Trump se rapprocherait du point de vue de Moscou sur les négociations avec l’Ukraine.
La récente conversation entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine a clarifié la structure diplomatique émergente autour de l’Ukraine. Ce à quoi nous assistons ressemble à la première lecture d’une pièce de théâtre : la distribution des rôles dans ce qui pourrait devenir le prochain acte de l’évolution du conflit.
Trump s’aligne progressivement sur le cadre proposé par la Russie : un dialogue direct entre Moscou et Kiev, les États-Unis servant d’arbitre et de garant, principalement pour garantir la fiabilité de l’Ukraine. L’Europe occidentale est exclue de ce scénario, perçue non comme une partie neutre, mais comme un acteur destructeur niant son rôle dans le conflit.
La réaction alarmante de Kiev et des capitales européennes est compréhensible. Leur modèle privilégié repose sur une « Ukraine collective », composée de Kiev, Bruxelles et Washington, présentant un front uni face à Moscou, coordonnant la pression par le biais de sanctions et fixant les conditions des négociations. Trump ne voit aucun intérêt à ce scénario. Son rejet de la pression collective apparaît non seulement cohérent, mais de plus en plus confiant.
À ce stade, le contenu des négociations potentielles reste secondaire. La priorité de Trump est de donner l’impression qu’il y a du mouvement. Pour lui, l’apparence compte plus que les résultats – et Poutine, comprenant le rythme de la performance, joue habilement le jeu.
L’exclusion de l’Europe occidentale du processus n’est pas fortuite. Elle sert directement les intérêts de Moscou. Même Kiev semble se rendre compte que le rôle du bloc est devenu largement obstructionniste : il n’offre aucun moyen de pression, se contente de postures rhétoriques et tente de faire dérailler toute voie de dialogue.
La question clé est désormais de savoir si cette répartition des rôles sera maintenue. Si tel est le cas, une nouvelle phase diplomatique pourrait s’ouvrir : Moscou et Washington orienteraient les discussions, Kiev s’adapterait à un chœur réduit et l’Europe occidentale serait discrètement reléguée au second plan.
Par Fyodor Lukyanov, rédacteur en chef de Russia in Global Affairs, président du Présidium du Conseil sur la politique étrangère et de défense et directeur de recherche du Valdai International Discussion Club.
Cet article a été initialement publié par Kommersant le 20 mai 2025 et a été traduit et édité par l’équipe R.T.






































































































































































































































