Nous traduisons ci-dessous trois articles récents d’Al-Akhbar, quotidien libanais pro-Résistance, sur les faits extraordinaires qui ont précédé l’imposition d’un cessez-le-feu entre le Liban et Israël :
1/ « Aoun et Salam : la dernière chance ! », consacré à la fuite en avant humiliante du gouvernement Aoun-Nawaf, qui s’est empressé d’accepter une rencontre des ambassadeurs libanais et israélien par hostilité envers l’Iran et le Hezbollah, préférant apporter une justification à la poursuite de l’agression israélienne que de reconnaître que seul l’Axe de la Résistance a pu protéger le Liban ;
2/ « Entre Bint Jbeil et la profondeur occupée : une bataille pour empêcher l’enracinement israélien et élargir le coût de l’occupation », consacré à la stratégie du Hezbollah qui a mené à l’échec de l’attaque israélienne contre le village de Bint Jbeil ;
3/ « Pourquoi est-il devenu un devoir de renverser le gouvernement… maintenant ? », qui dresse le bilan de 15 mois de mesures anti-Hezbollah par un gouvernement dont le seul souci est de satisfaire les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Israël.
Aoun et Salam : la dernière chance !
Les deux président ne disposent d’aucune légitimité populaire ou constitutionnelle pour parler au nom des Libanais, et ils ont été parachutés depuis des avions américains qui accompagnaient l’agression israélienne contre le Liban
Par Ibrahim Al-Amin
Source : Al-Akhbar, jeudi 16 avril 2026
Les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam protestent contre la campagne menée à leur encontre et ne cessent d’exprimer leur malaise face à toute opinion qui contredit leurs politiques. Mais indépendamment de leur capacité à changer les réalités politiques sur le plan intérieur et extérieur, le problème réside dans la logique qui régit leurs positions, et plus précisément dans leur obstination à privilégier des choix qu’ils jugent plus efficaces que celui de la confrontation entre la Résistance et les forces d’occupation.
Mettons de côté le récit de la Résistance sur le droit et le devoir de riposter à l’agression, et discutons du récit de l’équipe dirigée par Aoun et Salam. Ce récit repose sur l’idée qu’Israël, et derrière lui les États-Unis, représentent la puissance militaire et économique la plus importante au monde, qu’aucune partie ne peut les affronter, et que quiconque s’y risquerait en paierait le prix fort. Et le récit passe à une deuxième étape, dont la teneur est que quiconque accepte ces réalités doit nécessairement rechercher une voie le menant à un règlement avec les États-Unis et Israël. Cependant, les partisans de cette approche s’arrêtent là, sans présenter une vision claire de la nature de ce règlement ni de ses aboutissements.

2089 martyrs, 6762 blessés… Pendant qu’Israël continue ses massacres, l’ambassadrice du Liban aux Etats-Unis rencontre l’ambassadeur israélien.
Le problème du récit du groupe dirigé par Aoun et Salam ne réside pas seulement dans leur mauvaise analyse des réalités, ni dans l’absence de volonté réelle chez eux de faire face à l’agression contre le Liban, ni dans leur grande faiblesse face à « l’homme blanc », ni dans leur vieille rancœur envers la Résistance et le Hezbollah en particulier. Mais le cœur du problème réside dans le fait qu’ils croient détenir les clés pour influencer la décision américaine, et être capables de convaincre Israël d’adopter la solution politique.
Et dans ce même récit, Aoun et Salam affirment qu’ils incarnent la légitimité au Liban, et plus précisément la légitimité constitutionnelle. Et lorsqu’ils réfutent leurs adversaires, ils s’appuient sur le fait que c’est le Parlement qui a élu Joseph Aoun à la présidence de la République, et lui-même qui a chargé Nawaf Salam de former le gouvernement, et lui aussi qui lui a accordé la confiance.
À un moment donné, Aoun et Salam oublient qu’il n’y a en réalité aucun sens au fonctionnement de ces institutions dans un pays comme le Liban, et ils adoptent une politique de déni face à la réalité que c’est l’occupation américaine et la tutelle saoudienne, et derrière elles Israël et d’autres parties, qui les ont portés aux postes de la présidence de la République et de la présidence du gouvernement. Et les États-Unis ont réussi à imposer leur choix, profitant de l’état de soumission dont ont fait preuve toutes les forces qui ont accepté leur accession aux première et troisième présidences [la seconde étant celle du Parlement, tenue par Nabih Berri, allié du Hezbollah].
