Les forces israéliennes observent les Palestiniens qui fuient Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza, le 30 janvier 2024. (Atia Mohammed/Flash90


Des dizaines de milliers de personnes, dont l’un des auteurs de cet article, ont dû fuir la ville de Khan Younis ces derniers jours. Leurs témoignages révèlent la terrible épreuve que représente le passage des checkpoints israéliens dans la bande de Gaza.

Par Ruwaida Kamal Amer & Ibtisam Mahdi 6 février 2024

Depuis plusieurs semaines, la ville de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, est le théâtre d’intenses bombardements israéliens terrestres et aériens, ainsi que d’affrontements féroces entre les forces israéliennes et les combattants du Hamas. Le ministre israélien de la défense, Yoav Gallant, a annoncé la semaine dernière que l’armée avait réussi à démanteler les capacités du Hamas dans la ville – affirmation qu’Israël avait déjà faite à propos de la ville de Gaza, dans le nord, et qui s’est avérée mensongère. Mais à Khan Younis, comme dans le reste de la bande de Gaza, c’est nous, les civils, qui faisons les frais de la violence.

Les chars israéliens ont assiégé deux des hôpitaux les plus importants qui fonctionnent encore partiellement dans le sud de la bande de Gaza : Nasser et Al-Amal. Tous deux sont situés dans la partie ouest de Khan Younis et sont débordés depuis le début de la guerre, non seulement par l’afflux de patients, mais aussi par les familles qui cherchent un abri après avoir été déplacées des parties nord de la bande. Les forces israéliennes ont ouvert le feu sur plus de 8 000 personnes déplacées s’abritant à proximité de l’hôpital Nasser, et ont détruit au bulldozer des tombes dans le cimetière adjacent – l’un des 16 cimetières au moins qu’Israël a profané au cours de son opération à Gaza.

Les chars israéliens ont également pénétré dans les environs de l’université Al-Aqsa, à la périphérie ouest de la ville, près de la “zone de sécurité” précédemment désignée d’Al-Mawasi : ils ont pris pour cible le centre de formation de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA), l’un des plus grands abris de toute la bande de Gaza, qui a accueilli plus de 40 000 personnes déplacées, et ils ont complètement encerclé la partie ouest du camp de réfugiés de Khan Younis.

L’armée israélienne a largué des tracts ordonnant aux habitants d’évacuer Khan Younis et, ces derniers jours, quelque 120 000 Palestiniens ont fui la ville en empruntant un prétendu “couloir de sécurité” qui s’étend de l’ouest du camp de réfugiés à la zone d’Al-Mawasi, près de l’université Al-Aqsa. Le passage par ce couloir, qui est constitué de trois checkpoints militaires israéliens, a été pour de nombreux Palestiniens l’une des épreuves les plus pénibles depuis le début de la guerre.

D’après les témoignages de Palestiniens qui ont fait le voyage – dont l’un des auteurs – ceux qui ont traversé le couloir ont été forcés de chanter des slogans contre le Hamas. Beaucoup se sont vu confisquer leurs biens, et des hommes ont été séparés de leur famille, déshabillés et soumis à des heures d’abus physiques et de privations. Pendant ce temps, des milliers de personnes restent bloquées à l’intérieur de Khan Younis, incapables de quitter leurs abris de peur d’être abattues dans la rue.

Le témoignage d’Ibtisam

Je n’avais pas l’intention de quitter Khan Younis. Ayant fui la ville de Gaza au début de la guerre avec mon mari et mes deux enfants sur ordre de l’armée d’occupation, nous avons d’abord cherché refuge dans le camp de réfugiés d’al-Shati, puis nous avons été contraints de fuir à nouveau vers Khan Younis, considérée comme une zone sûre. Nous avons cherché dans différentes résidences de la ville avant de trouver une pièce à louer. Lorsque l’invasion terrestre de la ville a commencé, nous avons décidé d’arrêter de fuir.

Mais nous avons rapidement dû changer d’avis. Aux premières heures du 26 janvier, l’appartement situé derrière le nôtre a été bombardé, entraînant la chute de gravats sur notre refuge. Cet incident a semé la panique et la peur. La même nuit, deux autres appartements de notre rue et plus de 20 appartements dans tout le quartier d’Al-Amal ont été pris pour cible, tandis que des chars positionnés près de l’hôpital Al-Amal lançaient par intermittence des obus dans notre direction et que des drones quadcoptères tiraient de façon répétée sur les gens dans la rue.

