Non, ce n’est pas une blague d’Homer Simpson : après avoir eu son illumination en 1981 dans le Michigan, John Brown s’est installé au Texas et a lancé son entreprise pétrolière en 2000. Depuis, il fore à travers le territoire de la Palestine de 1948 à la recherche d’or noir juif. Sans grand succès pour le moment. Ce qui ne lempêche pas de vendre des actions à 250$ aux gogos qui se préparent comme ils peuvent à lArmageddon-FG

Zion Oil & Gas Inc. a été fondée par un chrétien américain born again, John Brown, qui dit vouloir favoriser l’indépendance énergétique d’Israël pour aider le peuple juif.

Une plateforme de Zion Oil & Gas dans la vallée de Beit She’an. Le fondateur John Brown pense qu’un verset de la Genèse est un indice divin sur l’indépendance énergétique d’Israël.  

Les pages en hébreu de la plateforme de médias sociaux X ont été inondées ces dernières semaines de publicités achetées par Zion Oil & Gas, une société énergétique américaine qui appelle les utilisateurs à acheter ses actions pour un minimum de 250 dollars [avec une capitalisation boursière dune quarantaine de millions d’€, laction de ZNOG vaut actuellement sur les marchés 0,053500 €, avec zéro dividende, bref une arnaque boursière, pour utiliser un pléonasme, NdT]. Ce déluge survient à l’approche d’un projet d’exploration pétrolière dans la vallée de Jezreel, dans le nord du pays, où les premiers engins de forage ont déjà été mis en place.

Le ministère israélien de l’énergie et des infrastructures encourage la prospection, bien qu’Israël se soit engagé publiquement à réduire sa dépendance à l’égard du pétrole et du gaz et bien que les scientifiques, la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’énergie s’accordent à dire que la poursuite de la prospection pétrolière devrait être évitée dans le monde entier.

Zion Oil & Gas n’est pas une entreprise ordinaire. Un simple coup d’œil sur son site ouèbe montre clairement qu’elle ne cherche pas seulement à promouvoir des intérêts financiers, mais qu’elle a aussi des aspirations religieuses. Outre l’offre d’achat d’actions, le site invite les visiteurs à prier pour Israël.

La société a été fondée en 2000 par John Brown, un chrétien évangélique fondamentaliste qui affirme avoir reçu une prophétie lui ordonnant d’aider le peuple juif et Israël, et ce en favorisant l’indépendance énergétique du pays. Le site ouèbe de l’entreprise utilise plusieurs citations bibliques qui font référence à cette idée, telles que « Alors il dit : “Le Dieu de nos ancêtres t’a choisi pour connaître sa volonté, pour voir le Juste et pour entendre les paroles de sa bouche” » (Nouveau Testament, Actes : 22, 14).

Il cite également Habacuc 2, 2-3 : « Si la chose semble lente, attends-la ; elle viendra, elle ne tardera pas » et Genèse 49, 25 : « Le Tout-Puissant, qui te bénira […] des bénédictions des profondeurs qui sont au-dessous de toi ». Le fondateur de la société interprète les “bénédictions des profondeurs” comme un indice divin sur la possibilité de trouver du pétrole sur la terre d’Israël.

Les dirigeants de Zion Oil & Gas soulignent que, malgré ses racines religieuses et tous les textes sacrés, il s’agit d’une entreprise moderne qui ne se contente pas de s’appuyer sur les prophéties bibliques. Sa prospection pétrolière est basée sur la recherche et des méthodes scientifiques sophistiquées, affirment-ils. La société a levé beaucoup de capitaux auprès de petits investisseurs, dont beaucoup sont des évangélistes américains qui achètent des actions en partie pour des raisons idéologiques, la principale étant le désir d’aider Israël.

L’équipement de Zion Oil & Gas sur sa plateforme près de Sde Eliyahu dans la vallée de Beit She’an. La société a tenté plusieurs explorations au cours des 23 dernières années, sans parvenir à trouver un gisement commercialement viable.

Au cours des 23 dernières années, la société a obtenu des licences d’exploration pétrolière et a effectué plusieurs forages. Elle a effectué des forages d’exploration dans le nord, près de Ma’anit, près d’Ein Carmel (sur une plate-forme appelée Elijah 3, d’après le prophète biblique) et sur une plate-forme appelée Jezreel Megiddo 1. Aucun de ces forages n’a permis de trouver des quantités de pétrole commercialement viables.

