L’arrestation du trafiquant d’armes, Claude Hermant, par la police judiciaire de Lille suscite de nombreuses interrogations concernant les attaques terroristes du mois de janvier à Paris.

Fin janvier, la police judiciaire de Lille a démantelé un important réseau de trafic d’armes dans le nord de la France et en Belgique. A sa tête, Claude Hermant, ancien cadre du service de sécurité du Front National, le DPS. Cette affaire a été passée sous silence par les grands médias nationaux, mais le 3 mai, sous la plume de Benjamin Duthoit, le journal La Voix du Nord en livrait un compte-rendu potentiellement explosif et susceptible d’accréditer le scénario des attaques sous faux drapeau qui avait vu le jour suite aux attentats du 7 janvier à Paris. Le réseau de Claude Hermant aurait en effet fourni les armes utilisées par Amedy Coulibaly utilisées lors de la prise d’otages de l’hypermarché cacher

Le scénario alternatif à la version du pouvoir exécutif, concernant les attentats du mois de janvier à Paris, se basait sur plusieurs éléments de preuves indirectes, qui ne permettaient pas d’établir de liens avérés entre un service de renseignement et les terroristes ayant perpétré ces attentats. Il a été logiquement qualifié par le pouvoir et les médias stipendiés de «théorie du complot », ce qui a permis sa disqualification. Bien que cette théorie d’une attaque sous faux drapeau ne repose pas sur des éléments de preuves tangibles, il est cependant intéressant, à la lumière des nouveaux éléments qui sont apparus suite à l’arrestation de Claude Hermant, d’en rappeler les points principaux.

Les liens des djihadistes avec Al-Qaïda

Les djihadistes ayant perpétré les attaques contre le journal Charlie Hebdo et l’hypermarché cacher appartenaient à une cellule terroriste organisée – bien connue des services de police – qui avait été impliquée dans plusieurs réseaux démantelés les années précédentes. Chérif Kouachi avait été condamné en 2008, dans le cadre du démantèlement de la filière des « Buttes-Chaumont », qui avait organisé le départ de combattants pour l’Irak entre 2003 et 2005 ; son frère et Amedy Coulibaly auraient également appartenu à ce réseau. Ils auraient ensuite été impliqués dans la tentative d’évasion de Smaïn Ait Ali Belkacem, l’auteur de l’attentat contre le RER B de 1995, condamné à la prison à perpétuité.

Les frères Kouachi se sont rendus à plusieurs reprises au Yémen entre 2009 et 2011, où ils ont été formés à la lutte armée par le  groupe terroriste Al-Qaïda pour la Péninsule Arabique, dirigé par Anwar al Awlaki. Amedy Coulibaly a déclaré à l’un des otages de l’hypermarché cacher que leur cellule avait été financée par la branche d’Al-Qaïda Yemen.

A l’opposé de la thèse gouvernementale de « loups solitaires » radicalisés via Internet, la cellule terroriste des frères Kouachi possédait donc des liens avérés avec l’organisation Al-Qaïda, signalés par une note des services de renseignement américains.

Le journaliste d’investigation indépendant Tony Cartalucci a mis en évidence les liens entre Al-Qaïda Yemen et l’armée américaine. Un article de CBS, cité par Cartalucci, a rapporté que le leader de l’organisation au Yémen, Anwar al Awlaki, fut l’invité d’un dîner d’honneur du Pentagone après le 11 septembre :

« Anwar al-Awlaki, le leader spirituel radical lié à plusieurs des terroristes du 11 Septembre, à la fusillade de Fort Hood, et à une tentative d’attentat sur un avion de ligne le jour de Noël, était l’invité du Pentagone dans les mois qui ont suivi le 11 Septembre, ce qu’un officiel du Pentagone a confirmé à CBS. »

Plus généralement, des liens entre Al-Qaïda, les États-Unis et leurs alliés ont été avérés en Syrie et en Irak. En Syrie, les États-Unis coordonnent les actions de la branche locale d’Al-Qaïda, le front al-Nosra depuis un centre de commandement installé en Turquie. L’armée américaine supervise la formation opérationnelle des djihadistes syriens depuis 2012 à partir de camps d’entraînements situés notamment en Jordanie et en Turquie. Depuis le printemps 2015, les Etats-Unis ont lancé un nouveau programme de formation de plus de 5000 djihadistes à partir de trois camps d’entraînements situés en Jordanie, au Qatar et en Turquie.