Face à la situation, nous avons décidé de partir, d’autant que l’armée a largué des tracts sur les écoles proches de l’hôpital Nasser, ordonnant aux milliers de personnes déplacées qui s’y réfugiaient d’évacuer les lieux. Vers 10 h 15, un véhicule de la Croix-Rouge est arrivé pour annoncer l’ouverture d’un “couloir de sécurité”, et nous avons rejoint les milliers de personnes qui cherchaient à le traverser.

Nous avons alors rejoint les milliers de personnes qui cherchaient à l’emprunter. Le passage impliquait de franchir trois checkpoints militaires israéliens. Pendant tout ce temps, nous avons été insultés, et humiliés – nous et nos mères – par un officier de l’armée qui parlait couramment l’arabe. Pour moi et mes enfants, cela a duré plus d’une heure et demie, pour mon mari, près de neuf heures.

Au premier checkpoint, un soldat nous a ordonné de présenter nos cartes d’identité pour qu’un soldat les photographie, tandis que des chars se dirigeaient vers nous d’un air menaçant. Nous avons continué jusqu’au second checkpoint, où l’armée a séparé les hommes des femmes et nous a demandé de nous mettre à genoux. Puis un officier a commencé à nous sermonner, accusant le Hamas d’être responsable des déplacements, de la destruction de nos maisons, de notre quête de refuges et de nos peurs.

Il nous a ensuite dit que pour être autorisés à passer le poste de contrôle sans être blessés, nous devions scander des slogans contre la résistance : “Le peuple veut le renversement du Hamas”, et “Dieu nous suffit, et il est meilleur que le Hamas et les Brigades Qassam” (en s’appropriant une phrase du Coran). L’officier a insisté pour que ces slogans soient répétés, et ce n’est qu’après plus de 45 minutes que les soldats ont autorisé les femmes et les enfants à passer, tandis que les hommes restaient derrière.

Au troisième checkpoint, un soldat m’a dit que pour passer, je devais laisser mon sac – qui contenait tous mes biens, y compris des couvertures et des vêtements pour toute ma famille. Le soldat m’a ensuite demandé de me séparer de mes enfants pour qu’ils puissent passer avant moi. J’ai refusé, craignant de les perdre dans la foule, et il m’a finalement permis de passer avec eux. D’autres ont perdu leurs enfants et ont dû faire face à une grande détresse, en tentant de les retrouver.

Je suis sortie du couloir vers midi, puis j’ai vécu les heures les plus difficiles de ma vie en attendant que mon mari arrive. Sept heures plus tard, il a été autorisé à passer – après un parcours rempli d’humiliations et d’atteintes à sa dignité, le tout sous la pluie et dans des conditions de froid extrême.

Notre dignité a été bafouée durant plus de six heures

La joie d’Umm Mohammed Jakhlab, 56 ans, était indescriptible lorsque ses deux fils sont sortis du dernier checkpoint dans le couloir de Khan Younis. Cela faisait près de six heures qu’elle attendait leur arrivée près du point de passage.

“Mes fils uniques, Mohammed et Ibrahim, je les ai élevés après la mort de leur père jusqu’à ce qu’ils deviennent de jeunes hommes”, a-t-elle déclaré à +972. “Je souhaite apporter la joie dans leur vie et assister à leur mariage. Ils sont toute ma vie. J’ai senti mon cœur chavirer quand je les ai laissés au poste de contrôle avec l’armée d’où je suis sortie seule.”

Les heures passaient pour Mme Jakhlab aussi lentement que si c’étaient des jours, des larmes plein les yeux alors qu’elle attendait au bout du passage. Malgré le fracas des soldats israéliens tirant à la mitrailleuse depuis des chars d’assaut situés à proximité, elle n’a pas quitté les lieux avant que ses fils ne sortent enfin.

Ibrahim grelottait lorsqu’il est arrivé. L’armée l’avait forcé à se déshabiller, y compris ses sous-vêtements, malgré le temps froid et pluvieux. On lui a ensuite ordonné de plonger dans une mare d’eau, de sauter plusieurs fois, puis de sortir et de rester debout dix minutes avant d’être autorisé à se rhabiller et à franchir le poste de contrôle.

“Nous avons été humiliés après que les soldats aient scanné nos yeux [avec une caméra biométrique]”, a raconté Ibrahim. “Le traitement que nous avons subi dépassait l’avilissement. Notre dignité a été bafouée durant plus de six heures, alors que nous étions à genoux, sans pouvoir nous asseoir.”

