Mon ami Julian n’est pas envoyé dans un goulag américain, mais cet épisode honteux est une énorme tache sur la Grande-Bretagne.



Ici, le britannique George Galloway dénonce le système judiciaire de son pays, qui est selon lui trop inféodé aux USA. Pour notre part, avant de jeter la pierre au Royaume-Uni, nous nous rappellerons que le sort d’Assange aurait été similaire en France, pour les mêmes raisons, et peut-être même aurait-il été encore pire. Au moins il n’a pas été extradé. En serait-il allé de même dans la France de Macron ? Au fait, combien de médias grand public français ont pris sa défense ? Entelekheia.fr

Par George Galloway
Paru le 4 janvier 2020 sur RT sous le titre I’m happy my friend Julian isn’t being sent to a US gulag. But this shameful episode is a huge stain on Britain

Julian Assange entrera dans l’histoire comme un immense et brave journaliste, et j’espère qu’il trouvera la force de poursuivre son noble travail. Mais sa persécution fait honte à ce pays et à ceux qui l’ont suivi.

Le personnage historique mondial Julian Assange, le plus grand journaliste et éditeur de notre époque, ne sera pas extradé vers le goulag du système d’injustice américain. Alléluia ! Mais comme l’a dit Wellington après la bataille de Waterloo : « C’était sacrément serré. »

C’était dur pour le cœur. Surtout pour le frêle et doux M. Assange, sa partenaire, leurs enfants, sa mère et son père. Le calvaire des fausses allégations, l’assignation à résidence à l’ambassade de l’Équateur (en réalité un appartement au rez-de-chaussée), et l’enfer de la prison de Belmarsh, un bunker en béton à sécurité maximale, glacial et infesté de Covid. « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance » pourrait être écrit au-dessus de l’entrée.

Il se trouve que j’ai d’excellentes relations avec les gardiens de prison britanniques grâce à une longue implication dans leurs affaires syndicales, et j’ai fait pression tout au long de la détention pour que les officiers traitent Julian de manière équitable. J’ai échoué. Non pas parce que les gardiens voulaient le traiter méchamment, mais parce que la méchanceté venait d’en haut.

La Grande-Bretagne a cavalièrement grillé une grande partie de sa réputation dans le cas de Julian Assange. L’actuel chef de l’opposition, Sir Keir Starmer, alors directeur des poursuites publiques, a fait tout ce qu’il a pu pour prolonger l’agonie des accusations sexuelles contre Assange, discréditées depuis. Il a exhorté ses homologues suédois à ne pas abandonner les poursuites, au fur et à mesure que les accusations, pourtant sans substance depuis le début, tombaient une à une. Il a dissuadé les Suédois de s’engager à ne pas extrader Assange vers les États-Unis ou d’envoyer des enquêteurs pour l’interroger à Londres.

Le journal Guardian, autrefois un joyau de la couronne de la Grande-Bretagne libérale, est peut-être devenu le principal persécuteur de son ancien reporter vedette après s’être engraissé, pendant des années, grâce aux révélations de WikiLeaks. Le média d’État, la BBC, s’en est sorti en ignorant le prisonnier politique le plus important du monde, même s’il n’y a que deux miles entre l’Old Bailey et leur siège.

Mais la mesquinerie calculée du système judiciaire britannique était à la fois totalement inutile et incompréhensible : elle allait jusqu’à ne pas fournir de sous-vêtements chauds et autres vêtements d’hiver auxquels le prisonnier non condamné avait droit, lui qui gît encore aujourd’hui dans le sous-sol de la prison.

Les humiliations étaient sans fin : fouilles au corps au tribunal, mise dans une cabine de verre pare-balles d’où il ne pouvait pas suivre le déroulement de sa propre affaire, insultes gratuites (et sans fondement) de la part des juges. Parfois, ces procédures ressemblaient à un simulacre de procès dans une république bananière, avec des accusations hurlées, même de la part du juge soi-disant impartial !

Même en refusant l’extradition pour des raisons de santé, la juge a accepté pratiquement toutes les accusations des États-Unis, laissant l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête d’Assange ou de tout autre journaliste qui oserait publier des vérités gênantes sur l’empire américain déclinant, mais encore puissant.

L’administration Trump dispose de sept jours pour faire appel de ce refus. Le président serait bien avisé de dire au Département de la justice de ne pas s’en préoccuper. S’ils n’ont pas pu persuader la juge Vanessa Baraitser [qui leur était acquise, NdT], ils ne persuaderont personne d’autre. Et une autre raison qui pourrait plaire à l’homme qui occupe actuellement la Maison Blanche : si quelqu’un peut découvrir ce qui s’est VRAIMENT passé lors des élections américaines, c’est bien Julian Assange!

Ayant fait partie de la campagne de Julian depuis le début, j’aurais été fier de notre action même si nous avions perdu. Je ne trouve pas les mots pour vous dire ce que je ressens maintenant que nous avons gagné [la justice britannique n’a pas extradé Julian Assange ; elle a réfusé de le liberer, ndlr].

Dès qu’il le pourra, M. Assange et sa famille devront se réinstaller ailleurs et poursuivre son travail. Quelque part, à l’abri des mains des criminels qui ont fait un délit de la dénonciation de leurs crimes.

George Galloway

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel

Source: Entelekheia.fr

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