Le président François Hollande a également reconnu que la France fournissait des armes aux djihadistes syriens depuis 2012. Enfin, la collaboration entre Israël et le front al-Nosra a été documentée par les casques bleus de l’ONU en poste sur le plateau du Golan à la frontière israélo-syrienne.

Ces liens multiples entre l’organisation terroriste Al-Nosra et les puissances occidentales qui prétendent la combattre, et particulièrement les Etats-Unis qui sont à l’origine de la création de l’organisation dans les années 80 sur le terrain afghan, jettent un doute systématique sur la finalité et les commanditaires des actions terroristes entreprises ou revendiquées par l’organisation, comme c’est le cas pour les attaques du 7 janvier à Paris.

Les liens entre Al-Qaïda et la cellule française des attentats de Paris se sont trouvés confirmés par la maîtrise technique des armements de guerre de la part des assaillants, démontrant une préparation de type militaire, une formation délivrée selon toute vraisemblance par la branche d’Al-Qaïda au Yémen.

Les failles des services de renseignement

Le second élément d’importance soulevé par la thèse d’une possible attaque sous faux drapeau pointe les failles des services de renseignement français, documentées dans un article précédent. Ces failles ont été également relevées dans un certain nombre d’articles publiés dans la presse traditionnelle. La levée de la surveillance de la cellule des frères Kouachi, six mois avant les attentats, reste ainsi à ce jour largement inexpliquée. Un article du journal Le Monde, évoque notamment « la myopie des services de renseignement » ainsi que la volonté de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure de réécrire l’histoire au lendemain des attaques afin de masquer sa responsabilité. Plus troublant, le même article souligne les similitudes, dans les failles du dispositif de la DGSI, avec l’affaire Mohamed Merah. L’auteur de la tuerie de Toulouse et Montauban, qui avait fait 7 morts en mars 2012, faisait également l’objet d’une surveillance de la part de la DGSI; surveillance qui avait également été levée six mois avant ses attaques.

Créer un état psychologique propice pour imposer une politique répressive ?

Quel pourrait être l’objectif politique de ce type d’opération ?

Tout d’abord terroriser la population, c’est à dire créer un état psychologique de stress de type post-traumatique – tel qu’il a été documenté par exemple par la journaliste Naomi Klein dans son ouvrage « la stratégie du choc » – favorable à la manipulation psychologique des foules, dans le but d’imposer des lois et des régimes d’exception qui n’auraient jamais pu voir le jour en temps ordinaire du fait de la mobilisation de l’opinion publique.

N’est-ce pas exactement ce qui s’est passé en France suite aux attaques du 7 janvier ? Appelant à manifester pour défendre « la liberté d’expression », qui aurait été prise pour cible par le « terrorisme islamique », quatre jours plus tard, le gouvernement a réussi à mobiliser près de 4 millions de Français dans les rues du pays. Le climat psychologique dans lequel se sont déroulées ces manifestations, et qui a perduré les mois suivants, était un climat de guerre.

Par la suite, des enfants ayant refusé d’observer une minute de silence en mémoire des victimes des attentats furent convoqués au commissariat, et toutes les expressions critiques face à la mobilisation nationale furent criminalisées. Le parquet avait notamment reçu des consignes très strictes. Selon le vice-procureur de Valencienne « toute personne ayant fait l’apologie du terrorisme sera immédiatement placée en garde à vue, fera l’objet d’une comparution immédiate et de réquisitions lourdes de peine de prison ferme avec mandat de dépôt. »

Le pouvoir politique a ensuite profité de l’embrigadement massif de la population et du climat de terreur pour instaurer une politique de « guerre au terrorisme » sur le modèle américain post 11 septembre, caractérisée par l’imposition d’un régime sécuritaire et coercitif sur le plan intérieur. Et la multiplication des expéditions armées néocoloniales à l’étranger.

