«En dépit de l’actuelle propagande belliciste, la simplification et la vision biaisée que l’on donne des causes réelles du conflit en Ukraine, il est clair que l’UE n’a pas d’alternative: la Russie est le pays voisin et le partenaire important dans une perspective de maintien de la stabilité, du développement et de la prospérité commune de l’Europe. Combien de temps faudra-t-il encore à l’UE pour que ses dirigeants soient capables de le reconnaître?»

Živadin Ïovanović, président du Forum de Belgrade pour un Monde d’Egaux

Crédit image: Jeune-independant.net

Un commentaire sur la situation internationale après les sommets des BRICS, du G7 et de l’OTAN

Par Karl-Jürgen Müller  – Zeit-fragen.ch

Non, personne de cœur ou d’esprit ne peut se réjouir du déclin dont font preuve les alliés européens des Etats-Unis. Les problèmes liés à ce déclin éclipseront de loin les problèmes rencontrés des Etats concernés jusqu’à présent et ne constitueront pas non plus de contribution constructive à l’entente entre les peuples et à la paix mondiale. En tant qu’être humain et citoyen d’un de ces Etats, on ne peut que s’inquiéter de ce qui attendra les habitants de cette partie de l’Europe sur le plan social, économique et politique.

Ce n’était pourtant pas une contrainte, il est vrai, d’en arriver là. Depuis des années, de nombreux experts soulignaient que les responsables de la politique des Etats européens ne se montraient pas être à la hauteur de leurs tâches. A cela s’ajoutait la confrontation radicale envers la Russie. Le bon sens même le dit à chacun capable de penser au-delà du quotidien: ce n’est qu’une impasse. Que chaque Européen y réfléchisse, surtout ceux qui s’arrogent le droit de les représenter politiquement: la paix et la sécurité durable ne s’installeront guère en pratiquant l’omission et la négligence de ce à quoi aspire la Russie, de ce à quoi aspirent ses populations. Qu’ils cessent de pratiquer, à toute occasion, une propagande dont ils savent, s’ils sont honnêtes, qu’elle n’est pas seulement mensongère mais qui s’est transformée, ces derniers temps, en une sorte de névrose politique: esquiver de devoir avouer ses propres erreurs et manquements et tout mettre sur le dos d’un homme – le président russe Vladimir Poutine.

Et ceux qui osent pourtant, rarement, parler de leurs propres «erreurs», c’est toujours avec la formule convenant à la propagande antirusse: «Nous nous sommes trompés sur la Russie et aurions dû reconnaître bien plus tôt son ‹vrai caractère› et miser plus décidément encore sur la confrontation en divulguant l’image de l’ennemi russe, de toute force.» Cette formule est actuellement très en vogue, notamment chez les hommes et femmes politiques allemands.

G7 et OTAN unis dans leur diabolisation de la Russie

Aujourd’hui, les apprentis sorciers des cercles bellicistes «en tirent les leçons » et réajustent leur artillerie médiatique. Les sommets du G7 à Elmau et de l’OTAN à Madrid l’ont montré. Il n’est pas nécessaire d’ entrer dans les détails. L’essentiel de leurs décisions se résume ainsi: la Russie est l’ennemi numéro un, nous nous armons massivement, la Suède et la Finlande (qui n’étaient plus neutres depuis longtemps) deviennent officiellement membres de l’OTAN. La Russie doit être confrontée à un potentiel de violence encore plus important qu’aujourd’hui. Regardez, vous autres Russes: vous avez désormais affaire à davantage d’effectifs d’OTAN à vos frontières au lieu de moins! Voilà ce que vous avez gagné (mais en fait, nous avions œuvré à cela auparavant déjà).