Et si Aoun et Salam ont besoin qu’on ranime leur mémoire, il suffit de rappeler que les grands blocs parlementaires, du Hezbollah et du Mouvement Amal et des Forces libanaises et du Courant national libre et du Parti socialiste progressiste, ainsi qu’un certain nombre d’indépendants, préféraient d’autres options pour les présidences de la République et du gouvernement. Certes, ces forces ne s’étaient pas mises d’accord sur une seule alternative, mais, à l’exception du Courant national libre et de quelques députés indépendants, elles ont été contraintes de s’engager dans le projet américano-saoudien.
Par ailleurs, la nature de la composition du gouvernement ne reposait pas sur un équilibre reflétant la légitimité populaire au Liban. Et cela ne nie pas l’identité libanaise des ministres ni leur droit d’occuper leurs fonctions, mais quiconque parle de légitimité doit partir de son fondement, à savoir la représentation au Parlement. Et de ce point de départ, la « nouvelle de la légitimité » semble dénuée de sens, en particulier dans les cas d’Aoun et de Salam. Bien plus, les pratiques qui ont émané d’eux depuis qu’ils ont pris leurs fonctions ouvrent grand la porte à une remise en cause de leur légitimité constitutionnelle, populaire et politique à l’heure actuelle.
Les deux présidents ne disposent d’aucune légitimité populaire ou constitutionnelle pour parler au nom des Libanais, et ils ont été parachutés depuis des avions américains qui accompagnaient l’agression israélienne contre le Liban.
Le problème d’Aoun et de Salam ne se limite plus à leur soumission à un programme d’action imposé par l’alliance saoudo-américaine, et derrière elle Israël, mais va au-delà, jusqu’à leur enfoncement dans l’exploitation de la situation actuelle pour s’engager dans des démarches comportant de grands risques, parmi lesquels :
- Premièrement, la remise en cause du patriotisme et de l’identité libanaise d’une partie des Libanais, et le fait qu’ils s’arrogent le droit d’accorder la légitimité à telle ou telle partie, ce qui contredit l’impératif historique selon lequel la Résistance à l’occupation ne requiert l’autorisation de personne, ni d’une autorité politique, ni militaire, ni officielle.
- Deuxièmement, l’exposition de la paix civile à un danger grave, en faisant pression sur l’armée et les autres appareils sécuritaires pour qu’ils prennent des mesures susceptibles de conduire à une confrontation avec la population. Et bien que l’on mise sur la conscience et le sens patriotique des dirigeants de ces institutions, cela n’efface pas le grand crime qui se dresse derrière Aoun et Salam à travers leur incitation à la guerre civile.
- Troisièmement, la tentative d’imposer de nouvelles réalités dans les relations extérieures du Liban, que ce soit en ce qui concerne la position vis-à-vis de l’Iran — une position qui s’étend à d’autres forces de la région, parmi lesquelles les factions de la Résistance palestinienne — ou en traitant les exigences américaines comme s’il s’agissait de directives représentant les intérêts des Libanais. Et cette démarche consistant à se rendre à Washington pour serrer la main de l’ennemi, sans obtenir la moindre contrepartie, même symbolique, n’est qu’un signe supplémentaire de l’inaptitude d’Aoun et de Salam à diriger les institutions au sein desquelles ils occupent des postes clés.
Ce qui se passe aujourd’hui place le Liban au bord d’une grande explosion. Aoun et Salam, à titre personnel et en tant que représentants, assumeront l’entière responsabilité de tout sang versé. Et ils portent, au fond, la responsabilité de la poursuite de l’agression israélienne, en raison de leur légèreté lorsqu’ils se sont laissés entraîner par un ambassadeur dément, du nom de Michel Issa, fanatique, sectaire et ignorant en politique, qui vit toujours en 1975, et ont refusé d’inclure le front libanais dans le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis. Ils portent également la responsabilité de chaque goutte de sang qui coule dans la rue tendue, où la discorde interne pointe le bout de son nez, et où il se trouve des gens qui se déclarent prêts à s’y engager, comme les « Forces libanaises » qui n’ont jamais tiré les leçons de l’histoire et exposent les chrétiens du Liban à une nouvelle catastrophe.