Tout au long de cette épreuve, la seule préoccupation d’Ibrahim était de sortir le plus vite possible, craignant pour sa mère qui, il le savait, serait angoissée à l’idée de ne pas les revoir.

Khaled Zaqout, 25 ans, a décrit cette expérience comme l’une des pires de soon existence. Il s’était réfugié à l’école Qandila, près de l’hôpital Nasser, avec sa femme et son fils, et a décidé de quitter la ville après que l’armée a largué des tracts au-dessus de leur tête pour leur ordonner d’évacuer immédiatement les lieux.

“Les tirs n’ont pas cessé ces trois derniers jours, et une école voisine a été touchée, tuant quelques réfugiés et en blessant d’autres”, a-t-il déclaré à +972.

Après être entré dans le couloir pour quitter Khan Younis, Zaqout a d’abord été contraint d’abandonner son sac à dos, qui contenait son ordinateur portable de travail, son téléphone portable et ses vêtements.

“Lorsque j’ai essayé de leur parler de mon sac, ils nous ont insultés, ma mère et moi”, a-t-il raconté. “Ils m’ont ordonné de partir sans autre forme de procès”.

Alors que sa femme et son fils ont été autorisés à franchir le checkpoint, Zaqout y a été retenu “avec un grand nombre d’hommes, y compris des jeunes”. Bien qu’il ait finalement été autorisé à passer, il n’a pas encore retrouvé sa famille.

“Depuis que je suis passé, je cherche ma femme et mon fils”, explique-t-il. “J’ai dû leur laisser mon téléphone portable, j’ai perdu tout moyen de communiquer avec eux, et ma femme ne sait pas comment gérer la situation sans moi”.

Zaqout décrit son état mental et physique comme très mauvais, d’autant plus qu’il a perdu tout le travail qu’il conservait sur ses appareils électroniques.

“Je n’oublierai jamais ce que j’ai vécu ces derniers jours”, a-t-il déclaré. “Nous avons été délibérément humiliés et contraints de répéter des slogans contre la résistance et le Hamas. Tout cela s’est passé pendant que les soldats nous filmaient avec leurs téléphones portables, afin de pouvoir se vanter en publiant les images sur les réseaux sociaux.”

Zohdiya Qdeih s’est retrouvée incapable de prononcer les slogans que les soldats ordonnaient aux Palestiniens de scander. Elle s’interroge sur la notion de passage sécurisé lorsqu’il s’agit d’humilier des civils désarmés et de les contraindre à prononcer des paroles qui blessent une partie du peuple palestinien.

“Le soldat m’a demandé pourquoi je ne répétais pas les slogans”, a-t-elle raconté à +972. “Je suis restée silencieuse et n’ai pas répondu. Il m’a dit : ‘Je sais que ton cœur est avec eux et que tu ne les insulteras pas, mais ce sont eux qui t’ont mise dans cette situation. Ils ne vous ont pas soutenus, et vous ne trouverez pas d’endroit où vous abriter après avoir quitté ce poste de contrôle : toute la population de la ville de Gaza se trouve à Rafah’”.

Mme Qdeih souligne que de nombreuses personnes ont répété ces slogans dans le seul but d’obéir aux soldats et de franchir le poste de contrôle en toute sécurité.

“Nos cœurs sont avec la résistance dans toutes ses actions, le terrain, malgré le fait d’être déplacé d’un endroit à l’autre”, a-t-elle ajouté.

Une zone sûre soudainement transformée en zone de guerre

Bahaa Wadi, 35 ans, originaire de la partie ouest du camp de réfugiés de Khan Younis, a fui à contrecœur par le couloir ces derniers jours vers la partie sud d’Al-Mawasi, près de Rafah.

“Nous nous sentions en sécurité [dans le camp]”, a-t-il expliqué à +972. “Plus de 20 personnes déplacées de la ville de Gaza sont restées avec nous dans notre maison pendant plus de trois mois, et le camp est bondé de personnes déplacées”.

“Soudain, il y a deux semaines, des chars sont entrés par l’arrière de l’hôpital Nasser et ont ordonné aux résidents du camp occidental situé à côté de l’hôpital d’évacuer”, poursuit Wadi. “Nous avons entendu le bruit des obus et des combats tout au long de la journée et de la nuit.”

Bien que certains membres de sa famille aient fui la ville pour vivre dans des tentes à Al-Mawasi, Wadi avait l’intention de rester. “Vivre sous la tente est trop difficile en hiver”, explique-t-il. Mais la situation a dégénéré : le 27 janvier, des chars israéliens sont soudainement apparus à l’entrée ouest du camp. “Ils se trouvaient à proximité de l’université Al-Aqsa et de l’hôpital Al-Khair, nous étions assiégés.”