A cet effet, la loi sur le renseignement, qui se présente comme un « Patriot Act à la française »- instaurant un système d’interception massif et automatisé des données de communication électroniques et l’instauration d’un cadre légal de surveillance généralisé des populations – a été adoptée à une écrasante majorité par le parlement français, tout en bénéficiant de l’approbation de l’opinion publique, prête à renoncer à une partie de ses libertés.

A  l’extérieur, l’armée française est actuellement engagée, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, en Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina-Faso (opération Barkhane), en Irak (opération Chammal), dans l’océan indien,  et de manière officieuse en Syrie, notamment par le soutien opérationnel apporté aux djihadistes opposés au gouvernement de Bachar-al-Assad.

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Carte des opérations extérieures françaises

De nouveaux événements importants sont cependant venus alimenter la thèse d’une opération sous faux drapeaux, établissant un lien opérationnel possible entre les attaques terroristes à Paris et des réseaux de type Gladio (2) liés à l’extrême droite. 

Le 3 mai, le journal La Voix du Nord révélait le démantèlement d’un réseau de trafic d’armes et l’arrestation de son leader présumé, Claude Hermant. Ce réseau aurait fourni les armes utilisées par Amedy Coulibaly pour la prise d’otage de l’hypermarché cacher le 7 janvier.

Selon La Voix du Nord, le réseau supposément dirigé par Claude Hermant aurait « remilitarisé beaucoup d’armes de guerre neutralisées provenant de pays de l’Est. « Elles ont ensuite été écoulées dans le milieu du grand banditisme, pas uniquement lillois. »

Le réseau opérait également en Belgique et selon le journal «certaines armes auraient été utilisées par Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher. »

Or, Claude Hermant est un ancien du service d’ordre du Front National, le DPS, et a un passé de mercenaire, impliqué dans plusieurs opérations extérieures, notamment en Afrique.

Dans un entretien au journal Libération de 2001, il révélait la face obscure du DPS. Selon lui, le service d’ordre du FN comportait un « service action » composé de «30 à 60 fantômes» sous la direction de Bernard Courcelle, chef du service de sécurité du parti entre 1994 et 1999. Dans ce cadre, il aurait effectué une opération sous faux drapeau au Congo en 1999 pour le compte du président Sassou N’Guesso. Il s’agissait de monter une fausse tentative d’assassinat du président dans le but d’impliquer l’opposition. Le DPS aurait organisé également, selon Claude Hermant, le rapatriement du président de l’ex-Zaïre Mobutu, et effectué une mission de surveillance de l’ancien ministre congolais Moungounga N’Guila sur le territoire français dans le cadre d’une tentative d’assassinat commanditée par le ministre de l’intérieur.

Le DPS aurait effectué également des missions d’infiltration et de surveillance de l’opposition au Front National comme les organisations Ras l’Front, SOS Racisme ou Act’up.

Le second type de mission organisé par le « service action » du DPS consistait, selon Claude Hermant, à « organiser la déstabilisation de certains quartiers ou des villes qui ne sont pas acquises aux idées du Front. » La méthode employée par le DPS constituait à « prendre contact avec des bandes. Inciter à la violence ou à la rébellion. Fournir la logistique dans des quartiers sensibles pour donner aux jeunes la possibilité de s’exprimer par la violence. »

Il faut souligner dans ce cadre de déstabilisation et d’incitation à la violence, y compris en fournissant des moyens matériels et logistiques, que le chef du DPS, Bernard Courcelle, fut mis en cause en 1996 avec le trafiquant belge Marti Cappiau dans une affaire de trafic d’armes au profit de la rébellion djihadiste tchétchène.

Selon Claude Hermant, les tchétchènes avaient « demandé un matériel spécifique, assez récent comme des Kalachnikov AK-74, que Bernard Courcelle était capable de vendre sous 24 heures. Mais, à ma connaissance, on leur a fourni des armes datant de l’après-guerre, des AK-47. Les Tchétchènes ont demandé réparation. M. Courcelle a toujours les Tchétchènes derrière lui, pour payer sa dette. » L’implication de Bernard Courcelle dans cette affaire ne pourra cependant pas être établie par la justice.

Marti Cappiau, un ancien légionnaire en lien avec les milices croates d’extrême droite et acteur incontournable du trafic d’armes au profit de la Bosnie entre 1993 et 1995, fut assassiné le 22 mars 2001.