Vous avez fait toutes les concessions. Vous avez accepté les exigences de l’ennemi : le désarmement, la qualification de la Résistance comme organisation terroriste, et bien plus encore. La guerre avec l’Iran prendra fin, et un cessez-le-feu sera imposé au Liban, sur le mode le plus probable à la suite de pressions américaines sur Israël dans le contexte de la guerre contre l’Iran, et vous n’y êtes pour rien. Et vous devez vous préparer à recevoir la part qui vous revient de la colère des familles des martyrs et des victimes. Et ne croyez pas que celui qui vous a amenés là où vous êtes aujourd’hui soit capable de vous fournir une couverture désormais.
Si Nawaf Salam se persuade chaque matin qu’il est le représentant de larges masses, ce sont là des symptômes qui nécessitent l’intervention d’un médecin pour les traiter. Quant à Joseph Aoun, il est confronté à un test pour corriger sa ligne politique et sa manière de travailler dans la gestion du poste qu’il occupe, à moins qu’il ne veuille passer le reste de son mandat à la manière d’Elias Sarkis (président du Liban de 1976 à 1982, archétype de l’impuissance). Et la sagesse veut que, lorsque l’on souhaite améliorer les services d’un centre de santé, il faille revoir le personnel qui y travaille, et non les couleurs de ses murs !
Par Ibrahim Al-Amin
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Entre Bint Jbeil et la profondeur occupée : une bataille pour empêcher l’enracinement israélien et élargir le coût de l’occupation
Source : Al-Akhbar, mercredi 15 avril 2026
Le front sud a connu hier une escalade remarquable dans le rythme des opérations militaires de la Résistance, reflétant un mode de combat qui dépasse les ripostes ponctuelles pour s’inscrire dans la gestion d’une bataille à plusieurs niveaux, où les calculs sur le terrain s’entremêlent avec les enjeux des négociations.
Dans ce contexte, on a pu observer un passage clair, de la part de la Résistance, du ciblage direct de sites militaires à un bombardement intensif et simultané d’un large éventail de colonies dans le Haut-Galilée et au-delà. Ces frappes ont touché les colonies de Kiryat Shmona, Al-Matal, Miskav Am, Kfar Galadi, Al-Manara, Al-Malakiya, Nahariya, Ma’alot-Tarshiha, Karmiel et d’autres.
Cet élargissement du périmètre des cibles ne peut être dissocié des développements sur le champ de bataille, les données indiquant des tentatives israéliennes d’imposer une réalité sur le terrain à l’intérieur du territoire libanais par des incursions ou un positionnement avancé en certains points frontaliers.
Dans ce contexte, le bombardement des colonies semble constituer un outil de pression stratégique visant à saper l’idée d’une « occupation à faible coût », la Résistance cherchant à lier toute avancée terrestre israélienne au Liban à un élargissement du périmètre du danger en profondeur du territoire israélien, imposant ainsi une équation selon laquelle la maîtrise du terrain ne signifie pas la réalisation de la sécurité.
Ce schéma reflète également une tentative de transférer le poids de la confrontation du front militaire vers le front intérieur israélien, créant ainsi une pression politique et sociale parallèle à la pression militaire.
Sur le plan opérationnel direct, la région de Bint Jbeil apparaît comme l’un des points de confrontation les plus marquants. La Résistance a en effet pris pour cible à plusieurs reprises des regroupements de soldats israéliens à l’est de la ville, à plus d’un moment au cours de la journée. Cette répétition suggère que la région est le théâtre de tentatives de positionnement ou de rassemblement de forces, ce qui en fait un axe sensible dans la bataille terrestre. En revanche, le mode de ciblage reflète une concentration visant à empêcher toute implantation durable, en frappant les regroupements avant qu’ils ne se transforment en positions stables.
Bint Jbeil, de par sa symbolique et ses données géographiques, revêt une importance double, car toute percée ou implantation dans cette ville constitue un facteur influent dans les équilibres du front sud dans son ensemble. C’est pourquoi la confrontation qui s’y déroule s’apparente davantage à une guerre d’usure visant à entraver l’avancée de l’ennemi plutôt qu’à se contenter de lui faire face. L’ennemi, qui tente d’effacer la honte du discours de la « toile d’araignée » à Bint Jbeil en 2000 et de sécuriser une position dominante, s’est heurté à la gestion de la bataille par la Résistance, qui a appliqué la tactique de la « poche mortelle », en permettant (au cours des derniers jours) aux forces ennemies d’avancer et d’encercler les abords de la ville, et, au lieu d’une défense linéaire, les combattants se sont infiltrés dans les ruelles et ont mené des combats au corps à corps (face à face).
