Source: Le Vilain Petit Canard

Du 10 au 11 décembre se tiendra à Marrakech la « Conférence pour des migrations plus sûres et plus dignes ». Des responsables politiques du monde entier y seront conviés avec pour objectif d’adopter officiellement un pacte global visant à rendre les « migrations plus sûres et plus dignes » pour tous.

À ce stade, il n’existe pas à proprement parler de pacte, ou de convention, seul existe un projet de texte final qui sera adopté par les participants.

En Belgique, le parti nationaliste NV-A, qui fait partie de la coalition gouvernementale dite « suédoise » s’est violemment opposé à ce texte. On hurle au « populisme » quand ce n’est pas carrément à la « xénophobie », et on reproche à ce parti de s’y opposer à quelques jours de la conférence « alors que les textes sont prêts depuis des mois ». Bref, la bonne grosse artillerie des « partisans du bien » contre les « forces du mal », avec force pathos et diabolisation.

Il n’en reste pas moins que la position de la NV-A reste inflexible : « S’il y a un engagement sur le pacte migratoire sans notre accord, la N-VA sortira du gouvernement ». Du coup, la manœuvre du Premier ministre, Charles Michel, qui avait fait avaliser la décision de signer le pacte par la Chambre des Représentants tombe à plat. Le bluff se heurte à la dure réalité politique. On ne peut pas gouverner avec un allié, et lorsque l’on voudrait faire avancer des objectifs auxquels celui-ci s’opposerait, aller chercher une majorité alternative… dans l’opposition.

Les questions que chacun devrait se poser

1) Un des arguments présentés par les partisans du Pacte est qu’il serait « non contraignant », qu’il n’aurait aucune valeur juridique à proprement parler, et donc, qu’il ne changerait rien dans les faits.

S’il s’agit d’un document qui n’est pas contraignant et qu’il n’aura pas de conséquences juridiques directes, d’où vient cette étrange frénésie à vouloir à tout prix le signer maintenant quitte à prendre le risque de faire tomber le gouvernement ? L’adhésion aux pactes de l’ONU n’est nullement contrainte, et encore moins limitée dans le temps : on attend toujours que les États-Unis, par exemple, ratifient la Convention relative aux droits de l’enfant1.

On peut dire tout également de la Déclaration Internationale des Droits de l’homme qu’elle n’est pas un document juridique contraignant, et pourtant il me semble que le texte sert de référence à bon nombre de dispositions juridiques portées en droit national ? Pratique pour imposer des obligations en dehors de tout cadre juridique préexistant, et tout aussi pratique de se retrancher derrière son aspect « non contraignant » quand il s’agit de dénier aux citoyens de s’en prévaloir pour défendre leurs droits2.

2) Mépris souverain des élites pour la démocratie

Charles Michel peut bien venir pavoiser devant les caméras, la larme à l’oeil, en disant que le Parlement est le « lieu ultime de la démocratie », vu d’ici, c’est surtout la chambre d’enregistrement des particrates godillots. L’Europe est au bord de l’implosion en raison de la crise économique qui, contrairement à ce que nos politiques prétendent, ne fait que s’aggraver. Les populations se révoltent, poussées par la misère, en proie à une véritable rage taxatoire, derniers soubresauts d’un État agonisant qui cherche à repousser sans cesse l’inéluctable aveu de faillite.

Le taux de chômage, un peu partout en Europe est le plus haut qu’on ait vu depuis la période de l’entre-deux guerres, dans le sillage de la crise de 1929. Il est encore plus prégnant dans les grandes villes, parmi les classes défavorisées et touche particulièrement les populations issues de l’immigration. Dans une économie mondialisée qui ne vise que les profits immédiats au détriment d’un développement économique harmonieux, où l’on remplace la main-d’oeuvre non qualifiée par des robots, où l’on délocalise tant et plus la production vers des pays asiatiques, ce sont les emplois les moins qualifiés qui sont les plus menacés. Le ratio entre l’offre et la demande est horrifiant, soit des centaines de candidats malheureux pour un poste à pourvoir : et quel poste !

