Les pourparlers entre les États-Unis et la Russie se tiendront à Genève les 9 et 10 janvier. Le président Poutine a présenté les questions à débattre, visant à atténuer les tensions liées à la situation en Ukraine et à la frontière russe. L’OTAN a joué un rôle plus important que l’UE, et les ministres des affaires étrangères concernés se réuniront cette semaine. Dans ce contexte, l’UE doit faire face au fait que seuls Washington et Moscou sont au centre du drame politique. Le journaliste Steven Sahiounie a interviewé Leonid Savin* pour connaître son point de vue sur la situation et avoir un aperçu de l’histoire en cours.

Mideast Discourse a interviewé l’analyste géopolitique Leonid Savin


Propos recueillis par  Steven Sahiounie, journaliste et commentateur politique

Paru le 6 janvier 2022 sur Mideastdiscourse sous  le titre “Democracy and rule of law do not exist in Ukraine, but corruption thrives”


Steven Sahiounie (SS) : Selon les médias, la Russie a retiré 10 000 de ses troupes de la frontière avec l’Ukraine. Le président Poutine a également des exigences envers l’OTAN.  A votre avis, l’OTAN va-t-elle se conformer aux exigences de la Russie ?

Leonid Savin (LS) : Tout d’abord, je dois mentionner que tout mouvement des troupes russes à l’intérieur de la Russie est un droit souverain de la Russie. Les manœuvres et exercices militaires de routine sont une partie essentielle de la défense nationale de tout pays. L’Occident utilise une propagande sous faux drapeau selon laquelle la Russie va bientôt lancer une campagne militaire contre l’Ukraine en raison de ces mouvements. Devons-nous parler de la préparation de la guerre des États-Unis contre le Mexique en raison d’une situation à la frontière et de la concentration de troupes de nombreuses agences sur place ? Ou, permettez-moi de demander ce que font les militaires américains en Syrie ? Sont-ils invités officiellement comme les Russes ? La propagande occidentale fait son travail comme d’habitude. Il est donc préférable de trouver d’autres sources d’information.

D’autre part, les puissances de l’OTAN se livrent à de nombreuses provocations à proximité des frontières russes. C’est donc aussi la raison pour laquelle Moscou souhaiterait entamer des négociations diplomatiques.

Concernant la décision de l’OTAN sur les propositions russes : Je pense qu’ils ne seront pas d’accord avec Moscou et qu’ils poursuivront leur propre programme. Le problème est que la promesse de ne pas s’élargir à l’Est a été donnée à l’époque soviétique à Mikhaïl Gorbatchev (en échange de la réunification de l’Allemagne) et que les politiciens actuels des pays de l’OTAN, et surtout les décideurs de l’OTAN, ne s’en soucient pas.

Quoi qu’il en soit, la proposition russe comporte des éléments rationnels sur la sécurité européenne et l’OTAN doit en discuter.

SS : Le président Biden et l’UE ne cessent d’exagérer la menace des Russes à la frontière ukrainienne. À votre avis, s’agit-il d’une forme de distraction pour que les médias occidentaux restent concentrés sur ce que fait la Russie au lieu de se concentrer sur ce que fait l’OTAN pour provoquer la Russie ?

LS : Exactement. Sous l’expression mnésique de « guerre hybride », l’Occident peut qualifier tout type d’activité russe de guerre hybride. Si Moscou met en place des contre-sanctions contre des pays qui ont imposé des sanctions anti-russes, cela peut être qualifié de « guerre hybride » de la Russie. Si la Russie soutient ses alliés (la Biélorussie par exemple), il s’agit également d’une « guerre hybride ». Si la Russie vend du gaz à l’Europe aux prix du marché, on parle de « guerre hybride ». Le fait est que de nombreux Occidentaux ne connaissent pas la Russie, n’y sont jamais allés et ont des sources d’information limitées. Malheureusement, de nombreux universitaires occidentaux suivent cette tendance (lorsque je les ai rencontrés dans d’autres pays, ils ont fait preuve d’une profonde ignorance sur de nombreuses questions liées à la Russie). Le seul espoir réside dans les médias alternatifs, mais les cercles hégémoniques tentent de les supprimer par différentes méthodes.

