Les États-Unis assassinent des civils dans leur sommeil, mais les médias trouvent l’opération “audacieuse” et “stupéfiante”
Et autres tours de passe-passe rhétoriques
Par Nate Bear, le 4 janvier 2026
Désolé pour ces publications consécutives sur le Venezuela, mais quand des occasions d’apprendre se présentent, il faut les saisir.
Voilà maintenant 24 heures que les États-Unis ont enlevé le président vénézuélien Nicolas Maduro, l’ont équipé de protections auditives et d’un bandeau sur les yeux, façon “guerre contre le terrorisme”, et l’ont transféré à New York pour y être jugé sur l’accusation mensongère d’être à la tête d’un cartel de la drogue fantôme.
(Les protections auditives et le bandeau, ainsi que la photo publiée par les États-Unis montrant Maduro portant ces équipements, constituent en outre des violations de la Convention de Genève).
Au cours de l’opération, au moins 40 Vénézuéliens auraient été tués, dont des civils qui dormaient paisiblement dans leur lit lorsque leur immeuble a été détruit par un missile Hellfire tiré par un avion de chasse américain.
Selon PBS, The Guardian, The Washington Post et d’autres médias, cette violence meurtrière et cette violation flagrante du droit international constituent un “raid audacieux”. ABC News l’a même qualifié de de “stupéfiant”. Sky News l’a déclaré “spectaculaire” et “stupéfiant”, et évoqué des bombes “illuminant le ciel nocturne”. On aurait pu les croire en train de décrire un feu d’artifice du Nouvel An plutôt qu’un coup d’État meurtrier contre le dirigeant d’un pays souverain.
Les responsables européens, de Macron à Starmer, se sont montrés frileux dans leurs réactions et ont refusé de condamner l’attaque, invoquant tous la justification belliciste (comme on s’y attendait hier), affirmant que Maduro est un dictateur voué à quitter le pouvoir. Macron a habilement usé de la voix passive, comme si Maduro avait été destitué par magie plutôt que la cible d’une violente agression.
Les dirigeants sud-américains ont bien sûr adopté un ton différent. Le Brésil, la Colombie, Cuba et le Mexique ont tous condamné cet acte de guerre illégal et ce terrorisme d’État. D’autant qu’il n’est pas exclu qu’ils soient les prochains sur la liste. Hier soir, dans une interview accordée à Fox News, Trump a déclaré :
“Il va falloir faire quelque chose au sujet du Mexique”, “Cuba est un sujet que nous aborderons tôt ou tard” et “On va devoir recommencer dans d’autres pays. Nous pouvons y arriver. Personne ne nous en empêchera”.
Il l’a vraiment dit. Les éloges et l’absence de condamnation l’ont enhardi.
Honte à l’Europe, honte aux dirigeants libéraux et à leurs laquais des médias qui dénonçaient les dangers de Trump pour finalement cautionner son gangstérisme.
Mettons les choses bien à plat. Le Venezuela n’était pas opprimé par Maduro. Le Venezuela était victime des États-Unis.
La révolution bolivarienne
Lorsque Hugo Chávez est arrivé au pouvoir en 1999, à la suite d’un soulèvement populaire contre un gouvernement néolibéral de droite et les programmes d’austérité imposés par le FMI, le Venezuela était en ruines. Le taux de pauvreté dépassait 50 %, près d’un quart de la population survivait dans l’extrême pauvreté, 10 % des adultes étaient analphabètes et le taux de mortalité infantile surpassait 20 %. À la mort de Chavez et l’arrivée au pouvoir de Maduro, la mortalité infantile était tombée à 13,7 pour 1 000 naissances, la pauvreté était inférieure à 30 %, l’extrême pauvreté avait diminué de plus de moitié pour atteindre 8,5 % et l’espérance de vie avait augmenté de près de deux ans, pour atteindre la moyenne régionale. De plus, le PIB avait doublé, le taux de chômage n’était plus que de 7,6 % et 2,6 millions de jeunes adultes étaient inscrits à l’université, contre moins d’un million avant Chávez.
À l’époque, The Guardian rendait régulièrement compte des succès du chavisme.
Quiconque répète que le Venezuela a été appauvri par la révolution socialiste n’est donc qu’un menteur ou un larbin de l’impérialisme.