Outre les liens présumés du DPS avec le trafic d’armes, Claude Hermant décrit également le fonctionnement du « service action » qui s’apparenterait à un groupe paramilitaire très bien entraîné utilisant des méthodes similaires à celles des services de renseignement étatiques :

« Les membres de ce groupe spécial sont appelés les «fantômes». Ils ont tous une formation militaire ou paramilitaire […] Les «fantômes» sont autonomes financièrement. Ils reçoivent un salaire en liquide, des faux papiers et tous les moyens nécessaires à leurs opérations. Quand vous avez des besoins spécifiques, on vous les donne. Pour payer un jeune pour mettre le bordel dans les quartiers, pour avoir les moyens de se déplacer, de louer une chambre d’hôtel. Les «fantômes» sont en autarcie complète. Ils font leurs demandes à travers ce qu’on appelle des «boîtes aux lettres».

Le « service action » du DPS tel que décrit par Claude Hermant semble présenter les caractéristiques d’une opération de type Gladio : formation paramilitaire, méthodes héritées des services de renseignement, financement occulte, ancrage dans les milieux d’extrême droite et l’armée, implication dans des opérations extérieures sous faux drapeau et des opérations de déstabilisation sur  le territoire national…

Mais il y a plus surprenant encore dans les éléments récents livrés par Claude Hermant après son arrestation par la police judiciaire de Lille.

Les liens entre Claude Hermant et les services de Gendarmerie

Selon La Voix du Nord, le juge d’instruction chargé de l’affaire serait en possession de nombreux emails échangés entre la gendarmerie et Claude Hermant. Ces courriers dénoteraient une proximité entre le prévenu et les services de police, comme en témoigne cet extrait : « Salut Claude, nous avons vu avec notre hiérarchie… Nous sommes partant(s) pour les deux dossiers que tu nous as présentés (armes-Charleroi…)… »

La question que pose cette correspondance est donc de savoir si Claude Hermant agissait en coordination avec la gendarmerie en tant qu’informateur où s’il s’agissait d’une pleine coopération qui impliquerait que Claude Hermant était missionné.

Dans ce dernier cas, la fourniture d’armes à la cellule terroriste ayant perpétré les attentats du mois de janvier à Paris se situerait-elle alors dans le cadre d’une opération de type Gladio ?

Toujours selon La Voix du Nord, Claude Hermant aurait déclaré dans les couloirs du palais de justice, qu’il ne serait pas « le prochain Marc Fievet ». Il s’agit ici d’une allusion à un inspecteur des douanes français, infiltré sur ordre de sa hiérarchie dans un des plus importants réseaux de narco trafiquants à la fin des années 80, puis lâché par cette dernière suite à son arrestation par la police canadienne.

La référence de Claude Hermant au cas de Marc Fievet semble indiquer que ce dernier se considérait comme mandaté par les services de la gendarmerie et agissait en leur nom.

Si la connexion entre le réseau de Claude Hermant et Amedy Coulibaly est confirmée par la justice française, les répercussions de cette affaire et ses implications troublantes, vont-elles sceller le sort de la narrative déployée jusqu’à maintenant par le pouvoir exécutif français et rendre l’hypothèse d’un attentat sous faux drapeau plausible ? On peut douter que les investigations vont se poursuivre en toute transparence et sans pressions politiques. Pour l’instant dans les « grands médias » – inféodés au pouvoir politique et embrigadés dans la « guerre au terrorisme » – la couverture de cette affaire est quasiment inexistante..

Guillaume Borel |9 mai 2015

[1]  http://www.lavoixdunord.fr/region/trafic-d-armes-presume-de-claude-hermant-la-piste-ia0b0n2806501

[2] Gladio, du nom des services secrets de l’OTAN ayant opéré, avec l’aide de groupuscules d’extrême droite, une série d’attentats sous faux drapeau dans plusieurs pays européens au cours des années 70 et 80. Ces attentats étaient ensuite attribués à l’extrême gauche dans le but de discréditer les mouvements radicaux révolution.

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Source: http://arretsurinfo.ch/attentats-de-paris-de-nouveaux-elements-troublants/

 

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