Sachant que les migrants sont principalement des jeunes issus de populations pauvres, ne disposant d’aucune éducation formelle, ne parlant même pas la langue, la plupart du temps, est-il permis de penser qu’ils viendront en concurrence directe avec les populations les plus discriminées de notre pays ?

Dans la mesure où, par la force des choses, ils n’auront pas l’accès à l’emploi, est-il permis de penser que ce sont les citoyens de notre pays qui seront mis à contribution pour subvenir aux besoins de ces nouveaux arrivants ? C’est d’ailleurs précisé dans la « Charte » :

5.i Faciliter l’accès aux procédures de regroupement familial des migrants, quel que soit leur niveau de compétences, en prenant des mesures favorisant l’exercice du droit à la vie de famille et l’intérêt supérieur de l’enfant, notamment par l’examen et la révision des critères applicables, comme le niveau de revenu, la connaissance de la langue, la durée du séjour, l’autorisation de travail et l’accès à la sécurité sociale et aux services sociaux ;

Ce qui implique de facto l’accès aux bénéfices de la sécurité sociale, et un revenu de subsistance, une sorte de SMIC.

Mais de quel droit imposerait-on aux populations autochtones la charge financière que représente cet afflux de migrants alors que nous ne sommes même pas capables d’assurer un niveau de vie décent à 30% de notre population ? Qui vous permet, Monsieur Michel, de nous imposer ce fardeau sans jamais avoir pris la peine de consulter la population qui sera appelée à régler la facture ?  Croyez-vous que nous ayons oublié qu’au nom de cette même démocratie, vous3 aviez engagé la Belgique par la signature du Traité de Lisbonne alors qu’il était initialement prévu d’obtenir l’assentiment des peuples par voie référendaire ? Cette folle course en avant n’a rien, mais alors rien de « démocratique », Monsieur Michel, c’est la course du lemming vers son destin tragique.

Un dernier mot

Le politique, aujourd’hui, ne gouverne plus qu’en travestissant le pillage des biens publics pour le compte du capital sous un tsunami de propagande creuse, aimant à se saouler de mots comme « droits de l’homme », « accueil », « partage ».  Dans les faits, c’est la destruction systématique de tout ce qui fait le ciment sociétal de notre nation.  Des mesures d’une violence sociale inouïe envers les travailleurs, les pensionnés, et les plus défavorisés.   L’ordo-libéralisme de Bruxelles, le néocapitalisme de Wall-Street acceptés comme une fatalité qui ne saurait être contestée, aujourd’hui, même les caciques du PS passeraient, aux yeux d’un magnat du pétrole texan pour des ultra-libéraux.

Toutefois, les événements actuels montrent les limites du système : les gens ne sont pas dupes, ils peuvent accepter beaucoup, sans doute, mais une fois franchie la ligne rouge, c’est à une révolution qu’il faudra vous attendre.

À ceux qui auraient la mauvaise idée de me signaler que d’être « contre les migrants » c’est une idée d’extrême droite qui rappelle les heures les plus sombres de la main de ma soeur dans la culotte du zouave, je ne puis que leur conseiller la lecture de mon précédent article sur la question. Nous devons refuser de nous laisser mettre en boîte par les mêmes qui se servent de clivages spécieux pour empêcher l’émergence d’une opposition qui se battrait sur le terrain des idées, et non sur le terrain convenu du bréviaire autorisé™ par le parti.

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Ses articles

1] Cette convention fût signée par les États-Unis le 16 février 1995, soit presque 6 ans après son adoption, et n’a toujours pas été ratifiée par le Congrès.

2] Ainsi, le droit des peuples à l’autodétermination sera l’argument qui servira de base à l’indépendance unilatérale du Kosovo, mais sera refusée au peuple Catalan.On voit bien que le droit international est interprété en fonction des agendas politiques poursuivis, sans la moindre considération pour les aspirations des peuples.

3] Le mouvement réformateur était dans la coalition du gouvernement d’Yves Leterme


Lire aussi:

Pacte de Marrakech : lettre ouverte à mon syndicat

Lettre ouverte à la direction de la Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB)

Lessines, le 15 décembre 2018

Je prends la peine de vous écrire pour vous faire part de ma stupéfaction, mais aussi de ma profonde colère face à la position prise par la FGTB concernant la politique migratoire, et plus précisément la signature du Pacte de Marrakech.