Lire le fameux discours de Hassan Nasrallah le 25 mai 2000, à la Libération du sud-Liban : « Israël est plus fragile qu’une toile d’araignée »
Cette tactique a neutralisé la supériorité de l’aviation israélienne et a mis les blindés ennemis à la merci des drones en piqué (FPV), des munitions Tandem, des B29 et des Kornet. Les forces de Givati ont subi des pertes en franchissant les 200 premiers mètres à l’intérieur de la zone de défense tracée par la Résistance au nord-est de Bint Jbeil, et n’ont pas réussi à pénétrer dans le marché ni à s’approcher du stade. La brigade de parachutistes n’a pas réussi à sécuriser l’entrée nord de la ville, n’ayant pu avancer que de quelques dizaines de mètres en direction de la zone d’Al-Aouni. Quant à la 401e brigade blindée, ses 9e et 52e bataillons ont été frappés. Jusqu’à hier, le nombre de pertes de l’ennemi s’élevait à 158 morts et blessés, ce qui constitue un scandale opérationnel majeur pour l’armée de l’ennemi israélien.
Dans ce cadre, il semble que la Résistance cherche à mettre à profit le temps pour compliquer la situation sur le terrain et empêcher l’ennemi de traduire toute avancée militaire en un acquis politique susceptible d’être consolidé. En effet, plus la confrontation dure sans issue décisive, et avec la poursuite de la pression sur le front intérieur israélien, plus la possibilité de transformer les gains sur le terrain en atouts décisifs dans les négociations s’érode. En revanche, la nature des objectifs de la Résistance indique une tentative de « relever progressivement la barre », sans aller d’un seul coup jusqu’aux niveaux d’escalade les plus extrêmes, ce qui laisse une marge de manœuvre politique et reflète une gestion calculée de l’escalade.
Dans l’ensemble, les données révèlent une bataille menée simultanément sur quatre niveaux : le blocage de l’avancée terrestre et l’empêchement de sa consolidation, le ciblage des systèmes de soutien de feu et de commandement, la pression sur la profondeur des colonies et les infrastructures, et la remise en cause de la supériorité aérienne et de reconnaissance de l’ennemi.
C’est ce qui fait de ce cycle un affrontement complexe, où les dimensions militaires s’entremêlent avec les dimensions politiques, alors que chaque partie cherche à améliorer sa position avant tout règlement éventuel. En effet, la confrontation et les opérations et contre-opérations qui la jalonnent ne reflètent pas seulement une escalade sur le terrain, mais une tentative de redessiner les règles d’engagement, de sorte que tout changement dans la géographie militaire soit directement lié à un changement parallèle dans l’équation de la sécurité et de la stabilité des deux côtés.
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Pourquoi est-il devenu un devoir de renverser le gouvernement… maintenant ?
Par Ibrahim Al-Amin
Source : Al-Akhbar, le vendredi 27 mars 2026
« Ils n’ont laissé aucune place à la réconciliation ». Telle est la situation des piliers du pouvoir et de la majorité des forces composant le gouvernement actuel dans leur rapport à la Résistance, à son milieu et à ses partisans. Bien plus, le camp qui veut désarmer le Hezbollah sous prétexte qu’il constitue un danger pour le Liban a, dans le contexte de la guerre en cours, basculé sur l’autre rive, et veut désormais aider Israël à atteindre cet objectif.
Ce camp rassemble des forces et des personnalités que seule l’hostilité envers la Résistance unit aujourd’hui. Commençons par le président de la République, Joseph Aoun, qui a déclaré au Parlement quelques minutes après son élection que l’État devait procéder au désarmement. Quant au Premier ministre, Nawaf Salam, il a placé ce point au premier rang du programme de son gouvernement. Tandis que d’autres forces, des « Forces libanaises » au parti des Phalanges en passant par des acteurs extérieurs au gouvernement, occupent cette position depuis longtemps, et espéraient qu’Israël accomplisse cette mission.
Vidéo publiée par le Hezbollah le 16 avril 2026 à 23h, au moment du cessez-le-feu imposé par la résistance des moudjahidines et la fermeté de l’Iran.
