(Foto: dpa)

Oskar Lafontaine: «Aucun gouvernement fédéral ne doit s’arroger le droit d’appauvrir des millions d’Allemands ou de ruiner l‘économie allemande»

«Je ne supporte plus les jérémiades des Steinmeier, Scholz et autres sur les bouleversements sociaux qui surviendront si le prix du gaz triple. Face à l’incapacité de s’approvisionner en énergie autrement qu’auprès d’Etats comme les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Russie, Etats auxquels on reproche de mener des guerres contraires au droit international, il faut au moins privilégier le fournisseur qui offre la meilleure marchandise au prix le plus avantageux. C’est le cas de la Russie. A cela s’ajoute l’évidence de plus en plus incontournable que l’économie allemande est étroitement liée à la Russie pour de nombreuses autres matières premières et pièces de rechange nécessaires.

On ne le répétera jamais assez: A ceux qui rompent les liens avec un Etat et qui le justifient par le fait qu’il commettrait des violations des droits de l›homme, il faut par conséquent et avant tout interdire de commercer avec les Etats-Unis puisque ce sont eux qui sont responsables de la plupart des violations des droits de l’homme dans le monde.
Quelle image on ne peut plus déplorable de voir Biden auprès de Scholz lors de la conférence de presse à Washington, ce qui ne laisse aucun doute sur ceux qui décident si le gazoduc Nord Stream 2 en mer Baltique sera mis en service ou non!

Quand l’Allemagne disposera-t-elle à nouveau d’un chancelier fédéral témoignant de suffisamment de courage pour dire à Washington: jusqu›ici et pas plus loin? La question s’impose face au comportement que viennent de faire étalage le gros des journalistes et de la nouvelle classe de politiciens et politiciennes allemands vis-à-vis de Washington: d’où vient cette addiction allemande à se soumettre?

Si on pense à sa propre population, il n›y a qu’une solution: ouvrir Nord Stream 2 pour éviter le pire. De Gaulle en a pris pleinement conscience en disant que les Etats n›avaient pas d’amis, mais des intérêts. De même que les Américains tentent d›empêcher l’association de la technologie allemande avec les matières premières russes (George Friedman) depuis 100 ans, le gouvernement fédéral doit comprendre que les sanctions nuisent ni à la Russie ni aux Etats-Unis, mais à l’Allemagne et à l’Europe en premier lieu. […]

Quand on a fait une erreur, il faut avoir le courage de la corriger. Aucun gouvernement fédéral ne doit s’arroger le droit d’appauvrir des millions d’Allemands ni de ruiner l’économie allemande.»

Source: Zeit-fragen.ch – 15-19  juillet 2022

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