Les bombes à sous munitions : la seconde guerre d’Indochine continue au Laos. 

Signés le 27 août 1973, les Accords de Paris, actant le désengagement militaire américain au Vietnam, ont eu 50 ans le 27 janvier 2023. Pourtant, 50 ans après, l’héritage des bombardements massifs qui ont rythmé plusieurs années de conflit est encore bien réel. Tout au long de la guerre, le Laos voisin a été particulièrement touché par ce conflit armé. Aujourd’hui, le pays est considéré comme l’un des plus pollués au monde par les armes à sous-munitions, alors même qu’il n’était pas parti au conflit. Chaque jour, les civils courent le risque d’être blessés ou tués par des restes d’explosifs dans plus de 10 000 villages.

Origine et nature de la contamination au Laos

A partir de 1964 et pendant neuf ans, les États-Unis ont effectué quelque 600 000 missions de bombardement sur le Laos, soit l’équivalent d’un raid de bombardement toutes les huit minutes. Officiellement, cette stratégie du « tapis de bombes » avait pour but de couper les lignes d’approvisionnement d’armes du Vietnam du Nord.

Au total, plus de 270 millions de bombes à sous-munitions ont été utilisées pendant cette guerre. Interdites par le Traité d’Oslo depuis 2008, les bombes à sous-munitions ont des conséquences dévastatrices. Larguées par avion ou tirées depuis le sol ou la mer, elles libèrent à mi-parcours des dizaines, voire des centaines de bombelettes appelées « sous-munitions », qui peuvent couvrir une superficie de la taille de plusieurs terrains de football. Toute personne se trouvant dans la zone d’impact, militaire ou civil, sera très probablement tuée ou grièvement blessée.

Depuis de début de la guerre en 1964, plus de 50 000 personnes ont été tuées ou blessées dans des accidents causés par des restes explosifs de guerre, dont environ la moitié en temps de paix. Certaines munitions n’explosant pas immédiatement à l’impact (entre 5 et 40%), elles représentent un risque pour les civils des décennies après la fin d’un conflit. Au Laos, on estime à environ 80 millions le nombre d’armes à sous-munitions non explosées et enterrées dans le paysage laotien après la fin de la guerre.

50 ans plus tard, la contamination est toujours palpable

Le 27 janvier 2023 marquera le 50e anniversaire des Accords de paix de Paris. Conclus entre les États-Unis et la République démocratique du Viêt Nam (Nord Viêt Nam), ils scellent le désengagement militaire américain.

50 ans après, les conséquences de cette guerre sont toujours perceptibles au Laos. Plus de 15 000 survivants d’accidents dus aux mines et aux restes explosifs vivent au Laos et beaucoup d’entre eux souffrent de blessures chroniques, ce qui implique un soutien continu.

En outre, il a été confirmé que 1 177,55 km² de terres sont contaminées. Des forêts, rizières, villages, terrains d’écoles et routes se trouvent dans ces vastes zones, dont se retrouvent ainsi dépossédés les habitants. En parallèle, on estime qu’environ 25 % des villages de plus de 10 000 habitants sont contaminés par des munitions non explosées. « Nous sommes en contact avec des munitions explosives presque tous les jours, nous devons donc être vigilants en permanence. Il y a quelques jours, nous avons trouvé et détruit plus de 10 armes à sous-munitions et munitions explosives en une journée, alors que nous nettoyions une rizière dans le village de Homphanh, dans le district de Houameuang, au nord du Laos ! » témoigne Lamngueun, experte en neutralisation des explosifs et munitions au Laos.

La contamination représente un obstacle majeur au développement du pays en limitant les activités agricoles et forestières, et en augmentant le coût des projets d’infrastructure dans les zones rurales. La dépollution des terres est essentielle pour le développement socio-économique du Laos.

Présence de HI au Laos

Handicap International vient en aide aux victimes des restes explosifs de guerre au Laos depuis 1983. L’équipe présente sur place est composée de 73 personnes, expertes dans des domaines variés : experts en enquête et en dépollution, médecins traumatologues, personnel chargé de la sensibilisation aux risques, équipe d’assistance aux victimes, formée pour identifier et orienter les personnes handicapées (y compris les victimes de munitions explosives), etc.

Depuis 2006, les équipes de déminage de Handicap International ont déminé plus de 574 hectares de terrain et détruit plus de 43 000 engins explosifs. Des actions sont actuellement menées dans les provinces de Houaphan et Phongsaly.

L’éducation aux risques auprès des communautés est également un levier essentiel pour réduire le nombre d’accidents. Les sessions permettent aux habitants de connaitre le comportement à adopter lorsqu’ils rencontrent des objets inconnus qui pourraient être des munitions non explosées.

Les équipes de l’association se rendent également dans les villages pour recueillir des informations sur les objets suspects et, le cas échéant, sur les accidents qui ont pu se produire dans la région.

Au total, l’éducation aux risques et la dépollution ont permis de faire baisser le nombre de victimes signalées de 304 en 2008 à 24 en 2020.

A propos de Handicap International

Handicap International est une association de solidarité internationale indépendante, qui intervient depuis 40 ans dans les situations de pauvreté et d’exclusion, de conflits et de catastrophes. Œuvrant aux côtés des personnes handicapées et vulnérabilisées, elle agit et témoigne pour répondre à leurs besoins essentiels et améliorer leurs conditions de vie. Elle s’engage à promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. Depuis sa création en 1982, Handicap International a mis en place des programmes de développement dans plus de 60 pays et intervient dans de nombreuses situations d’urgence. Le réseau de 8 associations nationales (Allemagne, Belgique, Canada, États-Unis, France, Luxembourg, Royaume-Uni et Suisse) œuvre de manière constante à la mobilisation des ressources, à la cogestion des projets et au rayonnement des principes et actions de l’organisation. Handicap International est l’une des six associations fondatrices de la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL), co-lauréate du prix Nobel de la paix en 1997 et lauréate du Prix Conrad N. Hilton 2011. Handicap International agit et témoigne partout où « vivre debout » ne va pas de soi.

Communiqué de presse d’Handicap International – Janvier 2023