Des Palestiniens inspectent les dégâts suite aux attaques israéliennes contre un établissement de santé appartenant à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) dans le quartier de Sheikh Ridan de la ville de Gaza, à Gaza, le 6 août 2025. [Dawoud Abo Alkas – Agence Anadolu]

L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a publié le 27 juillet un rapport complet décrivant la guerre israélienne contre Gaza comme un génocide. Cependant, le retard pris dans la publication d’un tel acte d’accusation est troublant et s’ajoute à un problème existant de processus décisionnels motivés par des considérations politiques qui ont, à eux seuls, prolongé les crimes de guerre israéliens en cours.

Le rapport accuse Israël de génocide, une conclusion à laquelle l’organisation est parvenue après une analyse détaillée des intentions de la campagne militaire, de la destruction systématique de la vie civile et de la famine orchestrée par le gouvernement. Cette conclusion est essentielle, car elle vient s’ajouter à l’importante documentation juridique et aux témoignages confirmant qu’Israël commet un génocide à Gaza.

De plus, B’Tselem est une organisation israélienne, sa position est donc d’autant plus importante. Il s’agit d’une condamnation par un acteur interne des massacres horribles et de la famine orchestrée par le gouvernement dans la bande de Gaza, qui contredit directement l’argument infondé selon lequel accuser Israël de génocide serait un acte d’antisémitisme.

Les médias occidentaux se sont particulièrement intéressés à ce rapport, alors que de nombreux témoignages et enquêtes palestiniens sont souvent ignorés, voire minimisés. Ces pratiques biaisées alimentent un problème chronique dans la perception qu’ont les médias de la Palestine et d’Israël.

Les accusations de crimes de guerre portées par les Palestiniens contre Israël ont toujours été occultées par les grands médias et le monde universitaire.

Qu’il s’agisse du massacre de Tantura perpétré par les milices sionistes en 1948, du nombre réel de Palestiniens et de Libanais tués lors des massacres de Sabra et Chatila au Liban en 1982, ou des événements ayant conduit au massacre de Jénine en Cisjordanie en 2002, les médias ont souvent ignoré le récit palestinien. Il n’est généralement validé que s’il est corroboré par des sources israéliennes ou occidentales.

Le dernier rapport de B’Tselem ne fait pas exception. Mais une autre question se pose : pourquoi a-t-il fallu près de deux ans à B’Tselem pour parvenir à une conclusion aussi évidente ? Les groupes de défense des droits humains israéliens ont en effet un accès bien plus large que toute autre entité au fonctionnement de l’armée israélienne, aux déclarations des politiciens et à la couverture médiatique hébraïque. Une telle conclusion aurait donc dû être établie en deux mois, et non en deux ans.

Ce manque de réactivité a jusqu’à présent caractérisé la position de nombreuses institutions, organisations et personnalités internationales dont l’autorité morale aurait pu aider les Palestiniens à établir beaucoup plus tôt les preuves du génocide à l’échelle mondiale.

Ainsi, malgré la décision historique rendue le 26 janvier 2024 par la Cour internationale de justice (CIJ), qui a déterminé qu’il existe des motifs plausibles d’accuser Israël de génocide, la Cour n’est toujours pas en mesure, ou n’est pas disposée, à rendre une décision définitive.

Une décision ferme aurait constitué un moyen de pression essentiel pour inciter Israël à mettre fin aux massacres à Gaza.

Pour l’instant, la CIJ attend d’Israël qu’il mène lui-même l’enquête, un scénario tout à fait invraisemblable alors que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, promet ouvertement à ses ministres extrémistes une politique de nettoyage ethnique à Gaza.

L’accusation de retards intentionnels et politisés s’applique aussi à la Cour pénale internationale. Alors qu’elle a émis des mandats d’arrêt contre Netanyahu et son ancien ministre de la Défense le 21 novembre 2023, aucune mesure concrète n’a été prise. C’est au contraire le procureur général de la Cour, Karim Khan, qui est attaqué par le gouvernement américain et les médias pour avoir eu le courage de poursuivre l’enquête.

Des personnalités, notamment liées à une politique “révolutionnaire”, comme la députée Alexandria Ocasio-Cortez et le sénateur Bernie Sanders, se sont également montrées réticentes à agir. Le 22 mars 2024, Ocasio-Cortez a refusé d’utiliser le terme “génocide” pour qualifier la situation à Gaza, allant même jusqu’à affirmer que, bien qu’elle ait constaté un “génocide en cours”, elle n’était pas encore prête à utiliser ce terme elle-même.

Sanders, qui s’est exprimé à plusieurs reprises et de manière virulente contre Netanyahu, allant jusqu’à le qualifier de “répugnant menteur” lors d’une interview accordée à interview le 31 juillet, enchaîne les dérapages depuis le début de l’offensive. Alors que de nombreux politiciens, beaucoup moins “radicaux”, ont utilisé le terme “génocide”, Sanders a enfoncé le clou lors d’une conférence dans une université irlandaise. Il a déclaré que le terme “génocide” le met mal à l’aise et a recommandé la prudence dans son utilisation.

Il ne s’agit pas simplement d’occasions manquées ou de malentendus éthiques. Ces déclarations ont eu un impact considérable et immédiat sur le comportement d’Israël. Des interventions opportunes de divers gouvernements, organismes internationaux, hautes cours, médias et groupes de défense des droits humains auraient pu fondamentalement changer la dynamique du processus. Une telle pression collective aurait pu contraindre Israël et ses alliés à mettre fin aux hostilités, sauvant potentiellement des milliers de vies.

Les retards dus aux calculs politiques et à la crainte de représailles ont permis à Israël de bénéficier précisément de la marge de manœuvre dont il avait besoin pour perpétrer son génocide. Israël exploite activement ce flou juridique et éthique pour poursuivre son massacre de masse des Palestiniens.

Tout cela doit changer. Le point de vue des Palestiniens, leurs souffrances et leurs vérités doivent être respectés et honorés, sans qu’il soit utile de les voir validés par Israël ou d’autres sources. La voix des Palestiniens et leurs droits doivent véritablement passer au premier plan, non pas comme de vains clichés académiques ou du pur jargon politique, mais comme une réalité quotidienne indéniable.

Quant à ceux qui ont tardé à condamner le génocide israélien, aucune excuse ne les absoudra. L’histoire et les appels désespérés des mères et des pères de Gaza les jugeront, alors que toutes leurs tentatives pour sauver leurs enfants de la barbarie israélienne et du silence ou de l’inaction collective du monde se sont avérées vaines.

Par Ramzy Baroud

Source :Le verdict de l’histoire : comment les calculs politiques ont trahi Gaza – Middle East Monitor