Il est vrai que depuis le milieu des années 2010, bon nombre de ces indicateurs ont régressé. Cependant, tous les documents fiables sur le sujet, y compris les rapports de l’ONU, attribuent la responsabilité de cette situation aux sanctions sévères imposées par les États-Unis et l’Occident, dont le but était d’appauvrir les Vénézuéliens pour les pousser à la rébellion.
Un rapport publié en 2021 par l’experte indépendante de l’ONU pour le Venezuela, Alena Douhan, a fait la lumière sur ces pratiques.
Dans son rapport, Mme Douhan affirme que le programme de sanctions contre le Venezuela équivaut à un “blocus économique” avec des effets dévastateurs sur les conditions de vie des Vénézuéliens moyens. Elle a ajouté que les sanctions sectorielles contre les industries pétrolière, aurifère et minière, ainsi que le gel de tous les actifs de la Banque centrale, ont “considérablement réduit les recettes, affectant les systèmes publics de l’électricité, du gaz, de l’eau, des transports, de la téléphonie et de la communication, ainsi que les écoles, les hôpitaux et d’autres institutions publiques”.
Elle a en outre souligné que ces sanctions ont provoqué une grave crise sanitaire, alimentaire et nutritionnelle. Selon le rapport, le Trésor américain a spécifiquement ciblé un programme alimentaire mis en place par Maduro pour lutter contre la faim. Le rapport conclut que le programme de sanctions contre le Venezuela est “motivé par des considérations politiques, porte atteinte aux droits humains les plus fondamentaux et viole le droit international”.
Les États-Unis et l’Occident ont délibérément paralysé le Venezuela.
Quiconque omet ce contexte essentiel n’est qu’un menteur ou un pantin. Soit l’ensemble des médias mainstream.
Avez-vous retrouvé l’un de ces faits, l’un de ces aspects du contexte, dans les reportages de ces derniers jours ? Les médias mainstream ont-ils rapporté que les accusations de trafic de drogue sont ridicules et infondées ? Bien sûr que non. Parce que leur but n’est pas informatif, mais endoctrinatoire. Ces reportages n’ont pas vocation à susciter le scepticisme ou la colère contre l’impérialisme et le statu quo, mais à les perpétuer et les soutenir.
Maduro était l’un des rares dirigeants mondiaux à se montrer solidaire des Palestiniens et à dénoncer le sionisme comme une idéologie haineuse et terroriste. Sa sortie de scène est également tout bénéfice pour Israël.
Selon la version officielle des médias occidentaux et de la classe politique, la cheffe de l’opposition, Maria Corina Machado, serait à la tête d’un mouvement populaire massif et son parti aurait remporté les dernières élections. Cependant, hier soir, Trump a déclaré qu’elle ne remplit pas les conditions d’un leadership, car elle ne bénéficie pas de respect ni de soutien généralisé. Une déclaration d’autant plus surprenante que les accusations portées contre Maduro en tant que dictateur reposent explicitement sur la prétendue légitimité de Corina Machado et son soi-disant soutien populaire.
C’est extrêmement révélateur de l’histoire que vous ne lirez pas dans les médias mainstream.
L’histoire des 24 dernières heures et celle de la violence impériale racontent une nouvelle fois le récit de médias défaillants, corrompus et instrumentalisés. Des médias qui ne disent pas la vérité au pouvoir, préférant amplifier les mensonges et la propagande des puissants.
Des médias qui omettent délibérément tout regard critique et fabriquent le consentement à la violence.
Des médias qui affichent leur souci du droit international, de la démocratie et des opprimés, puis acclament les coups d’État et la violence de l’empire.
Ces dernières 24 heures ont une fois encore démontré la faillite des médias mainstream et la nécessité impérieuse de faire entendre les voix indépendantes
Par Nate Bear
Source: US Murders Sleeping Civilians, Media Calls It « Audacious, Stunning »
Traduction Spirit of Free Speech









































































































































































































