À ce moment-là, Wadi et les membres de sa famille qui étaient encore avec lui ont rejoint ceux qui fuyaient la ville par le couloir obligatoire.

“Des milliers de personnes marchaient le long de la rue Al-Bahr dans le camp, et des chars se tenaient à l’entrée”, raconte-t-il. “Les gens passaient devant l’armée en brandissant leur carte d’identité et en essayant d’emporter quelques affaires. Les enfants étaient nerveux à la vue des soldats, des chars et des bulldozers”.

Après plusieurs heures de “tension, et de peur d’être arrêtés”, ils sont sortis du couloir et ont rejoint leur famille à Al-Mawasi. “Nous craignons toujours d’être à nouveau déplacés. C’est pourquoi nous avons choisi d’aller du côté de Rafah d’Al-Mawasi plutôt que du côté de Khan Younis, parce que nous ne faisons pas confiance à l’armée, et elle pourrait bombarder la partie proche de Khan Younis avec des missiles – comme elle l’a fait à l’école de formation de l’UNRWA, tuant et blessant de nombreuses personnes déplacées là.”

Après avoir dû quitter sa maison dans la ville de Gaza, Salwa Bakr, 44 ans, et huit membres de sa famille ont d’abord élu domicile dans une tente sur le côté nord d’Al-Mawasi, juste à l’ouest du camp de réfugiés de Khan Younis, avant de décider de s’enfuir plus au sud.

“Nous pouvions entendre le bruit des obus et des missiles. La zone n’a jamais été totalement sûre. Nous avons commencé à connaître la faim, les prix sont élevés et le froid extrême ici.”

“Il y a quelques jours, des chars ont bombardé l’école de formation de l’UNRWA, toute proche de l’endroit où nous nous trouvions”, poursuit Bakr. “Nous avons vu les tentes d’autres personnes déplacées brûler, des gens blessés crier et des personnes tuées. Cela a été un choc pour nous. Cette zone “sûre” s’est soudainement transformée en zone de guerre ; on ne nous a pas dit d’évacuer.”

“En raison de la peur intense causée par les bombardements continus et l’incursion des chars derrière l’université Al-Aqsa, ma famille et moi avons été déplacées dans la zone d’Al-Mawasi à Rafah”, poursuit-elle. “Nous sommes partis à pied et avons vu des gens quitter la partie ouest du camp de réfugiés de Khan Younis en pleurant. Nous sommes allés à Rafah et avons cherché une autre tente. Nous nous sommes installés dans une tente avec une autre famille pendant deux nuits avant de trouver notre propre tente.”

“Nous vivons dans des conditions difficiles après avoir été déplacés pour la deuxième fois – et nous ne savons pas si c’est la dernière fois ou pas. J’espère que le monde nous aidera en exigeant la fin de la guerre. Assez de déplacements et de réfugiés. Nos enfants doivent pouvoir vivre dans la dignité.”

Ils ont commencé à tirer des obus sur l’hôpital

Le Dr Khaled Habib est consultant en chirurgie cardiovasculaire et vasculaire à l’hôpital Nasser, le troisième plus grand hôpital de la bande de Gaza. Plus de 90 % du personnel – médecins, infirmières, techniciens et personnel administratif – a fui Khan Younis par crainte d’être arrêté ou pour ne pas être séparés de leur famille. Néanmoins, le service des urgences de l’hôpital continue de recevoir des centaines de patients chaque jour, a-t-il déclaré à +972 lors d’une interview la semaine dernière, tandis que le service des femmes et de l’accouchement reçoit quotidiennement de nombreux cas de fausses couches dues à des blessures, ou à la peur.

Des Palestiniens pleurent près des corps de leurs proches tués par des frappes aériennes israéliennes à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 25 décembre 2023. (Atia Mohammed/Flash90)Discutant des défis auxquels l’hôpital est confronté, Habib a confirmé que l’armée israélienne ciblait périodiquement les environs de l’hôpital avec des tirs d’artillerie. Un drone quadcopter, a-t-il ajouté, cible également toute personne se déplaçant à l’intérieur du complexe hospitalier, entre les bâtiments des différents services.

Habib a décrit la grave pénurie de fournitures médicales, déjà devenus rares à l’hôpital. De plus, il n’y a ni nourriture ni boisson pour le personnel de l’hôpital, les patients, leurs familles et les personnes déplacées toujours abritées à l’intérieur de l’hôpital en raison du siège imposé à ses alentours.

