Scott Ritter, un ancien inspecteur de la commission spéciale des Nations unies, donne une  version de l’attentat terroriste perpétré dans la salle de concert du Crocus City Hall à Moscou sensiblement différente de celle établie dés le 22 mars 2024, par de nombreux professionnels du renseignement. Il ne donne pas le fin mot de l’histoire. Tout reste donc ouvert. (ASI)


Par Scott Ritter

Publié le 27 mars 2024 sur le blog de  Scott Ritter sous le titre Le Nord le vrai 


Le Nord le vrai


La navigation astronomique est un art ancien qui consiste à utiliser les étoiles pour tracer une route en haute mer, du temps où les boussoles n’existaient pas encore. La clé d’une navigation astronomique réussie consiste à définir sa position par rapport à l’étoile Polaire. À défaut, on prenait le risque de naviguer sans but sur une mer dépourvue de points de référence fixes, au risque de mourir ou, pire encore, d’être naufragé sur un point inconnu de la planète.

Après une tempête, le capitaine d’un navire et son navigateur scrutaient le ciel à la recherche de l’étoile Polaire, à partir de laquelle ils pouvaient déterminer non seulement la direction du pôle Nord, mais aussi leur position par rapport à l’étoile polaire dans le ciel, afin de pouvoir naviguer en toute sécurité.

Lorsque les forces d’opérations spéciales sont menacées derrière les lignes ennemies, elles procèdent à ce qu’elles appellent “esquive et fuite”, c’est-à-dire éviter d’être repérées et probablement tuées ou capturées, tout en se dirigeant vers un abri désigné à l’avance, d’où elles pourront se regrouper ou être évacuées. La CIA forme ses agents opérationnels à des compétences similaires. Les deux organisations appellent familièrement ces actions “retrouver leur vrai nord”.

Les auteurs de l’horrible attentat contre le Crocus City Hall and Concert Center à Krasnogorsk, une communauté urbaine située au nord-ouest de Moscou, n’étaient pas différents de tous les autres terroristes/militants avant eux : après leur acte barbare, ils ont cherché leur “vrai nord” pour parvenir à s’enfuir.

Les gouvernements occidentaux, les analystes et les experts ont proclamé haut et fort que les hommes qui ont perpétré l’attentat contre le Crocus City Hall n’avaient strictement rien à voir avec l’Ukraine, et ont au contraire adhéré collectivement à un récit qui dépeint les hommes comme des membres de l’État islamique-Khorasan (EI-K). L’État islamique est une ramification d’Al-Qaïda-Irak (AQI) qui a vu le jour en 2013 lorsque les principaux membres d’AQI se sont installés en Syrie. En 2014, l’EI s’est proclamé “califat” et a lancé une série d’opérations qui lui ont permis de prendre le contrôle d’un tiers de la Syrie et d’un quart de l’Irak, avant d’être repoussé et finalement vaincu par une coalition réunissant l’Irak, les États-Unis et l’Iran.

En 2014, des combattants d’Asie centrale affiliés à Al-Qaïda en Afghanistan ont formé une branche de l’EI en Afghanistan, connue sous le nom d’EI-K, qui signifie Khorasan (EI-K). Le Khorasan est un terme ancien désignant le territoire englobant l’Iran, le Turkménistan et l’Afghanistan actuels. L’EI-K poursuit aujourd’hui ses activités en Afghanistan et en Iran, ainsi que dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, dont l’Ouzbékistan et le Tadjikistan.


Terroristes attaquant le Crocus City Hall

Selon des responsables américains, les États-Unis ont recueilli des renseignements selon lesquels l’EI-K préparait une attaque contre Moscou au début du mois de mars. Ces renseignements ont motivé l’avertissement public lancé par l’ambassade des États-Unis en Russie le 7 mars, selon lequel des “extrémistes” préparaient une attaque imminente contre de grands rassemblements à Moscou.

« Nous conseillons aux citoyens américains d’éviter les grands rassemblements au cours des prochaines 48 heures », indiquait l’avertissement publié sur le site web de l’ambassade. Les citoyens américains ont été invités à éviter les foules, y compris les concerts. Ces fonctionnaires américains ont également affirmé (et la Russie l’a reconnu) que la Russie avait été informée des renseignements à l’origine de l’avertissement du 7 mars. Ces informations ont été partagées sur le principe du “devoir d’alerte”, selon lequel les renseignements américains sur les attaques terroristes potentielles doivent être partagés avec les cibles présumées. Toutefois, au lieu de transmettre ces informations par les canaux officiels, la transmission s’est faite de manière non officielle, par des canaux informels, diluant ainsi de manière significative l’impact de l’information. (*)

Les assaillants ont posté une photo d’eux récitant la Shahada, ou serment et credo islamiques [“Je témoigne qu’il n’y a pas d’autre divinité que Dieu, et je témoigne que Muhammad est le Messager de Dieu”] qui, s’il est fait sincèrement, est tout ce qui est requis pour être identifié comme musulman aux yeux de Dieu. Si les spécialistes de l’islam soulignent qu’il suffit de réciter les mots, pour les djihadistes, la récitation de la Shahada accompagnée de l’index droit levé est devenue de rigueur – Oussama Ben Laden l’a prononcée de cette manière, tout comme Abou Bakr al-Baghdadi, le fondateur de l’État islamique.

La Shahada est un rituel, et ceux qui la prononcent doivent en comprendre toute l’importance pour lui donner un sens. Ainsi, si l’on incorpore l’élévation de l’index droit dans le rituel de la Shahada, cela doit être fait avec piété. L’utilisation de la main droite est essentielle – dans la foi musulmane, la main droite symbolise tout ce qui est bon, et la gauche est réservée aux actes impurs : “Nul parmi vous ne doit manger ni boire à l’aide de sa main gauche, car le shaytaan (le diable) mange et boit de la main gauche”.

Les quatre agresseurs ont prononcé ce serment en levant la main gauche.

Ils ont également publié cette photographie avec leurs visages floutés, afin de protéger leur identité.

La récitation de la Shahada ne peut faire l’objet d’aucun subterfuge : il s’agit d’un serment prononcé devant Dieu et devant les hommes.

De plus, le floutage de leurs visages indiquait que les assaillants avaient l’intention de survivre à leur mission.