Dès mon entrée dans la vie active, j’ai adhéré au syndicat communiste parce que mes convictions étaient profondément ancrées à gauche, et le sont restées. J’ai peu à peu compris que les partis politiques de gauche avaient, depuis longtemps, trahi leurs idéaux et que désormais, ils se faisaient les chantres du néolibéralisme et de la mondialisation heureuse. Le socialisme s’est lentement et subrepticement détourné de la lutte contre les inégalités sociales au profit de la protection de « minorités », agitées telles des hochets, pour ne pas avoir à s’occuper des conséquences désastreuses de la mondialisation. Délocalisations, chômage de masse, appauvrissement généralisé de la population, disparition de la classe moyenne, voilà tous les bienfaits de l’ordolibéralisme de Bruxelles à la botte du grand capital.

Le rôle des syndicats est la défense des droits des travailleurs, pas de se positionner sur des questions de société relevant de la politique générale.

Mais cela ne suffit pas aux maîtres du monde que sont devenus les multinationales et les banques. Non contents de nous avoir fait payer les conséquences de la crise de 2008, et de leur avidité mortifère, ils en veulent toujours plus : l’économie est en berne ? Pas pour tout le monde, la fortune des 500 personnes les plus riches de la planète a bondi de 23% pour la seule année 2017.

Pour ces chacals, le peu qu’ils nous versent comme salaire est encore de trop, il faut donc déréguler, il faut placer les travailleurs en concurrence avec les travailleurs du tiers monde. Et comme on ne peut pas tout délocaliser, invitons-les à prendre, pour un salaire de misère, le travail des travailleurs les moins qualifiés, qui sont déjà parmi les plus précarisés.

Le rôle des syndicats est la défense des droits des travailleurs, pas de se positionner sur des questions de société relevant de la politique générale. Vous êtes donc doublement coupable, d’abord en prenant position en faveur du recrutement d’une deuxième « armée de réserve » aux côtés de la multitude de chômeurs, puis en sortant du rôle qui est le vôtre en poussant l’agenda mondialiste là où il était si facile de faire usage de votre droit inaliénable et imprescriptible à vous occuper de vos oignons.

En vous alignant sur les positions des mondialistes, qui sont objectivement les ennemis du genre humain, vous vous rangez aux côtés des socio-traîtres, qui affectent de se préoccuper des inégalités sociales tout en détruisant méticuleusement le peu qu’il reste des acquits sociaux. Je révoque ce jour mon affiliation syndicale de 30 ans, parce que je refuse de cautionner votre participation à cette entreprise de destruction du tissu social de notre pays.

En quoi ce pacte est-il profondément antisocial ?

Tout d’abord, quoi qu’on essaie de nous faire avaler comme couleuvres ces temps-ci, le nomadisme n’est pas la norme, les migrations non plus. Depuis plus de 12.000 ans, soit la découverte de l’agriculture et la naissance des premières cités-États, les peuples sont essentiellement sédentaires. On peut décrire une société comme une population plus ou moins homogène sur un terroir.

Chaque fois que l’on observe des mouvements migratoires massifs, c’est soit parce que ces pays ont été dévastés par la guerre, soit parce que les conditions de vie y sont insupportables, et la situation actuelle ne fait pas exception à la règle. Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Afrique subsaharienne, sont autant de pays et de régions qui ont été dévastés par les guerres néocoloniales de ces 20 dernières années pour le compte de l’Oncle Sam. Or que trouve-t-on comme signataires de votre « appel au multilatéralisme » ? Les mêmes membres du petit club1des ONG mondialistes qui n’ont jamais hésité à soutenir ces « guerres humanitaires » partout et en tout temps, avec le résultat qu’on connaît.

