“Le Hamas est un mouvement de résistance palestinien qui fait partie de la diversité politique du peuple palestinien. Il mène une lutte armée contre l’occupant israélien. Dans ses statuts il est absolument interdit de mener toute opération armée en dehors de la Palestine. Ce mouvement politique considère que c’est un péché, un « acte de terreur » que de mener des attaques en dehors du territoire national qu’il cherche à libérer ; contrairement aux groupes politiques palestiniens laïcs qui ont commis des attaques terroristes en dehors de la Palestine, comme en Europe“. 

Palestine carton

Tings Chak (Chine), La Palestine sera libre, 2023.

Par Susana Khalil

Le Hamas pénètre en territoire palestinien en menant des actions militaires contre les colons illégaux. C’est précisément cet épisode de la cause palestinienne qui devrait être utilisé pour une réflexion révolutionnaire et non pour le confort intellectuel du statu quo.

Dire à ce stade (face à l’extermination du peuple sémite palestinien) que le Hamas est un « groupe terroriste » est peut-être une déclaration naïve, pour ne pas dire ignorante, et si quelqu’un de gauche qui le dit, c’est une attitude immature et démagogique, qui qui relève d’une position criminelle, une position qui profite au fascisme impérial et colonial.

Dire à ce stade que le Hamas est un « groupe terroriste » et dire que ses opérations militaires ne sont pas justifiées, que ce qu’il a fait est regrettable, qu’il ne faut pas recourir à la violence, que la violence n’est pas la solution.… Dire cela, c’est ignorer non seulement la douloureuse réalité du peuple palestinien, mais aussi sa condition de survie en tant que peuple, et c’est ignorer la menace fasciste impériale qui traverse l’histoire du monde contemporain. En général, il y a beaucoup de démagogie intellectuelle et la gauche n’y échappe pas. Il est très confortable de condamner le Hamas, mais nous connaissons cette peur complexe qui ne nous permet pas toujours d’être totalement honnêtes.

Nous devons être plus respectueux et ne pas imposer ou dicter aux autres la façon dont ils doivent se battre.

La cause palestinienne était en route vers l’abattoir, nous assistions à ses funérailles. Et ceci depuis Oslo, où les accords de paix ont été bafoués… La normalisation, et certaines monarchies pétrolières arabes sont ouvertement favorables au colonialisme israélien, tournant le dos à leur peuple frère palestinien. En outre, le peuple sémite palestinien souffre amèrement de la trahison humiliante de l’Autorité palestinienne. L’activisme pacifique est également critiqué.

[Le Hamas pénètre dans le territoire palestinien en menant des actions militaires contre les colons illégaux.] C’est donc justement un épisode de la cause palestinienne qui devrait servir à une réflexion révolutionnaire et non pas au confort intellectuel d’un statu quo.

Le statu quo, c’est la guillotine. C’est une mort misérable et indigne. Si le peuple palestinien sémite se rendait, il serait confiné à sa disparition. Si le peuple sémite palestinien indigène se bat, il peut être exterminé. Mais il doit rester bien clair qu’il vaut mieux disparaître dans la lutte que disparaître en se prosternant devant des discours humanistes imposteurs.

Le peuple palestinien ne verse pas seulement son sang pour la libération de son peuple, mais il protège également l’humanité toute entière en affrontant le mouvement fasciste le plus puissant de notre époque, le sionisme. C’est pourquoi la cause palestinienne est difficile, c’est pourquoi il y a tant de lâcheté déguisée en stratégie et qui impose simplement qu’une pseudo-lutte pacifique.

On nous a vendu l’idée que c’était une situation difficile car complexe, millénaire et religieuse… Non, tout cela n’est qu’un mensonge aliénant. C’est une situation difficile car il s’agit d’un peuple autochtone qui s’affronte au fascisme le plus puissant de notre époque : le sionisme. C’est une lutte qui s’oppose directement au pouvoir impérial.

