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L’escapade de Nancy Pelosi, 3e personnage de l’État américain, à Taïwan a donné lieu à des interventions de toutes natures. Le contexte international particulièrement tendu avec l’affrontement géostratégique « Occident contre reste du monde » suscite (fort normalement) beaucoup d’inquiétudes. Et par conséquent une profusion de commentaires, où l’on voit les uns et les autres s’exprimer, chacun à partir de sa chapelle et afin de défendre sa cause. Qui celle du monde unipolaire dominé par les États-Unis, c’est-à-dire un « ordre international fondé sur des règles ». Qui celle d’un monde multipolaire de pays souverains organisé par le droit international issu de la Seconde Guerre mondiale. Plus clairement, les États-Unis, leurs amis du G7, et leurs clients d’une part, et de l’autre ceux qui suivent peu ou prou la Russie et la Chine, qui ont pris le taureau par les cornes. C’est pour cela que la question juridique est extrêmement importante, car si les deux visions sont manifestement antagoniques, le camp de « l’ordre international fondé sur des règles » est quand même tenu de s’inscrire, au moins en partie, dans une régulation fondée sur le droit international.

En effet, le concept américain ressemble comme deux gouttes d’eau à celui posé par le premier vers de la fable de Jean de La Fontaine : «Le loup et l’agneau ». C’est-à-dire : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». Le comportement guerrier des États-Unis depuis 30 ans démontre qu’il est le producteur des fameuses « règles », qu’il les définit au fur et à mesure de ses besoins, et qu’elles évoluent en fonction des rapports de force qu’il impose. Et c’est bien ce concept des relations internationales que la Russie et la Chine, notamment dans la déclaration commune Poutine-Xi Ji Ping du 4 février 2022, ont décidé de contester. Et si possible de remplacer.

Mais pour l’instant les États-Unis sont quand même tenus par un ordre juridique international auquel ils participent. Ils siègent au conseil de sécurité de l’ONU, interviennent dans les différentes instances internationales et signent des traités. Par conséquent, pour identifier juridiquement les positions respectives, et tenter de régler les problèmes, les difficultés et les conflits, la référence au droit international est toujours indispensable.

Qu’en est-il de l’affaire liée au déplacement de Nancy Pelosi à Taïwan et comment l’apprécier justement au regard du droit applicable ? Il y a deux questions à explorer ; tout d’abord, comment qualifier l’initiative prise par la présidente de la chambre des représentants américaine ? Et ensuite : qu’est-ce que cela raconte sur le fonctionnement actuel de l’État américain ?

La Chine a « un bon dossier »

L’avocat, lorsqu’il défend une cause, commence par évaluer son dossier. Sous l’angle factuel, moral et bien évidemment juridique. Au regard du droit international, la position de la Chine est tout simplement en béton. Il ne s’agit pas ici de prendre parti pour ou contre la Chine. On peut tout à fait être très peu séduit par le système politique chinois, pas intéressé par une civilisation millénaire complètement différente de la nôtre, se méfier d’une puissance qui vient d’émerger en se rappelant la citation de Napoléon : « quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Pour autant force est de constater la solidité juridique de la position chinoise.

Le droit international est clair : il n’y a qu’une seule Chine, représentée par les autorités de Chine continentale. Dont Taïwan fait partie. C’est le fruit d’une histoire terrible, celle d’une très grande et ancienne civilisation, qui a connu au XIXe siècle – du fait de l’Occident et des interventions britanniques et françaises – ce qu’elle considère être « le siècle de la honte ». Une civilisation qui a subi au XXe siècle un chaos sanglant marqué par les guerres civiles mais surtout par la criminelle guerre japonaise qui dura 8 ans et fit – on a tendance à l’oublier – près de 30 millions de morts militaires et civils, soit un bilan comparable à celui de l’Union soviétique. Il y eut ensuite le maoïsme erratique après la victoire communiste de 1949, « Grand bond en avant » et autre « Révolution culturelle » ayant laissé le pays pantelant. Le rappel de ce passé est destiné à montrer l’importance aujourd’hui de la restauration de « l’Empire du milieu » aux yeux des Chinois. Le voyage en Chine permet de le mesurer .

Jusqu’en 1978, dans les instances internationales, la Chine était représentée par la province de Taïwan longtemps sous dictature des « nationalistes » vaincus par Mao. Il fut mis fin définitivement à cette absurdité géographique et politique en 1978. Et ce sont donc les dirigeants de la Chine continentale qui représentèrent à compter de cette date, leur pays. Mais cette substitution impliquait évidemment la reconnaissance juridique du fait que l’île de Taïwan faisait partie de la Chine. Et qu’elle constituait temporairement une région géographiquement séparée. À tel point d’ailleurs que les autorités de Taipeh, ne demandent absolument pas leur indépendance ou on ne sait quel « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », et continuent à prétendre être le représentant authentique de la totalité de la Chine.

