Source: France culture

21/04/2018

Journaliste, photographe et écrivain suisse, Annemarie Schwarzenbach est devenue une icône. Dans l’Europe déchirée des années trente orchestrée par l’Allemagne nazie, elle lutte aux côtés des « enfants terribles » de Thomas Mann. Sa vie est fulgurante, son destin tragique.

 

 

 

Cet « ange inconsolable », comme la surnomma l’écrivain Roger Martin du Gard, n’a jamais cessé de fuir. Dans ses errances à travers le monde, drogue, amours homosexuelles et internements psychiatriques se confondent. Résolument moderne, elle affiche une liberté de ton dans des textes engagés. Son écriture est précise et d’une rare authenticité.

Née à Zurich en 1908, Annemarie Schwarzenbach est élevée dans le giron d’une riche famille d’industriels suisses, sympathisante de l’extrême droite. C’est en choisissant le métier de journaliste que la jeune femme se décale des idées politiques de son milieu, même si elle n’arrivera jamais à couper complètement les liens.

A Berlin, elle initie aux côtés de Klaus et Erika Mann, la revue antifasciste Die Sammlung, avant de partir en 1934, seule au volant de sa voiture, rejoindre à travers la Turquie et la Syrie, un groupe d’archéologues. Elle y rédige son premier livre important, Un hiver au Proche-Orient, et réalise plusieurs reportages pour des journaux suisses.

Un an plus tard, elle épouse un diplomate français en poste à Téhéran, Claude Clarac. En Suisse, elle entreprend une première cure de désintoxication. Puis, c’est la période américaine : elle s’intéresse aux mouvements syndicaux et fait la connaissance à New York de l’écrivain Carson McCullers. Cette « petite sœur jumelle » lui voue un amour fou et lui dédicace son deuxième livre : Reflet dans un œil d’or.

Lorsqu’elle rentre en Europe, la guerre a éclaté. En 1939, elle part en Afghanistan avec la photographe suisse Ella Maillart. Plus dépendante de la drogue que jamais, Annemarie fait vivre des moments difficiles à sa compatriote, qui en relate l’épopée dans son livre La Voie cruelle.

Lors d’un dernier séjour en Afrique, où Annemarie rejoint à Brazzaville les forces françaises libres, elle est prise pour une espionne nazie. Très éprouvée, elle écrit beaucoup, dont une série de poèmes, Les Rives du Congo-Tétouan, et semble avoir retrouvé une certaine sérénité lorsqu’elle rentre en Suisse. C’est alors qu’elle est victime d’un accident qui lui coute la vie. Elle a 34 ans.

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