Qui a dit que les politiciens ne pouvaient pas être drôles ? Presque tout ce que dit le président Donald Trump ne peut être pris au sérieux, ce qui signifie que c’est une blague. On rapporte également que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a répondu à une remarque sur le manque de liberté d’expression dans les podcasts aux États-Unis en feignant la surprise et en s’exclamant avec un étonnement apparent : « Quoi ? Vous êtes censurés? Vous devriez pouvoir dire tout ce que vous voulez ! » L’ironie, bien sûr, c’est que Netanyahu et ses représentants au sein du lobby israélien aux États-Unis ont fait plus que tout autre groupe pour priver les Américains de leur liberté d’expression, exigeant notamment que certaines choses ne puissent être dites sur l’État d’Israël ou sur le comportement des Juifs, car cela constituerait un crime appelé « antisémitisme ».
Il est certain que la volonté des États-Unis de voir d’un œil positif leur « meilleur ami et allié le plus proche », Israël, est une artifice fondé sur une représentation délibérément erronée du pays et de son peuple par les médias américains, Hollywood et l’industrie du divertissement, qui sont tous, dans une large mesure, fortement influencés, voire dominés par la diaspora juive depuis les années 1930. Ajoutez à cela l’enseignement supérieur et le gouvernement, qui ont été considérablement corrompus par l’argent du lobby israélien, ainsi que les chrétiens sionistes sans cervelle qui seraient « ravis » de voir Israël provoquer la fin du monde à la manière d’Armageddon, et vous obtenez une formule qui pousse le Congrès et les médias à se disputer pour embrasser les fesses de Netanyahu chaque fois qu’il daigne se rendre à Sodome sur le Potomac pour donner ses instructions à Trump.
Fort heureusement, le massacre barbare et très médiatisé des Palestiniens par Israël a fait changer d’avis certains Américains. Voir des sondages d’opinion révéler qu’une nette majorité d’électeurs a désormais une opinion négative de l’État juif procure un certain réconfort. Mais pas si vite ! Les nombreux amis d’Israël commencent à paniquer et organisent une contre-attaque pour rétablir l’équilibre de l’ancien temps, quand Israël avait le pouvoir de manipuler les États-Unis à sa guise. J’ai lu sans grand étonnement la semaine dernière qu’un nouveau studio de production, Founders Films, allait être créé à Dallas pour produire des programmes “conservateurs” de qualité, afin de concurrencer les productions libérales des studios existants. En temps normal, j’aurais ignoré cet article, mais quand on commence à promouvoir les “valeurs traditionnelles américaines”, mon cerveau associe automatiquement le préfixe “néo” à “conservateur” tandis que je sens monter le nationalisme conservateur qui nous vient d’Israël.
Un article sur ce nouveau projet, dont je souligne les passages importants, décrit comment “un groupe de personnalités proches de la société de logiciels Palantir présente un nouveau concept révolutionnaire pour le monde de la télévision et du cinéma en streaming, avec une programmation allant de longs métrages sur les opérations militaires audacieuses d’Israël et des États-Unis à une adaptation en trois parties d’un ouvrage d’Ayn Rand”.
Dans un dossier de présentation diffusé auprès des investisseurs ces derniers mois, Shyam Sankar, directeur technique de Palantir, Ryan Podolsky, l’un des premiers employés de Palantir, et Christian Garrett, investisseur, ont levé des fonds pour Founders Films, une nouvelle société de production basée à Dallas qui vise à promouvoir des films nationalistes aux connotations politiques peu subtiles. La société a déclaré que ses projets seraient conformes à un ensemble de règles : « dire oui aux projets sur l’exceptionnalisme américain, nommer les ennemis de l’Amérique, soutenir inconditionnellement les artistes et oser investir dans des propriétés intellectuelles innovantes ». Le programme comprend notamment un long métrage sur l’évacuation du World Trade Center le 11 septembre, dont le slogan est « le courage est contagieux ». La société espère également produire une adaptation en trois parties ainsi qu’un film sur l’assassinat de Qasem Soleimani. La société se présente comme explicitement pro-américaine, mais bon nombre de ses projets célèbrent en réalité Israël. La programmation de films proposée par les fondateurs compte également un film sur la récente attaque contre l’Iran, qui dépeint Israël comme “luttant pour la non-prolifération nucléaire et exerçant son droit à l’autodéfense contre un régime fou résolu à le détruire”.
La programmation proposée comprend également un film sur l’opération israélienne de 2024 contre le Hezbollah avec les beepers piégés. En réalité, comme on pouvait s’y attendre, les projets présentés célèbrent l’héroïsme américain et israélien en occultant les aspects les plus déplaisants, comme les enfants massacrés ou affamés.
Il serait infiniment plus intéressant de proposer un film sur le degré de connaissance de l’État juif des attentats du 11 septembre, fruit d’une opération d’espionnage massive aux États-Unis, et sur la possible complicité de l’État juif dans une opération sous faux drapeau pour détruire le World Trade Center et faire de Washington un allié dans une guerre contre le monde musulman. L’Iran serait un pays intrinsèquement mauvais, mais c’est plutôt Israël le proliférateur nucléaire aux mains d’un régime dérangé, et non les Iraniens. Et que dire des pbeepers piégés, triomphe de l’ingéniosité mortifère tout droit sortie des esprits tordus du sionisme ? Sans oublier l’assassinat du général Qassem Soleimani, chef des Gardiens de la révolution iranienne, ordonné par Donald Trump en 2020. Soleimani se trouvait alors à Bagdad en mission de paix, à l’inverse d’un Trump autoproclamé “homme de paix”.