Il faut savoir qu’en se rendant de façon provocatrice à Taïwan pour une visite à grand spectacle, Nancy Pelosi a lourdement violé le droit international. En effet, en conséquence de la reconnaissance de la Chine de Pékin comme seul représentant de la république chinoise, les États-Unis ont signé avec elle le 16 décembre 1978 un traité prévoyant que : « Les USA reconnaissent le gouvernement chinois comme seul gouvernement légal de la Chine. Dans ce contexte, le peuple américain maintiendra des relations culturelles, commerciales etnon officiellesavec le peuple de Taïwan ». Nancy Pelosi s’est rendue à Taipeh ès-qualité de présidente de la Chambre des représentants, 3e personnage de l’État américain. Elle a volé sur un avion du gouvernement de Washington, et a été accompagnée dans la phase terminale de son vol par des appareils militaires américains. Il s’agit donc bien d’une visite officielle et le traité du 16 décembre 1978 est ainsi ravalé au statut de chiffon de papier. La tendance notoire de Madame Pelosi pour l’alcool ne peut bien évidemment constituer aucune excuse.

On entend d’ici les remarques qui ne manquent pas d’être faites, selon lesquelles que tout cela n’est pas bien méchant. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui n’ont vu aucun inconvénient aux diverses interventions illégales des États-Unis, et en particulier au crime contre la paix en application du statut du tribunal de Nuremberg qu’a constitué l’invasion de l’Irak. Mais c’est oublier qu’en posant le pied à Taïwan, Nancy Pelosi a tout simplement créé une situation de guerre entre les États-Unis et la Chine. En effet, en 2005 a été adoptée une révision de la Constitution chinoise disant que toute mise en cause de l’intégrité territoriale du pays, et notamment par des actes de ce type, serait considérée et traitée comme un acte de guerre. Auquel la Chine répondra par les moyens qu’elle juge appropriés.

Effectivement, en pleine crise internationale particulièrement délicate où les risques d’embrasement sont réels, il était indispensable de mettre en œuvre cette pantalonnade…

Qui dirige les États-Unis ?

À l’évidence, les Chinois vont répondre à la provocation par des mesures militaires, et d’après les spécialistes, les États-Unis sont en situation de faiblesse dans la zone. Ajoutant que leur seule véritable protection est de posséder l’arme nucléaire… Joë Biden, qui aurait fait savoir qu’il était opposé à l’initiative de l’excitée, a été incapable de s’y opposer et de donner les ordres en conséquence. Alors on peut se poser la question de savoir ce qui se passe aux États-Unis et qui dirige réellement ce pays. Et se la poser lorsque l’on voit l’actuel président errer lunaire, bafouillant, et affichant de plus en plus fréquemment un état de démence sénile. C’est en tout cas l’avis d’un certain nombre de parlementaires qui exigent aujourd’hui qu’il soit l’objet d’un examen médical approfondi sur ses facultés cognitives ! En tout cas, il est devenu en la risée l’opinion publique mondiale, et sa vice-présidente Kamala Harris, à l’incompétence affichée ne vaut guère mieux.

Nancy Pelosi, quant à elle, est décrite par l’establishment américain comme une alcoolique hystérique, et sa provocation dangereuse démontre qu’elle est hors de contrôle. Et en tout cas qu’elle peut tranquillement se substituer au secrétaire d’État aux Affaires étrangères Anthony Blinken et au président en exercice pour prendre des initiatives mettant en péril la paix mondiale. Et c’est là où le droit fait son retour, car ce fonctionnement erratique a semble-t-il pour conséquence que le pouvoir politique aux États-Unis est à la merci de groupes de pressions aux positions contradictoires. Et il est difficile de savoir, à chaque occasion, qui a véritablement rédigé les textes que Joe Biden ânonne devant son prompteur. Le groupe des néoconservateurs va-t-en-guerre du clan Kagan ? Le Pentagone ? La CIA ? Georges Soros ? Clairement, cette situation ne peut plus durer, et la question du maintien de Biden à son poste est posée. Mais personne ne veut de Kamala Harris, et de toute façon il lui faudrait aussi à elle aussi un vice-président normalement choisi par le Sénat. Mais quel Sénat ? L’actuel ou celui qui va probablement changer de majorité en novembre ? Un ticket Harris-Trump alors, histoire d’aggraver la farce ?

Pendant ce temps la Chine s’apprête à se livrer à des manœuvres aéronavales autour de l’île de Taïwan. Avec son partenaire russe, elle prépare pour septembre les grandes manœuvres aéroterrestres Vostok 2022 (300 000 hommes et 10 000 chars mobilisés !). Et la Russie continue son matraquage méthodique de l’armée de Zelensky en Ukraine.

Le droit a ceci de pratique qu’il permet de savoir qui a raison. Non pas sur le plan moral, éthique, factuel, voire psychologique, mais en fonction des règles légitimes préétablies.

Dans l’affaire du voyage de Nancy Pelosi à Taïwan, c’est la Chine qui a raison et la vieille irresponsable a violé le droit international. Offrant ainsi sur un plateau, par sa provocation stupide, une opportunité à l’Empire du milieu de réaffirmer sa volonté de mettre fin au système unipolaire sous domination américaine qui permet justement ce type de violation. Il est d’ailleurs intéressant de voir que toutes les initiatives de l’Occident pour essayer de reprendre la main, produisent l’effet inverse et se retournent contre lui. Réponse pathétique de Pelosi aux critiques occidentales de son initiative, avançant le seul argument dont elle dispose : « vous me critiquez parce que je suis une femme ».

Vilain patriarcat qui ne veut pas emprunter le sentier de la guerre. Il fallait y penser.

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