Craig Murray est un ancien ambassadeur britannique . 

En n’agissant pas contre la punition collective infligée aux Palestiniens par Israël, le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Union européenne manquent à une obligation du droit international énoncée dans un arrêt de 2004 de la Cour internationale de Justice.

Israël a effectivement le droit à la légitime défense, mais exactement de la même manière que les autres pays. En fait, la seule particularité d’Israël est qu’il est le seul pays à avoir été reconnu par la Cour internationale de justice comme ayant abusé et outrepassé le concept de droit à la légitime défense dans sa manière de traiter les Palestiniens.

En 2004, la Cour internationale de Justice, dans un avis consultatif à l’Assemblée générale des Nations Unies, a jugé illégale la construction par Israël du mur de séparation, élément fondamental du système d’apartheid israélien. La cour a examiné l’argument d’auto-défense d’Israël et a jugé qu’il ne justifiait pas les nombreuses violations du droit international que représente le mur :

« Si Israël a le droit, et même le devoir, de répondre aux actes de violence nombreux et meurtriers dirigés contre sa population civile, afin de protéger la vie de ses citoyens, les mesures prises doivent rester conformes au droit international applicable. Israël ne peut se prévaloir d’un droit de légitime défense ou d’un état de nécessité pour écarter le caractère illicite de la construction du mur. La Cour conclut donc que la construction du mur et le régime qui y est associé sont contraires au droit international. »

Il en découle, dans la situation actuelle en Palestine, qu’Israël ne peut pas utiliser la « légitime défense » comme un atout pour violer le droit international. Le recours à des punitions collectives contre une population civile – notamment par la famine, la soif et la privation de médicaments, les tapis de bombes, l’utilisation de phosphore blanc, les attaques contre les installations médicales, les attaques contre le personnel médical, l’exécution de prisonniers, les actes manifestement génocidaires – aucun de ces crimes de guerre n’est excusable en tant que « légitime défense ».

La coopération militaire des gouvernements américain, britannique et australien – dans une attaque dont ils savent qu’elle est engagée dans des  crimes de guerre flagrants – expose également les responsables à des accusations de crimes de guerre pour leur complicité active, voire leur connivence préméditée.

En outre, il existe une obligation juridique positive pour les États d’agir contre Israël en raison du refus ce dernier de démanteler le mur et le système d’apartheid dans les territoires occupés – y compris la colonisation criminelle et le vol de terres généralisés qu’incarne ce système. Il s’agit de l’arrêt de la Cour internationale de justice sur les obligations des autres États :

« Compte tenu de la nature et de l’importance des droits et obligations en cause, la Cour estime que tous les États ont le devoir de ne pas reconnaître la situation illégale résultant de la construction du mur dans le territoire palestinien occupé, y compris dans et autour de Jérusalem Est. Ils sont également tenus de ne pas apporter aide ou assistance au maintien de la situation créée par une telle construction.

Il appartient également à tous les États, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du Droit international, de veiller à ce qu’il soit mis fin à toute entrave, résultant de la construction du mur, à l’exercice par le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination. En outre, tous les États signataires de la Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre du 12 août 1949 ont l’obligation, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du Droit international, de veiller à ce qu’Israël se conforme au droit humanitaire international tel qu’il est énoncé dans cette Convention. »

Lisez ce paragraphe très attentivement. Israël n’a entrepris aucune des actions spécifiées par la CIJ et a même construit davantage de colonies et imposé davantage de restrictions. Il est absolument évident non seulement que le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Union européenne ne remplissent pas leurs devoirs en matière de droit international tels que définis par la Cour internationale de justice, mais qu’ils agissent exactement à l’opposé de ces obligations.

Le mouvement BDS agit précisément en conformité avec les obligations établies par la Cour internationale de justice, tandis que les États qui tentent d’interdire le mouvement BDS agissent précisément à l’encontre des obligations qui leur sont dictées par la Cour internationale de justice.

Enfin, la décision implique que les Palestiniens ont effectivement le droit de se défendre. Parce qu’on ne peut pas avoir le « droit à l’autodétermination », reconnu par le tribunal, sans le droit à la légitime défense. Parce qu’il est impossible d’exercer l’autodétermination si un autre peut, à sa guise, vous priver de votre intégrité physique.

Ce droit à la légitime défense doit nécessairement être exercé par celui qui contrôle de facto le territoire palestinien.

Je suis redevable à un certain nombre de membres du personnel et de délégués aux Nations Unies à Genève de m’avoir indiqué l’importance de la décision de la CIJ de 2004 dans le contexte actuel.

J’espère que cela vous aidera à comprendre pourquoi les mensonges du président américain Joe Biden, de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, du Premier ministre britannique Rishi Sunak, du leader travailliste britannique Keir Starmer, du président français Emmanuel Macron, etc. sont effectivement des mensonges.

Faisant l’objet d’une « enquête antiterroriste », je considère qu’il n’est pas sûr pour moi de retourner actuellement au Royaume-Uni. Je ne sais pas si cette enquête porte sur mon soutien à WikiLeaks, ou à mon soutien à la Palestine, ou aux deux, car la police n’a pas précisé les raisons de cette enquête.

Je crois sincèrement que je ne me bats pas pour moi, mais contre le fascisme qui gagne du terrain dans les sociétés occidentales. Il s’agit de se libérer d’un État policier en constante progression et d’une classe politique qui tente d’imposer un monopole de l’information au public. Ce combat ne peut avoir lieu qu’avec le soutien financier des magnifiques lecteurs de ce blog. Vous m’avez aidé à traverser tant d’épreuves et je vous en suis très reconnaissant.

Craig Murray – 11 novembre 2023

Craig Murray est auteur, animateur et militant des droits humains. Il a été ambassadeur britannique en Ouzbékistan d’août 2002 à octobre 2004 et recteur de l’université de Dundee de 2007 à 2010..

Source/ CraigMurray.org.uk. et Consortium News

Traduit par Chris & Dine