Avec le temps, il est apparu clairement à l’extérieur qui parraine tous ces acteurs qu’il y avait un sérieux problème dans la gestion de ce dossier. Le Hezbollah a en effet mis ses adversaires dans l’embarras par son strict respect des dispositions de l’accord du 27 novembre 2024, tandis que ceux-ci ont poursuivi leur discours d’escalade, s’en prenant à la Résistance en évoquant son incapacité à riposter à l’assassinat de ses jeunes, et en exigeant qu’elle remette ses armes à l’armée, avant de passer à une campagne visant à démanteler le parti lui-même. Fares Saïd a été le plus franc lorsqu’il a dit : « À quoi cela nous servirait-il si nous confisquions les armes, alors que le Hezbollah conserve 27 députés ? »
La même position a été répétée par d’autres, parmi ceux dont prend soin le banquier sioniste Anton Sahnaoui, et avec lui un groupe mené par le président de l’Association des banques Salim Sfeir, soutenus par un vaste chœur médiatique, qui réclament le démantèlement des structures sociales du parti. Et lorsqu’ils ont visé l’institution « Al-Qard Al-Hasan » (organisme de bienfaisance permettant des crédits sans intérêts aux plus démunis), ils savaient — comme le savent Riad Salameh et son successeur Karim Saïd — qu’elle n’est pas une banque, qu’elle ne détient pas de dépôts et qu’elle n’exerce pas d’activité bancaire au sens habituel du terme. Cependant, l’empressement à satisfaire la demande de Washington de la fermer a constitué, pour les pilleurs des fonds des déposants, une occasion de piller davantage d’argent.
On a donc commencé à promouvoir l’idée que la fermeture de cette institution pousserait les citoyens à déposer leur argent et leur or dans les banques, tandis que l’objectif réel des pilleurs des fonds des déposants était de s’emparer de ce qui restait de ces fonds. La campagne de ces derniers s’est élargie pour englober les institutions éducatives et sociales, allant jusqu’à considérer l’organisation d’un festival scout comme une « déclaration de guerre éducative », alors qu’il ne leur est pas venu à l’idée de se demander ce qu’eux-mêmes font pour améliorer l’éducation et l’enseignement.
À chaque fois que la Résistance a fait preuve d’un haut degré de patience et de discipline, ces derniers allaient plus loin dans leur guerre contre elle, abordant chaque dossier avec haine, rancœur et dureté, en s’appuyant sur des mesures et des décisions officielles, gouvernementales et administratives, ce que les présidents Aoun et Salam ont facilité. Tandis que le premier a justifié sa position par son incapacité à supporter les pressions extérieures, le second a exprimé sa conviction profonde que se débarrasser du Hezbollah est un intérêt national, une conviction qui ne peut s’accorder avec une personne qui assume la présidence du gouvernement libanais.
Ce camp ne s’est pas contenté de cela, mais s’est engagé dans un processus qui a pris l’allure de politiques de représailles, ce qui a aggravé la tension intérieure et lui a conféré une dimension confessionnelle, à tel point que les chiites du Liban ont désormais le sentiment que chacun d’eux est pris pour cible : l’homme d’affaires est menacé de sanctions, le fonctionnaire de licenciement, le militaire d’être écarté de son poste, le commerçant de voir ses relations commerciales interrompues, et l’enseignant de se voir couper ses moyens de subsistance. Ce groupe a adopté une politique selon laquelle tout chiite est membre du Hezbollah jusqu’à preuve du contraire. Cela a coïncidé avec l’intensification de la campagne contre les chiites dans les pays du Golfe arabe également.
Pendant 15 mois, les partisans de l’Amérique et d’Israël à l’intérieur ont lu la situation à travers un prisme israélien, au point de traiter les avertissements du porte-parole de l’armée d’occupation comme des ordres, profitant en cela de la stupidité sans précédent de la majorité des envoyés étrangers au Liban et des intervenants depuis les capitales étrangères, qu’ils soient américains, saoudiens ou européens.
Mais tout cela n’a pas suffi pour atteindre l’objectif. Washington a été le premier à s’en rendre compte, et s’est empressé d’adopter un plan alternatif reposant sur l’exercice d’une pression maximale sur tous ceux qu’il avait nommés au pouvoir après la guerre de 2024, leur demandant de traduire leurs positions en actes. Elle s’est ensuite tournée vers l’exercice d’une pression encore plus forte sur l’armée libanaise, après que ses agents au pouvoir l’ont convaincue qu’elle était la partie capable de procéder au désarmement du Hezbollah par la force et d’exécuter les décisions gouvernementales. Et beaucoup aux États-Unis, en Arabie saoudite et en Europe ont exercé une pression directe sur le commandant de l’armée, allant jusqu’à exiger sa destitution, simplement parce qu’il avait affirmé que l’armée n’est pas préparée à combattre ses concitoyens dans les rues.
