La conseillère générale Vert’libérale de La Chaux-de-Fonds a comparé des élus de gauche aux «collabos qui ont soutenu les nazis». KEYSTONE/Jean-Christophe Bott (archives)

Fabien Lapierre

Publié: 28.06.2

« La conseillère générale Vert’libérale de La Chaux-de-Fonds a comparé des élus de gauche aux «collabos qui ont soutenu les nazis».

  • Les cinq conseillers communaux chaux-de-fonniers portent plainte contre Brigitte Leitenberg pour diffamation.
  • L’élue Vert’libérale avait accusé le Conseil communal de soutenir l’antisémitisme.
  • La controverse découle d’une motion proposant d’honorer Philippe Lazzarini, de l’UNRWA.
  • Les tentatives de médiation entre les parties ont échoué jusqu’à présent.

Ils estiment qu’une ligne rouge a été franchie. Les cinq élus du Conseil communal (Exécutif) de La Chaux-de-Fonds (NE) ont chacun porté plainte pour diffamation à l’encontre de Brigitte Leitenberg, révèle le journal «ArcInfo». La conseillère générale et députée Vert’libérale est loin d’être une inconnue dans le canton.

Le 21 février dernier, la cheffe d’entreprise – très investie dans la Métropole horlogère – avait publié un texte acide, accusant le Conseil communal de «prendre parti pour l’antisémitisme, la haine». La sexagénaire, membre éminente de la communauté juive de la ville, avait aussi vilipendé certains élus du plenum: «Honte à ceux qui, comme les collabos qui ont soutenu les nazis, ont validé le groupe haineux par leur vote!»

La raison de la colère de Brigitte Leitenberg? La veille, la majorité de gauche du Conseil général avait accepté une motion populaire (23 oui, 16 non, 1 abstention) proposée par le Collectif action Palestine Neuchâtel. Elle demande que Philippe Lazzarini, enfant de La Chaux-de-Fonds, soit nommé citoyen d’honneur de la ville en reconnaissance de l’engagement humanitaire du commissaire général de l’UNRWA.

Phillipe Lazzarini, Photo UN

Brigitte Leitenberg s’est sentie trahie

Cette agence de l’ONU auprès des réfugiés palestiniens est notamment accusée par Israël de proximité avec le Hamas. Au nom de son parti, Brigitte Leitenberg avait fustigé la proposition, qualifiant Philippe Lazzarini de «figure discutable, impliquée dans un conflit ouvert». Pour les Vert’libéraux et le reste de la droite, «ce n’est pas le rôle de notre Législatif communal de prendre position sur un conflit international qui a exacerbé les tensions».

L’élue nous explique avoir très mal vécu la soirée. «Il y avait des membres d’Action Palestine, hostiles à ma position, juste derrière moi dans le public. Lors de mon retour chez moi, j’étais en état de choc. Je me suis sentie trahie, en insécurité dans ma ville!» Signe de son tourment, la commerçante décide alors de démissionner du Législatif où elle siège depuis cinq ans, avant de se rétracter le lendemain.

«Une ligne rouge a été franchie. Être associés à «des collabos soutien du nazisme» et à l’antisémitisme n’est pas acceptable! Ces propos nous apparaissent diffamants selon le cadre légal et peu empreints de la sérénité et du respect requis dans le débat politique et public», réagit Théo Huguenin-Elie, le président socialiste de l’Exécutif. Dans les jours qui suivent, le Conseil communal voit sa première plainte collective refusée, amenant chaque conseiller à saisir la justice personnellement.

Pas de médiation pour l’Exécutif

Après avoir échangé avec des élus offensés par sa diatribe sur Facebook, la Vert’libérale a retiré les mots les plus outranciers cinq jours plus tard, puis effacé l’un de ses deux posts un mois après. «Ces propos étaient incisifs, peut-être un peu forts, mais ils correspondaient à mon ressenti. Je me suis excusée depuis», assure Brigitte Leitenberg, tout en soulignant que «le Conseil communal a reçu 466 courriers et e-mails de personnes et collectifs qui ont regretté cette décision démocratique».

La sexagénaire à l’opulente chevelure rousse estime que le Conseil communal s’acharne contre elle, alors qu’elle et son parti ont sollicité des rencontres en vue d’un apaisement. «Il faut d’abord le respect pour qu’il y ait dialogue. Or, une publication, certes édulcorée mais extrêmement virulente à notre endroit, est longtemps restée sur la Toile et nous n’avons reçu aucune excuse. La notion de médiation n’a pas de sens. Il ne s’agit pas d’accorder nos positions, mais de garantir le respect si important pour le bon fonctionnement de nos institutions», estime Théo Huguenin-Elie.

De son côté, Brigitte Leitenberg se défend d’être anti-Palestinienne. «C’est dramatique ce qui se passe au Moyen-Orient, d’un côté comme de l’autre. Une guerre c’est toujours tragique.» Le Conseil communal avait souligné en février qu’il se prononcerait sur la motion Lazzarini «dans une temporalité qui devra être adaptée en fonction de la situation et en mettant de côté la question du conflit actuel». Pour le reste, la justice devrait avoir le dernier mot.

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