Par Larry Johnson

Sergueï Lavrov a encore frappé. La semaine dernière, il a accordé une longue interview à Rick Sanchez pour RT. Lundi, il en a donné une autre similaire à BRICS TV, dont j’ai parlé dans mon article d’hier soir (lundi). Et aujourd’hui — mardi — Sergueï Lavrov a accordé un entretien approfondi à la chaîne russe NTV.

La discussion a porté sur la multipolarité mondiale, les relations avec l’Occident (en particulier les États-Unis et l’Europe), les négociations sur le conflit en Ukraine, le contrôle des armements nucléaires après l’expiration du traité New START, ainsi que d’autres questions géopolitiques.

Dans l’ensemble, l’entretien a réaffirmé la position de la Russie selon laquelle la guerre en Ukraine aurait été provoquée par les provocations de l’OTAN. Lavrov n’a pas mâché ses mots en accusant l’Occident/les États-Unis de bloquer les progrès sur l’Ukraine malgré certains signaux positifs de Trump, et il a souligné l’engagement de Moscou en faveur d’un monde multipolaire tout en maintenant des lignes rouges fermes en matière de sécurité. L’intégralité de l’entretien peut être consultée via le lien mentionné ci-dessus.

Lavrov a commencé par insister sur le passage de 500 ans de domination occidentale (fondée sur l’esclavage et le colonialisme) vers un monde multipolaire. Il a mis en avant l’influence croissante de pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil, ainsi que de blocs d’intégration tels que les structures liées aux BRICS, l’UEE (Union économique eurasiatique), la CEI, l’OTSC, l’ASEAN et le CCG.

Il a accusé l’Europe de continuer à vouloir dicter ses approches à travers l’Eurasie, d’entraver la coopération naturelle (par exemple entre la Russie et l’Asie centrale ou le Caucase du Sud) et d’interférer dans l’Arctique.

Lavrov a lâché une bombe verbale en décrivant les relations entre les États-Unis et la Russie comme évoluant « dans la mauvaise direction », affirmant que les États-Unis poursuivent une domination mondiale plutôt qu’un partage des sphères d’influence. Il a mentionné les contacts de Trump avec des pays achetant du pétrole et du gaz russes comme une tentative de dominer le marché énergétique mondial.

Il a néanmoins salué Trump comme le seul dirigeant occidental à avoir publiquement reconnu l’intérêt de la Russie à empêcher une nouvelle expansion de l’OTAN, qualifiant cela de « pas énorme ». Toutefois, il a rejeté l’affirmation de Trump selon laquelle la Russie aurait violé ses obligations au titre du New START, la jugeant infondée.

Lavrov a minimisé l’expiration du traité New START le 5 février 2026, soulignant qu’il ne fonctionnait plus depuis trois ans. Il a déclaré que la Russie n’initiera pas d’escalade, mais surveillera de près les actions américaines « avec pleine responsabilité ». Il s’est montré sceptique quant aux idées américaines d’inclure la Chine dans de futures négociations sur les armements (peut-être pour détourner l’attention des questions centrales) et a affirmé que tout accord multilatéral devrait également prendre en compte les capacités du Royaume-Uni et de la France. Il a réaffirmé que la Russie s’appuie sur ses forces armées comme principal garant de sa sécurité après l’expiration du traité.

Concernant les négociations avec l’Ukraine, Lavrov a mis en garde contre un optimisme excessif, affirmant qu’il reste « un long chemin à parcourir » et « une grande distance » à combler. Les discussions militaires impliquent des questions « multiformes et substantielles » nécessitant un examen minutieux, notamment des mécanismes de contrôle pour tout accord éventuel.

Les causes profondes du conflit doivent également être traitées, y compris la sécurité de la Russie, l’élimination des menaces (pas d’armes en Ukraine menaçant la Russie) et les droits des Russes et des russophones en Ukraine conformément au droit international et à la Charte des Nations unies.

Il a affirmé que les États-Unis reconnaissent que les questions territoriales doivent être réglées sur la base des « réalités sur le terrain » et de la volonté des populations. Lavrov a critiqué les plans européens (par exemple un cessez-le-feu immédiat), estimant qu’ils ne résolvent rien et fournissent à l’Ukraine une aide militaire fortement accrue sans reconnaissance des changements intervenus. Il a réitéré la position russe en s’appuyant sur des cadres passés (comme les pourparlers d’Istanbul de 2022), rejetant toute garantie de sécurité significative pour l’Ukraine qui pourrait menacer la Russie. L’Europe tente des contacts en coulisses sur l’Ukraine, mais n’offre rien de nouveau par rapport à ses déclarations publiques.

Lavrov a déclaré explicitement que la Russie n’a « aucune intention » et « absolument aucune raison » d’attaquer l’Europe (ou une partie de celle-ci). Il a insisté sur le fait qu’il n’existe aucun plan d’actions offensives contre les pays de l’OTAN ou de l’UE. Il a averti que si l’Europe (ou des forces occidentales) mettait à exécution ce qu’il a qualifié de « menaces » — c’est-à-dire préparer et lancer une attaque contre la Russie — la réponse de Moscou serait une riposte militaire à grande échelle utilisant tous les moyens disponibles, conformément à la doctrine militaire russe.

Il a contrasté cela avec l’opération actuelle en Ukraine, que lui (et Poutine) décrivent comme une « opération militaire spéciale » limitée, laissant entendre qu’un conflit plus large serait beaucoup plus sévère, mais toujours de nature réactive.

Donner trois interviews en quatre jours ouvrables est inhabituel pour Lavrov. Je pense qu’il a été chargé par le président Poutine d’utiliser la presse comme moyen d’adresser un message ferme à Donald Trump et au reste de l’OTAN.

Poutine et ses conseillers espéraient que Trump tiendrait ses promesses faites lors de la réunion d’août 2025 à Anchorage et qu’il ferait des gestes concrets de bonne volonté, comme débloquer les avoirs russes ou supprimer les droits de douane sur les pays achetant du pétrole russe. Au lieu de cela, Trump aurait essentiellement envoyé promener Poutine. La Russie a reçu le message et avertit désormais Trump que ses exigences sont claires et fermes. Si Trump décidait d’attaquer l’Iran, les perspectives d’amélioration des relations entre Washington et Moscou seraient anéanties.

Nima est rentré au Brésil et a animé une discussion avec le professeur Marandi et moi sur la guerre imminente avec les États-Unis. J’ai également parlé avec Glenn Diesen lundi, et il a publié notre conversation aujourd’hui.

Par Larry Johnson, 11 février 2026

Source: Larrycjohnson.substack.com

Traduction Arrêt sur info