À ce moment-là, il est apparu qu’il y avait un grand problème. La politique de la main tendue adoptée par le président du Parlement Nabih Berri, que l’on voulait transformer en un partenariat dans le sang des résistants, l’a poussé à lancer une première vague d’avertissements, avec le soutien de Walid Joumblatt. Mais les choses avaient atteint le point de non-retour : le président de la République n’a rien d’autre à offrir aux Américains que de parler des moyens de faire tomber la tête de la Résistance, tandis que Nawaf Salam subordonnait toute démarche du gouvernement à la réalisation d’une solution immédiate au problème des armes de la Résistance. Et le comble, c’est que le chef du gouvernement, qui se gargarise de souveraineté, ne permet pas la nomination d’un nouveau directeur du Conservatoire national parce que l’ambassade saoudienne veut maintenir la directrice actuelle, en violation des lois.
Très vite, le différend concernant le Liban s’est propagé au sein même de l’administration américaine. Lorsque Morgan Ortagus, envoyée de Trump au Moyen-Orient, s’est vu confier le dossier après l’arrêt de la guerre, elle a demandé comment les responsables étrangers se comportaient avec les responsables au Liban, et n’a pas hésité à se moquer d’eux, à les intimider et à leur donner des ordres, avant de découvrir que personne n’était en mesure d’exécuter ses ordres.
Lorsque le dossier a été confié à Tom Barrack, celui-ci a tenté d’élaborer un règlement en s’appuyant sur son expérience des transactions, sans succès, bien qu’il ait été surpris par la disposition de certains responsables libanais à faire des concessions. Le président Berri a pris en charge la couverture de toutes les décisions du gouvernement, sur la base des promesses de Barrack d’obtenir une contrepartie de l’ennemi. Lorsque la facture est arrivée à échéance, Barrack a déclaré sa frustration, avant de se retirer en laissant le dossier au nouvel ambassadeur Michel Issa.
Ce dernier, deux mois après avoir pris ses fonctions, a pris plusieurs kilos en raison de son activité intense lors des déjeuners et dîners, au lieu d’en perdre après s’être épris de l’une d’entre elles. Il est frappant de constater qu’Issa, censé être plus « libanais » que Barrack, s’est avéré être un homme dont l’horloge s’était arrêtée à l’époque de la guerre des Deux Ans (1975-1976), répétant le vocabulaire du dictionnaire du « Front libanais » (coalition des partis de droite chrétiens, principalement maronites, anti-palestiniens, anti-syriens à l’époque, et très anticommunistes / anti-gauche). Il a également montré une grande propension à se mettre en scène et à afficher sa proximité avec le président américain, faisant savoir à ses invités qu’il appelait directement sur le téléphone privé de Trump et qu’il pouvait faire beaucoup si les responsables au Liban se pliaient à sa volonté.
Avec le temps, l’homme s’est heurté à tout le monde. Ni le président Aoun ne sait comment s’entendre avec lui, ni le chef du gouvernement ne le considère comme une personne efficace, tandis que le président Berri a longtemps souffert de sa présence, et il ne semble pas que ses affaires « marchent » qu’avec un groupe de députés mené par le candidat permanent à la présidence du gouvernement, Fouad Makhzoumi, qui ne se lasse pas de dire à l’ambassadeur américain que si on le nommait chef du gouvernement, il n’attendrait aucun règlement politique, mais conduirait lui-même l’armée et les forces de sécurité pour écraser le Hezbollah !
Mais le problème à Washington ne s’est pas arrêté là. Le sénateur sioniste Lindsey Graham a trouvé son bonheur auprès de quelques imbéciles. Graham — qui entretient des liens forts avec Trump bien que ce dernier méprise ses penchants sexuels et lui demande sans cesse quand il vivra avec une femme et non avec une mère — a trouvé une poule aux œufs d’or du nom d’Anton Sahnaoui et sa troupe. Il a donc mené une campagne contre l’idée de Barrack concernant le règlement, et a dirigé une équipe à Washington et à Beyrouth pour imposer de nouvelles règles aux responsables au Liban.
Il a décidé de tester d’abord le commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, en cherchant délibérément à lui nuire à Washington, avant de mener une campagne pour le destituer en collaboration avec des Libanais insignifiants en Amérique, tels que Tom Harb et Joseph Al-Jubaili (qui a rendu visite à Haykal pour nier tout rôle de sa part dans la campagne de dénigrement menée contre lui à Washington).