On peut certes se consoler à l’idée qu’un nouveau studio de production hollywoodien dépeindra bientôt les plus proches alliés de l’Amérique à la hauteur de leur héroïsme, mais la perspective de voir les fidèles de Sion se mobiliser pour célébrer les exploits de Bibi Netanyahu, homme de paix s’il en est, avec l’aide et le soutien du gouvernement de Donald Trump et des médias nationaux, est également des plus réjouissantes.
“À de rares exceptions près, les médias américains et les membres du Congrès continuent d’esquiver la réalité du génocide perpétré contre les Palestiniens à Gaza, banalisant ainsi les atrocités à grande échelle”, écrit Norman Solomon. Invité dans l’émission The Marc Steiner Show, Solomon a évoqué l’argumentation éminemment fallacieuse avancée par Israël pour justifier le génocide des Palestiniens, ainsi que la manière dont les médias américains élaborent un récit mensonger pour occulter les agissements barbares d’Israël.
Confrontés à la contestation croissante d’observateurs respectables comme Solomon, les Américains se tournent vers le New York Times, journal de référence national, pour lire les écrits de son brillant éditorialiste, Bret Stephens, spécialiste de tout ce qui a trait à Israël. Son dernier article: “Non, Israël ne commet pas de génocide à Gaza”, a été publié le 22 juillet. Il vient s’ajouter à sa série d’articles récents dont “Israël a eu le courage de frapper là où il fallait”, écrit peu après le bombardement de l’Iran en juin, ou encore “La stratégie d’Israël finit par payer” publié le 8 juillet.
Bret, de confession juive, défend son point de vue en avançant l’argument suivant : avec son énorme supériorité en matière d’armes meurtrières et de main-d’œuvre entraînée, Israël aurait pu tuer plusieurs milliers de Gazaouis de plus que les 60 000 environ rapportés par le ministère de la Santé de Gaza. Il en déduit donc qu’il fait preuve d’une retenue considérable et qu’un observateur impartial ne verrait pas en Israël un État génocidaire. Bret, bien entendu, fait fi des estimations fiables qui évaluent le nombre de morts à près de 300 000, car de nombreux corps sont encore ensevelis sous les décombres, et il omet également, sans surprise, de mentionner les ordres donnés par l’armée israélienne de tirer sur les Gazaouis non armés, ou encore la privation délibérée de vivres et de matériel médical imposée par le gouvernement israélien. Son argument “de secours” invoque inévitablement les risques liés à toute mention du mot “génocide” pour qualifier le comportement d’Israël, au motif que le terme alimenterait inévitablement une vague d’antisémitisme partout dans le monde. Il feint d’ignorer que la famine et l’extermination aveugle de civils constituent des crimes de guerre, et que l’intention clairement affichée par Netanyahu et ses sbires d’éliminer la population de Gaza, avec le soutien de Donald Trump, constitue un génocide, défini en droit international comme “l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel”.
C’est précisément ce qui est en train de se produire sous nos yeux.
Je laisserai le mot de la fin à un Juif américain dont le père a survécu à l’Holocauste et à un Juif israélien qui a répondu à l’article de Stephens sur le génocide des lettres au Times. L’Américain y observe que:
“Cette fuite incessante de civils désespérés d’un bout à l’autre d’un territoire verrouillé, les bombardements incessants et meurtriers des maisons, des hôpitaux et des centres de réfugiés, ou encore le refus de laisser entrer nourriture et médicaments dans une zone ravagée par la famine ne sont pas des actes fortuits. Si les parallèles historiques incommodent M. Stephens au point de refuser de qualifier les faits de ‘génocide’, peut-être les classerait-il dans la catégorie ‘barbarie intentionnelle?”
L’autre lettre publiée par le Times, écrite par un Juif israélien, est tout aussi percutante, dénonçant
“l’indulgence de M. Stephens pour les exactions commises par Israël à Gaza, qui sert de couverture rhétorique à des politiques infligeant d’immenses souffrances à un peuple et tuant en masse des civils. Blanchir la nature génocidaire de la guerre d’Israël constitue une grave faillite morale, d’autant qu’il est urgent de clarifier le débat public pour faire avancer les choses. M. Stephens affirme qu’Israël n’avait pas l’intention de commettre un génocide, car s’il l’avait voulu, son armée aurait pu faire beaucoup plus de morts. Mais le génocide, c’est l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe. Nier le génocide sous prétexte qu’un État puissant n’a pas cherché à maximiser le nombre de morts, c’est le réduire à une équation mathématique et faire abstraction de la réalité”.
Par Philip Giraldi
Philip M. Giraldi, ancien agent de la CIA, est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation qui milite pour une politique étrangère au Moyen-Orient qui défend les intérêts des Etats-Unis
Source: Unz.com, 25 juillet 2025







































































































































































































