SS : Les récentes déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ont accusé l’Occident de soutenir l’Ukraine avec des armes d’une valeur de 2,5 milliards de dollars depuis 2014. À votre avis, comment l’OTAN et l’Occident peuvent-ils justifier leur action ?

LS : Parce que le gouvernement ukrainien est une marionnette de l’Occident, et il est très facile de dire que ce pays est intéressé à rejoindre l’OTAN. Peu importe qu’il y ait de graves problèmes – corruption, absence d’état de droit, absence de démocratie (ce n’est pas une démocratie lorsque la moitié du pays ne parle pas sa langue maternelle). L’Occident mène une sorte de politique de carnaval en accordant quelques subventions aux entreprises et aux jeunes, mais ce n’est qu’une façade. Des enquêtes sérieuses sont nécessaires. Qui s’en souciera ?  L’OSCE établit de nombreux rapports sur les violations de l’accord de paix par l’armée ukrainienne dans le sud-est de l’Ukraine (région du Donbass où se trouvent deux républiques autoproclamées). Et quels sont les résultats ? Aucun. En Ukraine, depuis 2014, la glorification du nazisme est en hausse. Que fait l’Occident (UE) pour le combattre ?  Rien. En raison de la pratique politique du double standard, l’OTAN peut utiliser n’importe quelle forme de rhétorique ou n’importe quelle revendication. En décembre 2021, le président Zelensky a signé un décret selon lequel, en 2022, de nombreux exercices militaires avec la participation des forces occidentales seront menés en Ukraine. Il s’agit également d’une étape supplémentaire pour faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN.

SS : Biden avait déclaré précédemment qu’il voulait retirer les troupes d’Irak. Cependant, sa politique a changé et les troupes restent dans une capacité de non-combat. À votre avis, cela signifie-t-il que les États-Unis prévoient de rester en Irak et en Syrie indéfiniment ?

LS : Oui, ils resteront en Irak et en Syrie en raison de la logique militaro-politique des États-Unis.  Les promesses présidentielles servent à la politique intérieure, mais sont généralement déconnectées de la réalité. Rappelons-nous que Barack Obama avait promis de retirer les troupes américaines d’Afghanistan avant son investiture présidentielle ! Il en va de même aujourd’hui. Mais, l’équipe de Biden est plus incompétente, et maintenant la Maison Blanche a une paranoïa anti-chinoise.

SS : La guerre syrienne est terminée, mais la reprise syrienne n’a pas commencé, et l’économie s’est effondrée. Pourtant, le président Biden n’a aucune politique pour aider le peuple syrien à se rétablir. À votre avis, pensez-vous que le président Poutine et le président Biden peuvent travailler ensemble pour trouver un terrain d’entente sur une solution pour la Syrie?

LS : Je suis sceptique quant à tout accord avec l’Occident.  Il y a moins d’un an, l’Occident a organisé une grande conférence internationale sur l’aide à l’Afghanistan. Ensuite, le gouvernement officiel s’est effondré et les Talibans ont pris le pouvoir. Mais, où sont les fonds collectés pour aider le peuple afghan ?

Je pense qu’une meilleure solution sera la réconciliation au sein de la communauté arabe, où les pays riches de la région commenceront à fournir une aide matérielle à la Syrie.  D’autant plus que certains d’entre eux ont financé la soi-disant opposition armée en Syrie. Ils sont donc pleinement responsables de ce qui s’est passé là-bas. L’Occident a également joué un rôle très destructeur, mais l’Occident est loin et les États du Golfe sont proches.

Propos recueillis par Steven Sahiounie

(*)Leonid Savin est un analyste géopolitique, rédacteur en chef de Geopolitica.ru, fondateur et rédacteur en chef du Journal of Eurasian Affairs, chef de l’administration du « mouvement eurasien » international et auteur de plusieurs ouvrages.

Source: https://www.mideastdiscourse.com/2022/01/06/

Traduction: Olinda/Arrêt sur info

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