Vous mesurez l’hypocrisie qu’il peut y avoir à cautionner ce qu’il faut bien appeler des guerres néocoloniales, puis, au titre d’une « solidarité humanitaire » (découverte de fraîche date), ouvrir les frontières de l’Europe aux flux de migrants qui ne manqueront pas de s’y présenter ? Le tout aux frais de la princesse, et dans le plus parfait déni des règles élémentaires de la démocratie. Eh oui, pour une question d’une telle importance, tout comme pour la signature du Traité de Lisbonne, d’ailleurs, la moindre des choses eût été de consulter la population. Ah mais c’est vrai, l’humanité vous adorez, mais le peuple, c’est tellement ringard, et puis ça vote systématiquement de travers…

Faut-il rappeler que la dernière fois que la Belgique a ouvert ses portes aux flux migratoires, en provenance d’Italie puis du Maroc, le chômage était quasiment inconnu sous nos latitudes ? C’étaient les 30 glorieuses, et avec elles, le plein emploi. Aujourd’hui, le chômage des jeunes en Wallonie par exemple est de presque 30%.  En Belgique, 16% des habitants sont en dessous du seuil de pauvreté et ce taux monte à 20% quand on parle des enfants.

Quel sera l’impact social de l’arrivée massive d’immigrants peu qualifiés, ne parlant bien souvent pas la langue, sur le territoire ? Il faudra leur assurer l’accès à la sécurité sociale, leur donner des moyens de subsistance, alors que les CPAS2 sont déjà submergés et ne peuvent faire face à la demande en raison de la paupérisation croissante de la population ?

Vous souvenez-vous du sens du mot « Belgique » dans votre raison sociale, ou bien pensez-vous que l’ensemble de la population serait d’accord pour octroyer à des étrangers ce que l’État ne peut plus offrir à ses nationaux ? Est-ce que vous ne nous prendriez pas un peu pour des bulots ? Ai-je raison de penser que finalement, vous faites votre miel de la pauvreté, censée jeter dans vos bras toujours plus de travailleurs précarisés, de chômeurs et d’assistés ? Ai-je raison de croire que désormais, vous n’êtes plus un syndicat mais une excroissance maligne qui telle une tumeur cancéreuse, se nourrit de la vitalité de son hôte pour le tuer à petit feu ?

Le monde tel que nous le connaissons est en train de s’effondrer, et nous assistons actuellement à la dernière manche d’un combat qui opposera les peuples opprimés à l’instauration d’un gouvernement mondial par l’oligarchie financière. Ces gens veulent en finir une fois pour toutes avec les États-nations, et s’emploient à détruire méthodiquement tout ce qui constitue le ciment et la vitalité de notre société. En face d’eux, les Gilets Jaunes, les Brexitters, les gens de peu qui constituent l’électorat de Donald Trump : les laissés pour compte de la mondialisation.

En prenant le parti des mondialistes nomades contre le peuple, vous avez fait le choix de vous couper de votre base, et renoncé à vos idéaux; et tout comme les partis des socio-traîtres3, vous aurez à en payer le prix, tôt ou tard.

Philippe Huysmans

Notes

1)PS, ECOLO, PTB, etc.

2)CPAS : Centre Public d’Aide Sociale, qui délivre plus ou moins l’équivalent du RSA français

3) Signataires

Philippe Hensmans, Directeur d’Amnesty International ; Frédéric Rottier, Directeur du Centre Avec ; Sotieta Ngo, Directrice du CIRÉ ; Arnaud Zacharie, Secrétaire général du CNCD-11.11.11 ; Marc Becker et Anne Léonard, Secrétaires nationaux de la CSC ; Thierry Bodson, Secrétaire général de la FGTB wallonne ; Estelle Ceulemans, Secrétaire générale de la FGTB Bruxelles ; Baudouin Van Overstraeten, directeur de JRS Belgique ; Olivia Venet, Présidente de la Ligue des droits de l’Homme ; Pierre Verbeeren, Directeur de Médecins du Monde ; Christian Kunsch, Président du Mouvement ouvrier chrétien ; Adriana Costa Santos et Mehdi Kassou, Co-présidents de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés ; Antoinette Maia, Coordinatrice de Solidarité mondiale ; Prof. François Gemenne, Université de Liège ; Prof. Sabine Henry, Université de Namur ; Eva Smets, Directrice générale d’Oxfam Solidarité ; Pierre Santacatterina, Directeur général Oxfam Magasins du Monde, Olivier Valentin, Secrétaire national de la CGSLB

Source: Le Vilain Petit Canard

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