une des deux propagandistes israéliennes qui ont assisté l’éminent journaliste du New York Times, Jeffrey Gettleman, soutenait apparemment des points de vue antipalestiniens extrêmes.

Il s’avère que la troisième plume, Adam Sella, est un diplômé de fraîche date n’ayant que peu d’expérience dans le journalisme et qu’il est le neveu du conjoint de Schwartz, ce qui accroît les inquiétudes à propos du népotisme et des conflits d’intérêt dans ce prétendu journal de référence. Schwartz elle-même n’a jamais été journaliste, mais fait sa propre pub en tant que cinéaste.

Comme nous l’expliquons, Schwartz et Sella ont convaincu une femme de leur confier une vidéo qui, selon elles, allaient appuyer les allégations sans preuve de viol, et elles lui ont dit que cela contribuerait à la propagande israélienne – ou hasbara. « D’abord, je n’ai pas considéré cela comme sensé, je ne comprenais pas à quel point c’était important, mais ils n’ont pas cédé. Ils m’ont rappelée sans arrêt et m’ont expliqué à quel point c’était important pour la hasbara israélienne », a expliqué la dame à l’organe d’information Ynet.

Les révélations ne cessent de débarquer

Depuis le livestream de mercredi, des révélations plus explosives sont sorties sur le scandale autour de l’article désormais notoire du New York Times publié fin décembre sous le titre provocateur : « ‘Des cris sans paroles’ : Comment le Hamas a instrumentalisé la violence sexuelle le 7 octobre. »

Mercredi, The Intercept a parlé d’une interview accordée en hébreu par Schwartz à un podcast produit par le diffuseur israélien Channel 12. Schwartz a admis dans le podcast du 3 janvier qu’elle n’était « nullement qualifiée » pour mener une tâche journalistique aussi sensible et complexe. Également dans cette interview, « Schwartz détaille ses efforts répétés en vue d’obtenir confirmation de la part d’hôpitaux israéliens, de centres de crise autour des viols, de sites de guérison de traumatismes et de lignes d’assistance téléphonique pour les agressions sexuelles en Israël, et fait également état de son incapacité d’obtenir la moindre confirmation de la part de ces antennes », rapporte The Intercept.

Schwartz a contacté 11 antennes spécialisées dans des hôpitaux israéliens qui traitent les survivants potentiels de viols et d’agressions sexuelles, mais en vain. « D’abord, je les ai tous appelés et ils m’ont dit : ‘Non, aucune plainte pour agression sexuelle n’a été enregistrée’ », a-t-elle dit lors du podcast de Channel 12. « J’ai eu un tas d’interviews qui n’ont abouti nulle part. De même, je suis allée dans toutes les sortes d’hôpitaux psychiatriques, me suis assise en face du personnel, tous ces gens sont engagés à fond dans leur mission et aucun n’a rencontré la moindre victime d’agression sexuelle. »

Elle a ensuite enchaîné avec le responsable de la ligne d’assistance téléphonique pour les agressions sexuelles dans le sud d’Israël pour apprendre qu’il n’y avait pas eu la moindre mention de violence sexuelle concernant les événements du 7 octobre.

Le Times défend les reportages frauduleux

Cette incapacité totale de trouver une seule victime aurait dû alerter le Times de ce que toute l’histoire ici n’était qu’un hoax massif destiné à inciter la haine génocidaire et la violence contre les Palestiniens. Mais même à ce jour, le journal continue de défendre ses reportages frauduleux.

A Schwartz, « on a dit qu’il n’y avait pas eu de plainte d’agressions sexuelles », a déclaré un porte-parole du Times à The Intercept. « Ceci, toutefois, n’était que le tout premier pas de sa recherche. Elle décrit ensuite le déballage des preuves, des témoignages et des preuves finales qu’il peut y avoir eu un recours systématique à l’agression sexuelle. »

Tout cela ne peut cacher que, en fait, Gettleman, Schwartz et Sella n’ont jamais positivement identifié une seule victime spécifique de viol, vivante ou morte. Pas plus qu’aucun des quatre « témoins oculaires » de prétendus incidents de viols massifs n’est un tant soit peu crédible. Le mieux qu’ils ont pu faire a été d’impliquer qu’une femme israélienne, qui avait été tuée ce jour-là et qui s’appelait Gal Abdush, avait été violée. Mais cette insinuation a été rejetée par les membres de la famille de Gal Abdush qui disent qu’on ne leur a jamais montré la moindre preuve qu’elle avait été violée. Ils ont également accusé le Times de les avoir manipulés et trompés en les faisant participer à l’histoire élaborée par Gettleman.

Lors d’un événement qui a eu lieu à l’Université de Columbia le mois dernier, Gettleman a lui aussi pris ses distances vis-à-vis de ses propres reportages en prétendant que son boulot ne consistait pas à produire des « preuves », mais qu’il partageait tout simplement des « informations » et qu’il œuvrait afin de « donner une voix aux gens ».

Comme le fait remarquer The Intercept, la déclaration émanant du Times « ramenait en effet le cadre de l’article explosif selon lequel des preuves montrent que le Hamas avait instrumentalisé la violence sexuelle vers une allégation moins péremptoire disant ‘qu’il pouvait y avoir eu un recours systématique à la violence sexuelle’».

Mais, plutôt que de réexaminer son reportage honnêtement et avec transparence, le Times a lancé une chasse aux sorcières interne pour éradiquer les gens de l’équipe qui avaient laissé transpirer leurs inquiétudes quant à la nature frauduleuse du reportage de l’équipe Gettleman. Et, manifestement, le journal a été secoué. Jeudi, en prenant la parole pour Democracy Now, Jereny Scahill, de The Intercept, a révélé qu’au lieu de corriger ses propres erreurs et tromperies tout bonnement odieuses, le Times avait exigé une « correction » de la part de The Intercept.

La demande du Times s’appuyait sur les bases ridicules que Sella ne pouvait être appelé le « neveu » de Schwartz, parce qu’en fait, il n’est pas le neveu de Schwartz mais celui de son conjoint. Schwartz a également rompu le silence mercredi, en remerciant le Times pour être resté fidèle à son reportage frauduleux. Elle a également menti en disant qu’elle avait seulement « liké » un tweet antipalestinien et que cela avait été « involontaire ».

Le rôle des médias indépendants

Alors que The Intercept avait réalisé quelques reportages importants, ajoutant à la pression sur The New York Times, il débarque tardivement dans cette histoire. Des semaines après que The Electronic Intifada, Mondoweiss, The Grayzone et le très populaire compte Twitter @zei_squirrel avaient démystifié les allégations de « viol massif »The Intercept faisait toujours leur promotion avec une très grande crédulité.

« Une chose est vraie : le Hamas et d’autres militants palestiniens ont commis d’indicibles violences sexuelles contre des civils israéliens le 7 octobre. »

Tel est le début d’un article de The Intercept signé par Judith Levine le 24 décembre.

« Oui, certains individus et organisations d’extrême gauche ont nié ces atrocités ou les ont défendues comme étant de la résistance justifiée », affirme Levine, dans une calomnie épouvantable pour laquelle The Intercept devrait se rétracter.

Ce que nous avons fait et continuerons de faire, c’est de publier nos reportages en nous basant sur des faits.

The Intercept fera-t-il preuve du niveau de responsabilité qu’il réclame à juste titre de la part du Times pour avoir diffusé les mensonges meurtriers d’Israël ?

Ali Abunimah

Article original en anglais publié sur The Electronic Intifada, 1er mars 2024