En septembre dernier, la compagnie a obtenu une nouvelle licence d’exploration pétrolière sur une zone de 300 000 dunams (30 000 hectares) dans la vallée de Jezreel. Pour opérer dans cette zone, la société devait trouver un site approprié et obtenir une licence de forage. La nouvelle licence couvre 98 % des terres visées par deux licences expirées, délivrées en 2013 et 2020. La branche israélienne du groupe environnemental Greenpeace affirme que les licences sont fondamentalement identiques et que la société a demandé une nouvelle licence dans la même zone parce que la loi régissant l’exploration pétrolière ne permet pas de prolonger les licences de plus de sept ans.

« Les trois licences ont été accordées au même organisme, à savoir Zion Oil & Gas, dans des circonstances qui font craindre que l’introduction de changements mineurs dans la licence Megiddo [dans la vallée de Jezreel] ne serve de couverture pour permettre au détenteur de la licence de prolonger sa validité au-delà de la période autorisée par la loi sur le pétrole », a écrit l’avocat Matan Greenfeld au commissaire au pétrole du ministère de l’énergie, Chen Bar Yosef, au nom de Greenpeace. Bar Yosef a rejeté l’argument, affirmant qu’il s’agissait d’une nouvelle licence et que Zion Oil & Gas avait été la seule société à faire une offre pour la licence d’exploration pétrolière dans la région.

L’octroi de la licence dans la vallée de Jezreel s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large mené dans différentes régions d’Israël. Il existe quatre licences de prospection pétrolière actives sur terre dans le sud – dans la région de Lachish, le Néguev occidental et l’Arava – et quatre licences de prospection gazière en mer. Le ministère de l’énergie et son conseil du pétrole accordent les licences sur la base de la loi sur le pétrole de 1952, qui donne au ministère une grande liberté d’action et ne tient pas compte des considérations environnementales ou climatiques.

En 2021, l’Agence internationale de l’énergie, fondée en 1974 à la suite de la crise pétrolière pour assurer un approvisionnement régulier et considérée comme relativement conservatrice, a recommandé de mettre fin à l’exploration pétrolière et gazière et de mettre l’accent sur les énergies renouvelables. Un rapport des Nations unies publié il y a six mois était encore plus sévère. Il mettait en garde contre les projets visant à poursuivre l’expansion de l’utilisation des combustibles fossiles, qui “remettent en question l’avenir de l’humanité”. Néanmoins, la plupart des producteurs de pétrole du monde continuent de lancer de nouvelles explorations. Ils justifient l’absence de changement en arguant que même si l’humanité passe rapidement aux énergies renouvelables, elle aura encore besoin de pétrole et de gaz pendant des décennies. Certaines compagnies affirment que leur pétrole est “moins nocif” en raison de leurs méthodes de production.

Le ministère de l’énergie a répondu à une demande de commentaire : « La licence pour la vallée de Megiddo a été accordée conformément aux dispositions de la loi et aux instructions du commissaire au pétrole en ce qui concerne les demandes de licences d’exploration à terre. Dans le cadre de la procédure d’octroi de licences, un appel d’offres est publié pour la zone demandée afin de permettre à d’autres parties de soumettre des offres ».

La plate-forme pétrolière près de Sde Eliyahu. Selon un récent rapport des Nations unies, l’expansion de la production de combustibles fossiles pourrait mettre en péril l’avenir de l’humanité.

« Après l’achèvement de toutes les procédures préliminaires, le Conseil du pétrole recommande l’octroi de la licence », poursuit le ministère. « Compte tenu de ce qui précède, il est clair que les affirmations contenues dans la lettre [de Greenpeace] sont sans fondement et sans rapport avec les faits, étant donné qu’il s’agit d’une nouvelle licence accordée légalement et non de l’extension d’une licence existante, l’entreprise ayant déjà effectué des forages conformément à sa licence précédente.

« Quant aux combustibles fossiles (pétrole et gaz), comme il s’agit d’un produit dont l’économie israélienne aura besoin pendant au moins les 15 prochaines années, le fait qu’il provienne d’une source locale ne peut qu’aider l’économie israélienne, à la fois en termes de sécurité énergétique et sur le plan économique ».

Zion Oil & Gas n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Nir Hasson

Source: Haaretz, 23/6/2024
Photos : David Bachar
Traduit par Tlaxcala