TDG Opinion
Commentaire –
La Cicad place les juifs dans une situation intenable»
Jacob Berger met en cause la ligne suivie par la Coordination contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) sur la guerre à Gaza et la politique israélienne.
Notre collègue Dominique Ziegler a fait l’objet de menaces explicites de la part d’une élue PLR genevoise en raison des critiques qu’il a adressées à la Cicad dans les colonnes de la «Tribune de Genève».
Au moment où des milliers d’êtres humains sont sciemment affamés – jusqu’à la mort – par l’armée israélienne, au moment où des mères de famille palestiniennes sont exterminées par des snipers en tentant désespérément de récupérer un peu de farine, au moment où les derniers journalistes de Gaza vont disparaître –, car porter un gilet avec la mention Press dans l’enclave équivaut aujourd’hui à un suicide –, au moment où les soignants s’évanouissent d’inanition dans ce qui reste des hôpitaux, au moment où l’on parle ouvertement de déporter les survivants du carnage dans des camps, le grand souci de la Cicad et ses soutiens semblent être de nier l’effroyable crime contre l’humanité qui se déroule sous nos yeux et d’accuser d’antisémitisme ceux et celles qui le dénoncent!
Soyons clairs: l’antisémitisme est une peste innommable qui doit être combattue par tous les moyens. Et la Cicad, selon ses statuts, défend de nobles idéaux. Mais, sous la houlette de son secrétaire général actuel, cette association est devenue une simple officine du régime monstrueux qui revendique aujourd’hui, en toute impunité, l’anéantissement d’un autre peuple.
En imposant la notion que le destin des juifs suisses est intimement lié à celui d’Israël et à son gouvernement actuel et que toute critique ou toute condamnation de l’abomination en cours serait une attaque directe contre les Suisses d’origine ou de confession juive, et donc une capitulation devant les antisémites, la Cicad place les juifs suisses dans une position intenable.
Pourquoi la Cicad se refuse-t-elle à se distancier publiquement du gouvernement Netanyahou et de ses crimes abominables? Pourquoi la Cicad continue-t-elle à accuser les voix critiques d’Israël d’être antisémites? Au nom de quoi le secrétaire général actuel de la Cicad se permet-il de déclarer dans les médias français «qu’en Suisse, l’antisémitisme s’est transformé en bruit de fond permanent» ?
Oui, notre société a besoin de gardiens contre l’antisémitisme. Mais ceux-ci ne peuvent prétendre que les droits des juifs sont au-dessus de ceux des autres humains ou du droit international. En faisant croire que les juifs suisses sont complices d’Israël, la direction actuelle de la Cicad alimente l’antisémitisme qu’elle prétend combattre.
Jacob Berger, auteur et réalisateur du film «Un Juif pour l’exemple» (2016) et membre du collectif des artistes suisses pour Gaza
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Des Palestiniens déplacés à Deir el-Balah, dans la bande de Gaza, font la queue pour recevoir de la nourriture fournie par des organisations caritatives, 24 août 2024. (UNRWA/Wikimedia Commons/CC BY 4.0)
L’auteur et metteur en scène Dominique Ziegler fustige la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation
TDG – Opinion
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«Cessons de subventionner la Cicad»
L’organisation romande la Cicad décrit, dans les médias francophones, la Suisse comme un nouvel épicentre de l’antisémitisme. Elle diffuse des images de personnes défilant en Suisse contre le génocide à Gaza, comme preuves supposées de ce «bruit de fond de l’antisémitisme».
La Cicad a pignon sur rue depuis des décennies et bénéficie d’une subvention annuelle de 100’000 francs de la Ville de Genève, en plus des 2 millions de francs de donateurs privés. Cette organisation est problématique. Elle déclare lutter contre l’antisémitisme, mais propage un amalgame douteux entre judaïsme et sionisme, assimilant celles et ceux qui manifestent contre la politique d’Israël à des antisémites. Ce faisant, elle dénature la lutte essentielle contre l’antisémitisme et dénie la légitimité des citoyen·ne·s qui réclament la pure application du droit international. Elle ignore l’histoire juive dans son foisonnement et sa multiplicité. Pour approfondir le sujet, on invitera le public à lire l’ouvrage «Antisionisme, une histoire juive», rédigé par l’Union juive française pour la paix.
Partout dans le monde, les voix juives s’élèvent contre le colonialisme israélien et le génocide à Gaza. Mais pour la Cicad, adepte d’une vision du monde pour le moins biaisée, cette réalité est passée par pertes et profits. On pourrait s’accommoder de ce parti pris, si cette organisation se contentait d’être un lobby politique privé, dont il était possible de combattre les idées sans risquer de se faire taxer d’infamie terminale.
Mais, pour des raisons incompréhensibles, la Cicad est devenue l’interlocutrice privilégiée des autorités genevoises pour les questions touchant la communauté juive, bien que nombre de personnes concernées lui soient opposées, et malgré son agenda politique très discutable. Son secrétaire général, omniprésent dans les médias, a, entre autres exemples, assimilé les lieux culturels genevois signataires de la charte «Apartheid Free Zone» (c’est-à-dire refusant de collaborer avec des artistes ou institutions liés au gouvernement israélien et ses colonies) à des lieux «judenrein». On appréciera l’insinuation. La Cicad est présente dans les écoles romandes. Elle bénéficie d’un des plus importants espaces au Salon du livre et y organise des rencontres auxquelles se précipitent les représentant·e·s politiques de tout bord et un large panel de rhétoricien·ne·s sionistes.
Nos autorités politiques doivent cesser de légitimer une telle organisation. Nos impôts doivent cesser de subventionner la Cicad.
Dominique Ziegler, auteur et metteur en scène







































































































































































































