Ce qui est difficile dans la cause palestinienne, c’est notre élégante lâcheté : une forme sophistiquée et raffinée de réticence et de peur à aborder les questions liées à la cause palestinienne.

Le discours de la gauche ne touche pas la racine de la cause palestinienne, même si de nombreux Palestiniens et Arabes en général ne le font pas non plus. La gauche suit le modèle colonial occidental ; elle parle de cette piètre solution de deux États (deux États est une modalité coloniale). Elle ne l’assume pas en tant que régime colonial – condamnant et maudissant ce dernier mais en maintenant en même temps qu’« Israël » a le droit d’exister. Aucun colonialisme n’a le droit d’exister (aucun colonialisme n’a le droit d’exister).  La gauche fait partie de ce cercle qui, organiquement, n’affecte pas le fascisme sioniste eurocentrique.

La lutte armée

S’il est vrai que la lutte armée n’est pas idéale, il est également vrai que c’est immoral de ne pas y recourir face à l’extermination perpétrée par le colonialisme israélien eurocentrique.

Le mouvement Hamas fait partie de la diversité politique du peuple palestinien. Il mène une lutte armée contre l’occupant israélien. Dans ses statuts il est absolument interdit de mener toute opération armée en dehors de la Palestine. Ce groupe politique religieux considère que c’est un péché, un « acte de terreur » que de mener des attaques en dehors du territoire national qu’il cherche à libérer ; contrairement aux groupes politiques palestiniens laïcs qui ont commis des attaques terroristes en dehors de la Palestine, comme en Europe.

D’autre part, il l existe une atmosphère répressive visant à disqualifier et à écraser tout acte de lutte armée. Cette répression est menée, entre autres, par les forces de domination fasciste, à travers l’instrumentalisation trompeuse des valeurs humaines, par exemple : non à la violence, non à la guerre, la guerre n’est pas la solution. Quelque chose du genre : vous ne pouvez pas être démocrate ou féministe et soutenir une lutte armée. La lutte doit être pacifique, dans le combat des idées, dans la force du dialogue, dans la dialectique du débat. Ça équivaut à dire non à la lutte armée même si un tel refus sert l’extermination du peuple palestinien !

La chute de l’anachronisme colonial d’«Israël » marquerait la perte du contrôle impérial américain sur l’ensemble du Levant le dépérissement progressif de la bestialité impériale et le triomphe de la souveraineté des peuples arabo-perso-kurdes. Ce serait une contribution à la consolidation d’un monde plus multipolaire. Un monde qui laisse place à un ordre international plus démocratique et plus équitable.

Je dis cela sans tabou, sans crainte, oui, je crois à la libération du peuple indigène, arabo-sémite, palestinien, levantin et cananéen de la Grande Syrie. Oui, je crois à la fin du colonialisme eurocentrique israélien. Désormais, la population qui porte le nom colonial israélien porterait l’ethnonyme palestinien. Je suis opposée à leur expulsion car cela constituerait moralement une attaque contre la cause mère palestinienne.

Le rôle historique et digne des peuples autochtones face à la barbarie coloniale est de la combattre.

Si un élément aussi vital que la lutte anti-impérialiste, antifasciste et anticoloniale ne prévaut pas dans la conscience de la gauche, je ne crois pas qu’il s’agisse d’une gauche engagée en faveur de la justice humaine.

Que l’actrice américaine opportuniste Angelina Jolie condamne les attaques du Hamas est compréhensible, mais lorsque ce sont des personnalités de gauche qui le font, cela fait d’elles non seulement des démagogues, des ignorants et des insensibles, mais aussi des marionnettes utiles de la décadence et de l’inhumanité impériale.

Susana Khalil

Chercheuse indépendante palestinienne. Licence ès sciences politiques de l’Université de Québec, au Canada. Fondatrice de l’association Canaan au Venezuela. Productrice du programme radio “Palestine 11 000 years of history”. 

Source: Al Mayadeen – 3 janvier 2024

Traduction: Andrea Duffour