Toutefois, même dans les Etats de l’OTAN, on commence à se rendre compte que la grande majorité des Etats de ce monde unique ne s’adaptent pas à cette psychose antirusse. Le président du SPD, Lars Klingbeil, avait déjà déploré, lors de son discours du 21 juin 2022 intitulé «Changement d’époque» que la Russie «avait entretenu, pendant des années, des relations avec des Etats émergents les ayant ainsi liés à elle». C’était ainsi, dit le chef de la social-démocratie allemande au pouvoir, que «des alternatives au modèle de développement occidental ont vu le jour». Et d’y ajouter que «pendant de nombreuses années, la Russie et la Chine avaient également courtisé des Etats démocratiques comme l’Afrique du Sud, l’Inde ou le Brésil, leur donnant une voix au niveau international par le biais de l’initiative BRICS. Ils ont pris connaissance [sic] des intérêts de ces pays et ont traité leurs gouvernements avec respect. Cela a créé de la confiance. Nous en voyons actuellement les effets lorsque de nombreux Etats rejettent notre approche des sanctions contre la Russie. Les votes à l’Assemblée générale des Nations unies montrent que la moitié de la population mondiale [en fait, c’est davantage que la moitié!] ne soutient pas notre politique. Cela devrait nous faire réfléchir.»

Une conséquence de cette façon de «penser» a été que des représentants politiques de faîte, d’Argentine, d’Inde, d’Indonésie, du Sénégal et d’Afrique du Sud, ont été invités à une réunion spéciale à Elmau. On les a dorlotés dans l’espoir de les rallier à la guerre de l’OTAN contre la Russie.

Pour eux, il ne s’agissait pas de la volonté de s’éloigner de la Russie, mais d’une attitude digne et réaliste – conscients du fait que pendant des siècles, la politique coloniale et néocoloniale avait été avancée et pratiquée par ces mêmes puissances osant exiger, à nouveau, leur allégeance.

Lisant la déclaration finale du 23 juin du sommet des BRICS à Pékin1, on constate que là non plus, on ne se heurte pas aux images de l’ennemi. En effet, dans le chapitre sur la «garantie de la paix et de la sécurité», la coopération en matière de lutte contre le terrorisme international est largement préconisée, il est vrai. Cependant on ne trouve pas, par rapport aux Etats-Unis, à l’OTAN ou à l’UE, des notions susceptibles de dénigrer l’autre côté par l’emploi d’images de l’ennemi. Au lieu de cela, les pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) se déclarent «respectueux de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les Etats», soulignent leur engagement «en faveur d’une résolution pacifique des différends et des litiges entre Etats par le dialogue et la négociation» soutenant «tous les efforts menant à une résolution pacifique des crises».

Rappel nécessaire de ce qui est et reste le principe accepté

Le texte ne réserve que peu de remarques concernant l’Ukraine, quoique de valeur principale, déclarant: «Nous soutenons les discussions entre la Russie et l’Ukraine. Nous avons également parlé de nos préoccupations concernant la situation humanitaire en Ukraine et dans ses environs et exprimé notre soutien aux efforts du Secrétaire général de l’ONU, des agences de l’ONU et du CICR pour fournir une aide humanitaire conformément aux principes fondamentaux d’humanité, de neutralité et d’impartialité, tels qu’ils ont été établis par la résolution 46/2182 de l’Assemblée générale des Nations unies.»

Dans d’autres points se trouvant dans le chapitre sur la «garantie de la paix et de la sécurité», la déclaration finale aborde la situation en Afghanistan, en Iran, au Proche-Orient et en Afrique, soulignant toujours l’idée de la résolution pacifique des conflits ainsi que la souveraineté des Etats concernés, et exige enfin des mesures décisives en matière de désarmement et de contrôle des armements, notamment dans le domaine des armes de destruction massive.

Les premières pages de la déclaration finale commencent par une profession de foi en faveur du respect et de la compréhension mutuels, de l’égalité, de la solidarité, de l’ouverture, de l’inclusivité et du principe de consensus. Les pays BRICS veulent renforcer et approfondir leur coopération et créer davantage de possibilités en matière des relations humaines transnationales. Ils sont attachés au multilatéralisme et au rôle central des Nations unies, mais demandent également des réformes urgentes de l’organisation, en particulier concernant le Conseil de sécurité. Ils rendent hommage aux différentes organisations de l’ONU comme l’OMC et l’OMS, mais aussi au G20. Il suffit de lire la déclaration finale dans son intégralité. Ce qui amène forcément au constat qu’elle ne demande rien de révolutionnaire ou de particulier, mais des choses qui devraient être évidentes et garanties par tous les Etats du monde. Son rappel des principes qui les régissent, a pourtant tout son poids, précisément du fait qu’aujourd’hui, la communauté Internationale assiste au fait qu’une partie considérable des Etas signataires sont en train de les enfreindre comme bon il leur semble.

