L’Occident, y compris Israël, refuse de tirer les leçons de l’histoire concernant l’utilisation de la puissance aérienne pour provoquer un changement de régime. La décision d’Israël et des États-Unis d’attaquer l’Iran le 28 février et de tenter d’imposer un changement de régime est un échec colossal. L’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que du ministre de la Défense et du chef du Corps des gardiens de la révolution islamique, et la mort de 165 écolières âgées de 6 à 12 ans, ont au contraire galvanisé la population iranienne pour s’unir autour de la République islamique et ont éliminé toute chance d’un règlement négocié de la guerre selon des conditions acceptables pour l’Occident.
L’Iran refuse de se rendre aux États-Unis et à Israël et est pleinement déterminé à chasser les États-Unis de la région du golfe Persique et à infliger de lourdes destructions à Israël.
Donald Trump, sous la pression de ses partisans sionistes, a rompu sa promesse faite à sa base de ne pas lancer une guerre inutile et a choisi au contraire d’engager un conflit qui épuise les capacités offensives américaines. Par ignorance ou par arrogance, Trump a parié sa présidence sur la conviction qu’une combinaison de puissance aérienne et navale pouvait provoquer un changement de régime. Mais l’histoire montre que la puissance aérienne seule n’a jamais renversé un régime déterminé. Examinons sept exemples où les États-Unis ou Israël ont tenté — et échoué — d’obtenir une victoire militaire en s’appuyant principalement sur des frappes aériennes.
IRAK 2003
En mars 2003, les États-Unis lancèrent l’une des campagnes aériennes les plus intenses de l’histoire. Au cours des trois premières semaines, les avions de la coalition effectuèrent plus de 20 000 sorties et larguèrent plus de 29 000 munitions. La stratégie de Shock and Awe visait à paralyser le régime de Saddam Hussein depuis les airs, briser sa volonté de combattre et provoquer un effondrement interne.
Pourtant, la puissance aérienne seule n’a pas renversé Saddam. Le changement de régime a nécessité une invasion terrestre rapide des forces américaines et britanniques qui ont atteint Bagdad en seulement 21 jours. Le discours « Mission Accomplished » de George W. Bush le 1er mai 2003, à bord de l’USS Abraham Lincoln (CVN-72), déclarait la fin des « opérations de combat majeures » en Irak, seulement six semaines après l’invasion menée par les États-Unis, commencée le 20 mars 2003. Malgré cette proclamation optimiste, le conflit plus large — comprenant l’insurrection, les violences sectaires, l’occupation et les opérations de contre-insurrection — s’est poursuivi pendant plus de huit années supplémentaires.
ISRAËL 2023 à aujourd’hui
Israël possède l’une des armées les plus avancées au monde : supériorité aérienne sans égale, munitions guidées de précision, renseignement en temps réel grâce aux drones et aux satellites, défenses antimissiles multicouches, forces spéciales d’élite et soutien inconditionnel des États-Unis.
Le Hamas, en revanche, est une organisation terroriste non étatique sans force aérienne, sans marine, sans chars, et avec un PIB par habitant environ cinquante fois inférieur à celui d’Israël. Sur le papier, l’issue de toute guerre conventionnelle devrait être rapide et totale. Pourtant, plus de deux ans après le massacre du 7 octobre 2023 qui a tué 1 200 Israéliens et entraîné l’enlèvement de 250 otages, le Hamas demeure une force militaire et politique fonctionnelle dans Gaza.
AFGHANISTAN 2001–2021
Les États-Unis sont entrés en Afghanistan en octobre 2001 avec une domination aérienne totale, les forces spéciales les plus avancées du monde, des armes guidées de précision, des alliés de l’OTAN et une mission initiale claire : détruire al‑Qaïda et renverser le régime des Taliban qui l’abritait.
En décembre 2001, les Taliban avaient été chassés du pouvoir. Vingt ans plus tard, en août 2021, ces mêmes Taliban sont revenus à Kaboul à bord de pick-up tandis que le gouvernement soutenu par les États-Unis s’effondrait en quelques jours.
YÉMEN — Opération Rough Rider (mars 2025)
L’Operation Rough Rider — la campagne aérienne et navale américaine contre les cibles des Houthis au Yémen — a commencé le 15 mars 2025 et s’est officiellement terminée le 6 mai 2025.
En 53 jours, les États-Unis ont lancé plus de 1 000 frappes, dépensé plus d’un milliard de dollars en munitions, déployé deux groupes aéronavals et perdu plusieurs drones MQ‑9 Reaper et d’autres équipements. L’objectif déclaré était clair : rétablir la liberté de navigation en mer Rouge et dans le golfe d’Aden en stoppant les attaques des Houthis contre le transport maritime commercial.
Pourtant, plus de dix mois plus tard, en mars 2026, la mer Rouge reste une zone à haut risque. Les grandes compagnies maritimes continuent de contourner l’Afrique, les primes d’assurance restent élevées et des attaques ou menaces crédibles des Houthis persistent. Les États-Unis, malgré une puissance navale inégalée et des capacités de frappe de précision, n’ont pas atteint leur objectif principal.
Autres exemples
Dans cette liste d’échecs, il faut également inclure :
Au Kosovo (1999), 78 jours de bombardements de l’OTAN ont forcé la Serbie à se retirer du Kosovo mais n’ont pas renversé Slobodan Milošević ; il est tombé plus tard pour des raisons politiques internes.
En Libye (2011), sept mois de frappes aériennes de l’OTAN ont aidé les rebelles à renverser Muammar Gaddafi seulement parce que les forces rebelles avançaient au sol vers Tripoli.
Le Nord‑Vietnam a enduré des années de bombardements comme Operation Rolling Thunder et Operation Linebacker sans changement de régime.
À l’exception du Nord-Vietnam, l’Iran possède plus de capacités militaires que tous les autres cas cités ci-dessus. Lorsque cette guerre sera terminée — avec l’Iran toujours intact — les États-Unis auront épuisé des stocks militaires critiques qui ne seront pas remplacés avant des années, et les infrastructures économiques et militaires d’Israël seront dévastées. Pourquoi ?
Premièrement, les États-Unis ont commencé une guerre sans disposer d’une base industrielle capable d’augmenter rapidement la production de missiles de défense aérienne et d’attaque qui s’épuisent rapidement. À cela s’ajoute le manque de minerais de terres rares essentiels à la production d’armes et d’avions de combat… la Chine en contrôle l’essentiel et a refusé de les exporter vers les États-Unis.
Deuxièmement, les États-Unis et Israël n’ont pas correctement évalué la capacité de l’Iran à déployer et lancer des milliers de drones ainsi que des missiles balistiques et de croisière. Voici la dernière vidéo montrant les dégâts que l’Iran inflige à Tel‑Aviv. Bien que les censeurs israéliens travaillent activement pour cacher l’ampleur des destructions — et je vous garantis que des frappes similaires touchent Haïfa et des installations militaires et de renseignement à travers Israël — la vérité commence à fuiter.
Larry Johnson – 5 mars 2026
Source: Sonar21.com
Traduction Arrêt sur info






































































































































































































