C’est ainsi que Beyrouth est revenue à ce qu’elle était à l’époque de la présence syrienne, quand un responsable prétextait que Ghazi Kanaan lui avait demandé une chose, et qu’un autre lui répondait que Mohammed Nassif avait demandé le contraire, pour que les deux attendent que soit émise la « fatwa » du palais des émigrés. C’est exactement la situation du groupe de Washington aujourd’hui, tandis que le partenaire saoudien Yazid bin Farhan semble être entré dans une phase de silence, après s’être retrouvé incapable de faire quoi que ce soit, surtout lorsqu’il a été choqué pour la troisième fois par l’absence de réponse (jusqu’à présent) de la nouvelle autorité syrienne à la demande d’entrer dans la guerre contre le Hezbollah au Liban.
Pour ne pas nous étendre davantage, ce gouvernement dirigé par les présidents Aoun et Salam, qui compte des ministres de tous bords, a jusqu’à présent commis des actes qui s’élèvent au niveau de la haute trahison nationale, indépendamment de ceux qui ont participé, voté, assisté ou émis des réserves, depuis les décisions de restriction des armes selon la théorie israélienne (désarmement du Hezbollah), jusqu’à la décision de criminaliser les résistants et de les poursuivre alors qu’ils repoussaient l’agression, en passant par la mission confiée aux services de sécurité de collecter des informations sur la Résistance et ses positions, jusqu’à l’incitation contre l’Iran et sa qualification d’État ennemi, pour aboutir à la demande d’expulsion de son ambassadeur de Beyrouth en vue de rompre les relations avec ce pays, avec l’incitation contre le siège de l’ambassade iranienne, au point que l’un des grands noms des « partisans du changement » s’est étonné qu’Israël n’ait pas encore détruit cette ambassade… jusqu’à la persécution des professionnels des médias et la préparation de mesures supplémentaires dans le cadre du bâillonnement des bouches, et le traitement ignoble réservé aux déplacés et les menaces qui leur sont adressées là où ils vivent. Et par-dessus tout, qu’on implore la paix auprès de l’ennemi, de la même manière qu’a procédé leur allié le plus en vue, Mahmoud Abbas, car il semble qu’au sein de l’autorité de notre pays il y en a qui admire l’expérience du gouverneur de la province de Ramallah.
Et rien n’illustre mieux cet aplatissement que la prestation de Nawaf Salam lorsqu’il a évoqué la négociation avec l’ennemi, agitant la main comme s’il se trouvait au marché du dimanche : « Allez, on en a fini avec l’interdit de la négociation directe. On en a fini avec ça ! » Il n’a pas pu cacher sa joie et sa fierté d’avoir brisé l’interdit de communiquer avec l’ennemi ou de négocier avec lui, comme s’il cherchait à compenser l’échec de son expérience personnelle lors des négociations de 1982–1983 qui ont précédé l’accord du 17 mai (1983, signé entre le Liban et Israël, et abrogé un an plus tard).
Pour toutes ces raisons, et parce que le pays mérite des hommes plus grands que tous ceux-là, et lorsque le président de la République est entouré de médiateurs qui lui dictent ce que veulent les États-Unis, et lorsque le chef du gouvernement se regarde chaque jour dans le miroir et se voit comme le dirigeant de masses avides de liberté issues de la pensée de la Résistance, et lorsque nous avons parmi nous ceux qui composent et se taisent sous prétexte qu’on ne peut pas faire plus… il devient un devoir national de renverser ce gouvernement… maintenant !
Par Ibrahim Al-Amin
Source : Al-Akhbar, le vendredi 27 mars 2026
Traduction:https://lecridespeuples.substack.com/p/liban-la-bataille-de-bint-jbeil-la








































































































































































































