Ces dernières temps, depuis le 24 février et les réactions de l’OTAN et de ses alliés qui y ont suivi, les dirigeants politiques russes n’ont cessé d’affirmer que l’OTAN avait érigé un nouveau rideau de fer au milieu de l’Europe et que la Russie devait et allait donc s’orienter ailleurs: vers l’Eurasie. Que pourrait-elle faire d’autre?

Cette évolution déplorable ne doit pourtant pas être prise comme «la fin de l’histoire». L’Europe serait bien inspirée de cesser de participer à la division du monde. Sinon, le prix qu’elle devra payer sera très élevé. Et d’ailleurs : le concept de la division du monde ne fait tout de même pas la loi politique naturelle. Au contraire, le bon sens seul s’y oppose catégoriquement. Actuellement, il semble être vain d’espérer que les responsables politiques des Etats européens membres de l’OTAN et ceux de ses alliés fassent preuve de la volonté nécessaire à rectifier leur cours. Les voix et l’engagement des citoyennes et des citoyens en faveur de solutions constructives seront donc d’un grand poids dans la balance.•

1)https://www.fmprc.gov.cn/eng/ zxxx_662805/202206/t20220623_10709037.html

Zeit-fragen.ch – 14-28-juin-2022

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L’«aide à l’Ukraine» est démesurée; elle soulève de l’indignation

Heritage Action, une organisation de défense des politiques conservatrices comptant, selon ses propres dires deux millions de militants de base, a récemment publié une déclaration de sa directrice Jessica Anderson. Cette annonce précédait de peu le vote de la Chambre Américaine des Représentants, lequel devait statuer sur l’attribution d’une enveloppe d’aide à l’Ukraine à hauteur de 40 milliards de dollars. Le communiqué montre à l’évidence qu’aux Etats-Unis, nombreux sont ceux qui désapprouvent la politique officielle en faveur de l’Ukraine. Le texte d’opposition au projet gouvernemental déclare entre autres:

«Cette enveloppe d’aide proposée à l’Ukraine détourne des fonds originellement consacrés aux besoins prioritaires du peuple américain aux fins d’envoyer une somme gigantesque – provenant de nos impôts à nous, citoyens et citoyennes américains, sans aucun égard pour nos besoins – à une nation étrangère qui va la recevoir sans la moindre obligation de rendre compte de son utilisation. L’Amérique se bat contre une inflation galopante, son endettement, la porosité de ses frontières, la criminalité et la pénurie d’énergie, mais de nombreux responsables politiques issus de la mouvance progressiste à Washington accordent la priorité à une enveloppe d’aide de 40 milliards de dollars envoyée à l’Ukraine – un montant qui dépasse le budget annuel total du Ministère américain de la Justice.

Le peuple américain attend de ses représentants élus qu’ils prennent véritablement la mesure du montant, de l’étendue et des comptes de financement de cette enveloppe, plutôt que de le soutenir aveuglément après y avoir consacré moins de six heures de débat, en absence de tout examen approfondi. […] Les efforts accomplis par l’administration Biden pour l’allocation de fonds supplémentaires à l’Ukraine interviennent à un moment où le gouvernement et les Démocrates du Congrès ont refusé de fournir ne serait-ce qu’une fraction de cette somme pour résoudre les considérables problèmes accumulés à la frontière sud des Etats-Unis. La prise de décision légale en faveur de cette action intervient en plein dans une inflation record, qui en mars a dépassé 8 % […]».•

Source: https://heritageaction.com/press/ukraine-aid-package-puts-america-last

Traduction: Zeit-fragen.ch – 14-28-juin-2022

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