Selon Habib, un autre problème auquel l’hôpital est confronté est l’accumulation de déchets médicaux et autres poubelles dans ses couloirs et ses cours : il n’y a aucun moyen de s’en débarrasser, ce qui pose un sérieux risque de propagation de maladies à l’intérieur de l’hôpital – en particulier depuis que les chiens et les chats ont commencé à fouiller dans ces déchets.

Habib a indiqué qu’entre le 21 janvier et le 1er février, l’hôpital a reçu environ 157 morts et 450 blessés, tandis que de nombreux autres morts et blessés gisent dans les rues, hors de portée des ambulanciers pris pour cible par l’armée israélienne s’ils quittent l’hôpital.

Bien que les chars israéliens se soient retirés quelques jours, ils sont maintenant revenus, et les environs de l’hôpital sont toujours la cible des tirs des drones quadcoptères. Cela a encore intensifié la pression psychologique sur le personnel de l’hôpital, en raison de la peur qui se propage aussi à leurs familles, qu’ils sont incapables de joindre en raison des difficultés de communication actuelles, selon Habib.

Des Palestiniens sur le site d’une frappe aérienne israélienne à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 décembre 2023. (Atia Mohammed/Flash90)Shatha Mahdi, 30 ans, originaire du quartier de Tal al-Hawa dans la ville de Gaza, est toujours réfugiée à l’intérieur de l’autre grand hôpital de Khan Younis, Al-Amal, avec son mari et ses trois enfants.

Shatha Mahdi, 30 ans, originaire du quartier de Tal al-Hawa dans la ville de Gaza, est toujours réfugiée à l’intérieur de l’autre grand hôpital de Khan Younis, Al-Amal, avec son mari et ses trois enfants.

“Au début de l’offensive, nous avons quitté nos maisons et sommes allés à l’hôpital Al-Quds, tout proche, afin d’échapper aux bombardements intensifs. Mais lorsque l’armée a encerclé l’hôpital et s’est trouvée tout près de nos maisons, nous avons eu très peur et avons fui vers le sud, vers Khan Younis. Comme nous n’avons ni parents ni amis dans cette ville, nous nous sommes réfugiés à l’hôpital Al-Amal.”

“Nous n’avons pas trouvé de place à l’intérieur de l’hôpital, mais le personnel nous a dit que nous pouvions rester dans la cour arrière”, poursuit Mahdi. “Au début, nous nous sommes sentis en sécurité. Nous pouvions entendre le bruit des bombardements dans la ville, mais pas avec l’intensité des bombardements que nous avions l’habitude de ressentir et d’entendre dans la ville de Gaza. Mais la situation a changé radicalement après l’entrée des chars dans Khan Younis, il y a quelques semaines.”

“Ils ont commencé à tirer des obus en direction de l’hôpital et des maisons environnantes”, poursuit-elle. “Les bombardements étaient violents et effrayants, et les drones tiraient sur les civils près de la porte de l’hôpital. Lorsque mon mari devait sortir pour aller chercher de la nourriture, j’avais si peur qu’il soit touché.”

“Récemment, l’armée a intensifié ses attaques contre l’hôpital et empêche quiconque de le quitter. J’ai vu des gens allongés sur le sol, blessés par des balle ou tir d’obus. Le bruit des obus est effrayant et le mouvement des chars nous inquiète. Nous avons l’impression qu’ils vont attaquer l’hôpital à tout moment.”

“Il y a des milliers de personnes déplacées dans la cour avec nous et à l’intérieur de l’hôpital. Les gens crient quand les bombardements s’intensifient. Les enfants hurlent de peur et nous essayons de les rassurer comme nous pouvons. J’espère que cette horreur prendra bientôt fin”.

+972 a contacté le porte-parole des FDI pour obtenir des commentaires ; leur réponse sera publiée ici dès qu’elle sera reçue.


Ruwaida Kamal Amer est une journaliste indépendante de Khan Younis.

Ibtisam Mahdi est une journaliste indépendante de Gaza, spécialisée dans les reportages sur les questions sociales, en particulier celles qui concernent les femmes et les enfants. Elle travaille également avec des organisations féministes de Gaza dans le domaine du reportage et de la communication.

Article original en anglais  publié le 9 février 2024:  https://www.972mag.com/khan-younis-safe-corridor-abuse/ 

Traduction: Sofidelis.substack.com